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Darwin Le Chat
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20 octobre 2019

Le retour de Mr Réqual

Chalut !

 

Je reviens une nouvelle fois sur les entretiens citoyens de Loulou Léonard concernant les déplacements urbains. En piratant à nouveau son ordinateur Odette a trouvé un fichier plus récent qui semble quelque peu clôturer le dossier ; à moins qu’il n’y ait une nouvelle suite. Voici donc la retranscription d’un enregistrement des conversations ayant eu lieu dans le bureau de Loulou Léonard à la fin du mois de septembre 2019

 

« « « 

– Oui Allô !

– Loulou ? J’ai monsieur Réqual au bout du fil, vous vous souvenez ?

– Difficile de l’oublier. Qu’est-ce qu’il veut ?

– Juste vous parler. Il a juré que ce ne serait pas long.

– Ok ! Passez-le moi !

…

– Allô !

– Allô ? Monsieur Léonard ?

– En personne !

– Monsieur Réqual ! Vous vous souvenez ?

– Parfaitement. Comment allez-vous ?

– Cela pourrait être pire ! Et vous-même ? J’ai le plaisir de constater que vous n’êtes toujours pas mort de honte !

– Pourquoi serais-je mort de honte ?

– Pour votre inaction chronique dans la guerre des trottinettes !

– Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ? Cette mode passera, voilà tout !

– Voilà tout, voilà tout ! Cela vous écorcherait d’admettre que j’avais raison ?

– Je ne pense toujours pas que vous aviez raison.

– Bon sang ! Quel aveuglement ! Figurez-vous que je me suis un peu renseigné depuis le début de l’année ! Non seulement ces boites de trottinettes à la con nous pourrissent la vie mais en plus, comme je le soupçonnais, ce sont des escrocs ! Vous les laissez faire et en n’agissant pas vous vous rendez complice d’un système que vous dénoncez par ailleurs ! J’ai entendu parler de votre intervention à l’université d’été du JECLER mais visiblement il y a loin de la parole aux actes.

– Je ne vois pas le rapport ! Je n’ai même pas mentionné le mot trottinette !

– Vous auriez pu ! Et si vous vous intéressiez à cela de plus près vous sauriez que c’est tout à fait dans votre propos ! Figurez-vous que tout ceci n’est qu’une martingale géante orchestrée par des requins de la finance !

– Une martingale ? Expliquez-moi cela !

– J’ai lu un très bon article qui montrait que les boites de trottinettes ne sont absolument pas en train d’imaginer un mode de transport pour le développement durable ! Elles sont là pour pigeonner de petits actionnaires qui miroitent de gros profits !

– Rien que cela ? Cela sonne un peu trop théorie du complot à mon oreille.

– C’est pourtant une évidence ! Aucune boite ne va gagner de l’argent en louant des trottinettes qui sont démolies en moins de deux ou finissent dans les fleuves ! C’est un matériel absolument impossible à amortir au prix où il est loué.

– Je trouve le prix assez cher.

– Il faudrait qu’il le soit encore plus et cela annihilerait leur caractère attractif ! Donc ces entreprises savaient dès le départ que cela serait un business non rentable !

– Pas nécessairement. Qui pouvait prévoir que la citoyenneté était tombée à un niveau si bas ?

– Qui pouvait le prévoir ? Mais tout le monde sauf vous pardi ! Tout ! Absolument tout ce que j’ai prédit à propos des trottinettes est advenu ou adviendra mais seuls vous les politiques faites mine de ne rien voir ! Soit vous êtes complètement à la rue, soit vous êtes complice de cette gabegie ! A mon avis c’est un mélange des deux !

– Si vous le dites.

– Sachez monsieur le député qu’une fois que ces entreprises auront levé assez de fonds, elles mettront la clé sous la porte et mettront à la benne toutes les trottinettes qui n’ont pas été déjà démolies ou noyées ! Ah ben y a de quoi être fier d’avoir laissé faire cela !

– Je veux bien croire que cette activité ne soit jamais rentable vu la casse mais expliquez-moi comment cela mérite d’être appelé une martingale… enfin, j’imagine que vous sous-entendez derrière ce terme une forme d’arnaque.

– Parfaitement ! On vend le concept comme une technologie d’avenir alors qu’elle n’en a aucun et cela permet d’appâter une proportion de tous les abrutis de cette terre qui croient qu’on peut gagner des fortunes sans rien faire et sans user un seul de ses neurones ! Ce principe est vieux comme les sociétés par action ! Le business s’enflamme comme une traînée de poudre, en une année vous passez de presque aucune à des centaines de milliers de trottinettes dans les rues. Un business florissant ! Tous les cons veulent en croquer et achètent des actions. Les actions montent et montent et montent, ceux qui ont mis les actions sur le marché les vendent juste avant la faillite de l’activité ! C’est le jackpot pour eux ! Ceux qui ont acheté au prix fort posséderont des actions qui se casseront la gueule. Quand elles seront au plus bas ceux qui les ont mises sur le marché les rachèteront. C’est le monde d’aujourd’hui ! Physiquement les activités d’une entreprise peuvent disparaître par manque de rentabilité mais la holding financière qui possède ses actions s’est enrichie et peut se propulser vers une nouvelle arnaque.

– Sans être un expert en bourse il me semble que vous me décrivez plus le monde du 19ème siècle que le monde d’aujourd’hui ! Franchement ? Qui aujourd’hui se précipite sur les actions d’une entreprise qui lance un nouveau concept ? N’importe quelle personne qui a quelques sous à miser en bourse passe par une société qui gère un portefeuille en minimisant les risques ! La quasi-totalité des petits investisseurs gagne ce que l’évolution du marché global permet de gagner, ce qui sur le long terme est plutôt un très bon calcul car malgré les crises les marchés remontent toujours plus hauts qu’ils n’ont jamais été. C’est bien pour cela que la tendance est à l’enrichissement de ceux qui ont du capital et à l’appauvrissement de ceux qui n’ont que leur travail ! Mais des petits actionnaires ruinés par un coup de martingale, vous en connaissez beaucoup ? Franchement ?

– Parce que le Bitcoin c’en n’est pas une ?

– Je ne le sais toujours pas.

– N’empêche que ce sentiment qu’on peut gagner beaucoup avec rien, il s’incarne totalement dans cet attrait pour le Bitcoin.

– Peut-être mais je n’ai entendu personne venir pleurer à propos d’actions d’entreprises de trottinettes. Au pire oui, c’est peut-être un moyen de lever rapidement des fonds, mais cela ne signifie pas que c’est dans l’idée de vendre ces actions au plus haut pour arnaquer les derniers acheteurs. J’imagine plus que c’est pour avoir un capital suffisant qui permettra de se lancer dans une nouvelle activité plus difficile à mettre en œuvre mais plus pérenne. Au final aucun boursicoteur ne sera perdant, pas d’arnaque donc.

– Peut-être ! Mais qui vous dit que de très gros fonds d’investissement ne perdent pas parfois des millions de dollars sur des paris de ce genre qu’ils ont mal évalués. Ils perdent ces paris et en gagnent d’autres, donc globalement cela ne ressemble pas à un krach mais le fait est que des plus malins auront réussi entre temps à récupérer des sommes confortables en montant des business voués à disparaître !

– Vous venez de dire que seuls des imbéciles de politiques ne pouvaient pas s’apercevoir que ces business n’avaient pas d’avenir. Visiblement même des boursicoteurs de haut-vol ne voient pas plus loin que moi si on suit votre raisonnement.

– Vous savez quoi ? Cela ne m’étonnerait même pas tellement y a de gens assis dans de gros fauteuils qui ne mériteraient même pas une place sur un strapontin éjectable.

– C’est un discours de jaloux.

– Pas du tout ! Jaloux de quoi ? Ah non je suis pas jaloux ! Gardez-la votre place ! Si vous parvenez à vous faire réélire.

– Chaque chose en son temps.

– En attendant, la preuve que j’ai raison c’est qu’il y avait six ou sept boites de trottinettes sur Lyon au début de l’année et qu’aux dernières nouvelles elles ne sont plus que quatre ! Vous pariez qu’il en restera une seule ou zéro ? Moi je dis zéro ! Et vous ?

– Eh ben je vais miser sur une alors !

– Pari tenu ! Vous l’avez vu passer la vidéo du Rhône le jour où l’eau était limpide ?

– Non mais j’en ai entendu parler.

– Faut le voir pour le croire ! Y a des trottinettes noyées tout le long du quai. Et certains ont fait l’effort de leur donner un peu plus d’élan, un genre de concours de celui qui pisse le plus loin version con 2.0, deux fois plus con qu’avant ! Ah elle est belle la génération climat !

– C’est peut-être des gens aigris comme vous qui les jettent.

– Nan je crois pas. J’aurai toujours un brin de conscience pour retenir mon geste même si c’est pas l’envie qui me manque. J’avoue, je l’aurais peut-être fait avec une trottinette bien spécifique mais malheureusement c’était place Bellecour ! Vous vous souvenez quand je vous ai demandé contre qui je devrais porter plainte si je me cassais le coccyx en trébuchant sur une trottinette.

– Très bien. Il était question du col du fémur au demeurant.

– Peut-être. Vous m’avez répondu que j’étais censé regarder où je mettais les pieds. Laissez-moi vous dire que c’est assez souvent ce que je fais. Mais voilà que l’autre jour j’arrive place Bellecour près d’un immeuble en rénovation de façade. Il pleuvait. Je me présente devant un passage piéton, c’était rouge, je marque donc l’arrêt. J’avoue ne pas avoir prêté une attention très grande à la trottinette la plus proche mais après tout elle n’était pas exactement dans mon chemin. Le temps de l’attente vient un cycliste qui, non content d’avoir remonté la rue à contresens comme l’y autorise un décret municipal à la con, se croit aussi autorisé à venir patienter au niveau du passage piéton en attendant que la voie soit libre. Genre : « Pousse-toi de là que je m’y mette ! » Je sens son guidon dans mon dos. Comme le passage piéton s’étendait sur ma gauche je décide de faire un pas de côté pour m’éloigner du goujat en question. C’est alors qu’au lieu d’une pluie normale je me trouve à la verticale d’un petit ruisseau dégringolant de l’échafaudage. Je décide d’opérer un petit retrait en arrière pour m’abriter sous l’échafaudage… et là ! Patatras ! Je me retrouve le cul sur le trottoir ! Pourquoi ? A cause d’une trottinette à la con ! Oui ! Je ne me suis rien cassé mais j’aurais pu ! Tout ça parce qu’une espèce de con qui avait tout le loisir de pousser cette trottinette à la con un mètre plus loin a préféré la garer sur le passage piéton ! Non mais franchement ! Dites-moi ! Qu’est-ce qu’on peut faire avec des cons pareils ?

– Pas grand-chose en effet.

– Sauf interdire les trottinettes ! Où alors quand on voit un con garer une trottinette n’importe où on fait comme avec le chiot qu’a chié au milieu du salon, on lui fout le nez dans sa merde ! Faudrait les attraper par le colback et les pencher par-dessus l’objet du délit : « Tu crois que c’est un endroit pour garer une trottinette ? Tu veux qu’il ait des blessés ? Hein ! C’est ça que tu veux ? Tu vas voir si tu recommences ! »

– Euh… Calmons-nous monsieur Réqual ! Vous prenez les choses un peu trop à cœur !

– Je suis parfaitement calme !… Où en étais-je ? Tiens ! Aux dernières nouvelles la municipalité de Villeurbanne envisage d’interdire les trottinettes !

– Oui je sais. Ce n’est pas à proprement parler une interdiction des trottinettes mais l’interdiction de laisser des trottinettes n’importe où sur les trottoirs. Les agents de la ville seraient autorisés à les mettre en fourrière, ce qui signifie peu ou proue la fin de l’activité telle qu’elle est pratiquée actuellement. Cela devrait passer le mois prochain d’ailleurs, d’après mes sources.

– Eh ben voilà des politiques qui réagissent enfin ! Prenez-en de la graine monsieur le député ! Sur ce, j’ai parlé ! Bonne fin de journée !

– A vous aussi ! Au rev… Ah ben ? Il est parti !

…

…

…

– Yacine ? Quitte à revenir sur les sujets du début de l’année. J’avais promis de rappeler madame Hayon et je n’ai jamais pris le temps de le faire. Vous pouvez voir si elle est joignable et disponible ?

– Je vous dis ça.

…

…

…

– Loulou ? Madame Hayon en ligne.

– Merci… Allô ? Madame Hayon ?

– Oui. Bonjour monsieur le député ! Je pensais que vous ne tiendriez pas votre promesse.

– J’aurais dû vous appeler plus tôt mais j’ai été très occupé.

– Oui je sais. J’ai beaucoup aimé votre discours face au JECLER. Je m’attendais à quelque chose de plus lisse de votre part. Vous m’avez agréablement surprise.

– Merci. Les citoyens qui viennent à mes entretiens en sortent souvent avec une idée un peu biaisée car j’y force un peu mon esprit de contradiction.

– C’est une stratégie d’apprentissage politique ?

– On peut dire ça ! Cependant je concède que j’ai un peu plus de mal à m’affirmer face à de vrais animaux politiques.

– Je vous ai trouvé très bon au JECLER.

– Oui mais c’était un discours écrit en collaboration avec mes assistants. C’est un peu plus facile qu’un débat. Ce qui m’amène à vous dire que je n’ai pas brillé quand il s’est agi de parler de vos projets d’infrastructures. Pour tout dire j’ai été renvoyé sèchement dans les cordes quand j’ai évoqué le réseau d’eau de source.

– Ah bon ? Je suis pourtant convaincue que c’est une excellente idée.

– Ce n’est pas un avis très partagé au palais Bourbon. D’abord j’ai eu l’impression d’être pris pour un bourgeois déconnecté des réalités de ce monde. On m’a rétorqué que c’était pathétique de se préoccuper de tels sujets dans un pays doté des meilleures infrastructures en matière d’eau courante.

– J’imagine parfaitement ce qu’on vous a dit : « Si vous viviez dans un pays pauvre vous verriez l’eau du robinet comme le plus grand des luxes ! »

– Y avait de ça ! Ce qui fondamentalement n’est pas faux.

– Sûrement mais sur ce principe-là on peut tout justifier ! Si la municipalité décide de ne plus entretenir les rues elle pourra arguer longtemps que nos trottoirs bosselés et nos chaussées trouées sont un luxe que bien des gens qui vont sur des pistes poussiéreuses ou boueuses ne peuvent pas s’offrir.

– Oui mais là c’est un peu plus compliqué. Comme j’en ai parlé avec des députés du Rhône la discussion a vite été ciblée sur l’eau de l’agglomération. Il paraît qu’elle est à 75 % d’un niveau exceptionnel car le gros de l’agglomération reçoit de l’eau puisée dans une nappe phréatique très pure.

– Certainement. Et les produits chimiques qu’on déverse au-dessus et alentours s’arrêtent avant de contaminer la nappe comme le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à la frontière française.

– On m’a certifié que cette eau répondait haut la main à tous les critères d’analyses.

– C’est ce qu’on dit. Mais primo si vous allez vous-même consulter les données en question vous tombez assez souvent sur des indications saugrenues du genre « données indisponibles » ou « non-mesurées », secundo, le jour où la plupart des nappes françaises ne répondront plus aux critères, soyez sûr qu’on changera les critères. Donc moi je me fie à un autre critère, celui de l’instinct primitif des gens qui les fait préférer l’eau en bouteille ou l’eau filtrée à l’eau qui sort du robinet, sent le chlore et donne un goût dégueulasse au thé, infusions et café.

– Personne ne m’a contesté l’idée que le calcaire de l’eau pouvait dénaturer les boissons. Mais il ne s’agirait pas dans ce cas d’un problème de santé publique, simplement d’une coquetterie. Je crois que ce n’est pas faux et que moi-même j’en fais fréquemment l’expérience. Comme j’ai fait le gros de ma carrière professionnelle à Villeurbanne sans y avoir jamais vécu, j’ai toujours dit que j’y trouvais l’eau bien meilleure que chez moi. Il est donc possible que mon logement soit alimenté par une eau qui ne provient pas de cette nappe phréatique où l’eau est vraisemblablement de bonne qualité.

– Ce serait assez facile à vérifier mais qu’il s’agisse d’un problème de goût ou de santé publique, le fait est que si vous n’aimez pas l’eau calcaire ou que vous la trouvez trop chlorée et que pour cette raison vous achetez de l’eau en bouteille, mon idée n’est pas caduque !

– Oui mais de ce que j’en ai appris depuis, le chlore que l’on rajoute à l’eau du robinet n’a pas pour but de désinfecter l’eau elle-même dans l’état où elle est au point de captage. On met du chlore en raison du risque de contamination dans les réseaux de canalisation. Et visiblement on en met vraiment très peu sur Lyon, il paraît qu’une seule traversée d’une piscine de 50 mètres vous confronte à bien plus de chlore que des litres d’eau du robinet.

– Peut-être. Mais pour les 20 ou 25 % de gens qui sont alimentés par des eaux plus douteuses. Qu’est-ce qu’on fait ?

– Votre solution n’en serait pas une dans ce cas. D’abord vous serez confrontée à la nécessité de mettre aussi du chlore dans votre eau de source puisque vous n’avez sûrement pas l’intention de la transporter différemment.

– Je n’ai pas entendu dire que les romains chlorait leur eau.

– J’ignore ce qu’ils faisaient de leur eau mais eux n’ignoraient sans doute pas qu’il fallait un minimum de surveillance du réseau, ne serait-ce que pour s’épargner les conséquences d’un acte malveillant. On m’a aussi assuré que bien des eaux de sources ou minérales mises en bouteilles subissaient exactement la même pollution chimique que les points de captage des eaux du robinet. Sans compter les produits du plastique des bouteilles qui se diffusent dans l’eau.

– Franchement je crois qu’il n’y a pas photo entre l’eau du robinet et la plupart des eaux de sources ou minérales côté gustatif ! Sinon personne ne les achèterait hormis ceux qui en ciblent certaines pour leurs apports en minéraux.

– J’ai toujours entendu dire que les minéraux de l’eau étaient très difficilement assimilables et qu’une eau très minéralisée avait surtout le défaut de faire travailler inutilement les reins.

– A ce que j’en sais 90% des minéraux de l’eau ne sont effectivement pas fixés par l’organisme. Ce qui n’empêche pas que pour des besoins particuliers certains particuliers puissent avoir intérêt à boire une eau particulière.

– Je le conçois mais avec votre idée de réseau d’eau de source vous n’allez pas donner beaucoup de choix aux particuliers. Vous amènerez vraisemblablement une eau provenant de quelques sources du massif central.

– C’est bien ce que j’imaginais. On pourrait faire en sorte de les mélanger d’ailleurs.

– L’eau du robinet n’est jamais exempte de minéraux. On m’a dit que pour quelqu’un qui se disait écolo ce n’était pas très logique de filtrer l’eau du robinet, d’abord parce que les filtres sont polluants, qu’ils sont potentiellement dangereux pour la santé autant que le plastique des bouteilles et que…

– J’avoue que j’ai été surprise par les derniers articles sortis sur le sujet. J’ai toujours cru que le plastique des bouteilles d’eau était le plus stable et sain des plastiques.

– C’est peut-être le cas. Le plus sain mais pas sain pour autant.

– Dans ce cas les filtres sont quand même une solution qui m’apparaît comme un moindre mal. Si vous trouvez que l’eau filtrée est bien meilleure que l’eau non-filtrée et que cela vous évite d’acheter des bouteilles d’eau, ce sera toujours plus écologique.

– J’ai argué en ce sens mais on m’a dit que j’étais stupidement sous l’influence du matraquage publicitaire de Brita ! Là ça m’a passablement vexé. Ils font beaucoup de pub Brita ?

– Pas mal en ce moment. Mais vous pourriez aussi acheter des filtres rechargeables et oublier Brita.

– Ah bon ? Compatibles ?

– Parfaitement.

– Il n’empêche qu’on m’a déconseillé de filtrer l’eau justement parce que les filtres étaient principalement utiles contre le calcaire et donc le calcium, pratiquement pas contre les nitrates et pesticides, et un peu trop contre le chlore, ce qui fait que si vous laissez un litre d’eau dans une carafe et que cette eau est dépourvue de chlore, vous risquez une infection bactérienne.

– Je croyais que le chlore servait à empêcher la contamination lors du transport. C’est ce que vous avez dit.

– Oui mais il restera actif dans la carafe.

– Suffit de bien nettoyer la carafe ! Ou bien de la boire immédiatement.

– Tout le monde ne le fait pas !

– Et alors ? Quel rapport avec l’approvisionnement en eau ? 95 % des gens ne se lavent pas correctement les mains, c’est leur problème ! Cela ne justifie pas de tripler le volume de chlore dans l’eau ! On vous accuse de tomber sous le coup de matraquage publicitaire mais le lobby des distributeurs d’eau du robinet ça semble exister aussi. Sinon on n’aurait pas chaque année les mêmes reportages visant à nous répéter inlassablement que notre eau du robinet est pure et sans danger. Si c’était tellement évident tout le monde en aurait parfaitement conscience.

– Je ne sais pas… Je crois que pour ma part je suis assez enclin à me passer totalement de filtre.

– Ben vous boirez du thé dégueulasse, voilà tout.

– Un moindre mal.

– Je ne trouve pas.

– Concernant l’odeur du chlore on m’a donné une astuce que je trouve très efficace après essai.

– Laquelle ?

– Le chlore étant très volatile, ce qui explique que les piscines sentent si fort, il s’évapore très facilement. Donc il suffit de le mettre dans une bouteille en verre et sans bouchon dans le réfrigérateur ; Au bout de quelques heures le chlore se sera évaporé. C’est vrai que cela change bien le goût et au pire cela permet de désinfecter un peu le frigo.

– C’est la personne qui vous a conseillé de ne pas filtrer l’eau qui vous a dit cela ?

– Euh… Oui. Bon en effet cela peut paraître paradoxal mais si l’eau est au frais les microbes prolifèrent moins vite.

– Je vois le genre. Ces têtes d’œuf je les connais comme si je les avais pondues ! Invitez-les chez vous, demandez-leur d’y récupérer les restes d’un plat qui n’ont pas été saucissonnés dans du film plastique, ils le regarderont avec une moue dubitative et proposeront de faire bouillir de l’eau pour un plat de pâtes. Et quand vous irez chez eux ne vous étonnez surtout pas d’y croiser 3 packs d’eau minérale dans le hall. Faites ce que je dis mais pas ce que je fais, maxime parfaite pour le fronton du palais Bourbon.

– Si vous voulez. Toujours est-il que votre idée est un flop !

– Ah oui ! Eh bien je suggère que vous retourniez voir ces énergumènes avec un projet de loi sous le coude !

– Lequel ?

– Notre eau du robinet est si pure et le gros de l’humanité aimerait en disposer aussi facilement que nous ? Dont acte ! Faisons une loi qui interdit la vente de l’eau en bouteille !

– Ah ?… Euh… C’est une idée.

– Une excellente idée ! Et l’argumentaire pour la transition écolo il est ficelé ! Vous imaginez qu’on fait faire des milliers de kilomètres à des bouteilles d’eau pour les vendre à des gens qui ont des sources et des nappes en nombres à proximité de chez eux ? Si ça c’est pas anti-écologique !

– Je suis parfaitement d’accord. Le problème c’est que ces entreprises rajouteront une goutte de jus de fruit et diront que ce n’est pas de l’eau.

– On interdit tout les liquides inutiles ! On voit de la pub partout pour des machines à soda ! Plus besoin de bouteilles de soda ! Coca et Pepsi reverront leur modèle industriel, voilà tout !

– Ah oui… Bon… C’est pas moi que ça dérangerait. Mais la commission y verrait une manœuvre un peu grossière du lobby du vin. Vous ne voulez tout de même pas que les gens fabriquent leur vin dans leur baignoire ?

– J’ai des amis qui font leur bière dans leur baignoire !

– Ah ah ! Voilà qui est pas mal en effet. Cependant vos projets sont un peu… comment dire ? Trop grands ! C’est un peu comme votre idée de tramway de fret. Cela n’a pas soulevé un enthousiasme formidable.

– Vous en avez parlé ? Vraiment ?

– Ah oui oui ! Je vous assure ! Et là personne ne m’a ri au nez. On m’a plutôt regardé avec des yeux qui signifiaient qu’on me prenait pour un fou, ou quelqu’un complètement détaché de la réalité. De l’avis de tous c’est totalement irréalisable donc hors de propos !

– C’est parfaitement réalisable ! Suffirait de le vouloir ! Après c’est sûr que le lobby du transport routier doit tirer les ficelles dans le dos d’un grand nombre des marionnettes qui siègent sur les bancs de l’assemblée. Si l’une d’entre elle a ouvert une grande bouche en vous disant : « Mais l’emploi de tous ces chauffeurs de camions, vous y avez pensé ? » vous pouvez être sûr que c’est le lobby du transport routier qui parle par sa bouche.

– J’ai eu de ça oui.

– Le lobby du transport saura bien oublier les chauffeurs quand la technologie du transport n’aura plus besoin de chauffeurs. Quand à moi je n’ai nullement l’intention de les mettre au chômage, ceux qui conduisent des camions conduiront des transpalettes, voilà tout !

– J’avoue que j’ai été dubitatif quand vous m’avez exposé ce projet grandiose mais à la réflexion moi je serais prêt à y croire. Seulement s’il n’y a que vous et moi, vous comprenez bien que ce n’est pas très utile d’insister.

– Ah c’est dommage ! Vraiment dommage !

– Vous n’avez pas imaginé des choses moins ambitieuses ?

– Ben… J’ai dessiné un caddie de marché à tiroirs, on m’a dit que cela existait déjà. J’en ai pourtant jamais vu sur le marché et les gens continuent à écraser les tomates et les pêches sous les patates. J’ai aussi dessiné un déambulateur-fauteuil très stable et pliable, on m’a dit que ça existait déjà.

– Euh… je pensais à une ambition plus… intermédiaire.

– Ben en ce moment je planche sur un modèle de tricycle de livraison. Comme vous m’y avez encouragée.

– Ah oui. C’est une bonne idée. Faites-moi part du résultat le moment venu !

– Je n’y manquerai pas.

– Bon eh bien à bientôt ! Et désolé de ne pas avoir pu vous annoncer de bonnes nouvelles.

– Ce n’est pas grave. Tant que vous avez essayé.

– J’ai essayé. Au revoir madame Hayon.

– Au revoir monsieur Léonard.

…

…

…

Toc Toc Toc

– Entrez !

– Tenez ! Le dossier climat avec les dernières mises à jour.

– Merci. Dites Yacine ! Vous en pensez quoi des pots de fleurs de la presqu’île ?

– C’est super moche !

– Vous n’aimez pas les fleurs ?

– Si ! Beaucoup même. Mais là c’est juste ridicule. Et c’est parfaitement antinomique avec le besoin de faire de la place aux transports collectifs et aux modes doux. Et en plus ça ne se marie absolument pas avec l’architecture de la ville. On serait cernés de chalets savoyards je dis pas mais là… Non franchement, je ne comprends pas ce qui leur est passé par la tête ! Surtout à quelques mois des municipales.

– Ce sera peut-être un moyen de nous débarrasser de Colomb.

– Aucun espoir, il rejettera la faute sur un autre ! D’ailleurs s’ils ont affiché partout des panneaux disant que ces pots étaient la concrétisation d’une concertation citoyenne, c’est bien pour laisser entendre : « C’est vous qui l’avez voulu ! »

– Vous pensez que beaucoup de gens ont réclamé des alignements de bacs en bois de dix mètres de long sur plusieurs centaines de mètres ?

– Aucune idée ! Les dessins sur le papier donnent parfois des réalisations décevantes.

– Mais tout de même ! Ils pouvaient difficilement ignorer que les bus, les taxis et les cyclistes seraient désormais pris dans les bouchons. La ligne S1 n’aura bientôt plus un seul passager. Je me demande comment font les livreurs.

– Ils bloquent les rues perpendiculaires. Mais il est prévu d’installer des caméras de verbalisation pour un meilleur respect des espaces réservés aux livraisons.

– Bon sang. Le bordel en attendant que tout cela se mette en place. L’autre jour j’étais au Grand Café des Négociants…

– Ah bon ? Vous vous embourgeoisez Loulou !

– On m’y avait donné rendez-vous ! C’était, je pense, le samedi ayant suivi la pose des bacs dans le haut de la rue Herriot. Or à ce carrefour ils n’ont même pas laissé la place pour qu’un gros poids lourd ou un long bus puisse prendre le virage. Mais ce virage est sur le parcours d’un bus à étage qui propose une visite touristique de la ville. Vient donc un bus qui se trouve incapable de passer sauf au prix de longues manœuvres répétées. Bien sûr derrière-lui se crée un long bouchon tandis que les trottoirs sont aussi surchargés de piétons. A un moment un automobiliste impatient croit pouvoir se faufiler derrière le bus. Sauf qu’à cet instant le feu est vert pour les piétons. L’impatient s’avance brutalement alors qu’il y a une bonne trentaine de personnes engagées sur le passage. Il pile immédiatement mais une femme ne se prive pas pour lui faire savoir ce qu’elle pense de lui. Lui rétorque : « Tu vois pas que je suis planté là depuis 10 minutes ! » Et il rajoute un nom d’oiseau que les types grossiers réservent aux femmes. Ce qui ne plaît pas au mari de la femme. Je vous laisse imaginer la suite. Tout cela à cause de petites fleurs dans des grands bacs.

– Des petites fleurs arrosées de bière et de pisse toutes les fins de semaine.

– Alors on ne peut pas avoir de fleurs en ville ?

– Je ne sais pas. Ils en ont planté dans un parterre devant une école aux Jacobins et c’est plus joli que dans ces gros bacs. Comme tout le monde comprend que ce parterre permet de faire une utile séparation entre le trottoir où stationnent régulièrement des écoliers et la chaussée où passe des voitures qui représentent un danger pour eux, ce parterre est peut-être mieux respecté que ces bacs qui emmerdent tout le monde. Enfin je vous dis ça mais j’en sais rien, peut-être qu’il faut replanter des fleurs tous les lundis là aussi.

– C’est quand même malheureux un tel manque de respect du bien public !

– J’avoue !

– De tous ces entretiens concernant les transports urbains j’ai l’impression qu’il n’en est vraiment rien ressorti. Je ne trouve aucune idée viable qui puisse emporter l’adhésion d’une partie de mes pairs.

– Mais c’est normal parce que c’est la guerre du chacun contre tous ! Lisez tous les sondages ! Vous allez trouver 80 % des gens qui disent vouloir moins de voitures en ville ! Mais y a pas un automobiliste sur cinq qui serait intéressé à l’idée d’abandonner sa voiture au profit de transports en commun même si l’offre de ceux-ci était largement améliorée.

– Mais commençons par le commencement ! Comment améliorer cette offre justement ? Certainement pas en remettant les bus au milieu des voitures à cause de pots de fleurs !

– J’avoue ! C’est très compliqué ! Vous avez vu l’expérience de piétonisation du centre-ville ?

– Je n’ai pas vraiment eu l’occasion de m’y balader samedi. Vous avez eu des retours ?

– Ce que j’ai trouvé intéressant c’est le retour de certains cyclistes. Pour ceux qui utilisent leur vélo dans l’optique de se déplacer aussi vite sinon plus qu’une voiture en ville, la piétonisation cela peut être vraiment perçu comme un fléau ! Les bons cyclistes préféreront souvent circuler vite au milieu des voitures en s’affranchissant parfois du respect des feux rouges que dans des rues où les piétons flânent au milieu de la chaussée. J’imagine que c’est pareil pour les trottinetteurs !

– Trottinettistes ?

– Je ne sais pas comment on dit. Trottineurs ?

– Vous croyez que si on mettait une zone 30 partout comme je l’ai suggéré, il faudrait laisser les feux en place ? Car moi j’imaginais qu’à une telle vitesse on pourrait repasser toutes les rues en priorité à droite.

– Mais justement la piétonisation prouve que c’est difficilement réalisable partout. Je veux bien qu’il soit utile de promouvoir un monde où l’on prend un peu plus son temps. Mais vous ne pouvez pas exiger de tout le monde qu’il calque son pas sur le pas de celui qui prend tout son temps. L’écologie politique ce n’est pas dire à celui capable de pédaler à 20 kilomètres heure : « Désolé, vous devrez vous contenter de dix car la priorité va aux piétons qui ont tout le loisir de traverser quand et où bon leur semble ! » Au contraire le cycliste doit pouvoir faire de plus grandes distances en moins de temps à l’avenir simplement en lui garantissant qu’il trouvera demain de plus grandes pistes sans feu rouge et sans piéton ! Y a-t-il un grand intérêt autre que touristique à « privatiser » tout le centre au profit des piétons ? Est-ce que cela ne conduit pas à reporter une partie de la circulation sur les quais et les arrondissements extérieurs ? Est-ce que cela ne va pas déséquilibrer le commerce de certaines zones ? Si oui, au détriment et au profit de qui ? C’est difficile à planifier tout cela car les zones vraiment piétonnes se prêtent bien à certains commerces et très peu à d’autres. Quant à supprimer les feux cela me paraît impossible dans les endroits où il y a une forte densité, que ce soit de piétons ou de véhicules. Cette zone de piétonisation du centre ils envisagent de la rendre pérenne en mettant des bornes qui s’activeront à partir de midi. Si vous n’êtes pas résident vous ne pourrez plus y circuler que le matin...

– Oui je suis au courant.

– Mais rien que pour le matin les feux resteront indispensables.

– Vous croyez ? Les matins de semaine sont tout de même plus allégés en piétons que les samedis.

– Moi je suis de l’avis de ceux qui pensent que si toute la priorité est donnée aux piétons, cela devient difficile à vivre pour tous les autres. Je sais que c’est pénible aussi pour les piétons et le citoyen que vous avez reçu et qui ne jurait que par la marche à pied n’avait pas totalement tort. Mais je crois que garder les feux permettra de maintenir une certaine fluidité pour ceux qui ne sont pas là pour flâner. L’important c’est surtout de faire baisser le nombre de véhicules encombrants ainsi que de devenir totalement intransigeant sur les limitations de vitesse dans les zones où il y a piétons et des utilisateurs de mode doux.

– Vous avez sans doute raison Yacine. Vous savez, c’est marrant mais plus j’ai l’impression d’être à l’aise dans ma fonction au niveau relationnel et moins j’ai l’impression d’être en mesure de réfléchir. Vous croyez que c’est normal ?

– J’imagine que oui. Allez, rassurez-vous ! Si comme vous l’avez dit vous ne comptez pas faire cela plus de dix ans, vous aurez le temps de vous remettre à réfléchir.

– Dix ans ? Ce ne sera peut-être bien que cinq !

– Moi j’essaye de faire en sorte que ce soit dix ! Me laissez pas tomber, hein ? 

 

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1 septembre 2019

Loulou Léonard vs Pinaille

Les entretiens citoyens de Loulou Léonard, député de la 15ème circonscription du Rhône.

Objet : Déplacements urbains et écologie.

Citoyen : Madame Pinaille, citoyenne… un tout petit peu trop

Date : 1er février 2019.

 

– Alors madame Pinaille ! De quoi allons-nous parler ?

– De politesse, de courtoisie, de bienséance. Tout ce qui nous fait défaut !

– Je vois. Mais quel rapport avec les déplacements urbains ?

– Vous ne le voyez pas ?

– Désolé mais non !

– Dans notre pays tout le monde semble totalement irrité par les difficultés de déplacement. Pourtant nous sommes relativement moins nombreux au kilomètre carré que bon nombre de nos voisins européens. En réalité l’irritation provient surtout du fait que nous sommes devenus une nation d’irritables !

– Cela n’a pas toujours été le cas ? Du moins n’avons nous pas toujours été considérés comme des râleurs ?

– Ce n’est pas du tout la même chose ! Le râleur ne garde pas de ressentiment durable ! Au contraire, chez lui il y a une soupape qui permet d’évacuer en permanence la pression. Le râleur ne devient pas méchant au contraire de l’irritable ! Vous voyez la différence ?

– Oui sans doute. Mais alors ? Par quelle évolution malheureuse sommes-nous passés de râleurs à irritables ?

– Mais par l’éducation bien sûr ! La responsabilité en incombe avant tout à l’éducation nationale !

– Ah ? Ce ne serait pas un peu aussi celle des parents ?

– Moins qu’on ne le pense. Vous ne pouvez pas attendre de parents qui ne possèdent pas eux-mêmes les codes de la vie en commun dans une société évoluée qu’ils l’enseignent à leurs enfants.

– Allons bon ! A vous entendre on croirait qu’on vient de subir une invasion barbare !

– Nous en sommes arrivés à ce niveau d’inélégance pour diverses raisons et l’invasion barbare n’est pas la principale d’entre toutes. C’est la pensée libérale qui est la plus à blâmer ! Nous n’avons pas encore cessé de payer le prix de mai 68 !

– Mai 68 a rendu les gens irritables ?

– Mai 68 a rendu les gens égoïstes et impolis. Le moindre défaut de l’égoïste n’étant pas sa propension à ne pas supporter l’égoïsme des autres ! Sans se rendre compte qu’ils agissent exactement de la même manière les égoïstes s’irritent des égoïstes.  

– Je me sens parfaitement libéral et je ne suis ni égoïste ni impoli.

– Je ne parle pas de libéralisme économique !

– Moi non plus ! Je suis libéral au sens qui vous semble répréhensible. Je défends le droit des gens à ne pas vous dire bonjour s’ils ont envie de garder le silence, à ne pas ôter leur couvre-chef quand ils croisent un gradé, enfin vous voyez… ce genre de choses.

– Eh bien je ne vous félicite pas ! La responsabilité de ce foutoir vous incombe donc en partie !

– Non je ne crois pas car je ne défends pas le droit des gens à griller des feux rouges ou klaxonner de manière intempestive. Je suis un légaliste tout comme vous l’êtes sûrement, sauf que je ne soutiendrai jamais une loi qui obligerait les gens à dire bonjour.

– Je n’irais pas jusque-là non plus ! Mais vous êtes d’accord pour dire qu’une fois qu’on a décrété que les voitures devaient rouler à droite, il est normal qu’une personne qui persisterait à rouler à gauche soit considérée hors-la-loi.

– Cela va de soi !

– Mais si on faisait un projet de loi qui obligeait les piétons à marcher à droite, bien entendu vous ne le soutiendriez pas !

– Les piétons à marcher à droite ?

– Oui ! Les voitures roulent à droite, pourquoi les piétons ne marcheraient pas à droite ?

– Mais cela n’a rien à voir ! Les piétons ne se rendent pas dedans en l’absence d’une telle règle !

– Que vous dîtes ! C’est beaucoup plus fréquent que vous ne le croyez !

– Admettons ! Mais dans le lot des piétons morts en marchant, combien sont morts renversés par un véhicule et combien sont morts renversés par un piéton ?

– Je ne prétends pas qu’on en arrive à de telles extrémités mais je prétends que le fait qu’il n’y ait pas de règles d’usage des trottoirs participe grandement à l’irritabilité collective.

– Vous exagérez !

– Non je n’exagère pas ! Mais sans doute n’avez-vous guère besoin de vous déplacer à pied pour en mesurer la difficulté.

– Comme vous y allez ! Je marche sans doute un peu moins depuis 18 mois mais ce n’est que temporaire.

– Dans ce cas vous n’aurez pas manqué de constater que le chaos advint bien avant que l’affluence ne paraisse chaotique par elle-même.

– Je ne me souviens pas avoir été confronté à un empêchement total d’aller à pied. Même là où les trottoirs sont petits, et j’ai bien conscience qu’ils sont souvent trop petits.

– Vous n’êtes pas gênés parce que vous êtes d’un naturel libéral et égoïste. Voilà ce que sont les libéraux, des sans-gêne !

– Expliquez-moi cela !

– Tout est plus simple quand on ne se soucie pas des autres. Tant qu’on n’est pas totalement entourés d’autres sans-gêne on est facilement amené à ne pas se rendre compte de l’entropie que l’on génère par absence de sens collectif. La communauté fonctionne encore grâce aux efforts de ceux qui ont gardé le sens commun.

– J’ignore où vous voulez en venir mais vous pouvez vous vanter d’être la personne qui m’a le plus rapidement égaré en route depuis que j’organise ces rendez-vous. Donnez-moi un exemple concret parce que là c’est du chinois ce que vous me dites !

– Un exemple ? J’en ai un tout prêt ! Par exemple, dites-moi, quand vous marchez sur un trottoir très fréquenté, combien de fois vous arrive-t-il de descendre dans le caniveau pour faciliter le passage des piétons arrivant en face ?

– Dans le caniveau ? Vous voulez dire sur la chaussée ?

– C’est peu ou proue la même chose, vous n’allez tout de même pas vous jeter au milieu de la chaussée si des voitures y roulent ?

– Dans ce cas j’éviterais de descendre du trottoir. Je préfère éviter de me retrouver à l’hôpital plutôt qu’avoir l’air d’un gentleman.

– C’est un risque assez facile à maîtriser et votre réponse prouve que ce n’est pas trop dans vos habitudes.

– Vous en avez de bonnes vous ! Combien de fois je descends du trottoir… Je n’en sais rien au juste, j’imagine que l’on fait ces choses-là de manière inconsciente. A mon sens c’est même à cela qu’on reconnaît une personne bien éduquée, c’est une personne qui se comporte correctement sans avoir à y penser. Je préfère quelqu’un qui, ne m’ayant pas vu dans son dos, omet de me tenir la porte que quelqu’un qui le fait par souci de respecter un code de conduite mais pense en réalité, excusez ma vulgarité : «  Bouge un peu ton cul connard ! »

– Pourquoi penserait-il une chose pareille ?

– Ce qui est valable pour les automobilistes doit l’être assez souvent pour les piétons.

– Je ne vois pas le rapport !

– Moi si.

– Mon exemple vous prouve pourtant qu’on est justement obligé de penser ses actes quand on veut faire preuve d’esprit communautaire. Et penser ses actes suppose un socle éducatif que beaucoup n’ont pas ! Comme le laxisme de trop de parents ne laisse plus espérer l’acquisition précoce d’un socle éducatif commun, c’est à l’école de palier à cette lacune. Mais la mentalité du personnel éducatif n’est guère réjouissante, trop imprégnée des idées de mai 68 ! La volonté d’inculquer un réel code de conduite c’est autre chose que de vagues considérations sur la manière de ne pas passer pour un infréquentable. C’est tout de même étrange qu’à l’heure actuelle il faille attendre que les jeunes gens atteignent leur majorité pour apprendre un code de conduite ! Mais c’est plus par intérêt personnel que par sens du commun qu’on cherche à obtenir un permis d’aller en voiture. On a compris que l’usage d’une automobile nécessitait quelques précautions si on ne voulait pas vivre des drames à répétition. Mais on n’en a jamais déduit que des règles précises pour l’utilisation de l’espace public dans d’autres circonstances pourraient s’avérer fort profitables au bien commun !

– C’est sans doute parce que nul autre que vous ne semble penser que marcher à droite sur les trottoirs puisse améliorer la vie des gens.

– Je ne dis pas qu’il faille marcher à droite sur les trottoirs, je dis seulement qu’enseigner à l’école la manière de se comporter sur un trottoir serait un réel bénéfice pour la société ! Évidemment cela ne peut pas vous sauter aux yeux puisque vous faites partie de ceux qui pensent faire les choses correctement par automatisme ! Mais la réalité c’est que vous bénéficiez sans vous en rendre compte des actes de ceux qui les pensent !

– Je ne sais pas quoi répondre à ça. A vous entendre j’ai l’impression qu’on ne parle simplement pas la même langue.

– Ce n’est pas français ce que je dis ?

– Sans doute, mais  cela ne fait pas sens dans mon cerveau.

– Vous me décevez monsieur le député !

– Désolé.

– Pourtant ce n’est tout de même pas difficile à comprendre. Vous marchez sur un trottoir qui n’est pas très large et sur lequel il est difficile de se croiser à trois. Quel est selon vous le bon code de conduite ?

– Mais je n’en sais fichtre rien ! Tant qu’on ne se rentre pas dedans frontalement, on ne va tout de même pas s’inventer des problèmes !

– Si on ne se rentre pas dedans frontalement c’est d’abord grâce aux personnes qui continuent à penser leurs actes dans ce monde d’égoïstes.

– La preuve que non ! Il arrive immanquablement que deux égoïstes se croisent, et devinez quoi ! Ils n’ont pas d’accident.

– Je le conçois car à la vitesse moyenne de la marche à pied les réflexes humains sont suffisants pour éviter les heurts graves. Je vais même vous dire une chose qui vous surprendra, en général il est souvent plus difficile de se croiser pour deux personnes qui pensent leurs actes que pour deux personnes qui ne les pensent pas. Et vous savez pourquoi ?

– Non ! Bien sûr que non !

– Parce que les personnes qui pensent leurs actes sont devenues si minoritaires qu’elles en sont venues à les penser en fonction de la majorité qui est égoïste. La personne bien éduquée s’attend à croiser principalement des personnes qui ne le sont pas. Donc par exemple quand elle marche sur un trottoir un peu étroit, elle ne peut pas s’attendre à ce que des personnes arrivant en face lui cèdent le passage même quand une règle d’usage mieux répandue lui donnerait la priorité. Pour la facilité de tous, y compris de l’égoïste qui arrive en face, elle aura tendance à toujours descendre du trottoir ou marquer un arrêt en se faisant la plus petite possible pour la laisser passer. Ainsi, quand elle n’a plus affaire à un égoïste mais à une personne comme elle, elle se retrouve comme face à un miroir. Elle descend du trottoir mais la personne en face fait la même chose en même temps. Souvent cela donne lieu à des situations cocasses, c’est comme un pas de deux où chacun se retrouve toujours dans la route de l’autre quand chacun voudrait laisser la priorité à l’autre.

– Trop de politesse tue la politesse ? Cela va peut-être vous surprendre mais ça m’est arrivé assez souvent.

– Moi cela m’arrive presque quotidiennement.

– La preuve que cette société n’est pas aussi individualiste que vous voulez bien le dire !

– Cela m’arrive rarement en croisant des moins de quarante ans figurez-vous ! Toutes ces générations sans éducation. Comprenez que les difficultés des gens bien éduqués tiennent avant tout dans l’absence de règles dont la connaissance serait plus répandue dans la population. Dans bien des domaines de la vie courante les gens bien éduqués ont pour guide de conduite la nécessité de faire attention aux autres. Mais ils manquent eux aussi d’un code plus précis qui leur permettrait de ne plus se sentir isolés dans leurs efforts. Par exemple aucune règle ne disant de quel côté du trottoir il faut marcher, personne n’est en mesure de prétendre qu’il marche dans les règles de l’art. Or ces règles seraient parfaitement aisées à établir et à enseigner dans les écoles.

– Ah bon ?

– Mais bien sûr puisqu’elles tombent sous le sens ! Je vais vous donner des exemples tous simples. Vous êtes sur un trottoir si étroit que deux personnes ne peuvent pas s’y croiser. Imaginez qu’une personne arrive en face de vous. Il faudra nécessairement que vous ou cette personne fasse l’effort de descendre du trottoir. Qui doit être cette personne ?

– Eh bien j’imagine que vous allez me sortir un argument vieille école faisant état d’un droit d’aînesse ou je ne sait quelle considération ayant trait au code d’honneur des gentilshommes. Si vous étiez nazi vous pourriez penser que la personne portant étoile jaune doit céder le passage à celui portant un brassard SS ! Je préfère un peu d’anarchie !

– N’importe quoi ! Non mais vous dites absolument n’importe quoi ! J’espère bien qu’il reste encore une majorité de personnes pour penser qu’un vieillard en déambulateur a le droit de garder le haut du pavé quand bien même ce serait le pape qui arriverait en face !

– Sauf si c’est le pape en déambulateur. Une situation difficile à exclure, hé hé !

– Vous trouvez ça drôle ?

– Hem… Continuez !

– Mettez-vous dans la situation où il s’agit de deux personnes du même sexe et du même âge !

– Le petit maigre s’efface devant le grand costaud ?

– C’est peut-être ce qui finira par se passer si ce pays sombre dans l’incivilité la plus totale ! Comme vous êtes décidé à me faire tourner en bourrique on n’a qu’à imaginer que ces deux personnes ont a peu près la même silhouette ! Eh bien même dans ce cas-là la règle de conduite est tout à fait évidente ! Si elle ne vous saute pas aux yeux c’est que vous êtes aveugle !

– Désolé, je ne vois pas !

– Décidément. Bon ! Pensez sécurité, ça vous aidera.

– Sécurité ? Vous voulez dire que s’il y a un flot de voitures sur la chaussée, les deux personnes restent gentiment sur le trottoir et taillent une bavette ?

– Mais arrêtez de dire n’importe quoi ! C’est sûr que si on fait des trottoirs de 50 cm de large dans des rues très passantes, il faudrait peut-être songer à mettre ces trottoirs en sens unique. Mais la sécurité sur un trottoir doit être pensée comme on pense la sécurité sur une route de campagne. A un piéton sur une telle route on conseille de marcher du côté qui lui permet de faire face aux voitures qui passent à côté de lui. Ainsi, il a une chance de pouvoir se jeter dans le talus s’il a un doute quant à la proximité d’une voiture.

– A mon avis il vaut souvent mieux se jeter dans le talus à chaque fois vu que le danger lié à cette proximité me semble difficilement évaluable !

– Elle l’est parce qu’il y a beaucoup trop de personnes qui ne pigent même pas les choses élémentaires du code de la route ! Souvent un automobiliste pensera qu’il faut mettre son clignotant quand on dépasse un cycliste ou un piéton pour prévenir les véhicules de derrière. Beaucoup ne jugent même pas utile de le faire quand il s’agit de piétons qui n’empiètent pas vraiment sur la chaussée, mais plus encore jugent que c’est totalement inutile de le faire quand eux-mêmes ne sont pas suivis par d’autres automobilistes. Pourquoi prévenir qu’on double alors qu’on est tout seul ?

– Eh oui ! Pourquoi ?

– Mais bon sang ! Mais si vous croisez quelqu’un, ne serait-ce qu’un piéton, c’est bien que vous n’êtes pas seul ! Et c’est aussi pour cela que le piéton doit marcher du côté de la file qui lui fait face, pour voir le clignotant que met l’automobiliste qui lui signifie ainsi « Soyez sans crainte, je vous ai vu ! » Il est évident dès lors que si plein d’automobilistes oublient de mettre leur clignotant, cela perd beaucoup de son sens de marcher face aux voitures, où alors à se jeter effectivement bien souvent dans le talus !

– Vu sous cet angle… Tiens voilà une chose à laquelle je n’avais pas pensé. C’est assez juste ce que vous dites.

– Bien sûr que c’est juste. Mais pour en revenir à nos piétons en ville, on ne peut guère s’attendre à ce que les automobilistes mettent leur clignotant à chaque fois qu’une personne descend du trottoir, dans certaines rues ils auraient leur clignotant en permanence. Mais dans ces rues-là on ne s’attend guère à voir des voitures rouler à fond, il y règne une forme d’anarchie qui est autant imputable au manque de savoir-vivre de bon nombre de nos concitoyens qu’au fait que bien souvent les trottoirs y sont totalement inadaptés. En pratique c’est tout de même moins dangereux que de vouloir marcher le long d’une nationale mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’accidents. Et donc cela tombe sous le sens ! Quand cela est nécessaire la personne qui doit descendre du trottoir est celle qui fait face à la circulation ! Eh bien maintenant que vous savez cela je vous encourage à prêter un peu plus attention à ce qui se passe dans la rue. Les personnes qui pensent leurs actes sont assez faciles à reconnaître. Vous les verrez beaucoup plus souvent qu’à leur tour marcher sur la chaussée. Pourquoi ? Parce qu’elles aiment à rendre les choses plus faciles même à des gens qu’elles ne connaissent pas. Ainsi elles estiment qu’il n’est agréable pour personne de devoir se mettre complètement de travers pour se croiser sur un trottoir trop étroit. Alors elles prennent le parti d’en descendre le plus souvent possible afin de se rendre agréables à la personne arrivant en face qui aura le loisir d’aller droit. Mais c’est alors souvent à la personne qui fait l’effort de descendre de se contorsionner car si elle-même ne fait pas face à la circulation, il faudra bien qu’elle regarde dans son dos pour voir s’il est possible de descendre sans danger du trottoir. Et depuis qu’il y a des véhicules très silencieux c’est même une nécessité absolue !

– Donc vous vous faites partie de ceux qui sont souvent sur la chaussée pour faciliter la vie d’autrui. Cela ne vous ennuie pas de penser qu’en face de vous la plupart des gens ne remarquera jamais cet effort.

– Figurez-vous qu’une fois un couple l’a remarqué et m’a dit merci !

– Une seule fois ?

– Oui ! Mais quand je dis « merci » c’était plutôt « thank you ! » car c’était un couple d’américains ! Y a pas de hasard !

– Soit. Mais par ailleurs, même s’ils ne vous ont pas roulé dessus, de nombreux automobilistes doivent maugréer car ils estiment que les piétons n’ont rien à faire sur la chaussée.

– Oh j’en ai bien conscience mais j’essaye aussi de faire en sorte de ne pas gêner les automobilistes. Donc assez souvent je reste sur le trottoir par force et c’est bien là que je me rends compte du sans-gêne de mes concitoyens. Parce qu’en effet, quand on ne peut pas descendre du trottoir parce que cela irait contre la sécurité, on est bien obligé de se croiser dans des espaces souvent trop étroits ou qui le deviennent parce que des malotrus en occupent une part supérieure à celle qu’ils s’accorderaient s’ils voulaient respecter les règles de bienséance. Non mais je vous jure ! Parfois je me demande si j’ai revêtu une cape d’invisibilité pour qu’on fasse aussi peu de cas de ma présence ! Non mais c’est limite si certains ne vous poussent pas de l’épaule dans le caniveau ! Parfois j’aimerais être une femme gigantesque et large d’épaules. Je m’assurerais de ne pas occuper plus de la moitié du trottoir et je ne ferais pas un effort de plus, histoire de voir combien de personnes viennent se fracasser sur moi. Il y en aurait sûrement beaucoup et presque autant pour s’en plaindre. Et moi je leur dirais : « J’occupe la moitié du trottoir, si vous en faisiez de même vous auriez l’épaule moins douloureuse présentement ! » Les gens sont d’une incorrection, je vous jure !

– Chacun voit midi à sa porte ! Je pense qu’en face de vous il y a souvent des personnes qui ont l’impression qu’elles se sont plus contorsionnées que vous afin qui vous puissiez vous croiser.

– Non je ne crois pas ou alors c’est qu’elles sont de totale mauvaise foi ! Je vous donne un exemple tout simple. Vous êtes sur un trottoir assez large pour deux personnes. Arrivent face à vous deux autres personnes. La moindre des règles de politesse c’est que ces personnes-là, en vous apercevant, arrêtent de marcher côte à côte pour se ranger l’une derrière l’autre afin que vous vous puissiez occuper une moitié du trottoir comme il se doit ! Mais vous croyez qu’il reste combien de français qui comprennent une chose pareille au jour d’aujourd’hui ? Eh bien très peu ! Et alors assez souvent ces personnes qui persistent à rester côte à côte arrivent finalement à votre hauteur et celle qui est la plus proche de vous daigne tout de même faire un effort pour se faire un peu plus petite tandis que vous vous faîtes encore plus petite qu’elle pour ne pas risquer d’être éjectée du trottoir ou scotchée au mur ! Mais c’est à peine si elle ne vous reproche pas d’être dans ses pattes ! Voilà la réalité ! Et voilà pourquoi je marche sur la chaussée aussi souvent que possible ! Pour éviter d’avoir à supporter ces malotrus !

– Je croyais que c’était par esprit citoyen !

– Aussi mais accordez-moi que la citoyenneté devrait être partagée par tous ceux qui aspirent au droit de vote !

– Oui d’accord. Mais de tous temps il y a eu des gens plus ou moins conscients de ce que cela peut signifie de vivre ensemble.

– Mais cette conscience serait bien plus répandue si on enseignait les règles de bonne conduite à l’école.

– Figurez-vous qu’à ce sujet les élèves ont des cours désormais bien plus explicites qu’à mon époque. Moi je n’ai pas été en cours d’enseignement moral et civique.

– Eh bien je me demande ce que ces tarés de ministres qui orientent les programmes et en changent à peu près aussi souvent qu’il y a de rentrées scolaires font rentrer dans ce cours-là ! Autant dire que le résultat ne s’est pas encore manifesté dans l’espace public ! Remarquez qu’avec un peu de chance les enfants finiront par y apprendre quelque chose et pourront enfin apprendre quelques règles élémentaires à leurs parents ! Des règles de sécurité par exemple, comme la manière dont on se balade avec un gamin de trois ans dans la rue !

– Il y a une manière pour cela ?

– Il devrait ! Quand on est en compagnie d’un gosse on le fait marcher du côté du mur, pas du côté de la chaussée ! Mais pour avoir conscience de ces choses basiques encore faut-il penser ses actes ! Je vois tellement de gens inconscients des dangers que je me dis qu’il faudrait un permis pour avoir le droit de faire des enfants.

– Voilà une vieille rengaine particulièrement réactionnaire. Certains parents pensent qu’il faut laisser un peu de liberté aux enfants pour qu’ils grandissent normalement et sans appréhension. Cela ne veut pas dire qu’ils ne les surveillent pas, prêts à réagir si un danger réel se présente.

– Je me demande qu’elle réaction est possible quand le gamin joue les équilibristes sur le bord du trottoir tandis que la maman fait une fixette sur la vitrine d’un magasin de chaussures ? Et bizarrement, plus les gamins sont libres, plus on fabrique des adultes qui, en plus de n’avoir aucun esprit communautaire, sont de vrais empotés !

– Toutes les générations ont leurs lots d’empotés et de personnes brillantes ! Naturellement les critères d’évaluation sont amenés à changer un peu, le monde n’est pas immuable !

– Il ne doit pas changer au point de ne plus se donner de règles à respecter. Aucune civilisation ne peut survivre sans règles !

– Et vous pensez que des règles de conduite concernant la marche sur les trottoirs changeront la face du monde ?

– Il ne s’agit pas seulement de cela ! Il s’agit d’établir des règles qui permettent de rester civilisés dans des lieux où l’on vivra de plus en plus les uns sur les autres ! Il est essentiel que chacun y mette du sien et repense courtoisie, bienséance et politesse comme des nécessités. Il y a plein de choses qu’on devrait s’interdire de faire.

– Comme ?

– Sortir de chez soi ou d’un magasin comme si l’on était prioritaire ! En voiture vous ne passez pas de votre garage à la rue sans vous assurer que la voie est libre ! Eh bien à pied ce devrait-être la même chose ! Quand on arrive à un angle de rue sans visibilité c’est la même chose ! Quand on porte un parapluie et qu’on croise ou double une personne, on doit le lever clairement au-dessus de la tête de cette personne, on ne se dit pas que de lui fourrer un coup dans les cheveux c’est moins grave que de l’éborgner ! Sur un trottoir encombré on ne dépasse pas une personne un peu lente en gênant l’avancée des personnes arrivant en face. A contrario quand on est un peu lent, on ne fait pas comme si les autres ne comptaient pas en restant nonchalamment au beau milieu du trottoir. Idem quand on fait partie d’un petit groupe qui flâne et prend beaucoup de place, on doit rester attentif à laisser passer les gens et toujours penser qu’ils ont aussi le droit d’être un peu pressés. On ne doit pas s’arrêter tout net sans se soucier des gens venant derrière parce que soudainement un article en vitrine s’est imprimé sur notre rétine. On ne doit pas couper la route à une personne que l’on croise de manière perpendiculaire, on passe dans son dos ou si besoin on marque un arrêt et on lui cède le passage…

– Selon le principe de la priorité à droite ?

– Pourquoi pas ? Quand on promène un chien en laisse on ramène son chien près de soi dès que nécessaire, on n’attend pas que la personne arrivant en face ou nous dépassant soit empêchée dans son avancée. Quand on attend à un feu on ne s’avance pas sur la chaussée tant qu’on ne s’est pas assuré qu’il n’y a plus aucun véhicule en approche. Quand on est dans une aire où les piétons peuvent se sentir toujours prioritaires, on ne doit pas s’interdire de laisser parfois la priorité aux voitures. On doit faire preuve d’empathie et se mettre à la place d’un conducteur qui est obligé de traverser la rue de la République un samedi après-midi ! A contrario quand on est en voiture on respecte absolument les limitations de vitesse et on conduit avec souplesse ! Les conduites brutales des crétins m’as-tu-vu et des énervés sont parmi les principaux générateurs de stress et d’animosité. Et quand je parle de souplesse celle-ci va bien au-delà de ce que les conducteurs comprennent généralement. Conduire avec souplesse ce n’est pas qu’une conduite qui donne une sensation de souplesse à ses passagers, c’est avant tout une conduite qui ne laisse pas de doute aux piétons ! Par exemple quand on arrive à proximité d’un passage piéton on anticipe suffisamment pour faire comprendre aux piétons qu’on va vraiment leur céder le passage. Trop souvent les piétons sont dans l’expectative et hésitent à traverser parce qu’un véhicule arrive un peu vite. Et puis le conducteur finit par s’arrêter et se fend d’un geste princier pour signifier qu’il se plie gracieusement à la règle donnant la priorité aux piétons en l’absence de feux tricolores. Mais il aurait été mieux pour tous qu’il soit moins princier et simplement plus citoyen en ne laissant aucun doute sur ses intentions dès le départ !

– Et moi qui ai failli vous prendre pour une royaliste… Mais dites-moi ! Vous en avez beaucoup des règles comme cela ? La vie doit finir par être un peu fatigante si vous vous forcez à penser tous vos actes !     

– Le simple bon sens suffit à en éditer d’autres. On ne se gare en aucun cas sur le trottoir ! On rentre les bacs à ordures de son immeuble si on est le premier à y pénétrer après le passage des éboueurs, même si on estime que c’est le travail de quelqu’un d’autre. On attache son vélo dans des espaces dédiés à cet usage.

– Je suis étonné que vous ne m’ayez pas encore parlé des trottinettes, tout le monde m’en parle !

– Les trottinettes ne sont un problème que parce qu’elles sont majoritairement utilisées par des personnes qui n’ont pas reçu cette éducation propre au vivre ensemble ! Si vous avez reçu cette éducation il est évident qu’en aucun cas vous n’allez poser une trottinette à un endroit où elle est susceptible de gêner le passage ! Et vous vous en servirez comme si elle vous appartenait dans un total respect du code de la route.

– Si vous connaissez ce code.

– Je suis tout à fait favorable à ce qu’un code des déplacements à l’usage des non-automobiliste soit enseigné dans les écoles.

– C’est un peu déjà le cas je crois.

– Je ne parle pas de faire du tricycle avec des panneaux au milieu de la cour de l’école, je parle d’enseigner toutes ces règles que j’ai édictées ainsi que tout ce qui dans le code de la route concerne également les piétons, les cyclistes et les trottinetteurs ?

– Trottinettistes ? Non ?

– Je n’en sais rien au juste.

– Trottineurs ?

– Peu importe, le code est le même !

– Bien. Alors vous pensez que ces quelques règles suffiraient à rendre la ville plus fluide.

– Parfaitement.

– Mais vous n’avez pas la prétention d’en faire une ville plus écologique par ce biais ?

– L’éducation est la clé de tout ! Et comme je vous l’ai déjà dit trop de parents sont complètements laxistes quand il ne sont pas simplement abrutis. Comment voulez-vous qu’un enfant se sente concerné par l’écologie quand ses parents n’ont toujours pas compris, des décennies après sa mise en place, le principe du tri sélectif.

– Sans vouloir passer pour un abruti, moi-même je ne l’ai toujours pas compris.

– C’est pourtant simple ! Le verre vous l’amenez dans les bacs à verre, vous ne le mettez pas dans la poubelle jaune !

– Le verre oui mais quel verre ? Il est spécifié qu’on ne doit pas y mettre les verres dans lesquels ont boit, comme les verres à pied. Pourquoi ?

– Je ne sais pas pourquoi mais je sais qu’il ne faut pas le faire. Donc je ne le fais pas !

– Moi je sais pourquoi mais je testais votre esprit de curiosité.

– Pourquoi aller chercher midi à quatorze heures ? Si c’est marqué qu’il ne faut pas le faire ne le faites pas !

– Je ne suis pas d’accord. Je pense que les enfants ont besoin de comprendre les choses. En apparence un verre à pied ne se différencie guère de celui d’un pot de confiture. Sauf qu’il fond à une température plus élevée que le verre qu’on appelle verre d’emballage, celui des pots et des bouteilles. Donc on ne peut pas les faire fondre ensemble sinon ! Si on n’explique pas pourquoi l’un se met dans la benne de recyclage et pas l’autre, on doit s’attendre à ce que le recyclage ne soit pas fait dans les règles qu’on édite. Tenez ! Je vous donne un exemple ! Vous voyez ce verre en plastique qui me sert de porte-stylo ? A votre avis, si je décide de le jeter un jour, devrai-je le mettre dans la poubelle grise ou dans la poubelle jaune ?

– Faites-moi toucher !

– Tenez !

– Cela me semble être un plastique à mettre dans la poubelle jaune. Je crois qu’il faut surtout éviter de mettre les plastiques trop fins ou trop épais.

– En réalité presque tous les plastiques pourraient trouver nouvel usage par le biais du recyclage, surtout lorsqu’ils ne sont pas imbriqués dans d’autres matériaux comme sur des pièces complexes. A priori ce gobelet est recyclable, sera-t-il recyclé ? Eh bien il faut se fier non pas à son apparence mais au numéro qu’il comporte et indique de quel genre de plastique il s’agit. Ce numéro est indiqué dans un triangle… il doit être en-dessous… attendez…. Non. Il doit être dedans… Ah… Ben voilà un exemple parfaitement mal choisi car ce gobelet n’a aucune indication sinon sur ça provenance fort fort lointaine. Parfois vous pouvez avoir des indications sur la nature du plastique en toutes lettres mais tout ce que je sais c’est que les numéros permettent d’avoir des certitudes sur les possibilités de recyclage.

– Vous venez de dire que tous les plastiques pourraient être recyclés.

– La différence entre pouvoir et être fait toute la différence. Si vous mettez dans la poubelle jaune des plastiques qui, une fois dans l’usine de retraitement seront mis dans une grande benne destinée à l’incinérateur ou une décharge géante, votre geste n’a servi à rien sinon faire rouler inutilement des camions.

– Je le conçois bien donc quand j’ai un doute je m’abstiens.

– Mais ce verre en plastique vous l’auriez mis dans la poubelle jaune.

– Oui, sans doute. Mais s’il n’a pas de numéro cela signifie peut-être qu’il est recyclable.

– Je l’ignore. Tout ce que je sais, ou plus modestement, crois savoir, c’est qu’en France on ne recycle systématiquement que les plastiques portant les numéros 1 et 2. Il paraît que dans d’autres pays d’autres numéros sont recyclés mais en France on se contente de ceux-là car pour les autres le jeu n’en vaut pas la chandelle.

– C’est à dire ?

– Le coût de revient du processus de recyclage est trop élevé. Autrement dit c’est une activité qui ne rapporte pas d’argent. Vous obtiendrez une masse de matière plastique que personne ne vous achètera au prix que vous pourrez proposer, cette matière ou l’équivalent pouvant être produite moins chère directement à partir de dérivés du pétrole.

– Ce n’est pas toujours le cas ?

– J’imagine que non.

– Ah ? Moi je pensais qu’on s’obligeait à recycler en subventionnant le plus souvent la filière de recyclage. D’abord en lui donnant la matière première, la ville récupère le contenu des poubelles jaunes et l’apporte aux entreprises qui recyclent.

– Même les déchets cela s’achète vous savez. C’est même potentiellement un sacré business d’avenir. 

– Mais si ce que vous dites est vrai. Alors pour ce qui concerne les plastiques, toute la filière serait en permanence menacée par la fluctuation des cours du pétrole. Quand le prix du pétrole est haut cela vaut la peine de recycler plus de plastique mais s’il devient très bas, alors plus personne ne veut recycler ? C’est absurde comme raisonnement puisque vous voyez bien qu’on recycle toujours au moins les bouteilles en plastique. Alors imaginez que demain on découvre encore de nouveaux gisements de pétroles gigantesques au point de se dire qu’on ne va jamais en manquer ! Alors son prix dégringole et on ne fait plus aucun effort de recyclage ! On finira par vivre au milieu de montagnes de déchets !

– Mais non ! On jette tout dans le Rhône et vogue la galère, le plastique ça flotte souvent très bien ! J’ironise mais vous avez sans doute raison sur un point. J’ignore encore les tenants et aboutissants de l’industrie du recyclage mais mon assistant doit m’organiser une rencontre bientôt avec un cadre supérieur de la filière. Par contre j’imagine que si on veut s’en tenir à des mécanismes d’économie de marché pour régler les problèmes écologiques, et croyez bien que ce n’est pas la position que je défends…

– Oui, ça j’avais bien compris !

– Eh bien même dans ce cadre-là, je ne connais aucun chef d’entreprise qui rechigne à se gaver de subventions et d’aides en tout genre si on propose de lui en-donner quand bien même il ne cesserait de clamer : « Que le meilleur gagne ! » Donc en effet, on peut massivement subventionner la filière de recyclage afin qu’il devienne plus rentable de recycler les plastiques qui portent les numéros 3, 4, 5, 6, 7… Mais vous savez je ne crois pas que cela puisse suffire à nous sortir d’affaire. Vous avez déjà vu les îles de plastique à la surface des océans ?

– Oui bien entendu… du moins à la télé.

– Il paraît que ce plastique ne représente qu’une infime proportion du plastique que l’on consomme. Une bien plus grosse partie finit dans les décharges ou les incinérateurs. Les fumées qui s’en dégagent ne sont sûrement pas très recommandées pour notre santé mais ceux qui ne finissent pas en fumée auront peut-être des conséquences encore plus graves dans les décennies à venir. Alors pour ma part je suis plutôt partisan de la solution qui est de l’autre côté de la balance.

– Qui est ?

– Estimer autrement ce qu’il en coûte en matière de santé publique d’avoir extrait autant de pétrole de la terre et fabriqué autant de plastique ; puis le taxer à la hauteur des réparations à mettre en œuvre.

– C’est pas des bataillons de gilets jaunes que vous aurez mais des armées !

– Sans doute la politique pour se passer des voitures à essence est une affaire ardue ; mais ne me faites pas croire que les français sont si accrocs à leur bouteille jetable en plastique qu’ils ne la troqueraient pour rien au monde contre des gourdes en métal ou des bouteilles en verre consigné ! Donc on va discriminer ! On va relancer comme beaucoup le demandent la filière du verre consigné pour les particuliers comme elle n’a jamais cessé d’exister pour les débits de boisson. Et on va taxer massivement la vente de produits sous plastique. J’ai déjà travaillé un peu sur ce sujet avec deux ou trois élus.

– Face à l’armée violette je ne vois pas quelle proposition vous êtes en mesure de faire avec une chance qu’elle aboutisse.

– Oh mais j’ai déjà repéré parmi les marcheurs ceux qui sont prêts à marcher de travers, et puis ce n’est pas parce qu’on est minoritaire qu’on doit s’interdire de faire.

– Oui mais vous vous êtes une bande de vioque à vous tout seul !

– Oh ben c’est sympa ça ! Je suis moins près de la retraite que vous figurez-vous !

– C’est à craindre !

– Tout cela pour dire que beaucoup de gens sont encore pleins d’incertitudes quand ils se retrouvent devant une poubelle jaune ! Et cela après des décennies de pratique ! Donc imaginez ce que cela donne quand quelqu’un qui se moque totalement d’écologie arrive avec un déchet en main près de deux poubelles aux couvercles différents.

– Moi je peux vous dire qui est responsable de cela !

– Dites-moi !

– Les antipatriotes qui n’ont cessé d’œuvrer pour la décentralisation ! Cette massive connerie qui fait que chacun décide d’organiser les choses à sa sauce selon les idées médiocres des potentats locaux !

– Vous exagérez ! Rien que notre région est plus peuplée que de nombreux pays en Europe ! On est quand même capable de faire des choses à ce niveau-là sans demander l’aval de hauts-fonctionnaires installés à Paris ! Et la décentralisation s’accompagne de plus en plus d’une centralisation si on s’en tient au niveau des communes qui sont de plus en plus regroupées pour les décisions qui nous intéressent comme la gestion des déchets !

– Quand vous dites « notre région », vous parlez de celle que François Flanby, soudain investi d’une mission divine, a tracé avec sa petite gomme et son petit crayon ? Vous ne pensez tout de même pas qu’une seule bonne idée ait pu germé un jour dans un tel cerveau ?

– Oui ben c’est un autre problème ! Et d’ailleurs faire des régions plus grandes c’est un peu une forme de recentralisation.

– Tout dépend de ce dont on parle ! On est encore assez d’accord pour que les enfants français bénéficient du même programme scolaire dans toute la France, ou sinon autant arrêter de se prendre pour une nation. Si la question des déchets vous semble importante alors vous devriez militer pour que partout en France on applique les mêmes procédures ! Alors on pourrait avoir un cours national sur le tri sélectif qui serait clair, net, précis et pratique et qui n’éluderait pas les questions d’ordre financier que vous avez soulevées !      

– Je ne suis pas contre.

– Si on n’avait cessé de penser les choses à l’échelle de notre pays on pourrait faire bien mieux sur de nombreux sujets relatifs au transport et à l’écologie. Nous avons laissé aux maires le droit de se prendre pour les chantres du développement durable parce qu’ils pensent toujours que leurs décisions sont meilleures que celles du maire d’à-côté ! Ou bien quand manifestement ce n’est pas le cas ils font valoir leur déficit de moyens !

– Ce qui n’est pas forcément faux !

– Eh bien c’est là que l’état serait en mesure d’agir pour rééquilibrer les choses quand la région, elle, pense que ce n’est pas son problème ! Si on avait compté dès le départ sur les régions pour développer nos réseaux de communications et télécommunications la France aurait l’air d’être totalement arriérée dans un paquet d’endroits !

– C’est pas dit !

– Oh si croyez-moi ! Ce n’est ni l’agglomération ni la région qui vont un jour faire en sorte que les déchets finissent là où il doivent finir ! Si un jour j’achète un produit assez toxique dont j’ai un usage ponctuel et sur lequel il est marqué « Pot et contenu à déposer en déchetterie. » Si le pot n’est pas vide, ou croyez-vous que le résidu ira ?

– Eh bien j’imagine que vous le porterez en déchetterie.

– Je le viderai dans le lavabo ! Voilà tout !

– Ah bon ? Eh bien je ne vous félicite pas ! Où est passé votre esprit communautaire ?  

– Je fais pour la communauté ce que la communauté me donne les moyens de faire ! Au lieu de me rappeler sans cesse que je dois me débarrasser de mes encombrants et de mes produits chimiques à la déchetterie la plus proche, soit à quatre kilomètres de chez moi, ouverte à des heures où je travaille alors que je n’ai pas de véhicule pour m’y rendre !

– Vous pouvez louer les services d’un collecteurs de déchets, il y en a plein et cela ne vous ruinera pas.

– Mais oui bien sûr ! Si vous en connaissez un qui travaille après 20h faites-moi signe ! Je ne comprends tout simplement pas pourquoi, alors qu’on parle de reléguer les voitures loin des centre-ville, rien n’est prévu pour donner aux gens les moyens de s’en passer ? Ceux qui n’ont jamais eu de voitures peuvent témoigner à quel point ils ont souvent regretté de ne pas en avoir une.

– On est vendredi et vous n’êtes pas au travail. Donc vous voyez que vous avez bien des occasions de vous occuper de vos déchets polluants !

– Je suis en vacances et pendant mes vacances j’ai d’autres chats à fouetter !

– Alors faites-le le samedi !

– Je vous répète que je n’ai pas de voiture !

– Vous savez qu’il y a une barge faisant office de déchetterie qui est amarrée tous les samedis sur la Saône au niveau de Perrache ? Vous n'êtes pas si loin que ça !

– Je ne le savais pas mais j’attendrai qu’ils l'amarrent sur les quais du Rhône si vous le permettez !

– Soit. En tout cas, à défaut d’avoir un cours clair, net et précis à l’école, on peut toujours faire l’effort de se renseigner sur internet ! Mais pour ma part je pense que le vrai problème des déchets c’est leur production. Si vous faites des travaux ou des réparations, vous avez peut-être ponctuellement besoin d’une peinture résistante au intempéries, d’un dissolvant puissant, d’un tube de joint de salle de bain. Bon, déjà on peut essayer de réfléchir aux alternatives qui offrent un bon compromis entre efficacité et moindre impact écologique. Mais une fois qu’on a fait cela, le plus dur est souvent d’évaluer la quantité nécessaire. La plupart des bricoleurs du dimanche connaît trop bien la valse des aller-retour au magasin, quand on bricole beaucoup on est rarement regardant sur sa consommation d’essence. De toute façon, même si on savait parfaitement évaluer la quantité nécessaire d’un produit, on ne pourrait pas l’acheter en cette quantité-là. En réalité bien souvent on se dit qu’on a besoin de 16 litres, on en achète 20, autant par sécurité que parce qu’il n’existe que des bidons de 5 ou 10 litres, au final on en utilise 14 et les 6 restants finiront par sécher dans le grenier. C’est un luxe anti-écolo que seule une société qui fonctionne comme la nôtre croit pouvoir se permettre. En réalité il y a bien longtemps qu’elle aurait dû comprendre qu’elle ne pouvait pas se le permettre. Sans doute il vaut mieux finir par emmener les 6 litres restants à la déchetterie, mais on voit tellement de choses à la TV qu’on peut à raison douter que cette déchetterie génère au final moins de pollution qu’un rejet sauvage dans le siphon de la baignoire ! La seule bonne méthode serait de pouvoir acheter les quantités dont on a besoin, ou à défaut de pouvoir ramener le surplus. Vous m’accorderez qu’on a peu de chances de voir cela dans un système qui est fait d’un côté d’enfants gâtés et pressés et de l’autre de commerçants encore plus pressés. Les premiers ne veulent pas acheter un pot de peinture qui aurait déjà été entamé par un autre client, les seconds sont des géants du bricolage installés à la périphérie des villes qui ne font pas du neuf avec du vieux. Rien dans tout cela ne nous oriente vers une économie de la sobriété quand bien même la peinture ou le tube de joint que vous achetez serait déclaré « A++++++ » Ce fameux tube de joint au gabarit standard de 400g qu’il faut utiliser avec un pistolet prévu à cet effet. Vous avez fini votre travail mais peut-être que d’ici un an ou deux vous aurez besoin de reprendre un joint, vous ressortirez le tube du grenier dans l’espoir qu’il soit encore utilisable mais rien à faire, la pointe est complètement sèche. Durant cette période des milliers de personnes auront fait la même chose, il y a même sûrement quelques-unes qui habitent près de chez vous. Vous qui n’avez jamais été faire un tour à la maison de le jeunesse et de la culture du quartier parce qu’on dit qu’il n’y a que des vieux, vous qui trouvez les vide-grenier désuets, vous pensez soudainement qu’une maison de quartier où l’on pourrait trouver à louer une perceuse 7 jours sur 7, à déposer gracieusement un tube de colle non terminé qui pourrait servir à un voisin, à acheter à prix dérisoire un boulon donné par un autre voisin, à déposer une machine à laver hors d’usage voire à trouver quelqu’un pour vous aider à la porter, serait une maison de quartier digne d’un certain intérêt pour le bricoleur écolo que vous êtes !

– Vous voulez créer des Emmaüs pour les bricoleurs ?

– Si vous voulez mais ce n’est pas à cela que je pense. Mon bricoleur trouverait sans doute qu’Emmaüs a le côté désuet du vide-grenier. Moi je parle d’un endroit avec des fonctionnaires dans l’air du temps, c’est à dire pas avec les horaires d’ouverture du secrétariat de mairie mais plutôt sur la plage 7h-22h! Un vrai pôle de services mais orienté sur l’écologie. Honnêtement, pour avoir fréquenté pas mal les enseignes qui ont des batteries de photocopieuses prises d’assaut par les étudiants qui préparent leur mémoire, je conçois qu’elles évitent la tentation de s’acheter une photocopieuse. Mais elles évitent déjà beaucoup moins la tentation de s’acheter une imprimante car les imprimantes sont relativement bon marché alors qu’elles ne sont pas négligeables dans le tas hallucinant de déchets électroniques que nous produisons. Typiquement l’imprimante professionnelle d’une maison de quartier devrait remplacer des centaines d’imprimantes nulles qui n’imprimeront jamais plus que quelques milliers de feuilles avant d’être mises au rebut. Et je pourrais multiplier les exemples tant je sais que les foyers possèdent des objets qu’ils n’utilisent que très occasionnellement. Bien sûr il faut une révolution des mentalités et que les gens comprennent qu’ils n’ont pas besoin de posséder autant.

– Le problème avec votre idée c’est que justement vos collègues de l’assemblée pensent que c’est à Kiloutou de louer la perceuse et à Corep de faire les photocopies !

– C’est ouvert le dimanche ?

– Oulala ! Vous avancez sur un terrain glissant là ! Votre aile gauche ne vous pardonnera pas une telle idée parce que peut-être que justement Kiloutou et Corep n’attendent que cette opportunité pour élargir leurs plages d’ouverture.

– Ils ne seront pas forcément plus compétitifs. D’abord ils seront face à un pôle de services à but non lucratif ! Ensuite il va sans dire que cela s’inscrit dans une démarche écologique qui se donne les moyens de lutter contre toute forme de gaspillage, donc encore une fois cela n’est réalisable que dans une société qui a pris conscience de la non résilience du capitalisme libéral, une société qui aura donc retrouvé le goût de la chose commune. Le travail le dimanche n’y serait pas perçu comme un recul des droits des salariés au profit du patronat. Il y a bien des gens qui s’engagent le dimanche, parce qu’ils sont membres de clubs, d’associations, ou même volontaires pour la permanence d’Emmaüs.

– Entre un dimanche travaillé volontairement et un dimanche travaillé sur ordre ce n’est pas vraiment la même chose.

– Il est vrai qu’à l’heure actuelle je ne laisserais pas rentrer le loup dans la bergerie si j’étais salarié du privé. Mais si je m’engageais dans une mission de service public cela serait différent.

–  J’en parlerai à ma fille ! Elle est infirmière au CHU !

– Oui d’accord… Je comprends bien qu’à l’heure actuelle le management du public semble presque pire que dans le privé. Mais ce n’est pas ma politique ! Et puis avant il y en avait qui travaillaient le dimanche au guichet de nombreuses gares, sont-ils si satisfaits que cela d’avoir leur dimanche maintenant que seuls les distributeurs répondent présent le jour du seigneur ?

– Faudrait leur demander !

– Par ailleurs ce n’est pas tant Kiloutou qui aurait du souci à se faire que Quiventou.

– Vous croyez que si les gens se décident à louer plutôt que posséder, c’est déjà un pas en avant ? Pour en revenir aux trottinettes moi je pense que si tous ceux qui en font possédaient la leur au lieu de la louer, ce ne serait pas écologiquement pire et surtout cela poserait moins de soucis ! Ils ne les abandonneraient pas n’importe où !

– Oui d’accord. C’est pour cela que je dis qu’il faut un changement de mentalité. Évidemment je ne décèlerais pas le début d’un tel changement chez un couple de jeunes qui s’installe et décide de ne pas avoir de vaisselle parce qu’il entend se faire livrer tous ses repas par Deliveroo, qui n’a pas de voiture parce qu’il entend faire tous ses très nombreux déplacements en trottinette de location, en Uber, cars Macron ou vol charter, qui n’est pas propriétaire du gigantesque écran plat qu’il a dans son salon parce que le leasing permet d’avoir toujours le dernier cri sans risque. D’abord sa consommation personnelle reste dans ce cas une consommation hyper-énergivore, et de plus elle sert les intérêts d’actionnaires dont la consommation personnelle est en moyenne à minima une injure à la planète.

– Je vais vous dire, votre couple de jeunes, il a sûrement des grands-parents qui ont fait mai 68 ! Ils ont réclamé le chacun pour soi et ils l’ont eu ! Allez donc réparer cela maintenant ! 

25 août 2019

Loulou Léonard vs Hayon

Les entretiens citoyens de Loulou Léonard, député de la 15ème circonscription du Rhône.

Objet : Déplacements urbains et écologie.

Citoyen : Madame Hayon, conceptrice d’un système de transport inconcevable.

Date : 1er février 2019.

 

– Alors Madame Hayon ? Quelles idées avez-vous pour améliorer notre bonne ville de Lyon ?

– J’en n'ai qu’une, mais elle change tout !

– Ah ! Voilà qui est intéressant ! Exposez-moi cela !

– C’est très simple, cela tient en trois mots : supprimer – les – camions !

– Supprimer les camions. Laissez-moi réfléchir…

– C’est tout réfléchi ! J’ai bien observé la chose ! Je suis en mesure d’assurer qu’à l’origine de 90 % des bouchons, il y a un poids-lourd.

– Un poids-lourd… donc potentiellement c’est un bus. Vous voulez supprimer les bus aussi ?

– Pas du tout ! Je parle des camions de livraison ! A l’origine de 90 % des retards de bus il y a un camion de livraison ! Un camion posé au milieu de la rue et qui bloque la circulation !

– D’accord… Mais alors ? Admettons qu’on supprime les camions ! Comment va-t-on livrer les magasins ? Ou même évacuer les poubelles ?

– Avec des petits camions !

– Ah ! Donc vous ne voulez supprimer que les gros camions ?

– Non pas que ! Aussi les petits camions qui créent des bouchons ! C’est une question de système ! La ville ne subit pas partout les mêmes contraintes. Dans certaines rues le ramassage des ordures peut très bien avoir lieu en fin de matinée sans que cela entraîne de grandes perturbations. Mais dans d’autres il est difficile d’envisager le passage de camions qui s’arrêtent à chaque numéro de porte dès après 8h du matin. Sans marquer autant d’arrêts que les éboueurs certains livreurs provoquent des pagailles sans nom, même ceux qui ne livrent que quelques colis légers. Ils sont si nombreux que même dans les rues à voies multiples ils les bloquent toutes quand ils ne s’arrêtent pas sans vergogne sur le trottoir. Alors quand ils livrent carrément des palettes entières cela devient réellement infernal !

– Oui j’entends bien, mais s’il y a des commerces il faut bien qu’on les livre. Vous ne voulez tout de même pas qu’ils soient livrés au milieu de la nuit ?

– Non, bien sûr que non !

– Ils ne peuvent pas l’être non plus tous en même temps entre 6h et 8h du matin ! Il faut bien que les livreurs fassent leur journée !

– Je vous parle d’un changement de système !

– Mais encore ?

– Les utilitaires des services de messagerie font au moins 2 mètres de large ! Et un camion porteur fait plus de 2m50 de large ! Or une palette standard fait 1m20 de long et 80 cm de large ! Vous voyez où je veux en venir ?

– Pas du tout !

– A ça !

– ………………… C’est quoi ?

– La base d’un nouveau système !

– D’accord mais c’est quoi ?

– C’est un transpalette tout terrain ! Un truc existant et performant ! Rien qu’avec ça j’instaure un nouveau système. Et voici mon propre transpalette encore mieux adapté à mon système ! C’est un prototype bien sûr !

– Vous voulez dire le dessin d’un prototype !

– Oh mais le jour où on le fabriquera, croyez bien qu’il sera parfaitement fonctionnel.

– Si vous le dites.

– Vous voyez le schéma d’ensemble ?

– Toujours pas.

– Ce transpalette va remplacer la très grande majorité des camions dans les secteurs où ils seront bannis. Vous voyez ?

– Euh… Mais les palettes, d’où elles sortent si ce n’est des camions ?

– Elles pourront sortir de camions garés loin des artères où ils seront bannis ; ou bien elles sortiront de ça !

– ………………… C’est quoi ?

– Le métro de Fret !

– Ah carrément ! Un truc qui n’existe pas donc.

– C’est un truc à creuser ! Disons plutôt un tunnel à creuser.

– Cela ne me paraît pas très réaliste.

– Vous les politiques vous avez vraiment la vue courte ! Il faudrait penser à vous échapper du giron du lobby du transport routier, sinon c’est certain que rien ne changera jamais !

– Très bien ! Allez jusqu’au bout de votre idée ! Exposez-moi votre projet grandiose !

– Très bien ! Quand je vous parle de métro il peut aussi s’agir de lignes de tramway puisque le tramway est à la mode. Le terminus de ces lignes jouxtera des plateformes logistiques qui permettront le transfert des palettes descendues de trains ou de camions et chargées dans des tramways ou des métros. S’il s’agit d’un tramway vous pouvez imaginer des stations qui pourront être espacées de quelques centaines de mètres, disons en moyenne une tous les 500 mètres. A contrario d’un tramway de passagers vous n’allez pas avoir des arrêts à chaque station. Regardez à quoi ressemblera une station !

– …………….. Cela demanderait plus de place qu’une station de passagers.

– Pas beaucoup plus, voire même pas du tout plus. Cela dépend de la manière dont on décharge les tramways. Moi j’ai voulu dessiner un tramway qu’on pourrait décharger avec mon transpalette tout terrain. Mais on pourrait aussi le décharger avec un transpalette tout simple et déposer les palettes sur le quai dans un ordre prédéterminé en amont. Vous pourrez dès lors les emmener avec mon transpalette tout terrain en restant dans l’axe du quai qui n’aura pas besoin d’être plus large qu’un quai de passagers. Et pas besoin de deux quais, à la place du deuxième on aura une voie de déchargement. A la limite, avec une bonne gestion du trafic et un déchargement efficace, on pourrait décharger sans créer une troisième voie, si un autre tramway arrive pendant qu’on décharge il passera sur la seconde voie qui sera le plus souvent dévolue au retour des tramway vers le terminus. Il y a bien des lignes de chemin de fer qui n’ont qu’une seule voie et où les trains se croisent seulement en gare.

– Oui mais ça ne marche que là où le trafic est faible. Pour remplacer des centaines de camions il faudrait un certain débit tout de même.

– C’est pour cela que j’ai envisagé trois voies et un quai mais cela ne nécessite pas plus de place qu’un tramway ordinaire. Dans l’absolu les possibilités sont multiples car au contraire des lignes de passagers vous n’avez pas forcément besoin de mettre le quai de déchargement le long de la ligne. Vous pouvez très bien le mettre dans une rue perpendiculaire puisque le tramway ne continue pas sa route, il s’arrête et repart dans l’autre sens une fois le déchargement terminé.

– Soit. Et ensuite ?

– Ensuite, on embarque les palettes avec un transpalette tout terrain de ma fabrication.

– De votre imagination vous voulez dire. D’ailleurs je vois bien la différence visuelle avec le vrai transpalette tout terrain mais je ne vois guère ce que le votre apporte.

– 90cm de large hors-tout pour cette version, 1m20 pour celle-ci.

– Sur ce dessin c’est quoi là ?

– Une rampe. Pour monter sur les trottoirs. Voire les marches à l’entrée des magasins.

– Il me semble qu’ils sont tenus de s’assurer eux-mêmes qu’on peut les livrer au moins devant leur porte.

– Oui mais dans quelles conditions ? J’imagine que si vous les politiques preniez des dispositions pour qu’ils ne créent pas de bouchons, ils feraient un effort. Mais tant qu’il n’y aura pas de risques de sanctions financières ils continueront à perturber la circulation en squattant illégalement la rue et les trottoirs.

– A part mettre des amendes pour stationnement illégal, qu’est-ce qu’on peut faire ?

– Encore faut-il les mettre ! Un camion qui reste seulement cinq minutes en stationnement peut engendrer de sérieux bouchons mais il a peu de chances d’avoir une amende dans l’intervalle.

– Mais si c’était le cas, certaines boutiques ne seraient simplement plus livrables. Ce n’est pas la solution.

– Non effectivement, c’est pour cela que j’en propose une autre. Mais elle m’est venue justement parce que j’ai eu à faire des audits dans ce domaine. A la base je suis coordinatrice logistique et je suis en mesure d’affirmer que les réflexions en matière d’approvisionnements passent encore trop souvent au second plan. Avant d’accorder des permis les pouvoirs publics seraient bien avisés de s’intéresser de près à la manière dont les commerçants prévoient de se faire livrer. Or ils ne font guère cet effort et les commerçants eux s’intéressent le plus souvent à l’aspect purement commercial, ils veulent un beau magasin et surtout qu’on n’ampute pas leur précieuse surface de vente par des considérations d’ordre logistique. Si un transporteur les livre avec un semi-remorque quand un fourgon serait plus judicieux, ils disent que ce n’est pas leur problème mais celui du transporteur ou du fournisseur qui l’affrète. Et puis ils ressortent toujours le même argument que vous : il faut bien livrer la marchandise si vous voulez un centre-ville vivant ! Donc ils estiment que c’est aux pouvoirs publics de faire en sorte que les camions puissent trouver des places de stationnement ! Et ils ont beau jeu pour affirmer que c’est rarement le cas. Les ères de livraisons sont trop peu nombreuses, rarement accessibles ou jugées trop éloignées des points de livraison par les livreurs. Tenez ! Prenez l’exemple de la rue Grenette ! Vous n’avez jamais remarqué qu’elle est considérée comme une ère de livraison sur l’ensemble de sa longueur ?

– Non. J’avoue que non mais ce n’est pas forcément une rue que j’arpente souvent.

– La mairie a décidé d’y peindre des traits jaunes sur toute sa moitié sud ! Pourquoi ? Parce qu’ainsi elle peut affirmer aux commerçants et transporteurs qu’ils ont toute la place qu’ils veulent pour stationner et aucune raison de le faire dans les rues où cela gêne.

– Cela ne gêne pas dans la rue Grenette ?

– Non car elle a deux larges voies dans un seul sens, est assez peu passante et surtout n’est traversée par aucune ligne de bus. Comme aucune voie n’est à réserver aux transports en commun, on a décidé qu’on laisserait aux camions le loisir de stationner là ! Comme si les livreurs livrant entre les Terreaux et Bellecour allaient se garer là !

– Si vous pensez que ce n’est pas possible de faire plusieurs centaines de mètres avec des transpalettes pourquoi proposer exactement la même chose avec votre projet de tramway ?

– Mais c’est totalement différent ! Bien sûr qu’il est possible de faire des centaines de mètres avec un transpalette adapté ! Bien sûr qu’il est possible de livrer beaucoup plus de choses à l’aide la traction humaine !…

– La traction humaine ?

– Le vélo ! Enfin plus précisément le tricycle ! On en voit de plus en plus mais si on interdisait même aux fourgons l’accès au centre-ville, vous verriez qu’ils sont en mesure de livrer des volumes bien supérieurs à ceux qu’on leur confie actuellement, surtout s’ils ont une assistance électrique !

– Ce n’est donc plus tout à fait de la traction humaine.

– Peu importe ! Ce qui compte c’est que le tricycle est maniable et pas très large. Il a besoin de peu de place pour stationner donc sa généralisation permettrait de faire plus de zones de livraisons de tailles modestes au lieu d’en avoir en petits nombres aptes à recevoir des camions de dix mètres de long !

– Pas besoin de transpalettes tout terrain donc !

– Mais si ! Pour la livraison des gros volumes ! Il est évident que les gros commerces ont besoin de livrer des palettes entières ! Une palette compte en général pour un colis et elle doit arriver dans le magasin telle qu’elle a été préparée en entrepôt.

– Oui, oui, je sais tout ça.

– Tout ce que je veux dire c’est que livrer sans créer des bouchons et de manière plus écologique est tout à fait possible. Mais pas dans le système actuel où tout est axé sur la nécessité de faire tout à l’arrache ! Jamais aucun livreur livrant une palette aux Jacobins ne garera son camion rue Grenette, d’une part parce qu’il ne  dispose que d’un transpalette inadapté à ce genre de trajet, d’autre part parce que même s’il en avait un de ma conception, il n’aurait absolument pas le temps pour se permettre de faire cet allez-retour ! 

– Je sais. D’ailleurs, à ce propos, à quel vitesse irait votre transpalette ?

– Il n’y a pas de pure limite technique mais disons qu’une vingtaine de kilomètres heure me semble assez pertinente pour limiter à la fois les risques d’accident et l’impact écologique sans pour autant perturber la circulation. Il ne faut pas oublier que les transpalettes circuleront au milieu des voitures, vélos et trottinettes.

– Et tricycles ! Vous savez que j’ai reçu des concitoyens qui n’imaginent absolument pas qu’on puisse instaurer une zone 30 dans toute l’agglomération, alors si vous leur dites qu’un jour ils seront gênés par des transpalettes qui vont à 20 à l’heure, attendez-vous à une levée de boucliers !

– Écoutez ! Tout cela s’inscrit dans une vision d’avenir ! Les mentalités vont changer. Pour l’heure, si vous obligiez les camions à ne jamais stationner même de manière très courte sur une voie de circulation, cela finirait par avoir un surcoût. Les transporteurs trouveraient peut-être que le tricycle est aussi une solution, ou bien ils diraient à leurs chauffeurs : « Ainsi soit-il ! Gare-toi rue Grenette pour aller livrer au Jacobins ! » Et le livreur se baladerait avec sa palette en allant largement moins vite qu’avec le transpalette de ma conception, il gênerait d’autant plus la circulation, ce qui serait l’inverse du but recherché.

– Oui, c’est certain. Et le transporteur dirait ensuite au commerçant que les livraisons sont désormais plus chères, le commerçant irait voir le maire pour lui dire qu’avec ses dispositions il va tuer le commerce de centre-ville au profit des hypermarchés de l’extérieur et au détriment du bilan carbone de la cité toute entière !

– Eh ben on va finir par s’entendre vous et moi ! Vous m’accorderez donc que c’est d’un projet global, réfléchi et surtout expliqué, dont on a besoin. Il faut qu’il soit soutenu non pas de tous, mais du moins de la majorité. Ce sera possible quand une majorité de citoyens aura conscience de la nécessité du changement.

– Je suis d’avis qu’il faut de très gros changements mais de votre côté vous devez accepter qu’un projet tel le votre puisse apparaître à la majorité comme légèrement douteux.

– J’ai beaucoup réfléchi à la question et franchement… non, je crois vraiment que c’est une solution réellement viable.

– Je ne me prononcerai par sur le sujet car à l’heure actuelle j’ai beaucoup de difficultés à trouver des données statistiques dont j’aurais la certitude qu’elles ne sont pas biaisées par la volonté de confirmer un postulat idéologique. Par exemple certains de nos concitoyens m’affirment que la trottinette électrique à tous comptes faits un bilan carbone négatif. Ils n’apportent pas de chiffres, c’est juste qu’ils n’aiment pas la trottinette. Sauf que ce qu’ils disent pourrait s’avérer vrai contre toute attente. D’autres personnes me disent qu’elles aiment commander sur internet parce qu’ainsi elles utilisent moins leur voiture et ménagent leur bilan carbone.

– Ménagent leur compte en banque m’apparaît être plus conforme à la réalité ! Pour cela le calcul est beaucoup plus direct ! S’ils achètent sur internet des produits dont ils pourraient trouver l’équivalent dans les commerces du coin, c’est nécessairement par souci d’économie. Car en effet, si en les ayant cherchées vous ne trouvez pas d’études chiffrées et non partisanes sur l’impact des différents modes de transport, je ne vois pas comment une personne qui ne les a pas cherchées pourrait savoir quoi que ce soit sur l’amélioration de son bilan carbone suite à une moindre fréquentation des commerces physiques au profit des commerces en ligne.

– Oui mais les gens aiment aussi à conforter psychologiquement leur mode de vie. La culpabilité qu’on ressent en tant qu’occidentaux est réelle hormis chez les gens qui n’en ont simplement rien à foutre. Il est facile de soulager un peu sa conscience en s’appuyant sur une réflexion dont on se dit qu’elle est le fruit du bon sens. Imaginez que vous habitiez un petit village à 10 kilomètres d’une petite ville que vous aviez l’habitude de fréquenter quasi-quotidiennement. Un jour vous vous mettez à faire des achats sur internet et grâce à cela vous allez un peu moins souvent en ville. Alors régulièrement un fourgon vous livre des colis, souvent moins de 24 heures après la commande, c’est magnifique et d’autant plus qu’il arrive que le livreur ne se contente pas de vous apporter des colis, il en apporte aussi à votre voisin !

– Tout ce que fait un facteur depuis des lustres en somme !

– Oui certes, et vous avez raison d’ironiser. Mais là par exemple il peut aussi s’agir de paniers de courses tout entiers.

– Un peu comme quand l’épicier ambulant faisait la tournée des villages.

– Oui certes. Mais c’est une époque révolue et cet épicier n’avait pas la force de vente apte à le rendre compétitif en comparaison de l’hypermarché de la petite ville d’à-côté. Avec internet c’est potentiellement une multinationale géante qui vous livre. Si vous ne voyez pas au-delà, c’est à dire tout ce que cela peut signifier en terme d’écologie d’être dans un monde construit par et pour les multinationales…

– Vous voulez dire : « Si vous êtes sourd et aveugle » ?

– En quelque sorte… Je peux finir ma phrase ? Sans vous déranger ?

– Faites !

– Donc si vous ne voyez pas au-delà vous vous dites simplement : « J’allais presque tous les jours en voiture à la ville, mon voisin faisait de même, désormais un seul véhicule nous livre régulièrement tous les deux en même temps. Mathématiquement un seul véhicule en remplace deux et même beaucoup plus puisqu’il poursuit sa tournée vers d’autres villages. »

– Oui c’est possiblement vrai même si le véhicule du livreur a des chances d’être plus gros et de rouler à fond !

– Dans le tas de ceux qui commandent sur internet il y en a sûrement aussi quelques-uns qui roulent à fond. Donc à priori, si on ne s’intéresse qu’à la partie finale de la chaîne, celle qui fait passer le produit du dernier entrepôt par lequel il transite à nos placards, que des gens vivants dans des villages se fassent livrer plutôt qu’aller chacun et chaque jour à la ville d’à-côté, le bon sens nous dit que c’est vertueux d’un point de vue écologique.

– Oui cela s’entend. Mais on peut aussi se demander à quel moment les gens sont devenus si accrochés à la conduite et à leur liberté d’aller où bon leur semble quand bon leur semble au point de ne jamais envisager  l’idée de faire leur course avec leur voisin. Si vous allez tous les jours faire des courses ne me dites pas que vous avez besoin à chaque fois d’un coffre pour vous seul !

– A mon avis c’est arrivé au moment où l’épicier du village a mis la clé sous la porte, tué par la concurrence de l’hypermarché de la ville d’à-côté. Et c’est là où je veux en venir. Quel est le réel impact de la livraison à domicile ? Est-il positif d’un point de vue écologique ? Peut-on l’étudier réellement en tenant compte de toutes ses composantes. A priori l’exemple que je vous ai donné plaide en sa faveur, non pas si on le compare à la situation du temps jadis où même les petits villages avaient des commerces, mais du moins si on le compare aux dernières décennies qui ont vu la grande majorité des français se ruer en voiture vers les hypermarchés souvent installés à plusieurs kilomètres de chez eux quand ce n’était pas des dizaines de kilomètres. Nous pourrions dès lors considérer l’achat sur internet comme un retour de la raison.

– Je vous ai déjà dit que ce j’en pense ! C’est un calcul purement pratique et financier ! Maintenant je ne dis pas que cela ne peut pas avoir quelque impact positif mais cela sera fortuit.

– Justement, à défaut d’avoir sous nos yeux une étude pertinente on peut essayer d’y voir de plus près. Transposons l’achat sur internet de la campagne à la ville ! Comme vous le soulignez cela a aussi un côté pratique. Plutôt que d’aller chercher dans les rayons la présence hypothétique d’un livre, vous le cherchez sur internet. C’est parfait car plein de monde le vend ! Vous n’avez que l’embarras du choix et en plus grâce au dispositions culturelles françaises tout le monde le vend au même prix. Bien sûr Google vous indique en premier lieu le meilleur endroit pour l’acheter.

– Alibaba ?…  Je plaisante.

– Eh oui, mais pourquoi pas Alibaba d’ailleurs ? Toujours est-il que si vous êtes né sous le signe du mouton…

– Méfiez-vous de ce que vous allez dire, je suis bélier !…  Je plaisante…   Mais c’est vrai que je suis bélier.

– Bon. Disons que si vous avez tendance à suivre le troupeau, vous n’allez pas chercher plus loin, vous prenez ce que vous propose Google.

– Moi j’utilise DuckDuckGo mais pour un cas pareil le premier résultat serait le même !

– Certes. Mais vous pourriez aussi décider que vous préférez faire travailler un peu la librairie du coin qui est à moins d’un kilomètre de chez vous. Elle n’a pas le livre en stock mais elle propose aussi des commandes sur internet et la livraison à domicile, certes en 24h de plus que la géante multinationale mais depuis quand est-on incapable d’attendre 24h de plus ? On n’est tout de même pas rendu à l’état d’impatience d’un gamin de 5 ans un soir de Noël !

– Ah si si ! Je vous assure ! La moitié de l’occident en est rendue à cette impatience-là ! Et il est à craindre que ce soit pareil en Chine.

– Alors imaginons que vous faites partie de l’autre moitié. Vous décidez de faire travailler la librairie du coin mais vous avez encore un choix à faire car vous avez aussi la possibilité de faire livrer le livre directement à la librairie. Auquel cas vous devrez faire le kilomètre qui vous sépare d’elle pour aller le chercher durant ses heures d’ouverture. Des deux, quelle est la solution la plus écologique ?

– Eh bien j’imagine que cela dépend de votre façon de parcourir ce kilomètre. Si vous en profitez pour vous oxygéner les neurones par une petite marche à pied, c’est presque neutre de votre point de vue.

– On est dans une ville saturée de véhicules donc l’oxygénation sera réduite mais peu de chances de vouloir y aller en voiture.

– Alors je peux vous affirmer à coup sûr que dans ces conditions, il est sûrement plus écolo de se faire livrer à la librairie. Et même si elle n’existait pas il vaudrait mieux passer par un point relais que se faire livrer à domicile en ville. Comme je vous l’ai dit les services de messageries participent beaucoup au désordre urbain. Les véhicules qui multiplient les arrêts dans des zones encombrés ne peuvent pas se targuer d’être écolos ! Ils génèrent leur propre pollution et sont responsables de bouchons qui génèrent aussi de la pollution. Il est donc mieux que ces services posent de nombreux colis dans un seul commerce plutôt que d’aller à des dizaines d’adresses différentes livrer un ou deux colis à chaque fois. S’ils livraient tous en tricycle cela serait plus discutable mais on n’en est pas-là. Même si les entreprises de transport étaient d’une organisation irréprochable il vaudrait toujours mieux livrer dans un point relais accessible à pied que chez l’habitant. Mais leur organisation est vraiment loin d’être irréprochable.

– Je le sais. J’ai été longtemps dans le commerce de détail.

– C’est assez étrange d’ailleurs un tel bordel. Moi j’ai été dans des entreprises qui cherchaient à améliorer leur processus logistique et toutes celles livrées par de nombreux transporteurs n’en pensaient jamais du bien. Or c’est un secteur assez concurrentiel et la théorie économique nous dit que cela devrait conduire à une meilleure qualité de service.

– Il est assez facile de voir pourquoi ce n’est pas le cas. La concurrence joue à plein sur le facteur prix ! Si vous aviez un petit commerce vous constateriez rapidement que même vos meilleurs amis vont en cachette chez votre concurrent si celui-ci propose des prix plus bas. Je me demande si la peur de payer trop cher n‘est pas une maladie universelle, en tout cas elle est gravement contagieuse. Donc en tant que commerçant menacé par la concurrence vous cherchez à rester compétitif et quelque soit le volume que vous achetez vous cherchez à acheter au prix le plus bas. Certains fournisseurs incontournables vous imposent des conditions non négociables mais d’autres sont comme vous confrontés à un environnement très concurrentiel, ils ont besoin d’être présents dans votre échoppe et vous pouvez choisir de travailler avec d’autres marques présentant des produits équivalents. Le fournisseur vous livre franco de port à la porte de votre magasin, c’est lui qui choisit le transporteur et ayant l’embarras du choix, il fait lui aussi le choix du meilleur prix d’autant plus qu’aucun transporteur ne va lui dire qu’avec lui la marchandise arrivera cassée, ou en retard. Tout le monde promet de faire le boulot mais la promesse est loin d’être toujours promise. Le problème c’est que la promesse non promise aboutit rarement a des pénalités financières.

– Et pourquoi donc ?

– Parce qu’on est dans une économie où le besoin de faire vite l’emporte sur le besoin de faire bien. Si vous commandez quelque chose sur internet vous vous attendez à ce qu’elle arrive en bon état de marche et si ce n’est pas le cas, vous porterez réclamation auprès de l’entreprise qui vous l’a vendue. Quand vous êtes un commerçant vous finissez par voir les choses différemment. Vous fréquentez régulièrement les mêmes livreurs et même si vous n’êtes pas toujours dupe, vous ne cherchez pas plus loin quand ils vous expliquent que les problèmes sont de la faute d’un autre en amont sur la chaîne logistique. Au final, la casse vous vous en accommodez plutôt du moment que vous pouvez porter les réserves qui vous permettront de ne pas payer la facture. De toute façon aucun commerce ne s’offre le luxe d’ouvrir tous les cartons en présence des livreurs et un carton semblant intact peut très bien contenir de la marchandise invendable. A quel moment a-t-elle été cassée, personne ne peut le dire sauf celui qui a jeté comme un bourrin le carton et a entendu un bruit suspect, on ne va pas compter sur lui pour le signaler ! Donc en général le fournisseur finit par rembourser toute la marchandise qu’on déclare cassée. J’ai travaillé dans des secteurs où certains fournisseurs, après vous avoir poussé à acheter au-delà du raisonnable mais au prix le plus bas qu’il pouvait vous offrir, était parfaitement disposés à vous rembourser tous les invendus. De telles entreprises calculent une part de gaspillage acceptable et elles y incluent la casse durant le transport. Cela finit par laisser entendre que c’est absolument normal, qu’on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs.

– D’accord. Mais certains auraient sûrement intérêt à travailler avec des transporteurs qui garantissent un travail de qualité quitte à payer un peu plus cher. Si vous déménagez et que vous ne posséder que de la vaisselle et des meubles en plastique, vous prenez sans doute le déménageur le moins cher, mais si vous avez un piano à queue, une commode Louis XV et de la porcelaine, j’imagine que vous attendez quelques garanties supplémentaires et cela a un coût !

– Oui mais globalement c’est la guerre des prix qui l’emporte. Bien sûr au bout du compte il faut bien que quelqu’un paie pour ce gaspillage.

– Et donc ? Qui paie ?

– Tout ceux qui ne gagnent rien au change. Une bonne partie des consommateurs en particulier même si dans son acte de consommation une personne a toujours l’impression de faire une bonne affaire quand elle paie moins cher. Imaginez que vous soyez caissière dans un magasin. Un concurrent dénommé Pareuche s’installe à quelques kilomètres ; chez lui tout est posé en gros volumes sur des palettes et les caissières ont été remplacées par des caisses automatiques. Les prix sont plus bas et votre propre patron dit que c’est la crise et qu’il va devoir baisser votre salaire. Vous y consentez pour ne pas perdre votre travail mais le magasin qui vous emploie reste tout de même plus cher que l’autre. Comme vous avez un salaire amoindri, vous décidez à votre tour d’aller faire vos courses chez le concurrent qui rencontre un tel succès qu’un jour votre employeur met la clé sous la porte. Vous voilà au chômage, c’est ballot mais vous vous dites qu’heureusement qu’il y a Pareuche qui offre des prix de 25 % inférieurs à ceux que votre patron pratiquait, 25 % c’est exactement la baisse de vos revenus depuis que vous vivez des minimas sociaux. Comme vous n’êtes pas du genre à vous plaindre, vous voyez le bon côté des choses et vous vous dites que vous n’auriez même plus à vous lever le matin si Macron n’avait pas dans l’idée de vous envoyer régulièrement de l’autre côté de la rue ou du département postuler à un emploi appelé à disparaître bientôt et pour lequel vous n’êtes pas qualifiée. En plus vous ne voulez pas paraître être contre le progrès et le progrès est sans doute incarné par ce magasin innovant qui a réussi à faire chuter les prix par un système efficace. Après tout il est vrai que la société peut très bien se passer de caissières dès lors que les produits peuvent être scannés à la volée par une machine ou par le client lui-même, cela vaut sans doute mieux que de le voir les bras croisés à ronchonner à l’idée que vous n’allez pas assez vite. Quant au magasin proprement dit, qui ressemble plus à un gigantesque entrepôt qu’à un supermarché avec toutes ces palettes alignées, après tout, qu’est-ce que ça apporte comme bonheur aux gens d’avoir des étagères remplies de bouteilles de Coca ? Elles sont aussi bien à même le sol et cela ne change rien au goût. On pourrait même affirmer que c’est un peu ridicule d’en être arrivé à faire des boutiques dirigées par le souci du détail et l’apparence, avec des rayons qu’une myriades de petites mains remplissent guère plus vite qu’ils ne se vident, comme si l’humain n’avait pas autre chose à faire de sa vie que d’empiler des boîtes au lieu de lire, d’apprendre à jouer de la musique, à faire de la sculpture, à entretenir des monuments historiques. Sans compter que ces magasins qui misent sur l’apparence ont toujours la crainte de paraître vieillis. Alors il faut régulièrement intervertir les rayons, voire changer tout le mobilier, l’ancien partant à la casse alors qu’il aurait pu encore servir des années. Tout cela semble empreint de matérialisme alors qu’un entrepôt contenant des rangées de palettes remplit parfaitement la fonction qui lui incombe : être un endroit pour faire ses courses ! Finalement Pareuche et son magasin-entrepôt vous semble initier une forme de société libératrice et moins gourmande en ressources, où l’homme se défait de la contrainte du travail et réduit son impact sur l’environnement. C’est pour cela qu’au bout de quelques années de chômage, alors que vous sombrez peu à peu dans la déprime malgré votre temps libre, vous vous étonnez un jour de voir que Pareuche est devenu un vrai hypermarché, avec des gondoles en lieu et place des palettes. Il y a même des gens qui font de la mise en rayon, c’est ballot, si vous n’aviez pas fêté vos 40 ans au printemps précédent vous auriez pu postuler. Mais vous trouvez que Pareuche n’est plus aussi intéressant qu’avant, les prix ayant peu à peu grimpé. Heureusement la chaîne mondialement connue « MicroPrice » vient de racheter 100 hectares des meilleures terres du coin pour y planter un entrepôt géant afin de faire de la livraison à domicile à des prix défiant toute concurrence. Vous vous dîtes que Pareuche a du souci à se faire mais il y a quelque chose qui vous intrigue : pourquoi diable Pareuche, qui, en allant à l’essentiel, avait trouvé un moyen d’offrir des prix bas et du temps libre à la communauté tout en ayant un moindre impact sur l’environnent, a-t-il changé de modèle au risque de laisser la concurrence lui tailler des croupières ?

– Eh oui ! Pourquoi diable ?

– Le jour où un détaillant aura comme objectif principal la lutte pour l’environnement, il trouvera peut-être qu’avoir des palettes en lieu et place d’étagères qui vieillissent mal est une excellente solution. Mais ce n’est certainement pas chez lui que vous devrez vous attendre à trouver des prix bas parce que l’économie en main d’œuvre ainsi réalisée ne compensera jamais les surcoûts en amont qu’il aura pour proposer des produits au meilleur bilan écologique possible. A la limite il aura des prix plus bas qu’un détaillant ayant la même logique d’approvisionnement que lui mais qui a, à l’inverse, le souci du détail dans sa boutique. Une enseigne qui enclenche une guerre des prix n’a qu’un seul but en tête : la conquête de parts de marché ! C’est un processus hyper-offensif qui ne passe que partiellement par l’innovation technique, managériale et logistique. Il faut surtout mettre sous pression l’ensemble de la chaîne en amont. Vous me direz que la chasse au gaspillage pourrait faire partie du processus de réduction des coûts mais cela supposerait une expérience et des capacités d’analyses que ces entreprises n’ont pas en réalité. La guerre des prix ne suffit pas à bouffer la concurrence si vous n’êtes pas en mesure de fournir les produits que les consommateurs attendent. Pour limiter le gaspillage dans des secteurs fortement impactés par la saisonnalité les détaillants devraient être pratiquement en flux-tendu permanent sur de nombreux produits. On entend souvent parler de stock-zéro ou de juste-à-temps mais ce sont des concepts qui sont déjà par essence difficilement applicables dans les secteurs justement accusés de générer du gaspillage. Et comment pourriez-vous soutenir une guerre des prix sans acheter ou produire plus ? Ou sans vous faire connaître ? Donc sans des budgets publicitaires conséquents ? Même si un jour vous êtes le maître absolu d’un secteur vous n’allez jamais cesser de dépenser toujours plus en publicité. Si les choses n’allaient pas ainsi dites-moi pourquoi Amazon et Mc Donald’s s’incrustent dans presque toutes les pages de pub télévisées ?

– Sans doute parce qu’ils ont le flip d’Alibaba et Burger King ! 

– Amazon en voudra toujours plus, quant à Mc Donald’s c’est un très bon exemple. Bien sûr vu de France on ne perçoit pas cette enseigne comme une succes story consécutive à une guerre des prix. C’est plutôt l’image de l’innovation qu’on a en tête. Après tout on ne mangeait pas de hamburgers assemblés à la chaîne par des étudiants plein de fun et de jeunesse d’esprit. Soit. Mais si on regarde de près la filière bovine qui alimente ce genre de chaînes, on comprend pourquoi ils paient un kilo de viande bien moins cher que vous ne trouverez à acheter un kilo de cerises à un maraîcher bio de la Drôme. Lequel des deux kilos a le bilan carbone le plus désastreux, pas besoin de vous faire un dessin ! Avec son mélange de fun, de jeunesse d’esprit et de désastre écologique Mc Do a conquit le monde. Dans certains pays comme en France c’est une chaîne qui n’envisage plus les mêmes taux de croissance qu’il y a dix ou vingt ans. Que fait-elle pour continuer à aller de l’avant ?

– Je l’ignore parfaitement. Je ne fréquente pas cette enseigne !

– Elle monte en gamme ! Exactement comme Pareuche, mon détaillant fictif. Mc Donald’s aimerait que d’ici à quelques années le commun des mortels ait oublié qu’on associait son nom à la malbouffe. Ils veulent même qu’on oublie d’associer ce nom au terme de Fast-food.

– Bon courage !

– Faut pas vous en faire pour eux.

– Oh je m’en fais pas !

– Tout ça pour dire que la course aux parts de marché donne au consommateur l’apparence d’une vie meilleure marché mais il faut bien payer pour le gaspillage et la publicité.

– Vous voulez dire que sans cela on pourrait avoir des prix encore plus bas ?

– Non ce n’est pas ce que je veux dire. Parce que cela signifierait qu’on serait capable d’avoir le même niveau de production et de consommation sans le gaspillage et la publicité. Non ! Sans cela on serait dans un autre schéma ! Or incontestablement ce schéma-là nous met à l’abri de la pénurie, on ne voit pas des gens faire la queue devant des épiceries ! On est même dans un grave état de surconsommation ! Quand je parle de prix à payer il n’est évidemment pas le même selon que vous êtes une caissière mise au chômage ou un cadre dans une agence de pub. Les employés peu qualifiés sont soumis au chômage et un déclassement salarial progressif, la recherche des prix bas pour eux n’est pas seulement la quête du meilleur prix pour un produit de qualité correcte, ils doivent aussi se satisfaire de produits bas de gamme.

– Personnellement je refuse de dédouaner une personne sous prétexte qu’elle a un faible pouvoir d’achat. Trop de gens sont rentrés dans la folie consumériste et ont décidé d’eux-mêmes d’aller vers le bas de gamme pour pouvoir consacrer une part de leur revenu à des choses dont ils auraient très bien pu se passer. Donc si on produit autant de merdes c’est aussi grandement en partie de leur faute !

– Je le conçois mais vous vous rendez bien compte que beaucoup subissent aujourd’hui une forme de double-peine et qu’il ne faut guère compter sur les grands médias pour expliciter la logique à l’œuvre. Il y a une certaine frange de la population qui, en apparences, a beaucoup d’intérêts à ce qu’un tel système perdure le plus longtemps possible.

– Les cadres des agences de pub ?

– Par exemple. Mais la perception de cet intérêt pourrait être amenée à rapidement évoluer si on considère l’impact désastreux que ce système économique a sur l’écosystème. On a beaucoup dit que l’argent permettait de se protéger de certains fléaux. On peut estimer que manger des produits de qualité peut avoir un impact positif sur la santé. Si comme moi vous croyez que les pesticides sont désastreux pour la santé publique…

– Ne lâchez rien sur la glyphosate !

– Comptez sur moi mais la partie n’est pas gagnée.

– Cerné comme vous l’êtes de corrompus, je veux bien vous croire.

– Je n’irais pas jusque-là mais bon…  Donc si vos revenus vous le permettent, où à défaut si vous êtes prêt à certains sacrifices, vous pouvez juger utiles de ne manger que des produits bio. Vous le faites et puis un jour quelqu’un vous propose de faire des analyses toxicologiques et vous vous rendez compte que vous êtes totalement infestés de saloperies. Vos gamins sont aussi malades que les autres, ils ont des allergies à gogo, respirent mal. Que vous soyez en ville, à la campagne, à la montagne, votre environnement a été totalement contaminé par les poisons persistants déversés par des décennies de pratiques agricoles et industrielles délétères. C’est ballot !

– Vous êtes en train de me dire qu’il ne faut pas manger bio ?

– Non je ne suis pas en train de vous dire cela. J’encourage même l’intégralité de la population à demander du bio et pas du bio labellisé par tous ceux qui ont le mieux manié le poison jusqu’ici ! Mais que chacun ne le demande pas pour sa santé personnelle mais pour la santé de tous ! Le faire pour sa propre santé est égoïste et peu efficace. Mais si nous refusons en masse de continuer à laisser pourrir notre environnement au profit de certains comptes en banque, il y a quelque chance que la contamination ralentisse enfin. J’entrevois un faible espoir et quelque justice en ce bas monde du fait que l’empoisonnement n’épouse pas tout à fait les frontières de l’argent. Un très très faible espoir devrais-je dire. Depuis que je suis élu j’ai encore plus qu’avant l’impression que les lignes sont immuables… On s’est un peu écarté du sujet là, non ?

– Un peu.

– De quoi parlait-on avant ?

– De guerre des prix.

– Ah oui… Donc ce que je voulais dire c’est que les fournisseurs générant le plus gros gaspillage produisent en gros volume et ont le pouvoir de garder des marges élevées en pressurisant leurs propres fournisseurs. A qualité égale les gros restent moins chers que les autres même avec des pratiques commerciales dont ils savent qu’elles favorisent le gaspillage. Leurs méthodes logistiques ont tendance à s’imposer aux autres. Tenez, j’ai eu un fournisseur qui faisait plutôt du haut de gamme. Comme il m’arrivait parfois de recevoir de la marchandise cassée je me plaignais directement auprès de lui. Le commercial demanda un jour qu’on contrôle un peu mieux le contenu des cartons lors de la réception de la marchandise et de nous plaindre directement auprès du transporteur en cas de casse. Il m’expliqua que le transporteur recevait de leur part un surplus financier censé compenser la casse et que c’était donc à lui de la payer. Vous voyez le truc ? Il ne m’a pas dit : « Le transporteur reçoit un surplus censé compenser le surcoût qu’il aura en s’assurant de ne générer aucune casse. »

– La bonne méthode ce serait plutôt d’imputer tout le coût de la casse au transporteur !

– Comment vous allez prouver que c’est lui qui l’a cassée ? Il faudrait qu’il contrôle lui-même chaque contenu de carton à la prise en charge de la marchandise. Sans compter que la marchandise peut d’abord passer par divers transporteurs nationaux ou internationaux avant d’arriver dans les camions du transporteur final. Non croyez-moi ! Cette idée qu’on accepte une part de casse entretien l’idée qu’on peut faire vite et mal sans trop en payer les conséquences, ce qui contribue en retour à renforcer l’idée qu’on accepte une part de casse. C’est un cercle vicieux. 

–  En ce sens proposer les délais les plus courts possibles pour les livraisons à domicile ne risque pas de nous faire passer du vice à la vertu.

– Certainement. J’imagine que si on mettait des traceurs dans les véhicules qui font de la messagerie on pourrait reconstituer des parcours vraiment étranges du point de vue de la logique, du moins si notre volonté était de faire des économies de carburant. Il faut bien admettre que ce n’est pas facile, justement parce que les villes sont soumises à tous ces aléas de circulation. Un livreur doit se démerder et prendre des décisions pour tenter de respecter les délais, s’il avait comme objectif principal de minimiser la consommation d’énergie il ne pourrait pas prendre les mêmes décisions. Mais même si l’énergie est loin d’être gratuite c’est une dépense trop souvent perçue comme un mal nécessaire. Jusqu’au jour où elle sera si chère qu’elle fera l’objet d’un axe de réflexion plus poussé.

– Mais d’où vous tirez l’idée qu’elle puisse être plus chère ? Notre surconsommation d’énergie est en train de conduire le monde vers un avenir totalement incertain et carrément anxiogène ! Si on veut bien admettre que la cause « surconsommation d’énergies fossiles » produit bien l’effet « dérèglement climatique et pollution » cela fait longtemps que le prix du kilowatt ou du litre d’essence devraient avoir grimpé en flèche ! Cela fait longtemps qu’on aurait mis fin aux accords internationaux qui favorisent le transport aérien et donc les vacances à l’autre bout du monde ! Cela ferait longtemps que Lyon serait envahi de bicyclettes !

– Et de tricycles.

– Parfaitement !

– Vous devriez dessiner un modèle de tricycle, il aura beaucoup plus de chances de voir le jour que votre transpalette tout terrain.    

– C’est bien dommage. Des tramways de fret ce serait super cool ! Mais sinon j’ai aussi cela comme invention… ou réinvention !

– Faites voir !…  C’est… le pont du Gard ?

– Parfaitement !

– Vous voulez réinventer le pont du Gard ?

– Non ! Je veux réinventer l’aqueduc ! Façon de parler !

– Euh…  Vous voulez amener de l’eau en ville ? Tout ce qu’on sait parfaitement faire, certes de façon souvent moins élégante que les romains, mais non moins efficace.

– Vous ne comprenez pas de quoi il s’agit exactement ! Vous savez que les autorités ne cessent de clamer que nous avons au robinet une eau potable tout à fait pure.

– Oui, enfin… elle est buvable.

– Tant et tant que personne ne la boit !

– N’exagérons rien ! Moi je la bois !

– Et vous la trouvez bonne ?

– Pas vraiment mais une fois filtrée c’est déjà mieux.

– Vous utilisez une carafe filtrante ?

– Voilà !

– Vous savez que c’est controversé autant au niveau de la santé que de l’écologie ?

– Oui je sais. Mais je pense que c’est toujours moins pire que d’acheter de l’eau en bouteille niveau écologie. Quant à ma santé j’imagine que l’eau du robinet est de toute façon totalement saturée de saloperies qui ne la rendent pas impropre à la consommation mais nous tue à petit feu. Mais c’est moins pire que de crever de soif n’est-ce pas ?

– Donc pendant que vous buvez de l’eau dégueulasse du robinet, d’autres préfèrent ne pas prendre ce risque et choisissent d’acheter de l’eau de source ou minérale. Imaginons que chaque lyonnais fasse cela et qu’il consomme en moyenne deux litres par jour d’eau en bouteille. Nous aurions donc sur l’agglomération la nécessité de transporter par camion environ deux millions de litres d’eau en bouteille par jour, soit deux milles mètres cubes, soit une piscine de 50 mètres de long par 20 mètres de large et 2 mètres de fond ! Combien de kilos de courses rentrent chez vous chaque jour ?

– Alors là ! Vous m’en demandez trop ! Je n’en sais fichtre rien !

– Vous buvez du lait ?

– Non.

– Des sodas ?

– De l’alcool ?

– Un peu.

– Des jus de fruits ?

– A l’occasion mais le plus souvent je presse moi-même les fruits.

– Bon globalement si vous buviez toutes ces choses-là vous devriez quand même boire assez peu d’eau. Mais sinon ces deux litres d’eau représenteraient une part non négligeable de ce qui rentre chez vous, du moins en ce qui concerne votre alimentation. Bien sûr si vous achetez des tonnes de fringues, des armoires normandes, que vous aimez consommer tout et n’importe quoi, surtout ce qui ne dure pas, deux kilos cela peut paraître faible.

– Oui certes. Cela fait plus de 700 kilos par an. Je me demande si je mange pour plus de 700 kilos par an ?… Je concède que j’ai un bon coup de fourchette et je mange quand même pas mal de fruits et légumes, ça pèse !

– Mais ça peut baisser votre consommation d’eau.

– Je crois qu’en moyenne les lyonnais jettent pas loin de deux kilos de déchets par jour et par personne tout compris. Donc j’imagine qu’en rajoutant ce qu’ils mangent et boivent, on doit plutôt approcher les quatre ou cinq kilos à transporter par la route pour chaque habitant dans un sens, plus donc le poids des déchets dans l’autre sens.    

– Là-dedans on compte le poids des voitures qui partent à la casse ?

– Bonne question ! J’imagine que oui.

– Toujours est-il qu’il serait assez facile de remplacer les bouteilles d’eau en créant un réseau de canalisations spécialement dédié à l’eau que l’on boit. Les romains allaient chercher l’eau loin de la ville et nous ferons pareil en reprenant le contrôle de sources qui sont actuellement exploitées par des entreprises privées. Au lieu que cette eau de source soit embouteillée elle sera emmenée directement sur le lieu de sa consommation. Bien sûr on ne va pas adjoindre un réseau d’eau à celui existant dans les habitations. Nous créerons un réseau qui aura comme points d’arrivée quelques centaines de robinets installés dans les épiceries ou les boulangeries par exemple. Les gens viendront avec leur bouteilles non jetables et auront de l’eau vraiment potable pour un prix modique servant à rémunérer le service rendu par le commerçant et l’entretien du réseau.

– Ah ben tiens! Voilà une idée qui plaît bien ! Je vous promets de poser tout cela sur le papier et de proposer à des députés bien choisis de me suivre sur ce coup !

– A défaut que cela aboutisse sur quelque chose, vous pourrez savoir ceux qui ont des intérêts dans l’eau de source !

– J’en connais beaucoup plus qui ont des intérêts non dissimulés dans le Champagne ! Surtout accompagné de petits fours !

1 juillet 2019

Loulou Léonard vs Mme Debusse

Les entretiens citoyens de Loulou Léonard, député de la 15ème circonscription du Rhône.

Objet : déplacements urbains.

Citoyen : madame Debusse, usagère des transports en commun.

Date : 25 janvier 2019.

 

– J’espère que vous ne venez pas faire l’apologie de l’automobile parce que je viens de rencontrer un concitoyen figé dans le passé !

– Vous voulez dire de l’époque où l’on a pensé qu’on pouvait transformer tous les abords de nos fleuves en doubles-voies ou en parking ?

– Oui.

– Cette douce époque où l’on a construit en plein centre-ville ce si magnifique échangeur de Perrache que le monde entier nous envie ?

– Voilà.

– Remarquez qu’on ne s’en sort pas si mal. Il me semble que certains pays ont construit des villes entières basées directement sur ce modèle-là. Et en plus on a sauvé Saint-Jean !

– Sauvé de quoi ?

– Des mégalos qui ont pensé faire du passé table-rase. Pour être honnête il n’a pas été utile d’attendre le règne du tout automobile pour que certains se croient autorisés à penser que des rues et bâtiments vieux de plusieurs siècles étaient nécessairement une entrave à une monde d’échanges ! Enfin… s’il est vrai qu’on ne peut pas tout garder du passé, on devrait quand même s’interdire de tout détruire.

– Certes. Et alors vous du coup ? Vous êtes plutôt marche à pied ? Vélo ?

– Ah non ! Comme vous l’avez peut-être remarqué j’ai un petit handicap.

– J’ai vu que vous boitiez un peu. C’est permanent ?

– Oui et j’ai cela depuis très longtemps. Pour moi la marche et le vélo ne sont pas impossible mais c’est moins simple que pour le commun des mortels. Alors j’utilise énormément les transports en commun. D’autant plus que j’habite au centre et travaille en banlieue.

– C’est plutôt mieux que l’inverse non ?

– A quel point de vue ?

– Pour les transports. J’imagine qu’il y a plus de monde qui voyage vers le centre le matin et vers la banlieue le soir.

– Je ne sais pas. S’ils sont moins bien lotis que moi dans l’autre sens, laissez-moi les plaindre parce que ce n’est déjà pas bien simple !

– Vous prenez le métro ?

– Deux métros et un tramway les lundis et mardis. Un métro et un bus les jeudis et vendredis. Je suis assistante administrative mais sur deux sites différents.

– Et comment ça se passe ?

– Quand cela se passe bien c’est pénible. Quand cela se passe mal c’est très très pénible.

– Ah !… Mais en moyenne est-ce que les horaires sont respectés ?

– Le matin ça va en ce qui me concerne parce que je pars avant l’heure de pointe. J’ai même remarqué que bien souvent les métros sont d’une exactitude qui est de l’ordre de la poignée de secondes le matin.

– Vous parlez du métro automatique ?

– L’un ou l’autre ! Je prends la B et la A ou la D mais le fait qu’il y ait un conducteur ou non ne change rien. Les métros sont à l’heure tant qu’ils n’ont ni problème mécanique ni problème lié au comportement des usagers. Or plus on approche la limite de capacité plus les problèmes mécaniques sont susceptibles d’arriver et plus il y a de contretemps liés à l’attitude des passagers. Il y a évidemment plus de chances que des gens empêchent la fermeture des portes quand le métro est plein. Et rien que le temps de laisser descendre et monter les gens devient plus aléatoire.

– Donc concrètement il paraît difficile d’échapper à ces contretemps.

– C’est difficile dans la mesure où le développement de la ville n’a pas été réfléchi il y a 40 ans sur le très long terme et qu’apparemment, vous les politiques d’aujourd’hui, vous ne réfléchissez pas plus sur le très long terme. Je dirais même qu’en raison de l’état déplorable des finances publiques, les décisions prises actuellement conduisent inévitablement à la saturation rapide du réseau.

– Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

– Ce qui me fait dire cela ? Paris ! Paris c’est l’exemple parfait !

– On n’est pas du tout à la même échelle ! C’est dix fois plus grand que Lyon !

– Mais le réseau aussi est dix fois plus grand ! Mais toutes les erreurs faites à Paris vous pouvez les calquer en proportion à Lyon. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent du Grand Paris, rajouter ici et là des lignes de métro, à mon avis c’est de toute façon trop tard, ils sont régulièrement saturés et le seront toujours plus, tout ce qui est fait pour désengorger s’accompagnera de constructions et de nouveaux flux qui ré-engorgeront les lignes nouvelles en presque aussi peu de temps qu’il n’en faut pour le dire. Or Paris semble dédier des moyens proportionnellement bien supérieurs à Lyon à la problématique des transports.

– Qu’est-ce qui vous fait dire cela ? Pour ma part j’ai toujours estimé que nous avions un réseau de transports en commun très bien développé. C’est même quelque chose que je vante.

– On verra bien ce que vous en direz dans vingt ans ! Vous allez déchanter à mon avis si la tendance des humains à s’agglomérer autour des gros centres urbains se poursuit. On nage déjà en pleine schizophrénie en tentant de gommer les erreurs faites il y a 40 ou 50 ans alors que dans les faits nous sommes encore totalement prisonniers de la logique qui prévalait à l’époque. Je dis encore alors que je devrais dire encore plus. Vous savez combien il y avait d’habitants en France en 1960 ?

– Une quarantaine de millions ?

– Non plus ! 45. Il y en avait une cinquantaine en 1970 et 53 en 1980. Dans le même temps le nombre de véhicules immatriculés est passé de 6 millions en 1960 à près de 14 millions dix ans plus tard pour atteindre près de 21 millions en 1980.

– Tout compris ? Voitures, poids lourds ?

– Oui mais de toute façon la part des véhicules individuels représente aujourd’hui plus de 80 % des immatriculations et à-priori cela représente depuis longtemps la grosse majorité. Donc vous voyez qu’en 1960 il y avait un véhicule immatriculé pour plus de 7 habitants. En 1970 il y avait un pour moins de 3,5 habitants. Puis on est passé à 1 pour 2,5 habitants en 1980. Alors vous comprenez pourquoi les hommes politiques des années 60 et 70 avaient des projets pour lesquels l’automobile était tout et le tramway plus rien du tout.

– Sans vouloir vous contredire, à ma connaissance le tramway a disparu de Lyon en 1956, donc bien avant le tout bagnole !

– Oui mais c’était aussi au profit des bus et trolley-bus. Le trolley-bus ça a un peu le même usage que le tramway, une forme de souplesse en plus, le trolley-bus ça monte à la Croix-Rousse, pas le tramway. Tout ça pour dire que depuis les années 90 on a décidé qu’il était temps de reprendre un peu de l’espace concédé au voitures, donc le tramway a fait son grand retour. A première vue c’est plutôt réussi puisque toutes lignes confondues il y aura bientôt plus de 100 millions de voyageurs par an. C’est beaucoup n’est-ce pas ?

– Il faudrait comparer par rapport au nombre de voyages faits en voiture.

– Ce qui est surtout intéressant c’est de comparer avec l’avant-guerre, quand le tramway était à son apogée. Dites-vous qu’à l’époque le tramway comptabilisait 160 millions de voyageurs par an. Il y avait bien sûr beaucoup plus de lignes et puis guère de modes de transport alternatifs. Mais j’imagine que les gens avaient moins la bougeotte qu’aujourd’hui.

– Ils étaient sans doute moins nombreux aussi.

– Cela dépend de quoi on parle. Sur le territoire de l’agglomération actuelle il y avait certes moins de monde mais dans les arrondissements lyonnais proprement dits, cela ne semble pas avoir beaucoup bougé. Disons même que cela a baissé avant de remonter depuis les années 90. Mais c’est un autre sujet ! L’histoire du tramway nous apprend surtout que si au lieu de le supprimer au profit des bus puis de l’automobile, si on n’avait jamais cessé de le développer en le préférant à tout autre moyen de transport en surface partout où la topologie s’y prête, il serait à mon sens capable de transporter des centaines de millions de voyageurs par an. Aujourd’hui on lui a refait un peu de place mais il est condamné à rester secondaire par rapport aux bus et à la voiture. Les chiffres parlent d’eux-mêmes !

– Quels chiffres ?

– On dit souvent que les années 70 sont celles du tout bagnole. Mais à ce compte là on peut en dire autant des années 60 et que dire des décennies suivantes. Je vous ai dit qu’il y avait un véhicule pour 2,5 habitants en 1980. Mais en 1990 c’était un pour 2 habitants ! En 2000 un pour 1,8 habitants ! En 2010 un pour 1,7 habitants ! Et en 2018, je vous le donne en mille…

– Un pour 1,6 ?

– Presque. Alors quoi ? Le tout bagnole c’était les années 1970 ou les années 2010 ? Tout le monde veut sa bagnole ! Et y a même presque un ménage sur trois qui a deux voitures ! Il est où l’effet dans les chiffres de ces fameuses voitures en temps partagé ? De ces quelques places de parking dédiées à des voitures électriques qu’on loue de façon commode pour quelques minutes ou quelques heures ? C’est dérisoire ! En 2020 tout le monde veut sa propre bagnole et tout le monde veut vous en vendre ! Vous avez déjà pris le temps de regarder une page de pub à la TV ?

– C’est difficile d’y échapper !

– Non mais vous avez vu le nombre de bagnoles qu’on veut vous vendre ? Et pas que des bagnoles pour petits budgets ! Alors dites-vous bien que l’ère des transports collectifs n’est pas près d’advenir. Et du fait qu’elle n’adviendra pas, je vous laisse imaginer ce que je pense de l’avenir de la planète.

– Ce que j’imagine c’est que vous n’avez vous-même pas d’automobile.

– Dans de rares occasions j’en loue une. Globalement c’est tout de même incommensurablement moins cher que d’en acheter une pour qui n’en a qu’un usage ponctuel.

– Oui mais il faudrait s’entendre sur ce que vous appelez ponctuel. Car je comprends bien ce que vous suggérez. Vous suggérez que, du fait que les voitures passent la majorité de leur temps en stationnement...

– Vous pouvez dire la quasi-totalité de leur temps, vous serez plus proche de la réalité ! Et c’est réellement absurde. C’est comme si les compagnies aériennes achetaient des avions pour les faire voler une heure par jour ! Ce serait un non-sens économique ! On entend souvent dire que les ménages qui ont les comptes dans le rouge doivent apprendre à gérer leur budget, comme une entreprise. Mais comment comparer un ménage à une entreprise alors qu’on les incite sans cesse à posséder des objets qui représentent un non-sens économique pour eux ?

– Vous jouez sur les mots là ! Personne ne pense qu’une famille et une entreprise ont quelque chose de comparable, ce n’est qu’une façon de parler. A ce compte là vous n’achèteriez pas grand-chose ! Pourquoi avoir une brosse à dents si c’est pour vous en servir six minutes par jour ?

– Parce que vous pouvez difficilement la partager avec votre voisin ! Mais par contre au lieu d’avoir une brosse à dents pour chaque membre de la famille vous pourriez avoir une tête de brosse à dents pour chaque membre de la famille et un seul manche de brosse à dents pour toute la famille. La réalité c’est que si vous vouliez vraiment penser de manière écologique, dès lors que vous estimez qu’il y a urgence à agir en ce domaine, vous finiriez par voir beaucoup de choses de ce point de vue. Or les voitures peuvent être très facilement partagées.

– Partagées de quelle manière ?

– Eh bien de n’importe quelle manière ! En propriété collective, ou appartenant à une entreprise, à la ville ou à l’état. Peu importe à qui elles appartiennent ! Ce qui compte c’est la manière d’y accéder. Pour que cela fonctionne il faut beaucoup de souplesse. On a réservé des places de stationnement pour ces voitures électriques là, les Bluely. C’est un tout petit pas en avant, vraiment tout petit, parce qu’on n’est pas vraiment capable d’imaginer un monde différent. Il faut un changement radical ! Et le changement radical c’est revenir à un nombre de voitures par habitant bien inférieur à ce qu’il est aujourd’hui alors qu’il continue d’augmenter année après année !

– Bon en fait, vous suggérez que tout le monde prenne le taxi ?

– Mais pas du tout ! Je vous parle de souplesse et de choses viables économiquement et écologiquement. Vous prenez un taxi traditionnel, vous y laissez votre chemise, vous prenez un Uber, vous encouragez  le système qui nous conduit dans le mur encore plus vite qu’avant ! Avoir un chauffeur pour soi tout seul, je ne vois pas en quoi cela peut être économiquement et écologiquement viable.

– Et moi je ne vois pas du tout ce que cela change ! Il y a 6 millions de demandeurs d’emplois en France, alors que certains soient chez eux à en attendre un ou qu’ils s’occupent à vous conduire quelque part, je ne vois vraiment pas la différence. Vous serez deux dans la voiture au lieu d’être tout seul, voilà tout.

– Cela fait toujours 60 kilos de moins à transporter, ce n’est pas si négligeable ! Et vous m’interrompez trop pour comprendre mon raisonnement ! Je sais parfaitement qu’on peut louer à l’ancienne des voitures ou appeler un taxi ! Mais cela s’inscrit dans le vieux modèle qu’il faut dépasser ! Et l’unique chance de le dépasser c’est de proposer des alternatives qui peuvent être comprises et acceptées par les gens parce qu’elles changeront les choses sans qu’ils aient l’impression d’être confrontés à des difficultés insurmontables. Louer une voiture quand c’est nécessaire au lieu d’en avoir une c’est bien mais pour que beaucoup plus de gens y viennent, il faut qu’il y ait des voitures à louer partout et de façon très aisée. Si vous en avez besoin à trois heures du matin vous n’allez pas attendre huit heures qu’une agence de location s’ouvre !

– C’est bien le principe des Bluely ! Vous la prenez, roulez et la reposez à une borne de recharge ! Combien de gens ont vendu leur voiture depuis que cela existe, à mon avis pas des masses. Alors ?

– Pas des masses parce qu’on n’a pas fait l’effort massif pour que cela advienne ! Vous prenez une Bluely, d’accord, mais c’est comme le Vélo’v ! Il faut d’abord aller à l’endroit le plus proche où elles sont garées..

– Oui ben c’est pareil pour votre voiture ! Vous ne trouvez pas forcément une place près de chez vous !

– Peut-être mais il y a des chances que votre voiture soit à l’endroit où vous l’avez garée. Des aires de Bluely qui sont vides j’en vois tout le temps ! Cela ne m’encouragerait pas à me débarrasser de ma voiture si j’en avais une. Il faut qu’il y ait des voitures disponibles ! Il faut que les gens aient une probabilité proche de 100 % de trouver facilement le véhicule qu’il leur faut, pour la durée qu’il leur sied et à des tarifs cohérents ! Il faut à la fois de la souplesse et également la moduler selon les objectifs qu’on veut atteindre. Parce qu’en réalité moi je conçois la grande ville comme étant l’espace du vrai transport en commun et des modes doux. A terme l’espace de la voiture partagée devrait être la petite ville et la campagne, là où il est plus difficile d’organiser des transports en communs efficaces. Évidemment, si vous vivez au bout d’un chemin perdu, vous pouvez difficilement vous passer de votre propre véhicule. Mais dès lors qu’il y a autour de vous quelques dizaines d’autres habitants, il y a de la place pour des voitures partagées.

– Vous idéalisez les choses ! Je vais vous donner des exemples pour vous montrer que cela ne peut pas être aussi simple. Premièrement il ne vous aura pas échappé que les gens partent en vacances un peu tous en même temps. Passez la semaine du 15 août à Lyon, la ville semble avoir perdu la moitié de ses habitants. A supposer que tous ceux qui ont voulu embarquer les pelles, les seaux et les matelas gonflables vers les plages aient trouvé une voiture à louer pour cela, il va en rester combien pour ceux qui ne sont pas en vacances ? Secondement, c’est dimanche, il pleut, pas de problème ; c’est dimanche, grand beau temps après un mois maussade, c’est le moment où tout le monde veut une voiture pour partir à la campagne. Troisièmement, s’il y a des heures de pointes pour les transports en commun, quand les enfants partent à l’école et les parents au travail, aucune raison que ce ne soit pas pareil pour les voitures, d’ailleurs c’est bien pour cela qu’il y a autant de bouchons ! Et plus rebutant encore pour la personne qui penserait échanger sa voiture personnelle contre une auto partagée : son emploi est situé au fin fond d’une zone d’activité, si elle a garé là le matin une voiture partagée, il y a des chances que personne d’autre ne l’utilise le reste de la journée puisque la plupart des gens qui travaillent là ont les mêmes horaires. Donc c’est un peu comme si elle était venue avec sa propre voiture, ce qui n’est pas le but recherché. Et de plus, si par hasard quelqu’un d’autre venu à pied décide de repartir en voiture, la personne qui sort un peu tard du travail se retrouve sans véhicule pour rentrer chez elle !

– J’ai bien conscience que cela peut générer des difficultés mais si on vous écoute alors on ne change rien ! Mais ce n’est pas comme cela que ça va se passer. On ne change rien ! Très bien ! Et les gens continuent à perdre des heures de leur vie dans des transports en commun inadaptés ou des bouchons interminables. Et puis un jours les new-yorkais et les hollandais ont les pieds dans l’eau.. vous savez, à cause de la fonte des glaces. J’ai bien dit les new-yorkais et les hollandais ! Bien sûr un tsunami pourrait emporter la moitié du Bangladesh, on aurait une pénurie de tee-shirt pendant un temps mais on oublierait vite cet incident. Mais les new-yorkais et les hollandais, ainsi que pas mal d’autres dont on pense qu’ils nous ressemblent un peu, ceux-là, le jour où ils seront contraints de quitter leur territoire, eh bien…  en fait j’ignore ce qu’il se passera exactement mais je sais que les choses changeront d’elles-mêmes, pour le meilleur et plus probablement le pire. Et pour ce qui vous concerne, quel sera le bilan de votre action ?

– On le fera en temps voulu si vous voulez bien.

– C’est maintenant qu’il faut agir ! On ne peut pas faire l’économie de la mise en avant des biens communs.

– Je veux bien mais dans ce que vous m’avez dit je ne vois pas réellement où sera l’avancée. Les gens prennent une voiture qui ne leur appartient pas et que d’autres utilisent aussi. Au final vous dites que si tout cela est très bien organisé les gens y trouveront leur compte. Dans l’idéal ils auront le véhicule qu’il leur faut toujours facilement à disposition. Donc ils feront toujours autant de kilomètres, sinon plus. Donc cela ne changera rien écologiquement.

– Vous avez une drôle de manière de compter.

– Ne venez pas me dire que ce sera des voitures propres ! J’imagine que vous pensez que toutes ces voitures seront électriques mais jusqu’à preuve du contraire l’électricité est majoritairement produite à l’aide d’énergies fossiles. Je veux bien croire que les moteurs électriques puissent être plus efficaces et durer plus longtemps mais si vous considérez que globalement c’est le fait de rouler qui use les voitures et consomme de l’énergie, il y a des chances que les voitures partagées fassent beaucoup plus de kilomètres par an que les autres. Donc elles partiront aussi bien plus vite à la casse ! Où est le progrès ?

– Eh bien déjà vous pouvez considérer que cela permettra de bénéficier plus rapidement des progrès technologiques. On pousse les gens à jeter leurs voitures qui sont anciennes et jugées polluantes. Mais tous comptes faits ce n’est jamais écologique de jeter quelque chose encore en état de marche. En partageant les objets on les use et jette plus vite mais globalement ils auront servi plus efficacement et seront remplacés par des objets aux nouvelles normes écologiques.

– Mais pas du tout ! Si vous avez une entreprise qui met des voitures à louer en grandes quantités à disposition de tout un chacun, vous pouvez être sûre qu’elles partiront à la casse bien avant d’être réellement usées ! Prenez l’exemple des Vélo’v ! Ils en ont changé plusieurs milliers d’un coup l’an passé ! Mais les anciens étaient encore capables de rouler des années ! Une entreprise commerciale a une image de marque à défendre et doit apporter sans cesse des améliorations aux yeux de ses clients. Si on reste dans le domaine du vélo je suis convaincu que malgré ses avancées Lyon est complètement à côté de la plaque par rapport à une ville comme Amsterdam.

– Oui mais l’avantage du partage c’est que vous pouvez adapter sans cesse les véhicules loués à votre usage. Dans l’idéal les gens qui partent seuls au travail devraient utiliser une voiture une place. Si le soir il faut passer récupérer les gosses que votre conjoint a déposé le matin, vous pouvez louer une trois ou quatre places alors que le matin vous êtes parti en Twizzy. En moyenne nous ferons un usage bien plus cohérent du parc disponible surtout si l’on joue sur le portefeuille. La location d’un gros 4X4 sera très largement taxée quand celle d’un scooter le sera moins. Je ne crois évidemment pas que les nouvelles technologies puissent résoudre la crise climatique, sinon on n’en serait pas là. Mais tout de même, cela peut aider d’avoir une auto qui détecte le nombre de passagers d’un véhicule, parce que celui qui s’évertuera à rouler seul dans une cinq places pourra voir s’envoler ses taxes locatives. Cependant il ne faut pas perdre de vue que c’est vers le transport collectif qu’il faut pousser les gens. Vous voyez bien qu’il n’est pas simple d’imposer une taxe sur les carburants parce que vous ne donnez aucune solution alternative à des gens qui ont déjà du mal à faire face. Il faut commencer par s’attaquer aux grandes villes mais pas comme vous le faites vous, les politiques. Pic de pollution, celui qui a les moyens d’avoir une voiture neuve roule encore et celui qui ne les a pas enrage. Si vous rendez les stationnements hors de prix en  ville vous faites la même politique. Ils n’ont pas à être hors de prix ! Ils peuvent être limités en nombre et limités dans le temps mais pas hors de prix. Ce sera dur de se garer et de plus en plus dur pour les véhicules individuels mais ce ne sera pas une question de prix, juste de places. Les places seront pour les véhicules partagés. Parallèlement on investit massivement dans les métros, tramway, bus, pistes cyclables. On ne fait pas comme à Lyon où l’idée est de remettre des tramways parce que le métro c’est trop cher à construire ! Si les générations précédentes avaient fait pareil le métro n’existerait même pas ! C’est pas métro ou tramway mais l’un et l’autre en même temps qui peuvent faire reculer l’auto. Et évidemment vous donnez aux gens la possibilité de se déplacer en transports en commun la nuit, du moins beaucoup plus facilement qu’à l’heure actuelle. Quand de moins en moins d’habitants des grandes villes auront leur propre voiture, le modèle s’étendra aux petites villes et aux campagnes.

– Peut-être. Mais outre le fait que vous n’avez pas donné de solutions aux problèmes que j’ai soulevés, je crois que vous êtes un peu plantée au milieu du gué. Vous imaginez des choses pour résoudre le problème de l’engorgement des villes tout en pensant œuvrer pour l’écologie, mais il y a quelques minutes de cela vous m’avez fait part de votre pessimisme. En réalité j’ai bien compris que vous n’y croyiez pas vous-même à ce que vous dites.

– Ah mais je sais parfaitement que cela ne va pas arriver. J’essaye juste d’imaginer une voie qui pourrait être acceptable par les gens. Je pense d’ailleurs que ce serait loin d’être suffisant. Je pense qu’il ne suffira pas de mieux se déplacer mais qu’il faudrait surtout beaucoup moins se déplacer, moins déplacer les humains, moins déplacer les choses… et puis moins vite.

– La décroissance en somme.

– Parfaitement ! Mais c’est tout le contraire qui obsède le monde. Il faut aller toujours plus loin et plus vite.

– Et de plus en plus nombreux.

– Cela n’aide pas mais c’est un peu facile de se cacher derrière la surpopulation. Prenez tous les pays occidentaux, rajoutez-y la Russie, la Chine, le Japon et les pays du Golfe, enlevez les autres, cela réduit déjà bien la population mondiale, du moins cela nous ramènerait au niveau d’il y a quelques décennies, à une époque où l’on avait moins conscience des problèmes écologiques. Vous croyez qu’avec ces pays en moins la situation serait bien plus brillante ? Moi je ne crois pas ! Ce qui est en question aujourd’hui c’est notre mode de vie, pas celui de l’africain ou de l’indien moyen !

– Certains prétendent le contraire !

– Ah bon ? Eh bien ce sont de fieffés menteurs !

– Sans doute mais par exemple si vous prenez le cas de Haïti dont on dit qu’elle souffre d’une grave déforestation, on a typiquement là une population pauvre qui détruit son écosystème. Et cela fait longtemps que des scientifiques s’interrogent sur les pratiques agricoles qui sont ancestrales comme les brûlis.

– Vous n’allez tout de même pas me faire croire que les problèmes d’Haïti sont liés à autre chose que le rapport de domination capitalistique que ce pays a subi depuis son indépendance et bien avant ! Quant à la culture sur brûlis c’est sûrement un sujet polémique mais on peut l’aborder sous différents angles ! J’avais vu une fois un reportage qui faisait grand cas du peu de respect que les aborigènes australiens ont eu de l’écosystème du continent quand ils ont commencé à pratiquer massivement les brûlis il y a quelques dizaines de milliers d’années. On ressentait dans ce reportage une forme d’accusation concernant la disparition de la mégafaune et l'aridité de certaines régions. Mais quand j’ai voulu avoir confirmation de cela je suis allée sur Wikipédia et si j’y ai lu la confirmation des transformations liées aux pratiques aborigènes ; cela semble avoir été une transformation mettant en péril la vie de nombreuses espèces mais en apportant une autre biodiversité à la place. Et il était assez clair que les transformations liées au passage à une économie capitalistique et au recul de la culture aborigène étaient autrement plus problématiques et rapides. Actuellement comme bien d’autres pays l'Australie subit une déforestation à marche forcée et elle n’est pas liée à la culture aborigène.

– Oui vous avez sans doute raison mais je pense qu’il serait justement très intéressant de mesurer précisément ces choses-là !   

– Précisément ces choses-là sont difficilement mesurables à mon avis. Vous pourrez toujours accuser de pauvres paysans dont les pratiques ancestrales sont contestables et passer sous silence le fait qu’elles n’ont guère posé de problèmes durant des millénaires ! Il n’y a absolument plus personne au monde qui ne soit soumis de près ou de loin à l’influence des économies capitalistes !

– Certes mais je dois concéder que j’ai toujours été un peu malthusien. Enfin non ! Je suis loin de la pensée de ce type assez peu recommandable mais en tout cas j’ai toujours eu l’idée que la surpopulation ne pouvait qu’être source de problèmes. Je me souviens avoir eu une prof qui répétait à l’envi que faire des enfants ne saurait jamais être un problème. J’avais 13 ans et une forme de respect envers cette prof sympathique et cultivée mais cela, viscéralement je crois, me faisait tiquer ! Cela a toujours été une évidence pour moi que l'humanité prise dans son ensemble n'a guère d’intérêt à croître et croître et croître. Un groupe d’individus peut avoir cet intérêt dans la mesure où il se compare à un autre groupe avec lequel il rentre en compétition. Mais s’il cherchait simplement à garder le même nombre d’individus, il devrait tenir compte de sa fertilité et de son espérance de vie. Or il ne vous aura pas échappé que malgré des conflits majeurs, l'ère de l’avènement du capitalisme est aussi celle de l’explosion démographique et des gains en espérance de vie un peu partout dans le monde ! Le fait est que dans bien des endroits la logique reproductive est celle qui servait tout juste à reproduire le groupe à l’identique.

– Oui ben dans d’autres endroits c'est l'inverse désormais. Comme en Europe ou au Japon qui se dépeupleront sans apport extérieur.

– Certainement ; c’est une autre forme de problème. Mais pour ce qui est de la surpopulation, doit on également accuser le capitalisme de permettre ces gains d’espérance de vie ? D'après les projections, en 2050 l'Afrique pourrait avoir décuplé sa population par rapport à 1950 !

– D’abord il faut s’entendre sur ce qui est nécessairement le fait du capitalisme. Les progrès sanitaires qui ont plus particulièrement fait dégringoler la mortalité infantile peuvent aussi être perçus comme des progrès scientifiques humains. Progrès qui ne seraient peut-être pas à ce stade sans l’accumulation d’un savoir au fil des siècles. Et puis vous cela peut paraître inouï de décupler sa population en un siècle mais ramené à une année c’est une progression de 2 à 3%. Avec moins d’individus qui meurent avant d’avoir atteint l’âge de se reproduire et une progression lente mais continue de l’espérance de vie on y est vite. Si cela vous désespère de constater qu’en Afrique les femmes donnent encore naissance à 4 à 6 enfants, ben qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ?

– Cela ne me désespère absolument pas ! Je relève simplement que des pratiques ancestrales qui paraissent parfaitement viables sur un continent gigantesque peuplé de quelques centaines de millions d’habitants, pourraient ne plus l’être du tout pour un même continent peuplé de deux milliards et demi d’habitants. Et ce sont aussi des choses à anticiper sans systématiquement faire porter tout le poids de la culpabilité sur les occidentaux.

– Moi ce qui m’intéresse c’est de savoir pourquoi l’on passe de six enfants par femme à moins de deux ! On ne va pas reprocher aux africains une fertilité qui a été celle de tous les continents jusqu’à un temps pas si lointain ! Il est instructif de ne pas seulement tenir compte de l’espérance de vie à la naissance mais aussi de l’espérance de vie à 25 ans ! Il y a moins de 200 ans la moitié des gosses mourraient avant d’avoir 10 ans et vous aviez sans doute une meilleure espérance de vie à 25 ans qu’à la naissance ! Vous comprenez qu’il était difficile pour une femme de se contenter d’avoir deux enfants ! Maintenant on peut faire semblant de ne pas se rendre compte que la dénatalité est fortement liée à la progression du niveau de vie avec un nécessaire temps de décalage et se réveiller un jour entouré d’enfants à la peau noire… Que les racistes crient au nègre ! Il n’ont pas fini de crier ! Peut-être qu’ils auraient dû y penser avant et se dire qu’il y avait sans doute autre chose à faire pour la pureté de leur race que de s’en aller conquérir et piller l’Afrique !     

– Oh mais je suis d’accord avec vous sur ce point ! Mais cela n’enlèvera rien à la problématique de la surpopulation même dans des zones qui penseraient rester à l’écart de notre folie consumériste !

– Le vrai problème c’est que personne ne veut rester à l’écart de cette folie-là ! Notre mode de vie c’est justement celui que tout le monde voudrait copier, et ça c’est totalement impossible que cela arrive vu qu’on est déjà à saturation. Si on est un modèle pour les autres, l’unique solution c’est de changer de modèle ! Mais je sais parfaitement que cela ne va pas arriver non plus. Je n’attends pas des constructeurs de voitures qu’ils fassent soudainement l’apologie de voitures imaginées pour être partagées, roulant moins vite, moins loin, en moins grand nombre. Non, ils feront l’apologie des produits que mes contemporains attendent, des voitures d’une technicité folle, plus sûres, roulant plus propres à défaut d’être plus propres à construire, des voitures qui avanceront seules dans les bouchons de sorte qu’ils pourront vraiment dormir au volant, des voitures qui vous amèneront vers les immenses parkings à la porte des centre-ville, où tout le monde rêvera de travailler mais ne pourra plus jamais habiter. Alors on consentira à faire le reste en métro ou en trottinette parce qu’on a bien conscience que la ville est de plus en plus grande et le centre toujours aussi petit. Problème ! Ces immenses parkings n’existent pas et ne semblent pas dans les cartons, pas plus que les lignes de métro. On fait des tours à la Part-Dieu, personne ne sait réellement comment on ira là mais on ira, dans des transports en commun surchargés, mal conçus, des voitures individuelles prises dans des bouchons invraisemblables. Les mieux lotis iront de tour en tour par la voies des airs, ils regarderont tout cela d’en haut, faudra pas leur demander de trouver une solution, pourquoi la chercheraient-ils ?

– Moi je la cherche.

– Et vous pensez la trouver ?

– Pas plus que vous.

1 juillet 2019

Loulou Léonard vs Réqual

Les entretiens citoyens de Loulou Léonard, député de la 15ème circonscription du Rhône.

Objet : Déplacements urbains et écologie.

Citoyen : Monsieur Réqual, militant anti-trottinette.

Date : 25 janvier 2019.

 

– Alors Mr Réqual ! Qu’avez-vous à me proposer ?

– Un juste retour des choses !

– Ah !… L’idée c’est plutôt d’envisager le futur.

– Ah mais je veux bien l’imaginer ! Mais à des années lumière du présent !

– C’est à dire ?

– C’est à dire sans le truc le plus insensé qui soit et qui prouve à quel point, vous les politiques, vous avez perdu la raison.

– Allons bon ! Cela va encore être de ma faute !

– N’y voyez pas une attaque personnelle !

– Bon. Alors quel est le problème ?

– Le problème ? Mais c’est les trottinettes voyons !

– Les trottinettes ? Ah oui ! Je vois. Vous trouvez qu’il y en a trop ?

– Trop ? Ah ben pour le coup c’est rien de le dire ! Non mais une seule c’est déjà trop ! Non mais c’est un truc de malade ! Non mais on marche sur la tête là !

– Vous exagérez ! La trottinette existe depuis des lustres. Ce n’est pas tout d’un coup devenu l’objet le plus maléfique de la terre !

– Mais je vous parle de la trottinette électrique ! C’est pas que je voyais d’un bon œil les gamins qui trottinent à côté de vous en oubliant que vous avez des chevilles, mais enfin, cela restait supportable ! Non mais la trottinette électrique, c’est juste insupportable !… C’est… Je sais pas… J’arrive pas à comprendre comment on peut accepter cela. Comment les politiques peuvent être tombés si bas. Quelle médiocrité !

– Quel est le rapport ?

– Quel est le rapport ? Mais qui laisse faire cela sinon les politiques ?

– Laisser faire… Laisser faire… Ce n’est pas une question de laisser faire. On ne peut pas tout interdire. Pour quelle raison devrait-on interdire la trottinette électrique ?

– Ah ben ça c’est la meilleure ! Ah vous ne voyez pas de raison vous ! Ah ben de mieux en mieux ! J’hallucine !

– Remettons les choses dans l’ordre ! Imaginez-vous en possession d’une trottinette ! Parce que vous êtes très ingénieux vous parvenez un jour à y adjoindre un moteur électrique. Vous l’utilisez dans la rue et soudainement un agent de police vous arrête et vous dit que vous n’avez pas le droit de rouler avec cela. Pendant qu’il vous dresse procès verbal un individu en vélo électrique passe à côté, l’agent de police ne lui dit rien. Allez-vous penser que cela est tout à fait normal ?

– Cela dépend ! Qu’entendez-vous par « utiliser dans la rue » ? C’est une utilisation à 10 à l’heure sur le trottoir ? A 20 à l’heure sur la chaussée ? A 30 à l’heure sur le trottoir ? Parce qu’aux dernières nouvelles, les vélos sont interdits sur les trottoirs ! Je ne dis pas que les cyclistes respectent toujours cette interdiction mais ceux qui ne le font pas ont quand même conscience qu’ils sont en tort. Le trottinettiste lui n’a conscience de rien sinon de lui-même ! Poussez-vous de là que je m’y mette ! J’ai priorité sur le trottoir ! Si je vous rentre dedans c’est vous qui aurez mal ! J’ai priorité dans la rue ! Si une voiture me rentre dedans elle sera forcément en tort ! Laissez-moi poser ma trottinette où bon me semble ! Devant la porte de votre immeuble ! Dans votre jardin ! Sur votre paillasson ! Je fais ce que je veux ! Je suis dangereux pour moi et pour les autres et je vous emmerde !

– Vous exagérez !

– Non je n’exagère pas ! Je n’ai jamais vu un tel ramassis de débiles de toute ma vie ! Et pourtant je pensais en avoir côtoyé pas mal ! Non mais où on va ? Et vous vous trouvez cela normal ? Je rêve !

– Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes lié à ce niveau mode de transport, mais enfin, il faut bien un temps d’adaptation, c’est comme toute chose.

– Oulala ! Oulala ! Le délai est passé monsieur le député ! On attend encore un peu ? On réagira quand il y aura 100 morts ? La vérité c’est que vous les politiques vous n’en avez rien à foutre !

– Vous ne pouvez pas dire cela ! C’est un sujet parmi d’autres. On va s’adapter, il y aura des évolutions, des propositions de lois.

– Tu parles Charles ! En parlant de Charles, du temps de De Gaulle ça risquait pas d’arriver un truc pareil !

– Que vous dites ! Les rues sont sûrement plus sûres aujourd’hui qu’au temps de De Gaulle !

– Non je crois pas ! Et vous allez faire quoi pour arrêter cette anarchie ?

– Écoutez, je ne fais que vous répéter ce que j’entends, cela reste des bruits de couloir mais je sais que certains envisagent d’obliger les entreprises de trottinettes à les brider. Si vous les bridez en-dessous de 10 kilomètres heure vous pouvez considérer qu’elles sont aptes à rouler sur le trottoir car elles ne seront pas plus dangereuses qu’un coureur à pied ou quelqu’un qui fait de la trottinette classique. Ou bien vous les laissez à pleine vitesse avec la même règle que les cyclistes : interdiction de rouler sur les trottoirs.

– Bravo ! Vous parlez d’un progrès ! Rajoutez sur la chaussée des gens qui n’ont aucune idée du code de la route, font absolument n’importe quoi, prennent les carrefours en diagonale… Bravo ! J’applaudis le sens de l’irresponsabilité !

– Non mais vous êtes drôle vous ! Comment voulez-vous qu’on traite les trottinettes différemment des cyclistes ? Si l’un et l’autre vont entre 15 et 30 kilomètres heure, on est bien obligés d’avoir les mêmes règles pour les deux ! Et c’est pas simple dans la mesure où il est souvent justifié pour quelqu’un d’emprunter le trottoir pour sa propre sécurité. Il est légitime d’emmener ses enfants faire du vélo mais il y a bien des endroits où vous hésiteriez à passer en vélo avec eux. Pour la trottinette c’est pareil ! Encore plus depuis qu’il y a une vraie différence de vitesse entre celle qui a un moteur et celle qui n’en a pas.

– Oui oui je vois ! Je vois qu’on va trouver toutes les excuses possibles pour ne pas verbaliser les trottinettistes.

– Non c’est faux ! Il finira par y avoir des contraventions qui auront valeur d’exemple car ceux qui utilisent des trottinettes n’ont aucune raison d’enfreindre la loi plus que les autres. J’ai même entendu des députés émettre l’idée qu’on pourrait les obliger à porter un casque !

– Et qu’est-ce que cela changerait ?

– Cela pourrait éviter quelques morts !

– Parce que si un trottinettiste me rentre dedans, vous pensez que j’aurais moins mal s’il a un casque ? Ou bien vous envisagez d’obliger aussi les piétons à en porter ?

– Mais non bien sûr. Mais cela entre dans le cadre d’une interdiction de rouler sur les trottoirs. Accessoirement, s’il devenait obligatoire de porter un casque en trottinette, cela réduirait considérablement son usage. Il paraît en effet difficile de fournir un casque avec chaque trottinette mise en location. Et même si c’était le cas les gens auraient peur d’attraper des poux où je ne sais quoi.

– Alors je suis tout à fait favorable à l’obligation de porter un casque en trottinette ! C’est exactement la loi qu’il nous faut ! Soutenez cette idée et la prochaine fois je voterai pour vous !

– J’en conclus que vous n’avez pas voté pour moi en 2017.

– Pourquoi j’aurais fait ça ? Personne ne vous connaissait. Mais s’il faut avoir voté pour vous pour avoir droit à un entretien, dites-le tout de suite, je m’en vais !

– Ce n’est pas ce que je voulais dire… Mais pensez bien que je ne peux pas soutenir un projet de loi en faveur du casque à trottinette.

– Vous préférez que les gens se tuent ? Bravo ! C’est très responsable !

– On n’a pas obligé les cyclistes à porter le casque donc on ne peut pas le faire pour les trottinettes ! Ce serait de la discrimination ! A ce compte-là on peut aussi estimer que le port du casque en voiture éviterait aussi bien des blessures en cas d’accident. Mais à un moment il faut quand même garder le sens de la mesure !

– Obliger les cyclistes à porter un casque ne me semble pas être une manière de passer les bornes ! Et ainsi on pourra obliger les trottinettistes à porter aussi un casque et il y en aura moins.

– Écoutez ! Quand il a été question de l’obligation du casque à vélo, les systèmes de location de vélo comme le vélib et le vélo’v prenaient de l’ampleur. Je pense qu’il était difficile d’imposer le port du casque parce que ces systèmes de location auraient perdu une grosse partie de leurs clients. Ces pareils pour les trottinettes, vous ne pouvez pas tuer l’activité de ces entreprises sur une décision arbitraire !

– Et pourquoi on se gênerait ? Personne ne leur a demandé de venir ! On vivait très bien sans elles et pour ma part beaucoup mieux ! Mais qu’elles disparaissent aussi vite qu’elles sont apparues, qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse ?

– Je ne vois pas en quoi c’est souhaitable ! La trottinette électrique c’est un moyen de transport très intéressant.

– Un moyen de transport ? Non mais vous croyez que les gens ont mis de côté leur moto ou leur voiture pour aller bosser en trottinette de location ? La quasi-totalité de ces débiles, parce que bon sang ce qu’ils ont l’air débiles juchés sur leur monture, debout sur leurs grands chevaux, droits comme des i, roides comme Don Quichotte, hautains, débiles… au moins ceux qu’ont des trottinettes pas électriques ils ont l’air un minimum de faire un effort, ça leur donne un peu d’allure. Donc ces débiles disais-je, sont l’archétype de cette génération de débiles ! Avant vous les retrouviez le cul posé sur un banc de pierre place Bellecour ou à la terrasse d’un Mc Do, les yeux rivés sur un smartphone à chercher la meilleure façon de ne rien faire de leur vie. C’était même pas des usagers du vélo’v non, trop compliqué, faut pédaler, plutôt du genre à encombrer le métro pour éviter de marcher un kilomètre. Et ces gens-là vous leur montrez un truc qui roule tout seul, un truc qu’ils n’auront pas à entretenir vu que cela appartient à quelqu’un d’autre, un truc avec lequel on peut faire tout et n’importe quoi sans en payer le prix…

– Ah si le prix ils le payent ! Vu ce que cela coûte à la minute.

– Laissez-moi finir ! Donc ces gens là, qui passaient le gros de leur temps le cul posé sur un banc ou une chaise, sans dépenser trop d’énergie, eh bien vous les voyez à 30 kilomètres heure, sans but autre que de sauter du trottoir à la rue, pour se donner une chance de ressentir le petit frisson de la petite vitesse et de faire rendre l’âme plus vite à leur monture. Ensuite ils la posent n’importe où, charge à quelqu’un d’autre de panser ses plaies et de la nourrir. C’était pas mon propos de vous parler d’écologie mais comme vous avez bien saoulé le monde avec cela durant votre campagne, je vous ferai remarquer qu’entre passer sa journée à ne rien faire sur un banc et vider des batteries en pure perte, la position la plus écologique c’est la première ! La trottinette ça n’apporte strictement rien en termes de déplacements préexistants, ce n’est qu’un prétexte pour créer des déplacements qui n’existaient pas auparavant ! C’est anti-écologique !

– En vous prenant au second degré je vous trouverais presque sympathique. J’aime assez quand on force le trait jusqu’à la caricature mais au-delà de ça je pense que votre analyse repose sur des présupposés et qu’en réalité vous n’en savez absolument rien ! Vous dites que le vélo’v c’est trop dur pour certains, mais ce n’est pas forcément une question de faire un effort. Il y a des gens qui ne sont pas du tout à l’aise sur un vélo et encore moins sur un skate ou des patins. Que ces gens là puissent avoir enfin un mode de transport doux à leur disposition, je pense que c’est une bonne chose et que globalement, oui, cela finira par participer à désengorger la ville. Moi je suis convaincu que la trottinette peut finir par remplacer de nombreux voyages en voiture. Entre une voiture à essence ou électrique et une trottinette électrique sur un même trajet, y a pas photo, la trottinette bat haut la main l’auto en termes écologiques.

– Si c’est le cas ce ne le sera jamais avec des trottinettes de location ! D’ailleurs pour celui qui voudrait faire dix kilomètres par jour en trottinette le calcul est vite fait, il a tout intérêt à s’en acheter une ! Ces boites à la con à qui vous les politiques avez donné l’autorisation de squatter l’espace publique sans contrepartie, elles se contrefichent de l’écologie, elles viennent en rapaces créer un besoin qui n’existait pas. En plus de n’offrir que des emplois précaires pour de pauvres types mis au service de gens débiles elles nous pourrissent la vie !

– Vous exagérez ! Moi elles me vont très bien.

– Parce qu’en tant que député vous ne faites peut-être pas grand usage de la rue !

– Plus que vous ne l’imaginez ! Je ne suis pas très connu comme vous l’avez souligné. Mon seul vrai problème avec les trottinettes c’est que beaucoup d’entre elles finissent dans le Rhône ou la Saône, avec les batteries c’est pas super pour la qualité de l’eau !

– Et moi je suis assez convaincu que ce sont les mêmes débiles qui utilisent les trottinettes et les jettent ensuite dans le Rhône ! C’est la génération Kleenex ! Mais pour ma part je les encourage fortement à le faire ! Cela précipitera leur disparition. D’ailleurs je me demande qu’est-ce qui m’empêche moi-même de les jeter dans le Rhône ?

– C’est illégal !

– En quel honneur ?

– Vous n’avez pas le droit de jeter quoique ce soit dans le fleuve et encore moins quelque chose qui ne vous appartient pas !

– Un truc abandonné sur la voie publique n’appartient à personne !

– Ah bon ? A supposer que vous trouviez une voiture ouverte avec les clés sur le contact, vous n’avez pas le droit de partir avec. A supposer que vous trouviez un vélo non attaché vous n’avez pas le droit de partir avec.

– Pas si sûr. Parce qu’on peut réfléchir la chose de manière inversée. Si je laisse la porte de mon appartement ouverte et que je me fais cambrioler, que va me demander mon assureur ? « Avez-vous bien fermé tous les verrous à double-tour ? » « Euh non j’ai même laissé la porte ouverte. » « Alors désolé, pas d’effraction pas de délit ! »

– La police d’assurance et la police tout court sont deux choses très différentes.

– Pas si sûr. Et si, parce qu’un débile a pensé que le meilleur endroit pour abandonner sa trottinette de location c’était devant la porte de mon hall, je me prends les pieds dedans et je me casse un bras ou le col du fémur, je dois porter plainte contre qui ?

– Cela je n’en sais fichtre rien. J’imagine que vous êtes tenu de regarder là où vous mettez les pieds !

– Ah ben c’est la meilleure celle-là ! Et voilà que ce serait de ma faute ! Non mais j’hallucine ! Tout cela parce que vous les politiques vous êtes incapables d’assumer votre nullité absolue !

– Écoutez ! Je ne dis pas que ce n’est pas un problème ! Pour ma part j’ai suggéré qu’on puisse obliger les usagers à déposer les trottinettes dans des endroits qui leur seront réservés. Comme il existe des parcs à vélo il peut exister des parcs à trottinettes. Les gens devront marcher un peu pour prendre et déposer une trottinette mais cela enlèvera cette impression d’anarchie dont j’ai parfaitement conscience. Mais tout cela prendra du temps. Soyez patient !

– Mais bien sûr ! Pour pondre des arrêtés qui finiront par nous interdire d’avoir des boules de pétanque ou un couteau dans notre coffre sous prétexte de lutte contre l’insécurité, ah ça y a du monde et ça réagit au quart de tour ! Mais pour lutter contre l’invasion des trottinettes faut attendre des lustres ! Que cela passe par l’assemblée, le sénat, le premier ministre, le président ! Je vais vous dire ! Je ne sais pas qui possède ces entreprises de trottinettes à la con mais ça m’étonnerait pas que ce soit des sous-filiales de groupes appartenant à des fonds de pensions gigantesques. Et pour le coup, on en viendrait à croire que ça arrose les partis politiques à tout va. Allez ! On est entre nous ! Vous pouvez me le dire ! Combien ils vous ont donné pour que vous vendiez la trottinette comme le Nec plus ultra de la lutte contre le réchauffement climatique ? En toute franchise !

– Arrêtez un peu ! Je vous rappelle que je suis non-inscrit et au demeurant je n’essaye pas de vous faire aimer la trottinette. C’est juste que je trouve ce moyen de transport sympa et en phase avec son époque. Ce que j’adore par-dessus tout c’est que des gens se sont creusé la tête pour inventer le gyropode en lui donnant un pseudo-look futuriste mais qui au final m’apparaît beaucoup plus ringard et prétentieux que la trottinette. Puis d’autres ont pris un objet existant depuis des lustres, lui ont collé une batterie et un petit moteur et bingo ! Là où vous croisez un gyropode il y a 1000 trottinettes ! Voilà une histoire que je trouve assez fun ! Alors moi je dis vive la trottinette !

– Et mort aux cons ! Ça vous parle ?

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12 janvier 2019

Darwin est dans la lune !

Début octobre nous étions toujours sans nouvelle de la fée Odette. Comme je le disais dans un précédent billet Odette a commencé à être de plus en plus souvent mal lunée dès le printemps et avant même le fameux jour où elle a mis les voiles, elle avait déjà émis plusieurs fois l’idée que ma vie n’était rien sans elle et qu’il en allait de même pour celle des pigeons. Je dois concéder que malgré sa mauvaise humeur réccurrente, à l'approche de l'automne nous étions tous dans l'attente de retrouver les avantages que nous procurent sa présence ; mais il n’empêche que j’ai passé un excellent été même sans elle. Donc ma vie n’est pas nulle du tout et je dois dire que si c’est pour revenir avec la lubie de me jeter dans un trou, je préfère autant qu’elle reste là où elle est. Vous allez comprendre !


Un matin d’avril je sortais de mon sommeil, un sommeil bien mérité je dois dire, Odette se tenait devant moi d’un air enjoué et m’agressa d’emblée avec une histoire de chocolats qu'elle avait volé la veille dans un boite aux lettres de l'immeuble :
– Tiens toi bien Darwin ! Il n’y a pas de numéro 13 en Belgique !
– De numéro 13 ?
– Chez les belges ! Il n’y a pas de numéro 13.
– Désolé, je ne te suis pas.
– J’ai été chez Jeff de Bruges et il n’y a pas de chocolat numéro 13 !
– Et alors ? C’est sûrement par superstition.
– C’est exactement ce que je me suis dit !
– Alors ?
– Alors cela veut dire qu’il n’y a pas de n°13 en Belgique !
– En Belgique je ne sais pas mais chez Jeff de Bruges, j’imagine que c’est par souci commercial.
– Non non matou ! Les belges ont banni le n°13 !
– N’importe quoi !
– Je t’assure !
– C’est impossible Odette ! On ne peut enlever aucun nombre sinon tout le système arithmétique est faussé !
– Et pourquoi donc ?
– S’il n’y a plus de 13 il ne peut pas y avoir de 14 non plus puisque tu ne peux plus faire 13 + 1 = 14.
– Il suffit de faire 12 + 2 et le tour est joué.
– Certes. Mais alors que devient la somme 12 + 1 !
– Elle est bannie !
– N’importe quoi !
– Je t’assure ! Il est tout à fait possible de se passer du n°13.
– Mais bien sûr… Alors quand un carrefour est situé à 13 km d’une ville, que dit le panneau ?
– Aucune ville n’est située à 13 kilomètres de quoi que ce soit puisque c’est banni ! Tout est à 12 + 1 kilomètres ! Quand Napoléon a vu l’indication « Waterloo 12 + 1 kilomètres » il a pensé que c’était son jour de chance.
– Ok ! Tu m’as redonné sommeil là ! Mais du coup, le meilleur chocolat c’est quel numéro ?
– En tout cas c’est pas le 11 !
– Il est à quoi le 11 ?
– Il n’y a pas de numéro 11 en Belgique !
– Oh !
– Tout est une question d’équilibre Darwin ! Pas de 13, pas de 11. Par souci de symétrie ! Mais tu es trop bête pour le comprendre !
– Allons donc ! Cette journée s’annonce vraiment longue et fastidieuse.
– Non je ne crois pas car j’ai l’intention de faire une expérience avec ton vilain corps de chat !
– Du genre ?
– Si je te jette du toit tu retombes sur tes pattes n’est-ce pas ?
– Arrête avec ça !
– Peu importe d’ailleurs. Même si tu retombes sur la tête l’essentiel c’est qu’on a la certitude de te retrouver sur le sol.
– Ah ben chat, c’est sûr que je ne vais pas m’envoler. Dure loi de la gravité !
– Mais admettons que je creuse un trou partant d’ici et qui traverse la terre en passant par son centre pour aboutir je ne sais où aux antipodes.
– Ce je ne sais où est très facile à calculer mais le problème c’est que tu ne peux pas creuser un trou qui passe par le centre de la terre !
– Tu crois que je n’ai pas assez de pouvoir pour ça ?
– Toi ? Une petite fée ? Tu ferais le poids de Vénus que ça ne changerait rien à l’affaire puisque, à supposer que tu sois capable de percer le noyau interne qui est solide mais à 6000 degrés, personne ne peut faire un trou dans le noyau externe puisqu’il est en fusion. C’est comme vouloir faire un trou dans la mer !
– Bon d’accord ! Alors on n’a qu’à dire que mon trou je le fais sur la lune et…
– C’est pareil ! Une partie du noyau de la lune est supposée en fusion !
– Supposée ? Et bien admettons que ce ne soit pas le cas et qu’on puisse y faire un trou ! Tu peux l’admettre ou bien tu es décidé à m’énerver pour de bon ?
– D’accord, admettons. Et alors ?
– Alors je troue la lune de part en part et comme dans le film j’y emmène Darwin Le Chat.
– Dans le film ? Quel film ?
– Le film avec Darwin Le Chat ! Dis-moi pas que tu ne l’as jamais vu !
– Jamais entendu parler de ce film.
– Et moi qui croyais que c’est toi qui l’avait écrit. Déception.
– Tu blagues là !
– Peu importe ! Donc Darwin Le Chat est sur la lune et se tient au bord du trou que j’ai percé. Tu vois le genre de trou ? T’es du côté de la face cachée et tu peux mirer la terre rien qu’en jetant un coup d’œil à travers le trou ! Enfin pas toi vu que t’es myope comme un chat !
– Hin hin. Parce que toi tu crois que tu peux regarder à travers un trou de plusieurs milliers de kilomètres ?
– Exactement matou ! Alors voilà ! Quand j’ai fini ma contemplation je te pousse dans le trou et tu tombes ! Loi de la gravité !
– Super sympa !
– Donc tu tombes vers le centre de la lune, tu tombes, tu tombes. Mais qu’est-ce qui se passe au bout d’un moment ? Tu ne va pas te retrouver de l’autre côté du trou vu que si je t’avais jeté par l’autre bout tu serais tombé quand même.
– Pas faux. Alors j’imagine que je vais m’arrêter de tomber quand je serai pile au centre de la lune.
– D’accord mais comment ?
– Comment ça comment ?
– Est-ce que tu vas t’arrêter en décélérant peu à peu ou bien vas-tu t’arrêter tout net comme si tu t’écrasais sur une énorme plaque de verre ?
– Je pense que je vais décélérer peu à peu et m’arrêter au centre de la lune.
– Bon d’accord. Mais alors, dans quelle position tu vas te retrouver une fois à l’arrêt ? Moi je pense que tu auras les quatre pattes écartées et que tu ressembleras à une descente de lit ! Tu sais comme les peaux de tigres chez les gens qui ont beaucoup beaucoup d’argent et encore plus de mauvais goût !
– Je ne vois pas à partir de quel phénomène physique tu en arrives à cette conclusion !
– Alors dis-moi dans quelle position tu seras puisque t’es si malin ! 
– Mais je n’en sais rien! T’as qu’à sauter dans le trou, tu verras par toi-même !
– Je suis déçue de toi Darwin ! Je pensais que tu aurais une théorie pour me décrire exactement ce phénomène.
– Ben non. Désolé !
– Alors je crois qu’en fait tu seras plutôt dans une position proche de ta position préférentielle. Genre en boule ! A peu près comme quand tu dors gros fainéant de chat ! Sauf que tu seras plus ratatiné ! T’auras l’air franchement débile ! Tes moustaches seront collées à tes joues et les pointes de tes oreilles seront retournées vers l’intérieur ! Et je t’assure que tu feras beaucoup moins le malin ! Voilà ce qui arrive à ceux qui passent leur temps à dormir ! Quand on les jette dans un trou ils finissent en position de dormeur mais vraiment, vraiment inconfortable !
– Maintenant que tu le dis je pense que tu viens d’apporter la preuve que ton histoire de trou est invraisemblable, même à travers une planète complètement dure !
– Et pourquoi donc ?
– Eh bien effectivement il n’y a aucune raison qu’au centre de la lune j’aie les pattes dans un sens plutôt que dans l’autre. Il est plus probable que les forces de la gravité me compriment le corps et de manière un peu moins romantique que celle que tu as décrite à propos des chats qui dormiraient trop. Mais en vérité si moi je suis compressé, toute la matière qui est autour de moi l’est aussi. Et elle l’est bien avant que je n’atteigne le centre de la lune. Donc tu ne peux pas creuser un trou à travers la lune même en supposant qu’elle soit faite d’une roche dure, la roche va s’effondrer sur elle-même ! Il y aura toujours de la roche pour prendre la place de celle que tu auras enlevée en creusant un trou ! 
– C’est pas dit !
– Si !
– Non !
– Si ! 
– Alors dans ce cas pourquoi il y a des tunnels ?
– Il n’y a pas de tunnels là où la force de la gravité est plus forte que les forces de cohésion de la roche dans laquelle tu cherches à creuser un tunnel !
– Donc toi tu penses que je ne peux pas creuser un trou dans lequel toi tu finiras comprimé sans toucher quoique ce soit !
– Exactement.
– Donc tu te crois plus solide que de la roche !
– Ce n’est pas ce que j’ai dit.
– Si ! Si je creuse un trou dans lequel tu tombes c’est qu’il y a de la gravité. Et comme tu es moins solide que de la roche je peux continuer à creuser jusqu’au point où toi tu ne supporteras pas la gravité tandis que la roche la supportera encore. 
– Sans doute, mais pas un trou sans fond !
– Si un jour les astrophysiciens te montrent une photo d’un astre géant qu’a la forme d’un donut, tu fermeras bien ta bouche !
– Ça ne prouvera pas que tu peux trouer la terre à la manière d’un donut. A la limite tu peux prendre ta pelle et ton seau et tenter d’aller creuser un trou à travers la première comète qui passe dans les parages.
– C’est exactement ce que je vais faire ! Et puis je te jetterai dedans !
– Sauf que je ne vais pas vraiment tomber parce que la gravité ne sera pas très forte !
– Dis donc monsieur matou-j’ai-réponse-à-tout ! Moi j’ te dis qu’il y a dans l’univers forcément un endroit et une matière telle qu’ont peut y creuser un trou sans fond et jeter un chat dedans jusqu’à ce qu’il finisse ratatiné par la seule force de la gravité ! As-tu l’outrecuidance de prétendre le contraire ?
– Je n’irai pas jusque-là ! Je ne suis pas physicien !
Vous le savez, quand Odette commence à monter dans les tours, il vaut mieux lâcher l’affaire plutôt que de la fâcher pour de bon. Mais si comme elle, vous voulez savoir dans quelle mesure il est possible de creuser un trou passant par le centre d’une planète à seule fin d’y jeter un chat histoire de savoir dans quel sens vont friser ses moustaches, commencez à creusez dès que possible, ça risque d’être long. 

18 octobre 2015

HelloWorld47831

Chalut.

 

Le message de la tablette que je poste ici, nous orienta de nouveau vers la piste du canular en raison d’une référence explicite mais passablement burlesque à une ville que nous connaissons bien.

 

HelloWorld47831 @MnTardy

Bonjour Emmanuel. Le réseau TCL te souhaite une bonne journée. TCL l’incontournable partenaire des virées liounaises. TCL, tout conduit à Lyoune.

 

Info47831 @MnTardy

Charles de Gauche, ancien chef de file de LGG (La Gauche Gauche) opposant aux réformes fiscales et au rassemblement de la gauche molle, a, sur son blog personnel, fait une courte réponse à Mr Claude Balluchon. Nous la reproduisons ci-après : « Camarade ; tu permets que je t’appelle camarade ? En souvenir d’un passé pas si lointain. Je ne dirais pas que j’ai été déçu par ta sortie médiatique d’hier, elle ne manque pas de piment et traduit si bien la teneur de tes renoncements. L’écharpe en bandoulière, un maire aurait lancé la noce du capital et de la nation ? Dites madame, le bal aura duré longtemps. Vous dansiez ? Eh ! bien couchez maintenant ! D’où vous vient cette tripoté de gamins ? La mariée est une putain mais l’honneur est sauf, le conjoint, maquereau notoire, est son unique client ! A ce point naïf ou malhonnête (j’ai mon idée) on n’en fait (malheureusement) plus que des comme toi. Dans ce naufrage à quoi reconnaît-on un vrai wouineur ? La mer monte à vue d’œil, lui reste droit dans ses bottes, il lève les bras aux ciels et vocifère une phrase sempiternelle : « Manque de liquidité ! C’est à cause d’un manque de liquidité ! » S’il voulait bien faire profil bas et cesser ses coups de mentons, il constaterait que manifestement c’est le contraire. Mais non ! Lui préfère se gargariser : « J’ai renfloué les caisses ! » Erreur ! Les caisses, les vraies, pourries mais sèches, sont à jamais échouées, débris de son bilan parmi d’autres. Chez les tous petits, les carrés et les ronds, c’est confondant. D’où une tendance à voir des caisses là où flottent des tonneaux de champagne. Tu me diras qu’on met aussi le champagne en caisse. C’est bien là le vrai problème, on ne met plus que ça en caisse. Un prétendu sauveur prétendit changer l’eau en vin, ceux qui ont changé l’allouable en rentable méritent-ils le même attribut ? Qu’ont-ils sauvé ? Pas même un système, car si la base est la même son évolution tient de la révolution. Jadis le fiscaliste prenait sur la vente du vin pour distribuer un peu d’eau aux assoiffés. Aujourd’hui il est un homme de services. Au service de qui ? Du riche ! Aussi il ne se contente pas de lui prendre dans la poche de droite pour lui remettre dans la poche de gauche. « Monsieur ! Veuillez me donner 1000 iouros ! » « C’est pour quoi faire ? » « Pour aller vous acheter du vin ! » « J’y allais, justement. » « Eh ! bien comme ça  vous n’aurez même pas à le porter ! »

 

PM @bubble1trooper

Clairement. Mais je ne vais pas demander un jeu open source bidon pour voir s’ils se foutent de ma gueule. De toute façon ça ne changera rien à la donne.

 

PM @TravelerCheik

Avec un pseudo pareil je pensais que tu étais du genre à posséder une carte OMC Gold, voire Platine. Les Vialy résidents sont moins chers mais tu ne peux pas tricher avec ça et encore moins te promener en zone à péage sans Vialy. Techniquement tu peux essayer mais tu seras vite repéré. Par souci d’économie je me paye deux ou trois Vialy annuels, rarement plus. Or, un mois où je n’avais pas de Vialy, je me suis endormi dans une navette et j’ai dépassé la zone libre, je me suis réveillé avec un Digidek municipal face à moi qui me répétait : « Vous êtes dans une zone à péage, veuillez vous acquittez de la somme impartie ! » Ensuite il m’a donné un ultimatum pour sortir de la zone avant débit automatique de mon compte, j’ai piqué un méchant sprint ! Par précaution mieux vaut paramétrer ton implant pour être averti avant de dépasser la ligne rouge !

 

@RedElementMaster

Ne t’en fais pas ! Une heure par jour me suffira amplement pour rester au top !

 

Darwin.

11 janvier 2020

Toucons, cabinet de conseil.

Chalut.

Aujourd’hui je vous transmets une conversation que j’ai pu entendre à la fin de l’année 2017. Cette conversation émane d’une salle au sein d’une entreprise qui est installée dans la rue mais malheureusement du côté du très grand bloc. J’y passe à l’occasion et je ne manque jamais d’aller vers un tuyau d’aération qui présente l’avantage de renvoyer le son d’une salle comme si on y était. Cette salle appartient donc au Cabinet de conseil « Toucons » qui donne des conseils en tout, absolument tout, c’est du moins ce qu’il prétend. La meilleure conversation que j’ai entendue fut donc à la fin de 2017, deux salariés de cette entreprise y ayant passé de longues minutes et reçu plusieurs appels téléphoniques. Comme ils ont la bonne habitude de toujours mettre le haut-parleur, tout est parfaitement intelligible ! Voyez par vous-même !

 

Tutintintintin tintintintin tintintintin trrrrrrulululululu… Tutintintintin tintintintin tintintintin trrrrrrulululululu...

– Allô ?

– Rémy ? La ministre de la santé au téléphone !

– Oh ? Attends je prends une grande respiration !… OK c’est bon !… Allô ?

– Monsieur Desnoyaux ?

– Bonjour madame la ministre ! Que puis-je pour vous ?

– J’ai besoin d’idées !

– Euh… C’est à dire ?

– Vous n’imaginez pas la pression que nous met le président pour changer la France ! Si je veux durer il me faut une annonce phare par mois. On m’a conseillée de vous demander conseil.

– Et vous m’en voyez honoré ! En toute indiscrétion, quel cabinet vous a suggéré de passer le nombre de vaccins obligatoires de trois à onze ?

– Ah ! là, c’était mon idée ! Le président voulait des propositions fortes et rapides, j’ai pensé que c’était très approprié !

– Moi j’aurais choisi 13, mais 11 c’est bien aussi !

– Non, 11 c’est mieux, je vous assure. Bon ! J’ai ce qu’il faut pour tenir l’affiche jusqu’à la fin de l’année ! Mais je n’aime pas être prise de court et je veux booker l’année 2018 rapidement. On va voir si vous êtes à la hauteur de votre réputation ! Je vous rappelle dans 5 minutes et d’ici-là vous me trouvez un financement dans un domaine de la santé, n’importe lequel, on a besoin d’argent partout. Attention ! Quand je parle de financement c’est sur l’assiette la plus large possible ! Ne me sortez pas un truc qui va faire fuir les investisseurs !

– Soit ! Inutile de rappeler dans 5 minutes ! J’ai ce qu’il vous faut !

– Je vous écoute !

– Une seconde journée de solidarité ! Proposez au président une seconde journée de solidarité ! Je suis sûr que ça va lui plaire !

– Je finance quoi avec ça ?

– Ben la même chose que Rafarin ! De toute façon du fric pour la cause des petits vieux y en aura jamais assez non ?

– Effectivement !... Laissez-moi réfléchir… On va gratter quoi avec ça ? 1 milliard ?

– Le double au minimum !

– Hum… Cela pourrait suffire pour que je ne me retrouve pas avec une grève de la part de tous ces fainéants dans les Ephad.

– Certainement.

– Hum… Je vais amener cela discrètement sous la table pour tâter le terrain. Si l’idée prend je vous recontacte. Merci !

– A votre service madame la ministre ! Au rev…

…

– Elle m’a raccroché au nez, dis !

– Une femme pressée ! T’étais pas obligé de lui filer une idée pourrie pour pot de balle !

– Pourquoi pourrie ?

– Elle a dit « assiette large » mais ça veut pas dire qu’il faut emmerder tout le monde ; à commencer par moi !

– Il est où le problème ?

– Au cas où t’aurais pas remarqué je me tape des journées de dix à douze heures par jour alors mes jours fériés je crois pouvoir affirmer que je les mérite !

– Non mais ça va quoi ? Douze heures ? En comptant les jours où t’arrives en retard ?

– Je pars aussi en retard !

– En comptant la pause déjeuner ?

– Je bouffe sur le pouce !

– Sauf quand t’es à la brasserie ! De plus en plus souvent !

– J’ai besoin de varier mon régime alimentaire. C’est mon médecin qui me l’a dit !

– Et les pauses café ? Les pauses clopes ? Tu les comptes ?

– C’est mon carburant figure-toi ! Sans quoi je deviens inefficace !

– Parlons-en de ton efficacité. Ta fâcheuse tendance à la procrastination est de plus en plus patente.

– Chaque chose en son temps. Si quelqu’un pense trouver meilleur que moi sur le marché, qu’il me le dise !

– J’ai pas dit qu’on devait se mettre en concurrence, on n’est pas des manœuvres et les affaires vont bien. Mais je ne crois pas qu’il y ait lieu de te plaindre.

– Je ne veux pas qu’on me supprime mes jours fériés !

– Qui a parlé de supprimer tes jours fériés ?

– Mais toi ! Tu viens de donner cette idée à la con à la ministre !

– Mais en quoi ça te concerne ? Quand est-ce que Rafarin a eu cette idée ?

– A la suite de la canicule de 2003 !

– Et depuis ? Combien de lundis de Pentecôte t’as travaillé ?

– Euh… je ne sais pas. En 2003 j’étais au collège !

– Zéro ! Pas la peine de chercher, la réponse est zéro ! Tu l’as jamais faite la journée de solidarité !Et moi non plus d’ailleurs ! On pause une RTT !

– Mais alors ?… Comment ça peut rapporter tant de fric si personne ne la fait cette journée ?

– L’important c’est pas que tu la fasses, quoiqu’il advienne ton entreprise donne l’équivalent d’une journée de travail.

– Mais alors… c’est le boss qui risque de finir par s’en plaindre ! Et s’il décidait d’ouvrir les bureaux ce jour-là ?

– RTT ! Y aura toujours assez de RTT ! Si tu savais le nombre d’heures qu’il me doit ! Si t’as pas assez de RTT t’as qu’à prendre huit pauses café au lieu de six ! La pointeuse fera le reste !

– Oui enfin bon, j’ai pas non plus envie de rentrer à minuit chez moi !

– On ne peut pas tout avoir dans la vie !

– Mais alors ? Ceux qui n’ont pas de RTT ? Ils font comment ?

– Ben, ils bossent un jour de plus, j’imagine.

– A l’œil ?

– Faut croire !

– C’est pas un peu bizarre comme truc ? Ça fait moyenâgeux non ?

– Mais qu’est-ce que ça peut te foutre ? Depuis quand tu te soucies de ceux qui n’ont rien glandé à l’école ? Ils avaient qu’à être cadres !

– Oui mais s’ils avaient bossé, ils seraient cadres non ?

– Faut croire !

– Alors tout le monde serait cadre ?

– Sans doute !

– C’est pas un peu bizarre comme truc ?

– Pourquoi ? Regarde ici ! On est trente-deux et tout le monde est cadre ! Sauf le boss !

– Elle est cadre Jeanine ?

– Bien sûr !

– Mais si tout le monde était cadre, plus personne ne ferait la journée de solidarité !

– Et alors ?

– Alors ce serait encore plus une idée à la con !

Tutintintintin tintintintin tintintintin trrrrrrulululululu… Tutintintintin tintintintin tintintintin trrrrrrulululululu...

– Tiens ! Réponds ! Tu raconteras moins de conneries !

Tutintintintin tintin...

– Allô ?

– Jérôme ! Le magasin Mille-couche de Lyon en ligne ! Tu prends ?

– Affaire locale ? Pff… Bon OK !… … Allô ?

– Euh, bonjour ! Olivier De Quart-saison de chez Mille Couches dans le premier !

– J’en ai entendu parler. Vous venez d’ouvrir non ?

– Il y a deux mois.

– Le chiffre d’affaire est bon ?

– Passablement. Nous avons quelques soucis d’accessibilité. C’est à ce sujet-là que je vous appelle d’ailleurs. Vous savez que nous sommes en plein secteur classé à l’Unesco ?

– Difficile de l’ignorer.

– Bon. Nous avions prévu de faire une petite modification du trottoir afin de faciliter l’accès aux handicapés. Cela paraissait relativement anecdotique au regard des travaux que nous avons mis en œuvre. Sauf qu’à notre grande surprise, il apparaît que nous avons l’interdiction de toucher ce pas de porte sous prétexte que le quartier est classé à l’Unesco !

– C’est l’un des aléas d’un tel classement !

– Oui j’entends bien mais cela paraît tout de même abscons ! D’après le propriétaire des murs ce pas de porte est dans cette configuration depuis 1994 ! C’est fait avec un granit tout ce qu’il y a de plus commun, absolument rien d’historique ! Comment peut-on se voir interdit de modifier cela alors qu’on veut juste faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite ?

– Oui j’avoue que cela peut paraître bizarre. Vous n’êtes pas le premier commerce en proie à ces difficultés. Mais par ailleurs le classement à l’Unesco est globalement favorable au commerce.

– J’entends bien mais enfin… Il y a sûrement des commerces qui ont eu gain de cause ! Moi j’ai besoin de l’adresse d’un avocat spécialiste du sujet qui va me permettre de leur faire entendre raison !

– Oula ! Vous vous attaquez à un sujet délicat là ! Je doute qu’on puisse vous aider chez Toucons ! J’ai d’ailleurs mon collègue en face de moi qui fait une moue dubitative.

– Mais ce n’est pas possible ! C’est juste un bout de granit à raboter !

– Oui je sais, mais là… Honnêtement je ne vois pas qui va pouvoir vous aider.

– Eh ben ça alors ! Bon… Sinon, dans le même ordre d’idée, on aimerait améliorer notre visuel en mettant dans nos vitrines trois écrans plats de deux mètres par trois, histoire que les passants puissent voir de loin tous nos modèles de couches. Vous pensez que ce classement à l’Unesco va poser problème ? On voudrait être sûrs de ne pas investir en pure perte !

– Écoutez, je crois que cela ne devrait pas poser de problème, du moment que vous ne touchez pas à la forme de la vitrine.

– Et sinon... désolé si je vous abreuve de questions mais je suis nouvellement débarqué à Lyon ; est-ce qu’il y a des règles locales quant à l’usage de ces écrans publicitaires ? Je veux dire… y a-t-il des heures légales de diffusion ?

– A ma connaissance non ! Vous pouvez diffuser H24 si vous avez des sous à perdre. Au milieu de la nuit vous ne risquez pas de toucher grand public, on n’est pas à Broadway !

– C’est bon à savoir ! Et sinon, comme on est sur 3 niveaux hors sous-sol, on aimerait montrer qu’on est vraiment une grande surface. On a nos couleurs au rez-de-chaussée mais les étages ne sont pas différenciés par rapport au reste de l’immeuble. Vous avez une idée ?

– Oui bien sûr ! Mettez des covering aux fenêtres !

– Des quoi ?

– Des covering ! Des adhésifs transparents aux couleurs de votre entreprise !

– C’est autorisé ça ? Même dans un quartier classé à l’Unesco ?

– Parfaitement. Des transparents colorés avec le nom de votre marque, je peux vous assurer que personne n’y trouvera à redire.

– Cela risque de modifier un peu la luminosité quand même.

– Certes. Si vous voulez jouer sur la lumière du jour ce n’est pas une chose à faire.

– A vrai dire c’est plutôt tout feu tout flamme chez nous. On a une facture d’électricité étonnamment haute pour notre secteur d’activité. Bien ! Si je résume on a dit : raboter 5 cm de granit non, avoir 3 écrans géants allumés H24 pour diffuser de la pub de couches et colorer les fenêtres oui !

– Voilà !

– Bien. Je transmets à mes supérieurs, transmettez-moi la facture !

– Je n’y manquerai pas. C’est quoi votre couleur au fait ?

– Vert stéphanois ! Le vert c’est à la mode non ?

– Oui. Enfin… pour des couches jetables...

– Raison de plus non ?

– Certainement.

– Au revoir Jérôme, et merci pour vos bons conseils !

– Merci à vous ! Au revoir !

Tutintintintin tintintintin tintintintin trrrrrrulululululu…

– Oh mais merde ! Quand est-ce que je fume moi ?…

Tutintint...

– Allô !

– Jérôme ! Les magasins Titi en ligne !

– Bordel ! Ils se sont donné le mot !

– Oui mais c’est le big boss là ! Une fortune !

– Ah !… Je prends !… Oui allô ?

– Allô ! Ronan Le Boss !

– Monsieur le président ! Que puis-je pour vous ?

– Nous cherchons à renouveler notre image de marque ! J’ai dit à mes collaborateurs que je choisirais moi-même notre nouveau slogan ! Vous avez une idée ?

– Vous abandonnez « Titi les tous petits prix » ?

– Ce slogan a fait son temps ! Vous avez déjà acheté chez nous ?

– Euh… à vrai dire je dois concéder que non.

– Oh mais ne soyez pas gêné ! Vous ne croyez tout de même pas que moi-même j’achète ce que je vends ?

– Oui… disons que c’est un peu pour, comment dire ?… Les petites bourses ?

– Vous savez quelle est ma seconde activité ?

– Désolé, non.

– Je vends des crédits à la consommation ! Cela va de paire ! Vous visez les petites bourses mais dès lors que vous vendez de la merde, la nécessité de remplacer les objets les ramène souvent chez vous. Il faut donc leur donner les moyens d’acheter et en tirer quelque chose. Nos prix sont petits mais nos taux sont hauts !

– Pourquoi changer de slogans maintenant ?

– Baisse de la fréquentation, la concurrence est rude !

– Il faudrait quand même que nous allions faire un tour dans une de vos boutiques pour nous faire une meilleure idée.

– Olala c’est pas la peine ! Je veux juste la formule qui tape à l’oreille ! Chez nous c’est simple ! C’est l’empire du plastique de mauvaise qualité mais pas que ! On vend de tout et expressément des choses dont les gens n’ont pas besoin ! Ils ont besoin d’une chaise de jardin, on a ça en rayon ! Elle durera pas longtemps mais l’essentiel c’est que le jour de l’achat le client pense à acheter un jouet pour le chien, des bonbons qui dissolvent les dents pour les gosses, une brosse à chiottes farce et attrape, un déguisement pour Halloween qui donne de l’eczéma, une crème anti-eczéma qui donne des boutons ; vous voyez l’idée ? Que de la merde mais pas chère et les gens repartent avec des sacs bien garnis ! Ça les rassure ! Un pauvre, hein ? Mettez deux assiettes dont l’une contient le meilleur macaron du monde et l’autre un kilo de choucroute en boite premier prix, il va pas choisir le macaron ! C’est ça la société d’abondance ! Je pourrais avoir un slogan du genre « Titi œuvre pour le bien public » mais ça sonne pas !

– C’est vrai mais y a de l’idée ! Si on abandonne la référence aux petits prix tentons le pari inverse ! Faisons référence à quelque chose de… smart !

– Certainement mais quoi ?

– Eh bien… Ce qui caractérise votre clientèle, ce n’est pas son talent créatif n’est-ce pas ? Elle ne fait globalement pas partie des gens performants et innovants ?

– C’est à craindre !

– Laissons-lui supposer le contraire ! Laissons-lui croire qu’à défaut d’être performante dans son travail, elle est performante dans ses achats ! Qu’elle achète des choses smart !

– Oui mais un truc qui sonne à l’oreille hein ?

– Attendez !… Attendez !… Je sens que je l’ai !… Bon sang ! Mais c’est bien sûr !

– Dites-moi !

– Titi, des idées de Génie !

– Titi des idées de génie ?… Mais c’est ça ! Absolument ! C’est ça ! Titi des idées de génie !

– Pour les visuels vous écrirez le G de génie en majuscule !

– Mais oui ! Tout à fait ! J’adore l’idée ! Une vraie idée de Génie ! Jérôme ! Vous êtes un Génie !

– Venant de vous, ça me touche monsieur Le Boss !

– J’achète ! Combien ?

– Je vous laisse négocier cela avec mon président !

– Parfait ! Merci Jérôme et au plaisir !

– Au revoir !… Bon je vais fumer ! A ton tour de bosser !

– Traîne pas ! La réunion avec Notre boss est dans 5 minutes !

Tutintintintin tintintintin tintintintin trrrrrrulululululu… Tutintintintin tintintintin tintintintin trrrrrrulululululu…

– Allô ?

– Rémy ? Les Terriens de la terre au bout du fil !

– Jeanine ! J’ t’ai déjà dit que le fil s’arrête à ton bureau !

– Façon de parler ! Tu prends ?

– Je prends !… Oui allô ?

– Bonjour Rémy ! Florence Tourteau des Terriens de la terre, vous vous souvenez ?

– Oui, oui, parfaitement. Comment allez-vous ?

– Très bien, merci. Avant tout je voulais vérifier avec vous. D’après l’application on n’a plus que 682 euros de crédit chez vous ; pourtant la dernière fois j’ai demandé que 5 slogans et le dernier débit n’est pas du tout ce qui était convenu.

– C’est sûrement à cause de la clause diffusion média national ! Si une pancarte est passée en gros plan au JT de la 1 ou sur BFM, forcément c’est plus cher. Faudrait que je vérifie mais c’est pas moi qui m’occupe de ces choses-là !

– OK, j’aimerais bien avoir le lien images dans ce cas. Du coup pour la prochaine manif je vais prendre que 3 slogans, histoire d’être sûre de ne pas dépasser.

– Ou faites des pancartes petites, la probabilité est moindre !

– Non ! A la limite si vous me trouvez un truc énorme, j’en prends qu’un et je le peins sur 10 mètres de long !

– C’est vous qui voyez.

– Bon. Vous avez quelque chose pour moi ?

– Du coup on va pour trois ?

– Oui, trois c’est bien.

– Vous avez de quoi noter ? On a fait un peu long cette fois-ci.

– J’ai une excellente mémoire.

– Comme vous voulez. Alors en 1 j’ai : « Les clima-Taupes sceptiques sont-elles de plus en plus myopes ?". En 2 : "Gaz à effet de cerfs ! Seuls les chasseurs se frottent les mains !"

– J’ai pas compris là !

– Serre écrit c-e-r-f-s.

– OK !… Bof.

– Et en 3 : "Réchauffement climatique > chute des ventes de fourrures à pétasses ! Les crocodiles ont du souci à se faire !"

– Trop long et franchement machiste !

– C’est une manif pour le climat ou l’égalité homme-femme ?

– Ça laisse suggérer que les femmes participent plus au réchauffement que les mecs !

– Y a une étude qu’est sortie là-dessus qui…

– Vous fatiguez pas ! Je prends les 3 ! C’est pas terrible mais peu probable que quelqu’un d’autre ait les mêmes idées à la con, c’est tout ce qui compte !

– OK je valide le débit. 300 euros tout rond sauf surcote médiatique !… Ah ! Attendez ! Cela vient de déclencher une promotion ! Vous avez droit à une idée gratuite !

– Dites toujours !

– Il s’agit d’un dessin ! Un énorme taon est posé sur le globe terrestre et le suce substantiellement, le globe a des allures de ballon dégonflé. La légende dit « Sale taon pour la planète !»

– C’est tout ?

– Dans notre croquis le taon porte une perruque jaune mais vous pouvez aussi lui dessiner la tronche à Macron.

– Ah ?… Bon OK ! Si c’est gratuit...

– Eh oui ! Avec nous on en a pour son argent.

– Voire !

– Rappelez quand vous…. Mais qu’est-ce qu’ils ont tous aujourd’hui ?

Tutintintintin tintintintin tintintintin trrrrrrulululululu…

– Allô ?

– Il arrive !

– Tu peux appeler Jérôme par la fenêtre ? Il est descendu fumer !

– OK !

…

– Au boulot Rémy ! J’ai pas beaucoup de temps ! Il est où Jérôme ?

– Il arrive !

…

– Il fume beaucoup non ?

– Oh non ! Très peu !

…

…

– Je suis juste venu pour les clips pub… Ah !… J’ai failli attendre ! Dites donc Jérôme, vous roulez en quoi ?

– En Audi !

– Diesel ?

– Essence ! Pourquoi ?

– Y a un mec haut placé qui m’a demandé de lui donner une définition du mec ringard au 21ème siècle ! Je lui ai répondu sans réfléchir : « Le mec qui fume des clopes et roule en diesel ! »

– Je vois pas le rapport ! Vous fumez bien vous !

– Que des cigares !

– Oui ben c’est facile alors ! Je remplace clope par cigare et ça change quoi ?

– Ça change qu’il paye pas pour cigare mais paye pour clope parce que le cigare c’est pas ringard ! Et je suis sûr qu’il va la placer dans l’année !

– C’est qui ?

– Vous le saurez en temps voulu !

– Du coup je me demandais si le petit génie allait être complètement ringardisé dès 2018.

– Pff.

– Bon. Au boulot ! On commence par qui ?

– BforBank.

…

...

– « Si j’ai réussi, c’est grâce aux conseils de ma femme, alors quand elle m’a recommandé sa banque en ligne, j’ n’ai pas hésité. »

– C’est court, concis, sans imagination superflue. Bon boulot non ?

– Faut le dire vite ! Qu’est-ce que vous diriez si je débarquais avec mon vélo dans l’Open Space ?

– Vous êtes trop ringard pour rouler en vélo petit génie !

– Et vous en connaissez beaucoup des mecs qui disent « Si j’ai réussi c’est grâce aux conseils de ma femme ? »

– On est en 2017 Jérôme ! Mettez-vous à la page !

– Dans ce cas faut y aller franco ! Un truc du genre : « Si j’ai réussi c’est grâce au travail de ma femme ! » Au début du clip le mec qui parle a les pieds sur son bureau, il boit un café. Sur une moitié de l’écran y a sa femme qu’amène les gosses à l’école. Ensuite on la voit au taf sous les ordres d’un patron acariâtre ! A midi elle bouffe une légère salade sur un coin de son bureau tandis que son mari est attablé devant un plat gastronomique. Puis la nana récupère les gosses à l’école tandis que le mec discute à la machine à café. La nana prépare à manger tandis que le type boit un verre dans un after work. La nana étend le linge, tandis que le type conduit sa berline… essence. Ainsi de suite jusqu’à ce qu’ils se foutent au pieu !

– Et il la viole pendant que vous y êtes ?

– Non mais quitte à dire : « Si j’ai réussi c’est grâce à ma femme ! » autant donner des raisons valables !

– Qu’est-ce que vous pourriez en savoir ? Vous n’êtes même pas marié !

– J’aime vous prendre en exemple.

Toc toc toc.

– Monsieur Le Blévic, votre femme est passée déposer votre costume. Elle vous fait dire d’aller au théâtre sans elle, elle aura du retard !

– Bon sang ! Elle est pénible ! Merci Jeanine !… Bon Jérôme, moi ce qui m’intéresse c’est de savoir s’ils ont répondu au cahier des charges. C’est pour ça qu’ils nous consultent prioritairement, pas pour tout critiquer !

– Oui ben là ils n’ont pas pris grand risque ! On checke ça si ça peut vous rassurer.

– Mais oui ! Allez ! Allez !

– « Ne pas mentionner le fait que la multiplication des banques n’apporte rien, que tout compte fait les innovations potentielles finiront de toute façon copiées par les géantes du secteur aux mêmes tarifs. » Y a bon ?

– Ben là ! Rien à redire !

– La banque en ligne ! Quelle connerie ! Comme si ma banque n’était pas en ligne !

– Continuons !

– « Ne pas laisser supposer que de toutes les activités lucratives, il en est une dont tout homme d’affaire ayant horreur de perdre aimerait obtenir l’agrément : la banque ! » Ah ben ça c’est sûr que ce couillon qui parle de sa femme, il va pas donner un cours de finance au commun des mortels ! C’est validé ?

– Qu’est-ce que vous en dites Rémy ?

– Je suis un peu de l’avis de Jérôme alors je pense qu’on devrait juste leur dire de rajouter « aussi » entre « c’est » et « grâce ». « C’est aussi grâce à ma femme. » c’est vraiment mieux que « C’est grâce à ma femme. »

– OK ! C’est bon pour moi ! La suivante ?

– La nouvelle pub Mc Do sur le service à table cartonne paraît-il.

– Normal, elle est complètement con ! J’ai rarement vu un truc aussi débile et exaspérant de ma vie ! Auditivement surtout ! Ils l’ont massacrée la chanson !

– Ils veulent préparer l’épisode II.

– C’est juste un appel à candidater, on tente quelque chose Yves ? Répondez pas non parce que j’ai déjà bien bossé dessus !

– Vous avez l’épisode I ?

– Je vous montre la version courte, celle qui passe en ce moment est franchement trop longue.

– Ben faut croire que non.

...

« Ils sont à table, depuis qu’ils sont assis ils rient ils parlent ensemble, et on n’existe plus pour eux. Ils sont à table, chez Mc Do, et voilà qu’on dépose les plateaux. Ils n’ont plus besoin de nous, ils nous ont largués pour de vrai, ils s’amusent mieux sans nous. Mc Donald’s propose le service à table, pour se retrouver ensemble... à table. »

– C’est une reprise de qui déjà ?

– Bonnie Tyler.

– Ah oui, j’aimais bien. Vous êtes déjà allés au Mc Do ?

– Pas vous ?

– Je n’en ai pas le souvenir. Mais alors ? Avant y avait pas de table ?

– Ben si ! Sauf qu’ils servaient pas à table !

– Mais ça change quoi au juste ?

– Ben maintenant on commande, on trouve une table libre et on attend qu’on nous amène la bouffe.

– Mais du coup, c’est servi dans des assiettes ?

– Mais non ! C’est comme avant mais quelqu’un apporte les plateaux !

– Donc… si je comprends bien… avant les gens mangeaient à table et maintenant ils mangent à table.

– Oui mais on amène les plateaux !

– Je comprends pas cette pub.

– Y a rien à comprendre Yves ! Ils veulent juste éliminer peu à peu leur image de roi de la malbouffe puisque dans ce domaine tout le monde arrive à rivaliser ! Donc ils essayent de se faire passer pour de vrais restaurants. C’est en ce sens que cette pub fonctionne. Ce n’est pas réellement une référence à l’ancien fonctionnement de Mc Do puisque le changement est très relatif dans bien des cas. L’idée c’est de dire qu’ils sont dans un restaurant où on prend le temps de manger. Et si on prend le temps de manger, tout le temps qu’on gagnait en mangeant à la va-vite est perdu. D’où la complainte de la TV qui se sent délaissée ! Mais en fait rien n’empêchait avant de squatter tout un après-midi une table de Mc Do ! Cela a même toujours été réputé pour ça, un endroit où on vous met pas trop la pression si vous ne consommez pas ! Parfait pour attirer les basses classes !

– Et donc, bientôt cela ne devrait plus être le cas ?

– Ah ben ça, j’imagine que s’ils cherchent à monter en gamme, il va falloir faire un peu le ménage.

– Mais la bouffe en elle-même ?

– Toujours pareille !

– Hum… Une pub qui laisse penser à un changement qui n’en est pas un. Malin… très malin.

– Vous croyez qu’il faudrait rester dans ce schéma-là ?

– Certainement. Vous aviez une autre idée ?

– Je pensais prendre le côté totalement opposé. Mais c’est sans doute trop subjectif. Cette pub m’exaspère tellement !

– Dites toujours !

– Comme la parodie de Bonnie Tyler a assuré le succès de l’épisode 1, je pense qu’il faudrait tout de même rester sur la même bande son. L’idée serait par contre d’axer le clip sur le vrai confort apporté par le service à table. Avant vous arriviez chez Mc Do, vous faisiez la queue un bon moment aux heures de pointe, vous en profitiez pour choisir, puis vous passiez commande et ils tentaient de vous l’assembler en un temps record vu que tout était déjà prêt en amont ! Après fallait s’extirper du comptoir en se faufilant au milieu de la foule avec un plateau chargé. Le coca renversé chez Mc Do c’était presque une signature maison. Maintenant qu’ils ont mis des écrans de commande partout, on arrive et on peut probablement passer commande immédiatement. Puis on choisit une table et on attend d’être servi. Forcément c’est du confort en plus ! Alors je propose de marquer clairement la différence avant-après en forçant le trait et en montrant une file d’attente à l’ancienne où tout dégénère ! Pas d’état d’âme mais un vrai mea-culpa ! Avant nous étions des barbares et nous sommes désormais civilisés ! Plateaux qui tombent ! Racailles qui squeezent la file d’attente au détriment de gentilles familles. Bagarres. Commandes incomplètes. Manager qui hurle sur les équipiers. Comptoir dégueulasse avec un gros plan sur le seul être paisible de la salle : une souris qui grignote un sachet de cacahuètes ! Seulement à la fin du clip on perçoit la différence avec le monde d’aujourd’hui où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté.

– Intéressant.

– Attendez ! J’ai bien travaillé mon sujet et je peux vous la faire en Live ! J’ai la musique!Attendez !… Voilà ! Attention ! Bonnie Tyler, Total Eclipse Of The Heart, réécrite et interprétée par Jérôme Jourdain pour Mc Donald’s ! Place à l’artiste ! C’est parti !

 

Prends la file

Chez Mc Do s’égrène en tête le bruit du tic honni, et ces cons qui tournent en rond

Prends la file

Chez Mc Do se prennent la tête des flics et des barges, c’est un ring où seules les secondes s’étirent

Prends la file

Chez Mc Do ta peine c’est d’être une frite dans du couscous, on y parle mieux l’arabe qu’au Kebab

Prends la file

Chez Mc Do ta peine c’est d’être un hérétique sans courage, une galaxie dessous les nuages

 

Prends la file, on partage !

Tous les maux, les peines, les faux départs !

Prends la file, on partage !

Tous les maux, les peines, les faux départs !

 

Prends la file

Chez Mc Do ta peine c’est d’ faire un trip dans le tas d’ graisses

Et ta prime c’est les mains sales

Prends la file

Chez Mc Do ta peine c’est d‘ faire les frais de ses promesses

Dans sa cuisine même le congelé rend l’âme

Prends la file

Chez Mc Do ta peine c’est d’être un cardiaque en sursis

Le Mc Do, le spot des alarmes qui braillent

Prends la file

Chez Mc Do la haine te jette ta petite frite sur la dalle

Ta peine, souffrir mille coups pour une paille

 

Prends la file, on partage !

Chez Mc Do la gêne c’est un faux pas !

Prends la file, on partage !

Chez Mc Do la gêne c’est un faux pas !

 

J’ai pas pris un coca light

Et j’ n’ai pris ni porc et ni pneu

Je n’ mange ni souris ni rates

Est-ce du pudding ou bien des œufs ?

Y a un esprit Burger King en moi

Car il vous met dans l’ombre

Tous ces bœufs qui sont steaks [frites ?] la mort deux fois dans l’âme

Désossés par des crados sortis tout droit du bagne (tout droit du bagne)

Mais j’en voudrais un bout sans même passer par le parc

Le morning à toute heure, egg et muffin hors -sac

 

J’en ai ma claque de ce Mac !

J’ voudrais être servi à table !

J’ voudrais être servi à table !

 

Il était une table où Mc Donald’s innove

Où on se sent comme dans son appart

On n’attend plus debout

Plus personne ne glisse sur son shirt

 

Il était une table où Mc Donald’s innove

Où on se sent comme dans son appart

On n’attend plus debout

Plus personne ne glisse sur son shirt

 

Clap Clap Clap

– Alors là ! Chapeau ! J’ignorais que vous aviez un si joli brin de voix ! Vous passez vos week-end dans les karaokés ?

– Mais non ! Guitar Hero voyons !

– Connais pas. Bon ben c’est parfait ! On ne va pas candidater pour cette pub !

– Ben pourquoi ?

– Non mais Jérôme, voyons ! Qu’est-ce qu’elle vous a fait cette boite ? Vous avez bossé chez eux ou quoi ?

– Mais pas du tout ! C’est conceptuel !

– Allez, entre nous ! Vous avez des griefs !

– Mais pas du tout. J’y vais tout le temps ! Bon, c’est vrai que des fois c’est abusé hein ! L’autre fois je vais à la Mc Express et je demande bien à la greluche si tout est bien dans le sac ! Elle me dit que oui et j’arrive ici, qu’est-ce que je constate ? Ni paille ni serviettes !

– Et alors ? Y en a de partout ici des pailles et des serviettes Mc Do ! Cela commence à me gonfler d’ailleurs !

– C’est pas la question ! J’achète un menu, j’ai droit à une paille et deux serviettes bordel !

– Bref ! La prochaine fois vous lancez pas dans un gros travail avec des états d’âme ! La meilleure façon de se faire recaler et je vous paye pas à faire des projets foireux !

– J’ai fait ça de chez moi figurez-vous !

– Oui ben ça risque pas de compenser toutes vos pauses illicites !

– C’est pas dit !

– Bon. Le débat est clos ! Sachez que j’ai eu un type de LREM tout à l’heure. Enfin… un deuxième.

– Parce que l’autre c’en était un aussi ?

– Chut ! C’est un secret !

– C’est drôle ! La ministre de la santé nous a demandé conseil sans même vous demander. Et vous, c’était qui le deuxième ?

– Je vous rappelle que ceux qui ont mon téléphone personnel ont droit à l’anonymat. Il m’a demandé conseil pour faire une loi qui apparaisse être un geste fort en faveur des entreprises et du commerce.

– Encore ?

– C’est leur credo et je trouve aussi que ça commence à se voir un peu trop et que cela risque de devenir contre-productif.

– Vous lui avez conseillé quoi ?

– Je lui ai suggéré de faire un geste fort pour l’environnement ! Enfin… plus précisément il s’agit d’un geste censé noyer le poisson !

– Dites-nous en plus !

– Je lui ai dit de programmer la fin obligatoire des tickets de caisse en prétextant qu’il s’agit d’une source majeure de destruction forestière et de pollution. De nombreux magasins proposent l’envoi d’un ticket dématérialisé vers une adresse mail mais d’autres ne franchissent pas le pas car ils craignent de voir la part la moins fidèle de leur clientèle partir à la concurrence. Il reste donc possible pour les gens de faire leur course de manière relativement anonyme. Pour que les enseignes puissent avoir un fichier client plus pertinent et mieux cibler leurs attaques publicitaires, certains envisagent de rendre le paiement en liquide illégal. C’est largement moins efficace que de passer par les tickets de caisse ! Lorsque vous payez par des moyens numériques votre banque finit par en savoir beaucoup sur vos habitudes, mais pour ce qui de rentrer plus dans le détail, elle en saura moins que l’enseigne qui a des clients enregistrés chez elle. Imaginez-vous à la place d’une très grande surface qui a su rendre captive une grosse proportion des habitants des environs. Elle peut leur vendre pratiquement tout ce dont ils ont besoin ! Des voyages, des forfaits téléphoniques, des prêts divers, en plus de tout ce qu’ils mangent ou consomment au quotidien. Le consommateur d’une telle enseigne se sent valorisé et pense faire des affaires en évitant au maximum de lui être infidèle. C’est bien, mais l’ambition doit être de ramener dans le droit chemin les réfractaires au progrès. Si demain vous interdisez les tickets de caisse, celui qui refuse de donner son adresse mail pour qu’on lui envoie un ticket électronique n’aura aucun recours en cas d’erreur. Naturellement la plupart des consommateur préférera décliner son identité numérique !

– Il y a un biais dans votre raisonnement Yves ! Vous parlez de grandes enseignes comme un Carrefour ou un Leclerc, dont on suppose qu’ils en savent déjà beaucoup sur une part conséquente de leur clientèle. Cependant vous oubliez que les gens qui font vraiment de la consommation un art de vivre, au point de ne rien envisager sous un autre angle, sont aussi les plus susceptibles d’aller d’un commerce à l’autre. Or on n’a pas inventé un truc à la con comme le paiement sans contact en faisant miroiter aux gens qu’ils allaient gagner un temps fou dans leur vie grâce à cela, et ainsi en consacrer plus à la lecture ou au jardinage, pour finir par leur dire qu’à chaque fois qu’ils entreraient dans une boutique on leur demanderait désormais : « Vous avez un compte-client ? » « Non pas du tout ! C’est la première fois que je viens, mais j’adore, vraiment ! » « Je peux vous demander une adresse mail ? Pour le ticket de caisse ? » « Oui parfaitement ! » « Je vous écoute. » « Alors c’est « Jesuisunpigeonainsiqueledidondelafarce, arobase, crétin.com » « Pigeon ça prend deux g ? » « Non, un seul. » « Parfait, merci ! Oh ! Attendez ! Vous êtes le deux millionième client enregistré dans notre fichier ! Vous aurez droit à cinq euros de bon d’achat la prochaine fois ! Pensez à bien activer votre compte en cliquant sur tous les liens qu’on vous enverra ! » « Super ! Merci ! » Vous comprenez que ça ne va pas tellement favoriser la fluidité des files d’attente !

– Ne pensez pas me prendre au dépourvu petit génie ! Si vous avez la vue courte comprenez que ce n’est pas mon cas, raison sans doute pour laquelle c’est moi le chef ! Ce que vous soulignez est effectivement problématique, et c’est justement cela qui rend la chose fantastique ! Tenez ! Donnez-moi votre numéro de sécu !

– Et puis quoi encore ?

– Vous pensez bien que j’en dispose à mon aise ! Je suis votre employeur !

– Ben alors, pourquoi vous demandez ?

– Pour vous démontrer qu’à partir de lui on vous décline une identité de citoyen et qu’il suffit de rajouter une clé, ou bien même ne rien rajouter du tout, pour que ce numéro de sécurité sociale devienne un numéro de consommateur ! Vous avez une carte de sécurité sociale, vous aurez une carte de consommateur ! Vous n’aurez pas le choix de toute façon, pour tout achat vous devrez présenter cette carte, mais en fait ce sera la même que la carte de paiement, ou ce sera votre téléphone, et plus certainement à la longue un implant sous-cutané.

– Oui effectivement vu comme ça… C’est sûr que ce sera forcément très efficace. Mais enfin… je sais pas si j’ai vraiment envie que mes gosses grandissent dans un tel monde !

– Vos gosses ? Vous n’avez même pas de femme !

– J’ai pas dit que je n’en aurai jamais. Votre projet, là, c’est quand même un peu…

– C’est un peu quoi ?

– Totalitaire !

– Mais voyons Jérôme ! On serait en Chine ou dans un pays communiste, je comprendrais vos inquiétudes mais quand même ! Ici c’est le capitalisme occidental ! Le monde libre par qui tout est devenu possible quand nos ancêtres pas si lointains crevaient de faim en jeune âge, trimaient comme des chevaux de trait, se pelaient les miches et s’éclairaient à la bougie. Ayez confiance en la résilience de nos institutions !

– Oui, enfin, elles n’ont pas non plus traversé des millénaires.

– Peut-être mais je suis intimement convaincu que nous avons construit en occident la forme ultime de gouvernement de sorte que les institutions capitalistes dureront bien plus longtemps que la civilisation égyptienne

– J’en suis pas si sûr.

– Vous en pensez quoi Rémy ?

– Je suis un peu de l’avis de Jérôme.

– Et après c’est moi le vieux rétrograde. Vivez avec votre temps !

– Oui ben pour l’instant vous êtes en train de fabriquer l’avenir ! On a le droit de l’envisager autrement aussi !

– Vous ne voyez que le mauvais côté des choses ! Vous pensez qu’on va vous abreuver de publicité jusqu’à la lobotomie ! Mais regardez autour de vous ! La pub est déjà partout et c’est grâce à elle que vous avez des revenus aussi confortables ! Mais comme l’a montré Jérôme, certaines publicités qui passent en boucle sont insupportables aux uns quand elles paraissent géniales aux autres. La publicité ciblée c’est le droit d’avoir les publicités qui vous correspondent et c’est votre meilleure chance de récupérer une part de cerveau disponible pour faire autre chose que consommer. La publicité ciblée c’est un monde moins consommateur et plus citoyen.

– Moins consommateur… Hum… Admettons ! Mais à votre élu vous lui avez vendu ça comment ? Faut quand même que ça paraisse crédible en termes de geste fort pour l’environnement.

– C’est du papier en moins et de plus les encres utilisées ont mauvaise réputation.

– Cela me paraît relativement anecdotique tout de même.

– Ah mais ça l’est ! D’autant plus si on compte la consommation énergétique des data centers. En termes d’action environnementale on est totalement au raz des pâquerettes mais on s’en fout ! Suffit de savoir le vendre !

– C’est quand même plus facile quand y a un fond de vérité.

– J’ai conseillé à cet élu d’appuyer aussi le côté économique. Les gens se plaignent sans cesse que la vie est de plus en plus chère quand l’Insee calcule des indices d’inflation proche de zéro. Mais souvent on n’a qu’une mémoire approximative des prix passés et ceux qui ont gardé les tickets à travers les années constatent qu’ils sont faits d’une encre aussi peu durable qu’elle est écolo. Avec un numéro de consommateur chacun aura une trace fiable de ses consommations passées. On créera des applications qui permettront à chacun de calculer son propre indice des prix selon ce qu’il consomme réellement et non pas selon le panier moyen du consommateur moyen. Le citoyen n’aura plus l’impression que le gouvernement lui raconte des sornettes !

– Oui, ça peut marcher.

– En tout cas je peux vous assurer qu’il était tout à fait convaincu ! Alors ? C’est qui le patron ?

– C’est vous.

– Bon. Bon boulot tout de même. On se voit demain ! Remuez vos méninges !

…

...

Tutintintintin tintintintin tintintintin trrrrrrulululululu…

– Quand est-ce qu’on change de sonnerie ! Elle est tarée celle-là !

Tutintintintin tintintin…

– Allô ?

– J’ai vu que le boss était sorti alors je te passe une maman inquiète !

– OK !… Oui allô ?

– Bonjour ! Catherine Bachot, j’ai un compte famille chez vous.

– Oui. Que puis-je pour vous aujourd’hui madame Bachot ?

– Eh bien j’ai suivi vos premiers conseils à la lettre.

– Rafraîchissez-moi la mémoire !

– J’ai tout acheté comme vous m’avez dit ! Le téléphone et la tablette !

– Pour ?

– Ben pour le petit ! Vous ne vous souvenez pas ? Celui de deux ans qui nous pourrissait la vie parce qu’il pleurait tout le temps. On lui a pris un téléphone 4G et une tablette comme vous nous avez conseillé et on est très content du résultat ! Le gosse est littéralement captivé et on ne l’entend plus ! Comme mon mari est assez bricoleur il a réussi à fixer la tablette de manière à ce que le gamin puisse l’utiliser sans peine dans son lit.

– Astucieux.

– Comme j’ai encore du crédit j’aimerais un conseil pour sa grande sœur de quatre ans.

– Elle vous embête aussi ?

– Oh pas trop. C’est une petite fille bizarre mais plutôt facile et nous mettons tous nos espoirs en elle. Seulement les temps sont difficiles pour les parents et nous voulons être sûrs de lui donner des habitudes qui lui permettront d’être parfaitement adaptée au monde à venir.

– Oh mais pour cela je ne saurais trop vous conseiller, et je le ferai à titre gracieux, d’adopter la même méthode qu’avec le petit : des écrans, des écrans, des écrans ! Seulement, si c’est une petite fille intelligente, il faut nourrir sa curiosité en achetant les meilleurs jeux d’éveil. J’ai d’ailleurs vu une publicité d’un jeu qui semble très intéressant : « Je gère mon premier compte en banque comme un grand. » C’est à partir de trois ans.

– Je l’ai déjà ! Elle est très douée pour les jeux ma fille. Non ce qui m’inquiète, c’est qu’elle semble aussi très à l’aise avec des crayons. J’ai peur qu’elle prenne des habitudes archaïques qui pourraient à terme inhiber le développement de sa personnalité numérique.

– Je ne crois pas qu’il y ait lieu de vous inquiéter ! On a beau être civilisés, nous gardons les instincts primaires de nos lointains ancêtres. Bien sûr, si elle passait ses journées avec un crayon en main, il faudrait rapidement consulter le pédiatre, voire même le psychiatre. Un enfant normal ne devrait de toute façon pas rester concentré plus de cinq minutes sur une même activité. Il a beaucoup de trop de choses à apprendre et découvrir pour se focaliser sur un seul sujet, c’est très enfermant. Grâce aux tablettes et téléphones connectés vous vous assurez de lui ouvrir le monde en grand. Finalement vous n’avez pas vraiment besoin de conseils, vous faites déjà tout très bien.

– Oui mais… ce qui m’inquiète c’est qu’elle adore les fruits et les légumes !

– Ah ! Voilà qui est plus embêtant. Quand vous dites qu’elle adore ça, c’est à quel point ?

– Au point de préférer une pomme à un Kinder Bueno !

– Oh ? Pas au point de préférer des blettes à des bonbons Haribo tout de même ?

– Si si !

– Oulala ! C’est bizarre quand même !

– Vous croyez que c’est grave ?

– Il y a cent ans je vous aurais donné une toute autre réponse mais l’ennui c’est que les projections actuelles ne sont pas très engageantes pour les adeptes de nourriture non-transformée. Procédons par étape ! Comme elle est encore petite, il est encore temps d’agir pour faire en sorte que son corps ne s’habitue pas à des choses vouées à disparaître. Déjà… quand vous parlez de fruits et légumes, c’est du Bio ?

– Oh non ! Nous on n’est pas là-dedans !

– C’est déjà un moindre mal. La terre sera bientôt intégralement contaminée par les pesticides et les OGM, donc les humains les plus à même de s’adapter seront sûrement ceux qui ont été exposés le plus précocement à ces substances. Si votre fille se bute devant les aliments transformés, vous pouvez tenter d’acheter des fruits et légumes dont on sait qu’ils viennent de pays en avance sur leur temps. Des fruits chinois seront sûrement plus riches en pesticides, des légumes brésiliens sans doute OGM. Si elle est si frugivore, elle verra sûrement d’un bon œil ce qui est exotique.

– Oui c’est pas bête.

– Et pour l’amener à ingérer des produits transformés vous pouvez la feinter un peu.

– Comment cela ?

– Vous avez un mixeur ?

– Bien sûr ! J’en ai trois même !

– Préparez-lui des jus avec ses fruits et légumes préférés ! Mettez tout ce qu’elle préfère dans le mixeur quand elle vous regarde ! Mais rajoutez discrètement des substances chimiques qui imitent le goût de ses aliments préférés. Au préalable elle ne verra pas la différence et peu à peu vous pourrez rééduquer son goût en penchant de plus en plus vers la chimie. Cela vous permettra dans un premier temps de vous assurer qu’elle ne grandit pas avec des carences. Si elle ne mange pas de céréales enrichies elle risque de très graves déficits en vitamines et minéraux. On ne peut pas se nourrir de fruits et légumes dans les conditions agricoles actuelles ! Il faut des vitamines de synthèse, c’est absolument indispensable ! Le mixage est parfait pour ça !

– Vous me faites peur là ! Vous croyez qu’il est déjà trop tard ?

– Non non ! Quatre ans, il est encore temps d’agir ! Surtout si elle a un poids et une taille normale.

– Ben étonnamment elle est même au-delà de la moyenne. De toute façon cette gamine ne fait rien comme les autres. Parfois j’ai même l’impression que je me suis trompée de bébé à la maternité, elle me ferait presque honte !

– Comment cela ?

– Elle dit bonjour et merci à des étrangers dans la rue !

– Ah oui ! C’est pour le moins original !

– Vous la mettez sur un tricycle, elle fait attention où elle va, elle s’arrête pour laisser passer ceux qui arrivent en face. Elle semble se soucier de tout un chacun.

– Ah oui… c’est… euh… Disons que si dans les mois à venir cet altruisme exagéré n’a pas tendance à se résorber, je me demande s’il ne faudra pas consulter tout de même.

– Vous croyez ?

– Certainement, car c’est un défaut qui pourrait devenir franchement handicapant à l’avenir. Un enfant qui ne fait pas sienne la devise « Chacun pour soi, tous contre tous et tous contre un ! » hypothèque gravement son avenir.

– Ah mais c’est ma devise préférée ! Seulement j’ai parfois du mal à inculquer mes valeurs à ma propre fille. Vous comprenez mon désarroi ?

– Parfaitement. Mais vous savez, il y a des moyens de faire passer indirectement des messages !

– Comment cela ?

– En présélectionnant ce qu’elle est amenée à consulter sur le net. Il faut bien sûr lui laisser croire que le choix vient d’elle-même. Vous pouvez aussi faire appel à la société « My Child Mind » qui développera à votre intention des annonces truffées de messages subliminaux.

– Cela doit être hors de prix !

– Oui mais il faut voir cela comme un investissement sur l’avenir. Il y a des banques qui prêtent pour cela !

– Quand même…

– Sinon, pour un budget plus modeste… cela peut paraître là aussi archaïque mais peut être redoutablement efficace : il y a l’hypnose !

– L’hypnose ? Pour une gamine de quatre ans ?

– Parfaitement ! C’est tout à fait à propos dans votre situation. Si vous faites un troisième enfant il pourra peut-être bénéficier d’un programme de lobotomie technologique mais d’ici quelques années votre fille ne sera déjà plus éducable. Donc il faut agir vite et l’hypnose pourrait vous rendre de grands services pour un prix modique.

– Bon.  … En parlant de prix, j’en suis où là ?

– Attendez ! Je regarde !… Temps. Coef de pertinence des conseils. Valeur sociale future. Le logiciel calcule ça à 237 euros ! Il vous reste 165 euros ! On continue ?

– Non non ! C’est assez pour aujourd’hui ! Merci pour vos bons conseil Rémy !

– A votre service.

– Au revoir et à bientôt !

– Au plaisir !

Tutintintintin tintintintin tintintintin trrrrrrulululululu…

– Allô ?

– Rémy ? Un certain Titouan Lamisou au bout du fil ! Pas client chez nous mais qui pourrait l’être si tu es convaincant !

– OK ! Je prends !… Toucons, Rémy Desnoyaux, que puis-je pour vous ?

– Bonjour monsieur Desnoyaux. Titouan Lamisou. On m’a donné votre numéro parce qu’il paraît que vous pourrez m’aider.

– C’est fort possible ! Quel est votre problème ?

– Mon problème c’est que j’aimerais être riche sans rien foutre !

– Ah ? Vous savez que ça ne tombe pas du ciel, il faut toujours un minimum d’investissement personnel.

– Si c’est un minimum alors je veux bien faire un effort. Vous proposez quoi ?

– Eh bien nous pourrions vous donner une idée à la con géniale !

– De quel genre ?

– Du genre industriel. C’est en cela qu’il y a besoin d’un peu d’investissement personnel, et, c’est à craindre, une mise de départ personnelle.

– En plus de ce que je devrai vous donner si vous me donnez une idée à la con géniale ?

– C’est à craindre.

– Ah !… Si c’est une idée pour laquelle une banque est prête à me suivre, pourquoi pas ?

– Nous ne fournissons que des idées à la con géniales donc bancables !

– Vous pouvez m’en donner une gratuitement, pour que je puisse juger par moi-même ?

– Je crains que non ! Il faut ouvrir un compte conseil au préalable.

– Mais comment je peux juger de la valeur de vos conseils ?

– Eh bien je peux vous donner des exemples d’idées à la con géniales qui ont parfaitement satisfait les demandes de nos clients.

– Vous feriez cela ?

– Parfaitement. Ces idées se sont déjà concrétisées chez nos clients, vous ne pourrez donc rien en faire efficacement.

– Alors je vous écoute.

– Vous savez ce qu’est une palette ?

– Ben oui !

– Sachez qu’il en existe en bois, cas le plus courant, et désormais de nombreuses en aggloméré ou en plastique. Les trois peuvent être de plus ou moins bonne qualité mais dans les tous les cas, il est possible d’en fabriquer de très résistantes, notamment en plastique, le bois ayant l’avantage de la réparation et est plus écologique, le plastique et l’aggloméré permettent des formes favorables à l’empilage et au gain de place. C’est un vrai business la palette de qualité vous savez

– Oui je sais. Où voulez-vous en venir ?

– Qui dit business dit business parallèle. Voilà donc ce que nous avons proposé à un client qui voulait, comme vous, devenir riche sans forcer : nous avons imaginé pour lui une palette d’un nouveau genre : une palette faite de bois, de métal et de plastique.

– C’est quoi l’intérêt ?

– L’intérêt c’est de les vendre !

– Qui les achète ?

– Des gens qui veulent des palettes qu’on ne leur vole pas.

– Pourquoi elles ne sont pas volées ?

– Parce qu’elles sont beaucoup moins solides que celles de qualité en bois ou plastique. De plus elles sont conçues de manière à rebuter les ferrailleurs, pas assez de métal, et ceux qui volent les palettes pour se chauffer, trop compliquer de se débarrasser du plastique.

– Mais dans ce cas, pourquoi ne pas les faire solides ?

– Pour en changer plus souvent et aussi parce qu’une idée à la con doit pouvoir être rapidement mise en œuvre. Il faut éviter de faire des recherches trop poussées !

– OK !… Ben tant qu’à faire j’aimerais éviter de me lancer dans un business qui paraît totalement anti-écolo. Vous avez un autre exemple ?

– Parfaitement. Un truc qui existe depuis longtemps mais pour lequel le gros du marché restait à prendre : l’interphone parlant ! C’est complètement con donc absolument génial !

– Il parle. C’est à dire ? Il répond à la place des gens ?

– Pas du tout. Un interphone qui dit : « Nous sommes absents pour le moment ! » c’est possible mais c’est un peu un pousse au crime. Non ! L’idée à la con géniale c’est l’interphone qui dit : « Appel en cours ! Nous recherchons votre interlocuteur ! »

– Non mais ça c’est un téléphone du passé !

– Non non ! Vous prenez un immeuble de 4 étages et 8 logements et vous lui calez un interphone qui dit : « Appel en cours ! » C’est totalement idiot ! On a l’impression que le courant fait 30 fois le tour de la terre avant d’arriver à l’appart situé à moins de 30 mètres. Le type a qui on a vendu l’idée en a vendu plein ! Il est multimillionnaire !

– Mais qui achète ça ?

– Tout un tas de régies et de syndic pardi ! Il faut juste savoir vendre le truc ! Un interphone où on appuie sur un bouton et qui transmet l’appel instantanément comme une simple sonnerie de porte, ça fait pas moderne ! Ça existe depuis trop longtemps ! Là l’interphone parle ! Forcément ça plaît ! Et puis les régies aiment bien trouver des prétextes pour faire des travaux qu’elles surfacturent ensuite. Quand y aura des interphones qui parlent de partout, il sera temps de vendre l’interphone qui ferme sa gueule ! Vous en serez ?

– Ah ben si ça rapporte gros ! Je veux bien être de la partie !

– En attendant les idées à la con géniales c’est pas ce qui manque. Si vous vous lancez dans l’industrie… Allez, je fais une exception et je vous donne un demi-conseil gratuit, le filon qui dure depuis un bail et qui ne semble pas encore devoir s’épuiser, c’est la diode ! Le monde moderne ne souffre pas l’obscurité !

– Ah oui je pensais à ça l’autre jour ! J’y pensais en voyant mes détecteurs de fumée qui clignotaient depuis des années toutes les minutes ! C’est impressionnant le flash que ça fait ! Il est dit que cela permet de s’assurer du bon fonctionnement de l’appareil. Moi je pensais que lorsqu’il s’arrêterait de clignoter cela voudrait dire qu’il est à cours de batterie. Mais en fait non ! Pour dire qu’il est à cours de batterie il pousse des petits cris stridents insupportables et il clignote encore plus. Ma brosse à dent a le même genre de lubies !

– Voyez ! Donc il faut trouver des objets qui n’ont pas actuellement de diode et gagneraient à en avoir une !

– En termes utilitaristes ou commerciaux ?

– Commerciaux bien sûr ! Qu’est-ce qu’on s’en fout de l’utilité ? Au contraire, moins c’est justifié mieux ça se vend ! C’est d’autant plus vendeur quand ça tombe comme un cheveu sur la soupe ! Par exemple un frigo qui clignote chaque seconde en vert et passe au rouge pour dire qu’il se met en mode dégivrage. Ou mieux ! L’aspirateur qui a une diode orange permanente et se met à clignoter en vert pour qu’on lui vide son sac au beau milieu de la nuit alors que ça fait trois jours qu’on ne s’en est pas servi !

– Mais oui ! Ou alors pour remplacer les lampes de chevet qui ont des boutons fluo pour qu’on trouve l’interrupteur ! Le fluo c’est has been et dangereux pour la santé ! On met des diodes sur les interrupteurs !

– Ou la diode qui s’allume sur l’essoreuse à salade quand la salade a fait assez de tours !

– Ou le miroir qui clignote exactement là où on a un truc qui cloche ! Genre un raté dans le maquillage ou un bouton qui sort !

– Excellent mais ce serait un peu trop technologique pour nos conditions de gains rapides !

– Sinon… Des diodes sur les bouteilles ! Par exemple pour signaler si le vin ou la bière est à la bonne température ! Ou pour dire quand le coca n’a plus assez de gaz et qu’il faut le jeter ! Et des diodes sur les stylos pour dire qu’ils n’ont bientôt plus d’encre !

– Mais oui ! On ne fera que des stylos opaques ! Les gens anticiperont l’achat d’un nouveau stylo dès que la diode signalera un niveau d’encre bas ! Il suffira de régler le truc pour que les stylos ne soient jamais vraiment terminés ! Ainsi il y aura plus de vente de stylos !

– Mais oui !… Bon en même temps j’arrive jamais à en finir un de stylo, il tombe toujours en rade avant !

– Justement ! Si les gens achètent un stylo neuf pour remplacer celui qui est presque vide, ils laissent généralement de côté l’ancien et utilisent d’emblée le neuf. Mais cela leur donne une grande confiance en la marque ! Tandis que s’ils constatent d’eux-mêmes que le stylo est tombé en panne avant d’être vide, cela nuit à l’image de marque !

– C’est juste ! Cependant il faudrait vérifier que parmi toutes ces choses, certaines ne sont pas déjà en usage. Finalement ça a l’air assez facile d’avoir des idées à la con géniales.

– Détrompez-vous ! Détrompez-vous ! Là nous sommes sur le coup d’une émulation constructive ! D’ailleurs !... Oui j’en ai une super ! Une diode qui signale quand un robinet n’est pas bien fermé !

– Voilà un geste fort pour l’environnement !

– Mieux encore ! Toute une série de diodes allant de bleu-nuit à rouge-vif pour donner la température de l’eau !

– Mais oui ! En rangée sur le haut du robinet ! Tout le monde voudra avoir un robinet comme ça ! C’est un marché énorme ! Merci !

– Et on pourrait… Allô ?… Allô ?… Ben… Il a raccroché !… Il a raccroché ? L’enfoiré ! Pile au moment où j’allais lui donner l’idée à la con géniale du plafond de diodes qui imitent le ciel nocturne ! Ben je vais me la garder pour moi celle-là ! Petite bourse, la petite ourse ! Grande bourse, grande ourse ! Milliardaire, la sphère toute entiere !

Tutintintintin tintintintin tintintintin trrrrrrulululululu… Tutintintintin tintintintin tintintintin trrrrrrulululululu...

– Allô ?

– Rémy ? Tu crois pas qu’il serait temps qu’on installe une deuxième ligne dans cette salle ?

– Et alors ? Ça changerait quoi d’avoir deux lignes ? J’ai pas deux bouches !

– Ben quand t’es avec Jérôme au moins…

– Il passe son temps à fumer dans la rue. D’ailleurs… Ah ben non le revoilà !

– Ça tombe bien, y a monsieur Jean-Pierre Bick qui poireaute depuis cinq minutes. Il veut Jérôme !

– OK !… C’est pour toi petit génie !

– C’est qui ?

– Jean-Pierre Bick !

– Oh !… Allô monsieur Bick ?

– Non c’est toujours Jeanine !

– Et Bick ?

– Je te le passe !

– Allô ?… Monsieur Bick ? Cela faisait longtemps !

– Le temps de mettre en œuvre vos conseils !

– Vous en êtes satisfait ?

– Parfaitement ! Je crois que nous pourrons bientôt affirmer que nous sommes nous aussi une société sans usines ! Les marges explosent et les dividendes suivent !

– Laissez-moi deviner ! Vous cherchez les meilleures solutions pour pressurer la sous-traitance.

– Non, non ! On est bons là-dessus ! On voudrait juste passer à l’étape suivante mais au préalable on voudrait être sûrs de ne pas aller trop vite en besogne. C’est pour ça que je vous demande conseil.

– Dites-moi !

– J’ai mes centres d’appel dans des pays francophones à bas salaires, j’ai des sous-traitants dans toute l’Asie, j’ai optimisé ma fiscalité, j’ me dis que ça roule… Et puis le soir en sortant du bureau, je me retourne sur cette tour de 20 étages qui fait notre fierté et je me dis : « Tout ça pour ça ! »

– Tout ça pour ça ? C’est à dire ?

– Eh bien je me demande à quel montant je pourrais valoriser les 10 étages du bas si je les louais à une autre entreprise !

– Ah !… Ben écoutez ! L’immobilier c’est pas ma spécialité. Vous devriez demander cela à une agence.

– Vous me comprenez mal ! J’envisage de louer les dix étages d’en bas à une autre entreprise. Donc il reste dix étages à notre disposition. Vous voyez où je veux en venir ?

– Vous voulez des conseils pour réagencer vos bureaux et caser tout le monde dans deux fois moins de place ? Là aussi je crains que…

– Mais non ! J’ai viré tout le monde sauf le haut du panier qui est majoritairement employé dans cette tour. Soit ! Mais quand on a ôté le bas du panier, on se rend vite compte que le bas du haut du panier devient le bas du panier !

– Oui fatalement.

– J’aime pas les fonds de panier !

– Je le conçois mais il arrive un moment où la quantité résiduelle est incompressible.

– Ce moment n’est pas arrivé ! J’ai fait embaucher un neveu à moi spécialisé dans le massage et l’espionnage ! Sous sa couverture de masseur à toute heure qui passe de poste en poste pour proposer ses services à mes chers employés sur-tendus, il a en quelques mois parfaitement analysé leur productivité. Au final il s’avère que j’ai trop de tout ! Trop de monde aux ressources humaines, trop de monde au marketing, je crois que j’ai même trop de monde en recherche-développement tant ils passent de temps à boire des cafés !

– Ah mais vous savez ! Faut pas se fier aux impressions ! Pour beaucoup de gens le café est le carburant de l’esprit et du corps !

– La cocaïne a un bien meilleur rapport qualité-prix !

– C’est pas sûr !

– Si ! Du point de vue de l’employeur en tout cas ! Cela ne génère pas dix minutes de bavardage toutes les heures !

– Vous savez, souvent ces bavardages sont très utiles à…

– Le pire c’est le département informatique ! Ils sont d’une inefficacité notoire ! Je vais dégraisser méchamment ce mammouth !

– Vous ne pouvez pas vous priver de compétences informatiques ! C’est le nerf de la guerre !

– Qui parle de se priver de compétences ? Il paraît que l’Inde regorge d’informaticiens ! C’est bien le diable si je n’en trouve pas quelques centaines prêts à faire le boulot pour le tiers des salaires que je paye en France.

– Mais ils ne sont pas francophones en Inde !

– Mais y a pas besoin d’être francophones pour pondre des lignes de codes ! Au pire j’aurai juste besoin d’un petit département qui sert d’interface entre l’Inde et la France ! D’ailleurs, maintenant qu’on est une start-up nation, c’est bien le diable si y en a pas une qui conçoit des programmes à cette fin-là : délocaliser les informaticiens dans des pays du tiers-monde !

– Écoutez monsieur Bick ! Je ne dis pas que c’est un raisonnement qui ne tient pas la route mais là, vous la jouez un peu trop en solo !

– Comment cela ?

– Toutes ces grandes choses qui ont été possibles depuis quelques décennies, elles ne l’ont été que parce qu’il y a un code d’honneur !

– Voyez-vous ça !

– Pas un code écrit mais un code d’honneur tout de même ! Imaginez si toutes les entreprises faisaient comme vous !

– Grand bien leur fasse !

– Mais des gens qui ont fait de brillantes études supérieures se retrouveraient sans emploi et sans revenus ! Vous vous rendez compte des conséquences ?

– Réveillez-vous Jérôme ! On est dans un monde de concurrence !

– Mais pas à ce point-là ! Les gens brillants ont besoin d’avoir un emploi !

– Sinon quoi ?

– Sinon ils descendront massivement dans les rues !

– Et alors ? On a des CRS non ? A mon avis ils viendront facilement à bout d’une bande de Geeks biberonnés aux super-héros à la sauce Disney ! Le premier qui descend brailler dans la rue avec son slip Kangourou et sa cape rouge va se faire ratatiner par un Robocop républicain !

– Ah oui ? Et vous allez les vendre à qui vos produits ?

– A des chômeurs et des indiens ! Je vends pas des sacs Chanel !

– Non ! Non! Non ! Le système ne marche pas comme ça ! Cela ne peut pas marcher durablement comme cela ! On ne peut pas rompre l’alliance entre le capital et les cadres ! Il faut tenir compte des équilibres, des…

– Je tâtais juste le terrain ! Et une fois de plus je constate que la France n’est pas prête ! Elle n’est jamais prête la France ! C’est chiant !… Bon ! Merci quand même Jérôme !

– Allô ?… Allô ?… Il est fou lui ! N’importe quoi !

– Jérôme ! Débrief de Myriam dans l’Open space ! Ramène tes fesses !

– J’arrive !… J’ai le temps de fumer une clope ?

– Non !

– Fait chier ! On peut jamais fumer dans cette boite !

 

 

 

 

28 décembre 2015

HelloWorld47833

HelloWorld47833 @MnTardy

Bonjour Emmanuel. Noir Pongo Neschococo te souhaite une bonne journée. Noir Pongo Neschococo, le chocolat noir au pur beurre de cacao du Pongo pour les palais raffinés et les portefeuilles blindés. Neschococo, une marque du groupe Nesgill !

 

PM @bubble1trooper

Je me suis arrêté avant la Blatte. Est-ce qu’à ton avis il vaut mieux se faire avaler ou la prendre par derrière ?

 

TroySheamu@pass-card.omc @MnTardy

Monsieur Tardy. En raison de votre récente notoriété j’ai décidé de prendre le temps de vous expliquer pourquoi nous ne pouvons pas répondre favorablement à votre demande. Vos ressources financières, votre pedigree et votre parcours ne satisfont pas aux exigences minimales pour l’obtention de la carte Gold. Tout d’abord il est de mon devoir de vous informer que votre visibilité sociale sur les réseaux avant votre départ était trop restreinte pour ne pas être douteuse. Nous avons dû consulter l’intégralité de vos documents Cloud pour nous faire une meilleure idée de vous. Etant d’extraction modeste vous devez compter avant tout sur vos capacités personnelles et il semble que vous n’avez pas fait montre de grandes facultés de jugement malgré un parcours scolaire honorable mais guère exceptionnel. Vous en êtes sorti sans retard mais avec sur le dos un emprunt à taux variable et échéance fixe qui n’avait rien d’alarmant selon vos projections de revenus futurs et votre crédit power du moment. Débutant dans la vie active à un statut de cadre back-office, votre carrière dans la finance fut extrêmement courte. Certes vous avez en cela l’excuse de la concurrence acharnée des algorithmes et employés nindiens qui a rendu quelque peu caduques les profils tel le votre mais vous auriez dû y voir une occasion rêvée de montrer votre ambition. Pour cela il aurait fallu profiter de vos deux années de salaire confortable pour épargner de quoi démarrer un business. De plus un investissement plus sérieux dans votre travail aurait pu vous éviter de faire partie de la première charrette. Au lieu de cela vous avez dépensé sans compter, notamment en écumant les restaurants de votre ville, et privilégié les loisirs en vous livrant à toutes sortes d’activités ludiques comme le saut à l’élastique ou en parachute, l’escalade, la gymnastique, les jeux vidéo. Lorsque vous avez perdu votre poste vous avez su rebondir rapidement dans un domaine plus ingrat plutôt que de devenir pauvre oisif. Cette position aurait pu vous honorer si elle n’était pas antirationnelle d’un point de vue financier. En effet vous n’avez pas fait valoir vos droits aux indemnités qui à l’époque représentaient encore une part importante de votre salaire et auraient pu vous permettre, là encore, de vous lancer dans les affaires. Pourtant les opportunités ne manquaient pas et nombreux sont ceux de votre génération, celle née avec l’expansion numérique, à avoir fait fortune grâce aux opportunités que celle-ci offrait. Vous avez préféré vous en tenir à une activité salariale. Ayant perdu les deux-tiers de vos revenus antérieurs vous ne vous êtes pas accroché à votre train de vie somptuaire et avez réagi rapidement en vous logeant plus petit et en veillant à rester à flot. Avec un tel état d’esprit vous auriez pu faire de grandes choses mais vous avez visé petit. Votre parcours au sein de la société O’Clean est tout à fait déconcertant. Nous comprenons le besoin d’entrer à bas niveau en raison de la conjoncture du moment mais du manager d’équipes que vous étiez, vous auriez pu rapidement vous élever à un statut sectoriel ou régional si vous en aviez eu l’ambition. Une fois de plus, peu soucieux de cultiver votre réseau professionnel, vous êtes resté en position de premier licenciable. Cependant vous avez échappé à l’éjection pure et dure en imaginant pouvoir rester dans le giron d’O’Clean  grâce à un statut de toto-entrepris exerçant des activités de sous-traitance. Cela aurait pu plaider en votre faveur si vous aviez su vous comporter en réel entrepreneur plutôt qu’en naïf abusé par plus malin que lui ; le simple bénéfice réalisé par votre employeur sur les produits qu’il vous revendait n’est pas digne d’un détenteur de carte OMC. Peu aidé par la conjoncture, la suite de votre parcours n’est qu’une longue descente vers les bas-fonds. Instabilité des taux variables rendant votre emprunt étudiant difficilement soutenable et la suppression des salaires minimums dans la communauté roupienne rendant les statuts de toto-entrepris peu attractifs aux yeux des décideurs. Dans votre malheur le petit répit offert par votre bonus de liquidation de la sécurité sociale est presque anecdotique et ne vous fut pas d’un grand secours. Par contre vous vous êtes révélé très bon agent de surface, suffisamment du moins pour que O’Clean vous donne une nouvelle chance dans un contexte de compression de personnel drastique. Rejeté un peu plus loin du centre ville dans un logement stigmatisant votre nouvelle condition vous vous êtes porté l’an passé candidat au concours organisé par le jeu Red Element. Il n’est pas dans nos intentions de juger des critères de sélections de Red Element ; selon nos propres exigences nous aurions à priori situé vos probabilités de réussite aux environs de zéro ; vous avez été choisi, tant mieux pour vous, cela fait-il de vous un potentiel détenteur de carte OMC Gold ? Tant que vous n’êtes pas millionnaire en doullars la réponse est clairement négative car vous avez fait preuve de trop peu d’esprit capitaliste. Les occasions n’ont pourtant pas manqué et être d’extraction modeste n’est pas une excuse en soi. De tempérament volage vous avez pourtant eu une relation de plusieurs mois avec la dénommée Marine De La Garde qui semblait suffisamment amoureuse pour forcer ses parents à dépasser le peu de capital sympathie qu’ils avaient pour votre capital financier. Capital qui pourtant aurait pu être d’un niveau supérieur si vous aviez su vous montrer plus ambitieux. Vos propres parents possédaient un bien immobilier dans les Alpes qu’ils ont vendu récemment alors qu’il a toutes les chances de prendre de la valeur dans les années à venir selon les projections du marché. Ce bien était constitué partiellement d’espaces inhabitables en l’état qui auraient pu être amplement valorisés s’ils avaient été aménagés à des fins touristiques. Votre esprit communautaire est également douteux, à la limite du délit si on en croit votre attitude lors de l’épidémie de la grippe du hérisson durant laquelle vous n’avez pas répondu aux convocations de votre centre de vaccination. Certes cela vous a sans doute sauvé la vie mais ce n’est pas citoyen pour autant. Malgré toutes ces données en votre défaveur vous pourriez rester éligible à une carte OMC de niveau inférieur au titre des aspects purement financiers. Les montants dont vous vous prévalez n’offrent malheureusement que peu de garanties puisque soumis à résultats. Votre partenariat commercial avec Bison Maudit pourrait vous apporter de cruelles désillusions en raison du régime de pénalités assorti en cas de non respect scrupuleux de votre contrat. Quant au montant promis par Red Element, et qui pourrait vous permettre de rentrer dans la classe des millionnaires en doullars, les possibilités de réalisation du contrat reste fortement hypothétiques. Outre le fait qu’on ne négocie pas de tels contrats en se faisant accompagner par des juristes amenés par la partie adverse, vous faites preuve d’un peu trop d’empressement et la présentation de votre candidature semble pour le moins prématurée. Néanmoins, si vous le désirez, je peux vous mettre sur la liste d’attente des demandes de carte OMC bronze qui est accessible sans parrainage pour la modique somme de 100 000 doullars en cash. Pour les cartes de niveaux supérieurs il vous faudra refaire une demande, le cas échéant, si vous parvenez à des liquidités stables à sept chiffres. Le parrainage de détenteurs permanents serait bien sûr un plus et je vous encourage vivement à travailler votre relationnel auprès des trois personnes qui vous accompagnent, toutes trois détentrices de cartes OMC platine et fortes de vrais réseaux d’influence. Pour l’avancement de votre prochain dossier il serait également souhaitable que vous adhériez à un ou plusieurs clubs en vue ou que vous vous investissiez dans une œuvre de charité.

 

Darwin.

6 avril 2020

Le Coincoin du coin, sélection des 5 et 6 avril 2020

05/04/2020
Information le Coincoin du coin

Que deviennent les masques usagés ?

Vous vous demandez peut-être ce que vont devenir ces millions de masques qu’on utilise durant quelques heures au maximum et qui sont ensuite hors d’usage. Eh bien, si vous-même avez eu la chance de pouvoir en acheter, sachez qu’il convient de ne pas les jeter aux ordures car ils auront bientôt une seconde vie. En effet, la Russie tenterait actuellement de convaincre les gouvernements du monde entier d’organiser des collectes de masques usagés pour les lui céder. Elle enverra ensuite ces masques au Bangladesh pour qu’ils soient cousus bord à bord afin de constituer de gigantesques couvertures qui seront expédiées en Russie pour être étendues par-dessus le permafrost durant la saison chaude afin de ralentir les effets du réchauffement climatique. Outre l’efficacité indéniable d’un tel procédé nous y voyons un geste très dans l’air du temps car il se murmure de plus en plus que des virus du type covid-19 sont et seront favorisés par le réchauffement climatique. Une menace de plus qu’on n’avait pas forcément vue venir malgré que quelques scientifiques jugés farfelus et alarmistes aient déjà tiré la sonnette d’alarme à ce sujet.

Que ceux qui s’inquiètent du risque sanitaire pour les employés du textile au Bangladesh mis au contact de masques contaminés se rassurent, les employés auront de droit de prélever dans le lot, et à titre gratuit, le nombre de masques nécessaires pour se protéger.

Notez aussi qu’un comité dénommé « Comité Beauté Savoie Mont-Blanc » a déjà fait savoir au gouvernement que les trop rares masques utilisés en France ne devraient pas être cédés à la Russie. Ce comité s’est dit déjà très en colère que les ricains aient détournés des masques que la France avait achetés à la Chine et qu’il était hors de question qu’on se fasse doubler à l’ouest dans un sens et doubler à l’est dans l’autre ! Le permafrost est sans doute très important mais pas autant que nos propres glaciers qui fondent à vue d’œil tant et si bien qu’on envisage déjà de renommer le Mont-Blanc « Mont, blanc l’hiver et gris l’été. » Contre cela de nombreux comité alpins ont déjà procédé à la mise en place de couvertures estivales afin de ralentir la fonte des neiges éternelles (qui en fait ne le sont pas comme on vient bêtement de s’en rendre compte). Il serait donc peu concevable que des masques utiles en France finissent en Russie. Le Comité Beauté Savoie Mont-Blanc entend en outre participer à la relance de l’industrie textile en France au lieu d’avoir recours à la main d’œuvre du Bangladesh. Bien sûr, une vie de français vaut beaucoup plus qu’une vie de bangladais (1) donc hors de question de prendre des risques avec les masques usagés, ceux-ci seront bouillis avant d’être cousus en couvertures.

(1) Pour savoir combien de vie bangladaises vaut une vie française, prenez le PIB par habitant en France et divisez-le par le PIB d’un bangladais.

05/04/2020

Un éléphant ça Trump énormément !
Partie I : Non le Coincoin n’est pas Bolsonaro !

Un encart central du Coincoin du coin par Jean-Mimi Demi.

Nous avons reçu dernièrement de très nombreux courriels et courriers à teneur critique voire rageuse qui vont jusqu’à nous comparer à des gens comme Trump ou Bolsonaro ! Selon certains de nos canardés notre position serait tout à fait comparable à celle de ces individus. Il nous faut de nouveau nous en défendre. Aucun pays n’a réellement pratiqué l’action que nous jugions adéquate, non pas par envie de nous démarquer mais parce que certains scientifiques la jugeaient possible. Aujourd’hui le chiffre le plus souvent entendu comme seuil de contamination empêchant que le virus se diffuse de manière active dans la population est de 60 %. La stratégie consistant à laisser le virus se répandre dans la population aurait été celle, au départ, de nombreux pays qui ont dû rétropédaler en raison de la submersion des services médicaux induite. S’il avait une mortalité moindre et des symptômes ne nécessitant pas autant d’hospitalisations, cette stratégie aurait semblé plus pertinente. Les épidémiologistes semblent admettre qu’une telle stratégie porterait ses fruits en moins de 4 mois et que la pandémie s’arrêterait en 6 mois. Peu de monde douterait du bien fondé de ce choix si nos services médicaux pouvaient faire face sans difficultés. Même si le covid-19 risque de faire bien plus de dégâts au sein des populations précaires, les choix de Bolsonaro et Trump semblent devoir tourner au désastre sanitaire au cœur même de leur électorat. Personne n’a porté à notre connaissance le vrai scénario du confinement partiel. Un médecin à qui la stratégie de la diffusion dans la population ne fait pas pousser de l’urticaire, nous a tout de même signalé que notre propre scénario, qui vise à tout mettre en œuvre pour protéger les personnes les plus à risque, aurait très probablement le défaut de ralentir cette diffusion, ce qui repousserait d’autant le moment où l’on atteindrait le seuil de 60 %. Au Coincoin du coin nous admettons que nous n’avons sans doute pas bien pris en compte cette variable. Dire d’un virus qu’il est transporté en moyenne d’un contaminé vers 2,2 personnes en 6 jours, c’est admettre que toute personne en contact avec un porteur n’est pas systématiquement contaminé. Par ailleurs il ne s’agit pas non plus d’un calcul exponentiel pur, pour cela il faudrait encore être sûr qu’un porteur n’est contagieux que durant 6 jours. Et comment un vecteur de contamination pourrait être comparable dans une mégalopole et dans une contrée relativement peu peuplée ? Le confinement généralisé par décrets nationaux balaye toutes ces considérations d’un revers de la main, cela devient sans doute trop compliqué de réfléchir si le Grand-Est avait intérêt à entrer en confinement en même temps que la Sarre, le Palatinat et le Bade-Wurtemberg plutôt que le même jour que la Normandie. Effectivement, à l’échelle d’une nation, une telle loi exponentielle de base 2,2 est sans doute une moyenne sur l’intégralité de la population. Si on met de côté la partie la plus susceptible d’avoir des complications, ce nombre pourrait être moindre. Si tel est le cas on peut logiquement considérer que le chiffre de 2,2 est une moyenne qu’on a décalquée sur le début de l’épidémie en Chine et que tout mode de vie différent, toute densité de la population différente, conduisent à un chiffre différent. C’est heureux d’ailleurs, sinon tout confinement serait voué à l’échec. Donc nous voulons bien admettre que notre scénario de confinement des personnes à risque est fragilisé par l’hypothèse d’une diffusion au ralenti. En effet il n’a jamais été question pour nous de penser, comme Bolsonaro, que ceux qui ne sont pas naturellement assez armés pour survivre à cette pandémie, ou ceux pas assez riches pour accéder aux moyens médicaux, mourraient tout simplement. Les protéger par le moyen d’un confinement ou de distanciations sociales ciblé-es semblerait dès lors être une tâche réellement ardue si elle devait se prolonger au-delà de 4 mois. C’est sans doute vrai. Alors ? Nous sommes-nous complètement trompés ?

Si nous nous sommes trompés le scénario du confinement général reste tout autant critiquable ! Tout ce que nous avons mis en avant, notamment le fait qu’il était très facile de décréter l’entrée en confinement mais bien plus compliqué d’en sortir sans risquer de mettre à mal le fragile équilibre trouvé, tout ceci reste totalement valable. On entend désormais des épidémiologistes parler d’une lutte qui pourrait durer deux ans. Le véritable succès du confinement généralisé se joue donc essentiellement dans les laboratoires de recherche ! Si un remède est trouvé dans les mois qui viennent, inch Allah, alors résonneront partout des « Alléluia ! » Or si un ralentissement de la propagation du virus semble être une faiblesse dans le protocole que nous défendons depuis le début, ce ralentissement le renforce face à l’une de ses faiblesses supposées. En effet beaucoup de nos canardés en désaccord avec nous ont douté que ce protocole suffise à ramener le nombre de contaminés par jour à un niveau gérable par nos hôpitaux. Si l’exponentielle change de base grâce à un confinement des personnes à risque, alors notre scénario est plus crédible en terme de gestion sanitaire. Le temps est plus long pour atteindre le seuil de 60 % mais il est un temps où la recherche s’active tout autant que pour le confinement généralisé. Et cela sans prendre le risque de voir une crise économique de grande envergure advenir.

La critique de nos canardés porte beaucoup sur ce qu’ils pensent être une défense de l’économie néolibérale. Certaines de nos pages la défendent mais jamais dans toutes ses composantes dès lors qu’elle s’accompagne de plus en plus de restriction des libertés individuelles, sujet à propos duquel nous pensons être plutôt constants, toutes pages confondues. Nous ne le répéterons jamais assez à ceux qui croient que cette épidémie peut porter le coup de grâce à cette économie dans tout ce qu’elle semble avoir de pire, il faut clairement envisager que ce qu’elle semble avoir de pire puisse se trouver au final renforcé par la crise économique à venir. C’est tout à fait possible justement parce qu’il existe des gens au pouvoir qui s’appellent Trump ou Bolsonaro, et, toute proportion gardée des gens, comme Macron et beaucoup d’autres à travers le globe. Des pouvoirs qui sont libéraux quand le Coincoin du coin défend globalement la nécessité de certains garde-fou, et anti-libéraux quand le Coincoin du coin défend sans relâche la liberté individuelle.

Un mot enfin sur une autre critique qui nous est souvent adressée. Beaucoup de nos canardés doutent de l’efficacité d’un confinement ciblé pour la simple raison que le confinement généralisé est déjà très difficile à appliquer en raison du manque d’implication des citoyens. Effectivement c’est un point à prendre en compte, d’autant plus que les personnes à risque auraient su dès le départ qu’elles allaient devoir prendre de grosses précautions durant des mois et non pas 15 jours comme notre gouvernement a voulu le laisser entendre au début de la crise. Certes mais au final, il est assez probable que ces personnes aient intérêt à rester prudentes durant autant de temps sinon plus. Nos pigistes nous rapportent de nombreuses scènes qui leur laissent dire que même des personnes à risque semblent prendre les mesures et les gestes barrière à la légère… cela ressort dès lors d’un choix individuel face à une situation qui a été très bien expliquée à chacun. Il est difficile de protéger quelqu’un s’il ne le souhaite pas ! Mais cela signifie aussi que s’il le souhaite, il doit recevoir une assistance puisque de toute évidence aller faire ces courses dans des magasins qui restent fréquentés devient impossible. Au titre du choix individuel nous pensons également que les personnes n’ayant pas de pathologies laissant penser à un risque majeur en cas de contamination devraient avoir néanmoins le choix de se préserver. On nous a signifié que cela aurait sans doute entraîné un recours massif au chômage technique comme à l’heure actuelle. Nous pensons qu’en moyenne le gros de la population aurait préféré continuer à vivre normalement tant qu’elle aurait eu l’assurance que les hôpitaux arrivaient à faire face. Au lieu d’impacter des secteurs entiers de l’économie, celle-ci aurait peut-être fonctionné sur un mode un peu ralenti mais pas au point de risquer une crise économique insurmontable.

05/04/2020

Un éléphant ça Trump énormément !
Partie II : Oui le covid-19 peut être une arme anti-Bolsonaro !

Un encart central du Coincoin du coin par Jean-Mimi Demi.

En théorie des élections importantes devraient avoir lieu cette année, en particulier celle très attendue aux USA. Au Coincoin du coin nous n’avons cédé à aucun effet de mode. Depuis l’élection de l’agent orange, en particulier quelques mois après son investiture, quand nombre de nos confrères claironnaient qu’une procédure « d’impeachment » pour déficiences mentales avait des chances d’aboutir et qu’en tout état de cause, vu les casseroles qu’il accumulait, ses chances d’obtenir un second mandat étaient nulles, chaque année nous avons répété que ceux qui pensaient cela n’avaient décidément rien compris à la société américaine et encore moins à son système électoral ! A nos yeux, que ce soit côté pages gauches, pages droites ou encarts centraux, l’agent orange est un réel danger pour la paix mondiale dont on peut difficilement souhaiter la réélection ; mais voilà, il a depuis le départ fait la moitié du chemin. On aurait pu souhaiter une telle révolution de salon au parti républicain qu’ils en viennent à demander l’investiture d’une autre personne que le président sortant. Cela se fait si peu que même un homme semblant si mal incarner l’idée qu’on a d’un président de la « plus grande démocratie du monde » n’a pas eu de souci à se faire de ce côté. Reste un obstacle ! Le parti d’en face ! Le parti qui n’a rien retenu des leçons de 2016, ni compris le besoin d’avoir un programme qui réponde aux attentes d’une majorité de ses citoyens plutôt qu’une simple posture d’opposition à un homme qui a plus le tort d’être un rustre mal élevé que celui d’incarner une politique radicalement différente de celle qu’on propose en face. Au final voilà un homme qui a plutôt mieux tenu ses promesses que ceux qui l’ont précédé et qui a eu la chance d’arriver là l’année même où l’économie mondiale semblait reprendre un peu de poil de la bête après une décennie de déprime. Il n’y a sans doute pas masse d’électeurs ayant voté pour lui en 2016 qui sont trop peu satisfaits pour revoter pour lui en 2020. Au Coincoin du coin, ayant tant répété durant trois ans qu’il avait ses chances d’être réélu, nous avons même fini par nous dire que la probabilité qu’il soit battu s’amenuisait de jour en jour. A défaut d’un programme le parti démocrate semblait plutôt s’atteler à braquer une partie de la population contre lui en croyant encore possible d’éliminer l’agent orange sur tapi vert. L’acharnement, même à l’encontre des gens qu’on estime peu, peut finir par vous les rendre presque sympathiques. La jurisprudence Clinton, cette manière de se considérer comme une élite au-dessus des autres, n’aura décidément pas servi de leçon. Restait les programmes des candidats à l’investiture du parti démocrate. Comme quatre ans plus tôt, les pages gauches du Coincoin du coin ont embrassé la cause de Bernie Sanders, tandis qu’un programme tel celui de Joe Biden ne pouvait guère laisser insensibles les rédacteurs de nos pages droites.

Du point de vue de l’analyse des forces en présence, sans faire cas des opinions de chacun, l’ensemble de la rédaction s’accordait au début de l’année à penser qu’une éventuelle investiture de Bernie Sanders aurait signifié vraisemblablement une victoire assez aisée de l’agent orange. Joe Biden, parce qu’il incarne largement la défense des intérêts des puissances économiques du pays et de manière assez lisse, une qualité pour s’opposer aux aspérités du président sortant, nous semblait avoir de bien meilleures chances. Certains répondront que dans une démocratie, l’intérêt des puissances économiques ne se confond pas nécessairement avec celui du peuple tout entier. En fait si, c’est très souvent le cas et cela l’est d’autant plus dans un pays qui reste un pays très riche. L’intérêt des puissances économiques rejoint l’intérêt de tous ceux qui, sans être des puissants, comprennent, à tort ou à raison, que pour eux le ruissellement n’est pas une notion totalement farfelue. Plus un pays est riche, même si par ailleurs il génère de fortes inégalités, plus il est difficile de réunir une masse hostile au système. L’ensemble de la rédaction pense donc que pour un type comme Sanders l’Amérique n’est pas prête. Le sera-t-elle un jour ? On en doutait. Et l’ensemble de la rédaction pense que Biden incarne d’un peu trop près le parti démocrate battu il y a quatre ans pour faire tomber le champion sortant.

Cela bien sûr, c’était avant le corona virus ! Cela nous fait un peu de mal de voir notre nom associé à celui de l’agent orange ou celui qui le surclasse en matière de dirigeant flippant : Bolsonaro ! Juste parce qu’on a défendu l’idée d’une gestion de la crise sanitaire qui semble avoir des accointances avec les leurs ! Si on y regarde de plus prêt c’est absolument faux ! Cela n’a rien à voir ! Nous n’avons jamais nié la pandémie comme Bolsonaro, du moins pas après son arrivée en Italie ! Nous avons simplement affirmé que le confinement ciblé n’avait pas été réfléchi comme une solution potentiellement aussi efficace que le confinement généralisé à moyen terme, ce que nous croyons, tout comme nous croyons qu’il est, de loin, beaucoup moins risqué sur le long terme. Bolsonaro n’a que faire de la vie humaine ! Seule l’économie compte pour lui. On nous accuse aussi de ne voir que les effets économiques mais si nous les voyons, c’est par souci de sauver des années de vie dans un avenir proche, pas de sauver les bénéfices des grandes sociétés. Cela fait une sacrée différence ! Ce que Bolsonaro a oublié, et Trump aussi, c’est que négliger d’avoir un plan opérationnel réfléchi lors d’une crise sanitaire, était une erreur politique majeure ! Même un confinement ciblé aurait demandé une mise en œuvre pointue, sans doute plus pointue que le confinement généralisé, raison pour laquelle on l’a si facilement jugé impraticable même dans les économies qui n’ont cessé de claironner combien l’économie globalisée les avaient rendues plus solides (demander à nos confrères du Point ou de l’Express pour une meilleure explication de cet état de fait). Ne pas du tout agir, ou le faire quand c’est déjà trop tard, cela semblerait même dangereux dans un pays n’ayant pas de scrutin « démocratique ». Avec le covid-19, qui lui-même est plutôt démocratique, vous devez vous attendre à être vous-même touché directement parce que certains de vos proches peuvent mourir. Si ce n’est pas vous il y en aura de toute façon parmi vos alliés politiques, une position d’arrogance devient vite intenable, même dans une oligarchie qui manœuvre pour s’accaparer le gros de la richesse les gens tiennent à leurs proches. De ce que nous avons entendu aux USA ces derniers jours, on se dit qu’il faudra beaucoup de talent à Trump pour effacer ses errements dans la gestion de cette crise. Les critiques systémiques de Bernie Sanders, notamment concernant le système de santé américain, prennent tout leur sens mais il en faudra sans doute plus pour qu’une majorité le comprenne un jour. Mais du côté du Brésil, Bolsonaro, qui s’avère encore plus taré qu’on ne l’aurait cru, on espère de tout cœur qu’il a signé la fin de son règne ! A quelque chose malheur est bon !

06/04/2020

Conversations de fenêtres et balcons, nos pigistes ont entendu…

– Non Kevin ! T’es pas en vacances !
– Ils ont dit que c’était les vacances !
– La zone C Kevin ! Nous on est zone B ! Alors tu t’y mets !
– On n’a qu’à dire que c’est la récrée ! Je peux aller au square avec papa ?
– Il est 14h Kevin ! Et je suis avec ta grand-mère au téléphone !… Non maman ! Remets pas la faute sur moi !… Jamais de la vie je t’ai dit ça ! Je t’ai dit Amazon et Air Liquide !... Eh ben tant pis !... Tant que t’as rien vendu t’as rien perdu ! Ça remontera ! Tiens ! Souviens-toi de vos actions Eurotunnel ! Avec papa vous arrêtiez pas de geindre et au bout du compte votre APAE, là, ça vous a bien occupés ! Un genre de loisir ! Maintenant t’es contente non ? Et moi aussi ! C’est sûrement votre colère exubérante qui m’a poussée vers la finance !… Kevin ! Lâche ce putain d’ordinateur ! C’est un outil de travail bordel ! Faut que j ‘te le répète combien de fois ? Un outil de travail !
– Mais moi aussi je travaille ! Et j’ veux travailler dans le canapé !
– Tu prends le portable de ton père !
– C’est quoi son mot de passe déjà ?
– Coquine69 ! Tu fouilles pas dans ses dossiers !… Mais oui maman ! Qu’est-ce que tu crois qu’il fait ? La sieste ! Elles sont de plus en plus longues mais c’est pas plus mal !… Il s’est essayé au repassage ! Laisse tomber !… Non elle vient plus ! J’ai pas envie d’avoir la bonniche dans les pattes ! Ce serait gênant ! J’aurais l’impression d’être une esclavagiste !… L’aspirateur il y arrive, mais il y passe un temps… Pourquoi j’ai épousé un directeur de casting ? Je sais pas. Peut-être parce qu’un jour j’ai passé un casting… Hmmm… Hmmm… … Non mais si, j’ t’écoute. C’est juste qu’il y a un pigeon de l’autre côté de la terrasse qu’est en train de bouffer dans mon assiette ! C’est marrant c’est la première fois que je vois ça !… Non j’avais pas fini, c’est de ta faute, tu m’appelles toujours au milieu du repas… De toute façon le riz était pas cuit ! J’ai épousé un type qui ne sait même pas faire cuire du riz !
– Maman ! L’ordinateur de papa il me demande si j’ai 18 ans ? Qu’est-ce que je réponds ?

06/04/2020

Information le Coincoin du coin.

Les masques arrivent en nombre et à prix modique !

Enfin ! Enfin ! Nous allons bientôt pouvoir bénéficier de masques en quantité industrielle ! Et c’est heureux puisqu’un déplacement hors du domicile sans masque pourrait vous valoir dans un avenir proche une amende de 135 euros ! Il semblerait que de nombreuses Fake News aient circulé à propos des masques. On a dit que les américains avaient détourné les masques nous avions achetés aux chinois ! Mais en fait, pas du tout ! Ces masques se sont effectivement retrouvés aux USA mais c’était parfaitement normal, cela fait partie du processus industriel ! Aussi étonnant que cela puisse paraître il se trouve là-bas des entreprises très compétitives en matière de flocage ! Et de nombreuses entreprises entendent participer à l’effort collectif en faisant en sorte que le prix des masques descende à un niveau acceptable même pour des gens aux faibles revenus. Quoi de mieux pour cela que la publicité ? Si vous pouvez voir une finale de football en clair c’est grâce à la publicité ! Si TF1 peut vous offrir de superbes films tous les dimanches soirs c’est grâce à la publicité ! Si demain vous pourrez aller acheter du pain avec un masque qui ne vous aura coûté que 99 centimes, ce sera grâce à la publicité ! Vous vous demandez peut-être : « Mais au final, qui la paye la publicité ? » Eh bien ce sont les martiens, tout le monde sait que le coût final de la publicité est financé par les martiens ! Donc nous les terriens nous ne payons rien, alors pourquoi nous gênerions-nous ? C’est juste un petit effort à faire, juste ravaler sa fierté au point de ne pas se sentir complètement ridicule avec un masque floqué ? Non ! C’est encore mieux que cela ! C’est se sentir au contraire très fier et tout à fait « IN » à l’idée de représenter une marque, et si possible une grande marque, une marque qui fait avancer le monde et combat le corona-virus ! Vous n’aurez que l’embarras du choix ! Parmi les marques bientôt disponibles sur les masques (1) citons, pour ceux qui ont la fibre nationale :
BoingTelecom, Freete, Reunot, K-fours, K&No, Crotal, Banone, B&Pet-Ariba, Crédit-liounais, Crédit-Apicole, Elle-sait-faire, Sanousfist, Lafarce, Pet&ça, Wego, Herpès, Au-Ranch, Sans-Gabin, VeniVidi, Penaut-Richard, Boréale, Sot-des-Sots, Air-puce...

Et pour ceux qui ont la fibre internationale vous n’avez que l’embarras du choix mais il n’est jamais vain de rappeler que les entreprises américaines sont nos amies et qu’elles sont, comme les entreprises citées ci-dessus, toutes engagées corps et âme dans la lutte contre le réchauffement climatique et donc l’avenir et le bonheur de vos enfants ! Pas comme les entreprises chinoises qui ont décidé de noyer toute leur population dans un smog permanent de particules fines !

Soyez libéral, choisissez l’occident !

(1) Bientôt disponible, le flocage publicitaire intégral pour Burqa. Burqa floquée, la burqa des femmes libérées.

06/04/2020
Information le Coincoin du coin.

Le gouvernement renonce aux amendes en lien avec le traçage téléphonique.

Il y a quelques jours nous vous annoncions de possibles amendes pour les confinés qui ont tendance à se déconfiner un peu trop facilement. L’idée première était de se servir des données des opérateurs téléphoniques pour observer les allers et venues des individus. Cependant la distance des déplacements apparaît souvent trop courte pour que les téléphones déclenchent systématiquement un signal à une borne différente de leur domicile. Et malheureusement, selon les mots de Tristan Escroçi, il reste encore des gens qui ont des téléphones non-dotés d’applications qui permettent de les géolocaliser précisément en tout lieu et à toute heure. A ce sujet le gouvernement plancherait, à la demande de ce même sinistre néo-libéral, sur un projet de loi visant à mettre fin rapidement à cette situation indigne d’une Start-up nation. En attendant il y a une possibilité de punir à posteriori le plus gros du bataillon de ceux qui usent et abusent de dérogations de sortie. En effet actuellement, plus encore que d’ordinaire, une grande majorité des transactions se fait par un moyen de paiement électronique, le plus souvent en CB. De nombreux commerçants encouragent leurs clients à le faire pour éviter d’avoir à manipuler de l’argent et pour ne pas accumuler du cash dans une période où les équipes sont souvent réduites et les remises en banque rendues plus difficiles. La plupart des clients comprend cela parfaitement en cette période très spéciale qui permet aussi de faire un test grandeur nature de ce qui sera très bientôt ordinaire. Bien sûr ceux qui se sont mis au jogging depuis que le jogging permet de trouver un prétexte pour sortir ne font pas nécessairement usage de leur CB. Mais les vrais petits malins, ceux qu’il faudra punir pour leur comportement anti-citoyen, ceux-là vont acheter le pain, font le tour du quartier, rentrent chez eux, puis quelques heures plus tard vont à l’épicerie ou à la pharmacie. Bref ils ne profitent jamais d’une sortie pour acheter tout ce dont ils ont besoin sur la liste des besoins vitaux. En récupérant la liste de leurs paiements le gouvernement les mettra face à leur forfaiture, forfaiture qu’ils ne pourront en aucun cas contester. Ils feront dès lors amende honorable et on leur donnera en contrepartie un certificat établissant qu’ils ont payé leur dette à la société mais sans néanmoins effacer leur nom du listing des citoyens à surveiller prioritairement lors de la prochaine crise.

Chers canardés, bienvenus dans le monde néo-libéral, le monde de Tristan Escroçi. Le Coincoin du coin étant d’un libéralisme totalement opposé à celui de Tristan Escroçi en matière de libertés individuelles, nous encourageons tous nos canardés à faire dès un certain retour à la normale, un usage grandissant des espèces sonnantes et trébuchantes. Si besoin trempez vos pièces dans une eau savonneuse ou soignez-les comme Picsou, les billets supportant aussi des lavages en machine à 90°, l’argent liquide n’est pas sale, bien moins que l’argent électronique en tout cas, jamais le blanchiment et l’évasion fiscale n’a été aussi facile ! Ceux qui vous vendent l’avènement du tout électronique comme le garant d’un monde sans tricheurs sont donc de très très grands menteurs. Ou bien, pour dire les choses autrement, le domaine de la triche est amené à être quelque peu évolutif. Par exemple vous pensiez peut-être jusqu’ici, que rester deux heures trente sur une place pour laquelle vous avez payé deux heures, ne justifie pas de retourner à l’horodateur vous acquitter de la différence, du moment qu’aucun agent n’est en vue ; cela n’est qu’une petite tricherie et puis, avec tous les impôts que vous payez déjà… Petit tricheur de pacotille, va ! A l’avenir ceci ne sera plus possible, les tricheurs comme vous n’existeront plus. Par contre, à l’avenir, l’électronique devra assurer à une certaine catégorie de personnes, celles justement dénommées l’élite, que ce genre de contrariété n’entravera jamais leur existence. C’est pour cela qu’un monde totalement soumis au diktat de l’électronique est nécessairement un monde totalement inégalitaire, si ce n’était pas le cas, personne n’aurait dans l’idée de le laisser advenir, les grands tricheurs ne le permettraient pas. Leurs tricheries d’aujourd’hui, celles qui leur assurent leur niveau d’existence, doivent devenir légales avant que le diktat de l’électronique ne soit total. Disons que c’est un processus synergique mais c’est un jeu dangereux, même pour l’élite. Et tout ceci avec votre consentement et l’aide de maîtres mots : la facilité, la modernité, la sécurité… On vous aura prévenu, on ne fait que ça, à l’avenir, on n’existera pas.

06/04/2020
L’âne à chronique du Coincoin du coin !

Un hôpital pas très hospitalier.

Il y a quelques jours un homme ayant de sévères symptômes du covid-19 était emmené de toute urgence dans un service d’urgence passablement encombré. Là, il a eu la désagréable impression que des patients admis après lui avaient accès avant lui à une chambre dûment équipée de tout le matériel de réanimation. Comme il lui semblait qu’on l’avait abandonné dans un couloir sur un simple brancard où, à chaque quart d’heure qui passait, il ressentait de plus en plus de mal à respirer, il avait autant de mal à croire que les patients passant devant lui étaient plus proches de la fin que lui. Avec toute l’énergie du désespoir il n’a eu de cesse de lever et baisser son bras pour attirer l’attention et qu’on s’occupe enfin de lui ! Après un moment qui lui parut une éternité, il a senti que quelqu’un lui mettait un papier dans la main. Il a ramené cette main vers son visage et a eu la surprise de voir quelque chose qu’il connaissait bien : la pétition qu’il avait lui-même lancée dans son immeuble quelques jours plus tôt pour que l’infirmière vivant dans ce même immeuble et travaillant au CHU d’à-côté daigne aller dormir ailleurs le temps que durerait la crise. Ce que d’ailleurs elle a fait face à l’hostilité montante. Derrière la pétition, l’infirmière en question lui a lancé un doux regard et un sourire un poil ironique. L’homme a ensuite eu droit à l’appareillage qui lui a sauvé la vie et l’infirmière et ses complices ont été rappelés à l’ordre par le chef de service pour ce manquement manifeste à l’éthique quand bien même on aurait eu affaire à un parfait trou du cul. Sorti aujourd’hui de l’hôpital le trou du cul en question a simplement exprimé le regret suivant : « En plus je suis sûr que c’est elle qui me l’a refilé ! » Aux dernières nouvelles l’infirmière n’a toujours pas été testée positive au covid-19 mais envisagerait de faire tourner une pétition dans son immeuble pour éloigner son charmant voisin par précaution.

1 novembre 2020

Un pigiste sur le toit

Chalut

Jusqu’alors je n’ai pas pris le temps de vous parler d’un nouvel habitant de notre bloc. C’est un type qui semble avoir la quarantaine bien tassée et qui est arrivé début septembre dans un petit appartement avec Velux. Or, si j’en crois ce qu’il dit, cet homme vivait auparavant sur le très grand bloc et il a déménagé ici plus par force que par choix. La première fois que je l’ai vu ma surprise fut assez grande parce que c’est lui qui m’a interpellé :
– Qu’est-ce tu fous là Darwin Le Chat ?
Comprenez bien que je me suis arrêté tout net. J’osais à peine me retourner vers lui mais au bout de quelques secondes j’ai bien été obligé de le faire. Lui a continué à me parler :
– Je t’ai déjà vu souvent de l’autre côté de la rue. Comment fais-tu pour passer d’un toit à l’autre ? J’ai longtemps habité là-bas figure-toi. J’étais bien et c’était très en dessous du prix de marché. Ça c’était avant. Avant que mon proprio ne casse sa pipe et que ses ayant-droit ne revendent au prix fort. Voilà tout ce que j’ai trouvé pour rester dans le quartier. Treize mètres carrés Carrez ! C’est moitié moins que ce que j’avais avant. Mais y a plus en fait ! C’est l’avantage d’être sous le toit. J’ai pu mettre tout mon bazar dans des cartons, il va y rester. Finalement j’ai moins de regrets que je ne le pensais de prime abord. De toute façon là-bas c’était devenu difficilement vivable. Ce salopard de proprio voisin avait changé son appart en airbnb. La chienlit ! Airbnb c’est vraiment la chienlit !

Après ce premier contact très étonnant j’ai appris que ce type n’était pas un humain doué d’un don particulier. Il n’est pas tombé non plus sur Darwin par pur hasard. Odette m’a avoué lui avoir suggéré que je m’appelais comme ça. Si vous vous réveillez un jour avec une idée fixe en tête, c’est peut-être le signe qu’une fée vous a susurré quelque chose à l’oreille. La chose la plus intéressante avec cet individu, qui lui se prénomme comme le président de la république, c’est qu’il a été, entre autres choses, pigiste au Coincoin du coin. Il semble en avoir gardé un souvenir prégnant et comme c’est un sacré bavard, j’ai déjà eu l’occasion deux fois de me poser tranquillement sur le toit pour écouter ce qu’il avait à me dire. La dernière fois c’était ce samedi 31 octobre, un excellent samedi 31 octobre qui, en temps ordinaire, aurait vu les rues envahies d’humains vilainement déguisés et excités comme des puces. Rien de tout ça en période de confinement, donc j’étais d’excellente humeur et assez disposé à écouter cet Emmanuel.
– Tu vois Darwin ? Je n’ose plus trop m’exprimer sur le net mais j’ai encore des choses à dire alors j’écris encore. Si t’as un peu de temps devant toi…

Je n’étais pas pressé.

– …je vais te faire la lecture. Si ça te saoule t’auras qu’à te barrer.

Je risquais pas de me gêner.

– Alors voilà. J’ai pas mal bataillé au Coincoin du coin pour leur faire admettre que j’avais de grands talents de journalistes. Vingt ans de bons et loyaux services. N’étant que pigiste, j’ai toujours été dans l’obligation d’avoir une activité, entre guillemets, alimentaire. En fait, sans me vanter, je fais tout de matière très professionnelle. J’étais à la fois investi dans mes activités de pigiste et dans mon travail salarié. J’aurais bien voulu être journaliste à temps plein et pouvoir en vivre, au Coincoin du coin ils étaient forts en idées mais pas pressés de les mettre eux-mêmes en pratique. Je crois que j’aurais pu attendre longtemps !… Maintenant je suis tricard. Aucun journal ne va prendre quelqu’un comme moi passé par le Coincoin du coin. Du coup c’est pas plus mal d’avoir été forcé à un parcours de salarié ordinaire. Et je m’en sors pas mal, Darwin. Mon domaine c’est la logistique. Quand on me demande ce que je fais, je réponds que je suis cadre-manutentionnaire. En réalité je ne suis ni cadre ni manutentionnaire mais c’est le terme qui me semble le mieux approprié. Toujours est-il que cette interdiction du Coincoin du coin m’a bien mis les boules. Tu sais que j’ai vraiment été en phase avec la ligne éditoriale. Le plus dommage c’est qu’on n’ait pas pu publier l’intégralité de l’article de fond de D. Lepou. Même si mon nom n’aurait pas été cité, j’y avais largement participé. L’aventure s’est terminée à la fin du confinement et maintenant nous voilà reconfinés. Mais est-ce que la situation nous donne raison Darwin ? L’honnêteté devrait nous conduire à dire qu’on n’avait ni tort ni raison. La vérité c’est que le temps pourrait nous donner raison a posteriori. Avoir raison a posteriori ce n’est pas avoir raison. Grosso modo on a dit qu’il fallait laisser le virus se diffuser dans la population active et les scolaires, hormis pour les cas de comorbidité présumée. Mais concrètement cela signifiait qu’on devait trouver le moyen de protéger tous les autres, ce qui en première approximation appelait un confinement de ces personnes. Je n’ai pas vraiment le souvenir d’avoir entendu Macron envisager cette possibilité au printemps, peut-être qu’il l’a fait. Ce qui est certain c’est qu’il l’a évoquée ce mercredi lors de son annonce du second confinement. Mais c’était surtout pour balayer l’hypothèse. Impraticable selon lui, notamment parce que nos aînés ont souvent besoin d’assistance ou parce qu’ils vivent entourés de plus jeunes. Je trouve l’explication un peu courte. Tu ne trouves pas Darwin ?

J’ai pas vraiment d’avis sur la question faute d’y avoir songé.

– Écoute ! Qu’il y ait des personnes âgées vivant au contact de plus jeunes, c’est nécessairement vrai. Mais on est en droit de penser qu’au niveau familial, c’est tout de même devenu assez minoritaire. Et surtout, pour ceux qui vivent effectivement chez leurs enfants et petits enfants, si on imagine bien l’efficacité que pouvait avoir le drastique confinement du printemps, les modalités de celui-ci, avec des enfants allant encore à l’école et plus de personnes restant en poste, il faudra bien garder le moyen de protéger les aînés de ces familles. Et c’est exactement la même chose dans les établissements spécialisés. Laisser rentrer les proches c’est exposer les pensionnaires, ne pas les laisser rentrer semble être considéré comme inhumain. Dit autrement, refuser à une personne proche de la fin ce qui pourrait être sa dernière visite, tout le monde est d’accord pour juger cela odieux ; mais admettre une visite c’est prendre le risque de rendre la fin plus proche encore. Voilà un des nombreux problèmes insolubles auquel ce virus nous confronte. De toute façon on ne peut pas enfermer le personnel soignant avec les pensionnaires, donc ce personnel retrouve ses enfants qui eux vont à l’école. Là où un confinement très strict a eu des résultats incontestables pour freiner la propagation du virus, ce confinement montrera des limites qui, selon la logique du gouvernement, l’obligera à le durcir à nouveau. En laissant les enfants à l’école et en tablant principalement sur la fermeture de commerces et de lieux de sociabilité, quoiqu’il s’en défende, Macron a promulgué un confinement ciblé. Dans ces conditions il n’est pas audible lorsqu’il balaye d’un revers de la main l’idée d’un confinement orienté vers les personnes à risque. Le fait qu’il l’ait évoqué durant son intervention laisse cependant entendre que c’est une idée qui a fait son chemin dans les sphères du pouvoir, notamment, j’imagine, dans les cercles patronaux. Personne ne dira que le Coincoin du coin a défendu une position patronale, sinon il aurait pignon sur rue et n’aurait pas été interdit. Nous avons défendu la ligne économique non pas pour sauver les dividendes des patrons mais par certitude que la crise ferait de toute façon bien plus de dégâts chez les pauvres que chez les riches. L’avenir ne nous donnera pas tort là-dessus, à moins de considérer comme riche la frange des petits entrepreneurs qui en sortiront ruinés. Certes beaucoup n’étaient pas pauvres, mais j’espère que cela leur ouvrira les yeux, il y a un tel écart entre eux et ceux qui tiennent les cordons de la bourse que la divergence de point de vue politique avec le Medef devrait être un peu plus flagrante. D’un certain point de vue on peut dire que le gouvernement a suivi une ligne plutôt progressiste visant d’abord à sauver un maximum de gens possibles plutôt que l’économie, tout l’inverse des administrations de Trump ou Bolsonaro. De ce point de vue on peut estimer que la Chine aussi a adopté cette ligne progressiste puisqu’elle a tout fait pour éviter la propagation du virus. Et la façon la plus radicale d’y parvenir c’était bien le confinement dur, confinement qui sauve des vies mais qui remet à la fois en cause la liberté individuelle et la liberté d’entreprendre. Il est assez facile de voir en quoi toutes les passions sont exacerbées, pourquoi des gens ayant tant haï BHL finissent par se trouver un point d’accord avec lui, pourquoi le Coincoin du coin a défendu une ligne que certains grands patrons n’auraient pas reniée. Une même ligne mais pas pour les mêmes intérêts. Cette crise est extraordinaire au regard des dernières décennies mais on ne peut pas pour autant faire comme si elle avait surgi de nulle-part telle une armée extraterrestre. Si certains, et j’en ai fait partie, ce sont sentis agressés par la violence du confinement, est-ce parce qu’on nous a trop habitués à l’idée de liberté ? Peut-être. Mais peut-être l’aurais-je mieux vécu si cette décision ne venait pas d’un gouvernement qui, suivant la voie tracée par ses prédécesseurs, n’avait pas prouvé depuis trois ans que toute contestation serait combattue à grand renfort de déploiement de CRS. Pour moi il est incontestable que la liberté de pensée et les possibilités de contester l’ordre établi ont connu un net recul ces derniers temps et que cette tendance est une tendance de fond à l’œuvre aux quatre coins du monde. Dans un tel contexte la privation de liberté n’est pas une mince affaire et elle est encore moins acceptable dans un régime démocratique où les décisions finales semblent ressortir d’un seul homme n’ayant guère la confiance d’un peuple qui l’a élu plus par défaut que par choix. Maintenant nous devrons aussi admettre lui avoir fait de mauvais procès si un jour nos positions deviennent majoritaires a posteriori. « On aurait dû faire comme ils disaient au Coincoin du coin. » Ce que je reproche c’est de ne pas l’avoir réellement envisagé, surtout en cet automne puisqu’au printemps on n’avait même pas de quoi protéger les simples personnes à risque. Même en tendant à limiter les contacts, il fallait des masques pour toutes les personnes à risque et celles devant leur venir en aide, ce qui fait déjà une part conséquente de la population. Mais dire qu’il faut laisser le virus circuler dans l’autre partie de la population c’est assumer des risques pour lesquelles les données scientifiques manquaient. Ceux qui ont toujours défendu la mise en place des mesures les plus strictes possibles et qui ont réclamé le plus tôt le confinement, par exemple le milieu hospitalier qui semblait gouverner la France au printemps, ceux-là ne manquent aucune occasion d’y trouver une justification au-delà du secours mutuel que nous nous devons en tant que citoyens toutes générations confondues. Chaque effet secondaire subi par des personnes qui contractent le covid sans en mourir génère beaucoup de publicité. Le Coincoin du coin se fendit même d’un article disant qu’il allait peut-être changer son fusil d’épaule une fois qu’on eut établi l’étrange mal aux pieds que de nombreux enfants avaient eu suite au covid. Et réellement ce mal existe. Tout comme existe cette grande fatigue durable que bien des contaminés connaissent, et, plus flippant sans doute, ce marqueur très fréquent de la maladie : la perte du goût et de l’odorat. À ma connaissance je n’ai pas encore eu le covid mais dans ma vie j’ai connu deux épisodes de perte du goût et de l’odorat. Crois-moi Darwin ! Il paraît que vous les chats vous avez du pif ! Eh bien si un jour tu perds ce sens-là, tu seras vraiment heureux de le retrouver. Donc le covid-19 génère de nombreux effets secondaires. La question est de savoir dans quelle proportion, combien de personnes garderont des séquelles et à partir de quel niveau cela devient socialement inacceptable. En tant qu’individu je dirai peut-être... 1 ? Imaginons que demain j’attrape le covid et que ma punition soit de finir ma vie sans goût et sans odorat. Il est assez possible que je dise à qui veut m’entendre : « Regardez-moi ! J’ai critiqué Macron qui voulait empêcher le virus de circuler au prix de ma liberté. Maintenant ma vie est bien fade, c’est lui qui avait raison ! » Pire encore. Si on avait choisi une stratégie visant une forme d’immunité collective, il ne se serait pas seulement agi d’isoler les personnes à risque, il aurait aussi fallu faire en sorte que les autres ne se protègent pas entre elles. Sauf à considérer que la situation puisse s’éterniser et que les personnes à risque soient sous une contrainte durant des années, l’immunité collective aurait dû se faire le plus rapidement possible. L’inconvénient d’un R0 pouvant monter au-delà de 3 devenait en ce sens un gros avantage, en laissant filer le virus toute la population exposée l’aurait contractée en quelques mois. À supposer que nous ayons été vraiment capables d’empêcher celle à risque de le contracter aussi, seule manière d’empêcher l’engorgement des hôpitaux et de sauver des vies, nous aurions dû nous attendre à avoir de nombreux morts dans la population jugée préalablement sans risques. Dans le lot il y aurait eu des personnes assez jeunes voire des enfants. Je mets au défi n’importe quel parent manifestant aujourd’hui contre le port du masque et le confinement de penser la même chose si son enfant mourrait du covid-19. T’es pas d’accord Darwin ?

Pour le coup, cela me semblait être une opinion assez sensée.

– Cela dit j’ai coutume de dire qu’on ne légifère pas sur la peine de mort en demandant leur avis à ceux qui ont eu un proche assassiné. Ce que je veux dire c’est qu’on a tendance à brandir des chiffres à tort et à travers pour justifier sa position. Pour moi la perte de l’odorat reste très majoritairement temporaire quoiqu’on en dise. S’il y avait tant de personnes qui s’en trouvaient durablement affecté, les terrasses des cafés se seraient vidées d’elles-mêmes et cette maladie serait bien plus facile à circonscrire. D’ailleurs il n’y a pas trente-six chemins, soit nous allons vers une solution médicale qui arrêtera cette maladie, soit elle continue de se diffuser chez ceux qui ne pourront s’en prémunir, jusqu’à atteindre une immunité collective ou jusqu’à devenir moins dangereuse ou plus dangereuse, soit elle se met à faire si peur qu’il n’y aura besoin d’aucun spot publicitaire pour faire comprendre que les gestes barrières doivent être appliqués de manière drastique et les contacts limités au maximum. Aux dernières nouvelles personne n’a trouvé de traitement contre la peste mais si elle revenait, gageons qu’il faudrait réquisitionner les gens chez eux pour continuer à garder l’activité minimale nécessaire à notre survie. Là l’état fasciste ne serait pas celui qui enferme les gens chez eux mais celui qui les en sort. Pour l’heure les chercheurs ont beau dire qu’on n’en est qu’aux débuts de nos surprises concernant les effets secondaires de cette maladie, notamment les effets sur le cerveau, cela ne suffit pas à convaincre la jeunesse de sacrifier ses meilleures années en termes de relations sociales, et cela ne suffit même pas à convaincre les plus vieux de renoncer au plaisir d’un repas au restaurant entre amis. Pas convaincus ils sont contraints par les décisions de l’exécutif et certains s’en émeuvent comme nous nous en sommes beaucoup émus en mars dernier. Je ne sais pas si personnellement j’ai mis de l’eau dans mon vin. Je pense encore qu’au regard des connaissances dont on disposait le confinement ciblé aurait été la bonne solution, une solution intermédiaire entre le relatif laisser-aller des Suédois et celle des autres pays d’Europe. Au regard des moyens dont on disposait et particulièrement l’absence de masques, c’était sans doute impossible. Est-ce que Macron était responsable de l’absence de moyens ? Oui ! 100 fois oui ! Si c’était un gouvernement élu sur un programme de retour en force de l’action publique, ayant la volonté de mettre un terme à la casse de l’hôpital et de la sécurité sociale, il pourrait arguer qu’il n’a pas encore eu le temps pour agir pleinement. Mais quand on est le digne héritier, pour ne pas dire le Nec Plus Ultra de la privatisation rampante, de l’absence de stratégie collective sous prétexte de modernité, quand on a été ministre de l’économie avant d’être élu président, on est mouillé jusqu’au cou et on n’a aucune excuse. La difficulté d’avoir de la cohérence ou de la constance dans notre opinion face à cette maladie atteint même les plus légitimes pour en parler. J’en veux pour preuve une interview d’Axel Kahn, généticien, président de la ligue contre le cancer et accessoirement philosophe inaccessible aux non-initiés. Le 11 septembre 2020 sur LCI, il fait état de choses qui me semblent tout à fait justes et rappelle que les masques et les gestes barrières sont efficaces. Je pense comme lui que les contaminations ont largement eu lieu dans les endroits où tous ces gestes barrières n’avaient pas cours, notamment dans les bars, les restaurants où, par force, le port du masque est difficile, mais aussi dans les soirées privées que bien des personnes ont organisées, les vacances en famille, donc tout ce que le confinement n’autorisait pas. Ce jour-là, peut-être parce que tous les étudiants n’étaient pas encore rentrés, il n’a pas cité les endroits où l’on porte le masque, tels les transports en commun, les bancs du secondaire, du supérieur, son propos étant de faire comprendre que le masque, s’il est bien porté, est efficace, certes pas à 100 %. Pour ma part je pense que le masque, souvent mal porté, parfois même récupéré dans une poubelle pour pouvoir monter dans le bus, j’en ai vu Darwin, a été insuffisant dans les espaces trop denses y compris les bancs des universités où la distanciation est un vœu pieu. Donc le virus s’est diffusé et Axel Kahn a eu raison de monter rapidement au créneau pour contrecarrer ceux, refusant toute nouvelle mesure de contrainte, laissaient croire qu’il n’y aurait pas de seconde vague. Mais dans son intervention Kahn dit que le virus est naturellement passé d’une population sans risque qui, lassée du confinement, a voulu reprendre une vie normale, aux personnes à risque de leur entourage. Et ce sont ces personnes-là qui arrivaient déjà début septembre dans les services d’urgence et qui annoncaient le besoin de nouvelles restrictions. Mais dans les premières minutes Axel Kahn dit qu’en mai il s’est opposé au conseil scientifique qui voulait déconfiner tout le monde sauf les personnes fragiles (18 millions de personnes). Puis Kahn dit exactement ceci : « Je suis monté au rideau, effectivement ce n’était pas constitutionnel et j’ai eu gain de cause en 48h. Et en réalité ce qui se passe montre combien j’avais raison, ce ne sont pas les personnes fragiles qui ont été contaminées, car elles, elles se sont protégées. Ce sont les autres ! Et voyez combien il aurait été totalement absurde de ne pas déconfiner ces personnes. » La journaliste lui répond : « Elles n’ont pas été contaminées.. elles ont été en première ligne des décès. » « Oui mais, en mars. Mais lors de l’épisode actuel, la raison pour laquelle il y a eu une disjonction entre l’augmentation des contaminations et les entrées à l’hôpital est que les gens qui ont été contaminés, ce sont les jeunes et les jeunes adultes. » Tu vois Darwin ? On peut tout de même soupçonner que comme tout un chacun, Axel Kahn a un regard sur la situation qui n’est pas totalement indépendant de sa propre identité, il est né en 1944, donc ce conseil du conseil scientifique qui épousait à retardement les positions du Coincoin du coin, il est possible qu’il s’en soit trouvé ému un peu trop personnellement. Lorsqu’il dit que les personnes à fragiles n’ont pas été contaminées puisqu’elles se sont protégées, moi j’ose prétendre qu’elles ont surtout été protégées par le confinement. Ensuite elles sont peut-être plus enclines à porter le masque vu qu’elles savent ce qu’elles risquent. Effectivement on comprend bien que plus il y a de porteurs du virus, plus les possibilités de le contracter sont grandes. Mais dire :« Elles, elles se sont protégées. », c’est assez vite dit. Dans les faits se sont toujours elles qui finissent le plus souvent dans les services d’urgence, soit parce que malgré leurs efforts elles n’arrivent plus à se protéger devant un virus bien plus présent, soit parce qu’en réalité elles ont fait comme les jeunes et ont repris une vie normale. Et j’ose croire qu’il y a de tout ! Depuis deux mois je suis masqué en permanence en présence d’autres personnes, sauf les chats, et je n’ai cessé de croiser des anciens qui semblaient prendre les choses bien plus à la légère. Donc sur ce point je ne crois pas que ce grand monsieur puisse prouver ce qu’il a avancé et en rien cela ne lui donne raison contre l’avis du conseil scientifique du mois de mai. Pour une personne fragile la meilleure façon de se protéger, cela reste de se confiner. Voilà exactement le résumé de cette année. J’entends des interviews de personnes très intéressantes qui disent à deux phrases de distances une chose sur laquelle je suis en total accord et une autre en total désaccord. Grâce à Axel Kahn j’apprends qu’un confinement ciblé est anticonstitutionnel, j’aurais aimé connaître la constitutionnalité d’un confinement qui fait télétravailler certains, force les autres au chômage technique, envoie des personnes fragiles au travail parce que leur métier est jugé indispensable, laisse les autoentrepreneurs sur le carreau, envoie les gamins à l’école... Alors Darwin, moi je reste sur mes idées de départ non parce que je suis borné mais parce que tout ce qui était présent dans la balance en mars et tout ce qui y a été rajouté ne l’a pas fait pencher de l’autre côté. Seuls certains pays dont la Chine semblent avoir su contenir la maladie. On s’est beaucoup trop souvent émus des tendances totalitaires des Chinois pour prendre ce pays en modèle, mais le fait est qu’il ne semble pas avoir contraint sa population beaucoup plus que les démocraties occidentales. Le confinement nous faisait horreur, on l’a fait ! Mais la Chine avait l’avantage d’être l’usine du monde, elle avait les masques, et s’il est un pays où la stratégie « tester, tracer, isoler » a été parfaitement mise en œuvre c’est celui-là. À cette échelle c’est assez remarquable mais attendons encore un peu avant de faire un bilan définitif. Maintenant Darwin tu me diras qu’au Coincoin on a beaucoup émis l’idée d’un confinement ciblé mais qu’on n’a jamais donné le début d’une piste concernant sa mise en œuvre. Le centre du problème concerne les personnes fragiles qui vivent avec des personnes continuant d’aller et venir comme si de rien n’était. Je n’ai aucune solution sinon celle des gestes barrières, ce qu’on fait pour tout un chacun, a fortiori on doit pouvoir le faire pour ceux qu’on aime. D’ailleurs la protection des personnes fragiles ce n’est pas nécessairement la mise à l’écart tandis que les autres vivent comme si de rien n’était. On peut imaginer plein de choses comme des créneaux horaires réservés à cette population dans les commerces. Le personnel de ces enseignes appliquerait les gestes barrières durant ces créneaux. Puisqu’une telle démarche est impossible durant les transports en commun, l’état aurait pu mettre en place un système de VTC quand la nécessité de se déplacer se fait sentir. Il y a plein de choses qui auraient pu se faire avec des moyens financiers mais ceux-là n’auraient jamais dépassé le coût d’un confinement généralisé. Mais pour d’autres choses ce qui est valable lors d’un confinement généralisé reste valable pour un confinement ciblé, à cela près que le virus étant bien plus présent, il faut redoubler d’efforts. Tu vois Darwin ? Arrêter cette saloperie c’était peut-être pas impossible à condition que la population le veuille vraiment, le laisser filer c’eut été dramatique, le freiner plus ou moins au gré des saisons en attendant un traitement c’était peut-être la solution si le traitement était arrivé vite. Mais un jour le vaccin est pour demain, le lendemain le doute quant à un vaccin prochain et efficace est sur toutes les bouches. Ce qui est sûr c’est qu’on a mis tous nos œufs dans le même panier et le connard qui le porte continue à gambader en chantant que demain ne sera pas comme hier mais qu’il faudra tout faire comme avant. Surtout ne changeons rien ! On va crever Darwin ! Probablement pas du covid mais d’avarice ! C’est un autre débat. Je t’en causerai à l’occasion, je commence à me les geler. Chalut !

Ah ben oui, ben chalut alors !

8 mai 2020

Le Coincoin du coin, sélection du 16 au 19 floréal 228


17 floréal 228

Publireportage.

La start-up française FFFM (French Federation of Face-Mask), créée il y a 6 semaines et dans laquelle on murmure que le président en personne aurait des billes, est déjà en mesure de fournir à un prix record les masques que tout le monde attend. Puisqu’il est possible que la population soit obligée de porter des masques durant de longs mois, tout le monde comprend bien ce que cela signifie en terme de relations sociales : on ne sera plus en mesure de distinguer les beaux des laids ! Les beaux seront tous ceux qui ont de beaux yeux et les laids seront tous les autres. A quoi bon se déconfiner si c’est pour perdre l’une des affaires qui nous guident le plus dans la vie : la quête de la beauté et accessoirement celle d’un ou d’une partenaire ? Eh bien, sans être la première à s’être lancée sur ce marché porteur, la FFFM a, par un judicieux espionnage industriel et une pression monumentale sur les fournisseurs de matière première, réussi à rattraper tout son retard sur la conception de masques permettant de reconstituer le visage du porteur.

Pour bénéficier vous aussi des masques qui permettent de montrer votre vrai visage aux gens que vous croisez, il vous suffira d’envoyer vos photos à l’adresse suivante : orders.fffm@gmal.com. Pour un résultat optimal vous devrez prendre et envoyer les mesures de votre visage selon les indications que vous trouverez sur le site de la FFFM. Les masques sont de type lavable et seront accessibles à partir de 39,99 l’unité. Il est possible et conseillé d’en faire faire plusieurs pour que votre visage apparent corresponde à votre humeur du jour, dans ce cas vous devez envoyer les photos correspondantes.

Attention : la FFFM s’attend à ce que certaines personnes moches en profitent pour se donner les apparences de la beauté. Cela pourrait s’avérer rapidement être illégal. En effet la commission Tristan Escroçi qui planche actuellement sur le projet de loi lié au déploiement national des caméras à reconnaissance faciale, a d’ores et déjà averti qu’elle entendait rendre obligatoire le port de masque à reconstitution faciale dès qu’ils pourront être produits en quantité suffisante et ce pour que les gens ne prennent pas l’habitude de vivre cachés ; quand on n’a rien à se reprocher on n’a rien à cacher comme dit le plus bel et plus vrai adage que l’homme ait jamais énoncé. Dans ce cas il est évident que toute contrefaçon sera sévèrement punie.

Avec la FFFM vous optez pour le made in France, sans enrichir Amazon ! A vos CB !

17 floréal 228

L’Europe commissionnaire a de la suite dans les idées !

Après avoir confié à BlackRock, gigantesque cygne blanc de la finance vierge de tout soupçon de conflit d’intérêt, la charge d’élaborer des propositions sur la manière d’intégrer les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans la supervision bancaire, la Commission européenne a annoncé avoir fait un pré-tri concernant les appels d’offre en lien avec les autres recherches indispensables à la marche de l’Union.

Pour l’étude de l’incidence de la charge de microparticules aéroportées d’origine chimique sur l’espérance de vie, les dossiers retenus sont ceux de Exxon Mobil, Royal Dutch Shell et Total.

Pour l’étude sur la préservation des espaces non-bâtis, les dossiers retenus sont ceux de Bouygues, Vinci et Amazon.

Pour l’étude pour la sauvegarde du commerce de détail, les dossiers retenus sont ceux d’Amazon, Amazon et Amazon.

Pour l’étude sur le déploiement de l’agriculture biologique, les dossiers retenus sont ceux de Carrefour, Mc Donald’s et Nestlé.

Pour l’étude sur les trajectoires des régimes d’assurance maladie, les dossiers retenus sont ceux de Antin Infrastructure Partners, JPMorgan Asset Management et Bridgwater Associates.

 

17 floréal 228

Déconfinement : ne vous précipitez pas chez votre coiffeur ou votre esthéticienne !

Vos poils ont un peu trop poussé à votre goût durant les semaines écoulées, vous envisagez de vous rendre dès lundi prochain chez votre coiffeur ou votre esthéticienne. Mauvaise idée ! Certes les ciseaux, tondeuses, peignes ou rasoirs de plus d’un mètre de long ont été livrés chez les professionnels du secteur grâce à la précieuse collaboration d’Amazon, mais il faudra de nombreuses journées avant que les employés et indépendants soient en mesure de s’en servir sans danger pour le client. N'est pas Edward aux mains d'argent qui veut. Nous vous conseillons d’attendre deux ou trois semaines avant d’envisager un rafraîchissement de votre système pileux.

17 floréal 228

Le Coincoin du déconfinement.

Tous les français se sont demandé en quoi consistait la règle des 100 kilomètres, allait-on être autorisés à nous déplacer à 100 kilomètres de distance de notre domicile en comptant les kilomètres par la route ou les kilomètres à vol d’oiseau ? Bien sûr, tous malins que nous sommes, nous avons interprété cette annonce comme une autorisation d’aller à 100 kilomètres à la ronde, ce qu’on exprime par l’expression « A vol d’oiseau » et les plus déterminés d’entre nous ont pris un compas qu’ils ont planté dans une carte à l’aplomb de leur domicile pour voir si ce vol d’oiseau allait leur permettre de se rendre enfin chez tante Gertrude où les attend un délicieux fondant au chocolat.

Halte là concitoyens ! Il y a maldonne ! Croire que le vol d’oiseau est avantageux par rapport à la route est une grossière erreur, ça dépend de quel oiseau on parle ! Grâce à l’un de ses plus fidèles canardés, Darwin Le Chat, adepte du courrier d’électeur, le Coincoin du coin est mieux renseigné sur les vols d’oiseaux que les meilleurs ornithologues. Et donc nous sommes en mesure de vous dire que vous avez intérêt à choisir le bon oiseau si vous voulez avoir une chance d’atteindre la maison de tante Gertrude avant d’avoir fait 100 kilomètres. Imaginez que vous soyez un lyonnais qui entend se rendre quelque part dans la région stéphanoise (oui oui, figurez-vous qu’il y a vraiment des gens qui ont ce genre d’idées saugrenues, même des lyonnais). Si vous choisissez l’un des moineaux qui en temps normal bouffent les frites des affreux, sales et méchants clients du Mc Donald’s à l’angle de la rue de la République et de la place Le Viste à Lyon, quand vous aurez fait 100 kilomètres, vous n’aurez pas dépassé le semblant de verdure en pot qui végète au-dessus des bouches de métro place Bellecour. Si vous choisissez Banofee-Banofee, l’un des pigeons du clan qui vit sur un bloc au sud de la place des Jacobins, vous ne dépasserez pas non plus le côté sud de la place Bellecour puisque Banofee-Banofee a prétendu limiter ses déplacements à un rectangle allant de la rue Herriot aux quais de Saône dans la longitude et du sud Bellecour au nord de la place des Jacobins dans la latitude. Riton, un autre pigeon du même clan se déplace un peu plus le long de la Saône mais il va généralement vers le nord. Il semblerait alors judicieux de vous en référer à des oiseaux plus réputés pour leur goût du voyage, tels les cormorans qui ont élu domicile à Lyon ces derniers temps. Eh bien apparemment, eux non plus n’ont pas l’air de penser qu’ils ont fait tout ce chemin pour repartir de sitôt en sens inverse. Il vous reste donc George, une mouette anglaise installée à Lyon pour le compte de la Gull International et qui fait encore régulièrement des voyages au long cours. Cependant George lui-même ne va pas bien plus droit que les routes, il suit les rivières et les fleuves, un peu comme les routes donc. Au demeurant ses activités lui commandent de voyager entre Londres et Paris et entre Paris et Lyon, qu’est-ce qu’il irait foutre à Saint-Étienne ? Qu’est-ce qu’il vous reste alors ? Une hirondelle ? N’y pensez même pas, vous aurez la gerbe avant même d’avoir fait un kilomètre à prendre des G dans la gueule dès qu’une mouche ou un moustique passe dans les parages. Vouloir faire 100 kilomètres à vol d’hirondelle en mai c’est comme entreprendre de manger des huîtres dans un avion de chasse lancé à mach2 à la poursuite d’un autre, sauf qu’en plus vous aurez toutes les chances de vous retrouver tout proche de votre point de départ une fois faits les 100 kilomètres, pour un peu vous allez dégueuler dans votre salon. La solution la plus efficace semble donc de se rabattre sur une oie sauvage. Une oie sauvage est assez susceptible d’avoir l’idée d’aller en droite ligne durant 100 kilomètres ou plus. Certainement, oui. Sauf qu’à cette saison il est plus probable qu’elle aille vers le nord. Et puis quelle que soit la saison, qu’est-ce qu’elle irait foutre dans la région stéphanoise ? D’ailleurs y a-t-il un seul oiseau qui ait, depuis que ces villes existent, eu l’idée de partir de Lyon pour aller à Saint-Étienne ? On peut raisonnablement en douter ! Un corbeau peut-être ?

Non vraiment ! Le Coincoin du coin vous conseille d’oublier cette histoire de vol d’oiseau, de nettoyer les merdes de pigeons accumulées sur votre pare-brise, de redémarrer votre bagnole en veillant à réinitialiser le compteur intermédiaire, et de rouler dans la direction de Sainté, vous devriez pouvoir allègrement dépasser tous ses faubourgs même si vous partez du fin fond de Rillieux-la-Pape. Et pensez à bien appuyer à fond sur le champignon histoire de vite ramener la saturation de l’air et le fond sonore à leur niveau habituel avant que tous ces connards d’oiseaux même pas fichus de profiter du vol d’oiseau ne pullulent !

18 floréal 228

Le Coincoin publicitaire : le Medef rappelle le CSA à l’ordre !

La situation est un peu ubuesque chez les patrons. Le patronat semble s’inquiéter de la communication de certaines entreprises et demande au CSA de veiller à ne pas laisser passer des publicités qui laissent entendre que la vie durant le confinement est une vie humainement plus épanouissante que la vie ordinaire. Lors d’une visioconférence entre des décideurs du Medef et des membres du CSA, diverses publicités ont été montrées comme symbole de spots qu’on peut interpréter comme un hymne à la paresse. Mais l’interprétation est par nature subjective. La publicité qui a le plus fait parler d’elle et pour laquelle le ton est même monté à un point où les attaques personnelles n’étaient plus très loin, est une publicité O2. Publicité que le Coincoin du coin, canard avisé, est en mesure de comprendre. O2 se vante à la fin du spot d’être le numéro 1 du service à domicile. Le spot en lui-même est très court, on y voit un aspirateur avec en fond sonore des enfants qui jouent puis une voix off disant « O2 solidaire de ceux qui ont retrouvé la joie de faire le ménage et de garder leurs enfants. » Faut-il interpréter ce spot comme anticapitaliste comme le suggère le Medef ? Il est vrai qu’on peut y sous-entendre que le moment est un moment de joie que le monde du travail nous empêche d’ordinaire de vivre. Mais si on se place du côté des salariés de O2, ceux-ci pourraient l’entendre de la manière suivante : « Je garde MES enfants et je fais MON ménage au lieu de le faire chez les autres, ce qui devrait être la norme dans un monde qui tourne rond » Bref… pas très vendeur tout cela. En réalité aucune de ces deux interprétations n’est la bonne et O2 n’est pas anticapitaliste, O2 offre des services dont certains sont indéniablement indispensables à la société, notamment des services aux personnes dépendantes. Mais ce clip ne parle pas cette partie de son activité, il s’adresse justement à ceux qui pensent que la vie est bien plus épanouissante quand on a les moyens de faire garder ses enfants par d’autres à chaque fois qu’on le désir et surtout faire faire son ménage à d’autres. Certes les conditions actuelles obligent à faire des spots minimalistes mais celle-ci est très réussie dans l’objectif qu’elle se fixe. Ce n’est pas un aspirateur vendu pour son silence par d’autres capitalistes en pointe de la technologie des aspirateurs, c’est un aspirateur bruyant dont le bruit se surajoute à celui que font les enfants, ces insupportables enfants qui sèment leurs jouets partout dont on a hâte qu’ils retrouvent une nounou ou retournent à l’école. La personne qui passe l’aspirateur n’est pas visible mais on comprend qu’elle ne le fait pas en sifflotant et de gaieté de cœur, elle n’y met aucun enthousiasme, c’est si rébarbatif que l’aspirateur passe 6 fois exactement au même endroit.

Alors nous pensons que le Medef aurait dû applaudir des deux mains ce spot et nous pensons utile de le faire à sa place : Bravo O2 ! Et merci à ses 13500 salariés en France, qui font pour les autres ce que les autres ne peuvent pas faire pour eux-mêmes, assez souvent avec des horaires à la con, assez souvent pour le smic horaire, assez souvent loin de chez eux, assez souvent sans qu’on les applaudisse à 20h. Le non-sens du capitalisme que d’autres publicités ont peut-être mieux fait sentir, c’est que certains clients de O2, généralement mieux situés dans l’échelle sociale, ne passent pas l’aspirateur et font garder leurs gosses non pas parce qu’ils trouvent cela indigne mais parce que leur propre rythme de travail ne leur laisse pas le temps de le faire, métro, boulot, dodo. Quant aux clients de O2 qui ne sont pas débordés mais trouvent que l’aspirateur est très rébarbatif mais tout de même moins pénible que des gosses H24, il est grand temps d’apprendre à vous servir de préservatifs ou tout autre chose qui pourrait vous prémunir contre ce danger à l’heure des pandémies. Ne pas vous reproduire est mieux pour vous et pour l’humanité en général, faites d’une pierre deux coups !


18 floréal 228

Courrier d’électeur : un voyage via l’aéroport de Bogota.

Nous avons reçu ce matin un courriel de Madame X (elle a souhaité garder l’anonymat) qui dit avoir été très marquée par l’article de C. Jasseronde relatif aux métiers à la con. Pour autant son courriel ne traite pas vraiment de cela mais plutôt d’une certaine drogue : la cocaïne.

«
Cher Coincoin.
J’ai lu avec grand intérêt l’article de monsieur Jasseronde qui émet une critique des idées de monsieur Graeber sur ce qu’il appelle les bullshit jobs. Au contraire de votre rédacteur en chef je me suis empressée de commander la version numérique de cet ouvrage (pas chez Amazon, chez Decitre) et même s’il n’est pas totalement convaincant, je n’arrive pas à m’empêcher de penser que fondamentalement, ce processus pratiquement inconscient est à l’œuvre ; on a bien créé un monde dans lequel, même si vous en arriviez à avoir un bon salaire en travaillant 6h par jour, ce qui est peu, le fonctionnement de la société vous obligerait encore à tout organiser en fonction de ces 6 heures-là. Bien entendu la principale manière d’y être obligée vient de la distance qui ne semble pas devoir s’amenuiser entre le domicile et le lieu de travail même si nous disposons de réseaux et de matériels de transport de plus en plus sophistiqués. Personnellement je suis sur mon lieu de travail environ 10h par jour cinq jours par semaine, mais il faut rajouter à cela au minimum 10h de transport, et je suis loin d’être la plus mal lotie parmi mes collègues. J’ai un très bon poste, cadre de haut niveau, bien rémunéré et ma vie sociale est largement conditionnée par le travail, mes sorties entre ami-e-s sont souvent des sorties entre collègues. Pourtant j’ai de plus en plus de mal à accepter l’idée que mon travail participe totalement à la marche d’un monde qui à bien des égards est absurde. J’ai des enfants qui semblent vouloir attraper tous les maux généralement attachés à ce qu’on appelle les maladies civilisationnelles. Rien de dramatique pour le moment et je sais que les défenseurs de notre mode de vie contestent le fait que l’on soit en moins bonne santé qu’il y a 20 ou 30 ans ; rien à faire, quelque chose en moi me laisse penser que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Je ne sais pas s’il est tout à fait juste de voir le covid-19 comme symptomatique de notre époque mais toujours est-il qu’il m’a amenée au télétravail et que cela a eu plusieurs implications directes.

En premier lieu j’ai réduit ma consommation de cocaïne, plus contrainte que par choix, mon « dealer » est un collègue. Je me suis mise à la cocaïne plus tardivement que bien des personnes autour de moi, bizarrement un jour où cela ne se justifiait pas du tout puisque c’était à l’occasion d’un séminaire où la charge de travail était réduite. J’ai pris de la cocaïne pour être bien en fête et j’ai malheureusement compris tout l’avantage que je pourrais en tirer dans mon travail. Depuis j’ai pris un peu de galon ce qui ne m’a guère poussée à ralentir ma consommation. Le télétravail n’est pas une chose si évidente malgré que le gros de mes journées se fasse d’ordinaire rivée derrière un écran, il ne m’a pas semblé au préalable judicieux d’arrêter totalement de prendre de la cocaïne. J’avais pris quelques précautions mais le confinement étant susceptible de durer longtemps, j’ai tout de même baissé un peu la cadence. Mon rythme de travail s’est de toute façon ralenti de lui-même, mon secteur d’activité tout entier semblant figé dans le temps. Je me suis mis à passer plus de temps avec mes enfants, ce qui fut un peu synonyme de gavage télévisuel en famille. Je n’ignorais pas que mes enfants passaient trop de temps devant les chaînes idiotes de la TNT mais tout ce que je considérais comme non regardable, pas au point de vue moral mais au point de vue de l’intérêt, est devenu curiosité. Dans ce monceau de stupidités je suis tombée un jour sur de la télé-réalité ressemblant à tous ces reportages où un cameraman suit des policiers, sauf que là ça se passait dans un aéroport, celui de Bogota. Je peux vous assurer que même si je suis absolument convaincue que mes enfants ignorent tout de ma consommation de cocaïne, j’étais dans mes petits souliers. J’ai vu plusieurs épisodes de cette série, mais un seul en compagnie de mes enfants, les autres je les ai regardés sur mon ordinateur, il fallait que je les regarde, tous ! C’est devenu ma nouvelle drogue, une drogue pour chasser l’autre. Comment mon cerveau a-t-il pu occulter cet aspect des choses, l’absolue nécessité que la cocaïne voyage entre son point de production et mon sac à main ? Pour moi, mon « dealer », mon collègue, c’est comme un employé à un stade intermédiaire d’une chaîne d’approvisionnement classique, pas le complice d’un réseau de grand banditisme. Et moi je ne suis pas non plus la complice de ce réseau ! Non ! Je suis juste une femme de bien, une femme performante insérée dans une société performante ! Je ne me drogue pas, je prends ce qu’il faut pour rester performante. Pourquoi les autorités qui demandent une société performante ont rendu illégal la cocaïne ?

A l’aéroport de Bogota passent des troupeaux de mules. J’ai voulu me concentrer sur celles qui réussissent leur coup, celles qu’on ne voit pas quand elles crient leur joie de l’argent facile. Ce ne sont pas de bonnes personnes, impossible, ce sont plus sûrement des personnes qui exploitent les autres avec de l’argent facile. J’ai tout fait pour m’en persuader, mais ça ne tient pas. Des pauvres pour la plupart, 8 à 12 ans de prison, 12 à 20 ans de prison, le plus gros risque dans le réseau mais la portion congrue de ses bénéfices, les menaces et la peur, sans doute la mort parfois. Je fais partie de ce réseau et je ne risque presque rien.

Comment je vais faire désormais ?

 

18 floréal 228


Brève de Coincoin

Notre pigiste P. Lebref nous a envoyé un message dans lequel il s’excusait de ne pas avoir livré son article du dimanche 10 mai. Comme beaucoup de nos pigistes il est entré peu à peu dans un état de léthargie avancée mais il ne pensait pas en être arrivé au point de dormir plus de 80h d’affilée. Ce matin, aux alentours de 13h, ouvrant sa fenêtre, P. Lebref s’est rendu compte qu’on était le 11 mai car la rue avait à peu près repris son rythme normal. Nous tenons à rassurer P. Lebref qui n’a pas dormi 80h d’affilée, les lyonnais de son quartier bourgeois, à l’instar les quartiers populaires de Marseille ayant décidé de se déconfiner avec 3 jours d’avance. Il ne pouvait pas le savoir car au contraire des quartiers populaires de Marseille, aucun média n’en a fait la publicité.

Par contre notre autre pigiste du coin, R. Mite, doit redescendre de son petit nuage. Quand on se réveille à 19h45 et qu’on ouvre ses volets à 20h, les applaudissements ne signifient pas qu’on est devenu l’attraction de la rue.

 

18 floréal 228

Courrier d’électeur : le retour des héros en blouses blanches

L’un de nos canardés, Mr J. Aplodi nous a envoyé le courriel suivant.
« 
Ce matin en m’autorisant une petite sortie jusqu’au local poubelle, j’ai trouvé un mot dactylographié scotché sur ma porte et qui comportait le message suivant : « Surtout n’applaudis pas nos héros en blouses blanches connard d’égoïste ! On espère tous que tu vas choper le Covid-19 et que tu vas en crever ! Vas au diable ! »

Je précise que je vis dans un quartier chic du 17ème arrondissement de Paris et qu’il n’y est pas coutume de tutoyer ses voisins. Je dois également admettre que je n’ai jamais applaudi aucun héros en blouse blanche. Après tout personne ne m’a jamais applaudi pour mon travail et si présentement je ne travaille pas, cette situation n’est pas de mon fait comme pour des millions de chômeurs à temps partiel et même à temps complet. Cependant j’ai un profond respect pour ceux qui font des choix de carrière qui sont plus guidés par la dévotion que par la rémunération attendue, notamment quand ces métiers sont reconnus difficiles. J’ai toujours pensé que la seule véritable aide que le reste de la société pouvait leur apporter, était de rendre ces conditions moins difficiles, et j’ai un avis assez tranché sur la façon d’y parvenir. Pour ce qui est d’une gratitude plus visible, le jour venu je saurai remercier personnellement ceux et celles par qui mes problèmes se résolvent, comme je remercie toujours ma dentiste et mon médecin. Il se trouve aussi que j’aime m’intéresser aux résultats de mon bureau de vote, je crois pouvoir affirmer que parmi ses inscrits, je fais partie des 4 ou 5 % capables d’envisager voter à gauche de LREM à chaque scrutin. Alors je voudrais répondre simplement à celui ou celle qui a mis ce mot sur ma porte, sait-on jamais, cette personne est peut être abonnée au CCC pour ses pages droites.

Madame ou monsieur, libre à vous d’avoir galopé tant d’années comme un buffle dans une direction pour vous rendre compte soudainement que ce que vous pensiez être une petite haie s’avère être un mur infranchissable à la seule force de vos jarrets. Libre à vous d’avoir fait volte-face et d’avoir décidé soudainement de vous changer en mouton dans l’idée de galoper en troupeau. Sachez simplement que ce virage à 180° vous amène tout droit vers un précipice à moutons ! »


19 floréal 228

Erratum.

Nous avons publié hier dans notre édition papier un court reportage sur les américains en lutte contre le confinement. Ce reportage n’était qu’une évocation des faits et ne faisait même pas mention des manipulations de Donald Trump concernant les États dirigés par des démocrates. Pourtant cela nous a valu de nombreux retours nous comparant à ses américains bardés de drapeaux et assez ouvertement portés sur les armes à feu. Nous ne polémiquerons pas plus à ce sujet mais par contre nous tenons à nous excuser pour la photographie qui accompagnait ce reportage. En effet de nombreux canardés ont remarqué que cette photographie, certes envahie de bannières étoilées, montrait essentiellement des personnes ayant dépassé la soixantaine et pesant en moyenne plus de cent kilos. Cette photo a évidemment amené nombre de nos canardés au bord de l’apoplexie, quelle inconscience !

Nous tenons à les rassurer, cette photo achetée à un journal concurrent que nous avons légendée « Des américains organisent des fêtes covid-19 à seule fin d’attraper le virus pour créer une immunité collective. » ne concernaient vraisemblablement pas ce type d’évènement, tout en nous faisant pigeonner nous avons apparemment fait preuve de négligence. Il est en effet peu probable que ce soit le public à risque qui s’expose en premier lieu à une contamination qui peut les foudroyer. Il n’est pas stupide à ce point n’est-ce pas ?

4 mai 2020

Le Coincoin du coin, sélection du 01/05/2020 au 15 floréal 228

1/05/2020
Communiqué du Coincoin du coin.

En ce premier mai nous ne serons pas en mesure de mettre en ligne autre chose que ce communiqué en raison d'un mouvement de grève amorcé par nos pigistes et nos salariés précaires qui entendent faire entendre leur voix devant la baisse substantielle de leurs revenus et les incertitudes concernant leur avenir. Notre situation économique ne nous permet pas de compenser ces pertes de revenus au-delà de ce que prévoit l'État car notre holding financière a subi des pertes conséquentes suite à la déprime boursière et il faut bien que nos actionnaires puissent vivre.

Nous tenons cependant à apporter notre soutien à tous nos collaborateurs en difficulté et nous rappelons à nos canardés que nos positions sur le confinement ont toujours été très claires notamment parce que nous avons anticipé mieux que la plupart des publications du groupe de presse auquel nous appartenons les conséquences de cet arrêt brutal de l'activité sur les populations les plus précaires.

Nos canardés voudront donc bien excuser cette courte pause dans nos publications et nous les encourageons à profiter de ce jour pluvieux un peu partout en France en s'imprégnant du silence inouï qui y règne. A Lyon les hirondelles ont tenté ce matin de se poser en briseuses de grève en choisissant précisément ce premier mai pour se mettre au boulot mais la météo leur a très justement cloué le bec.

13 floréal 228
Information le Coincoin du coin

Après quelques concessions et ayant réussi à négocier une petite prime pour ses salariés les plus précaires auprès de la Holding, ayant parallèlement monté ses pigistes les uns contre les autres, le Coincoin du coin est dores et déjà en mesure d’assurer un service minimum d’honnête qualité. Sa fibre sociale lui aura, une fois de plus, permis de désamorcer une grève, qui, dans d’autres rédactions, aurait pu mettre en péril la pérennité de la publication.


13 floréal 228
Conversations de fenêtres et balcons, nos pigistes ont entendu.

10h42
– Allô !
– Oui bonjour ! Livraison pour vous !
– Ah ! Vous pouvez mettre le colis au niveau des boites aux lettres.
– OK !

10h43
– Oui ?
– Vous m’avez pas ouvert là !
– Normalement ça s’ouvre tout seul maintenant.
– Ben apparemment non !
– Ah oui je vois. C’est sûrement à cause de votre masque et de vos lunettes ! Faudrait les enlever !
– Pour ?
– Pour que la caméra puisse vous valider !
– Comment ça ?
– Ils sont venus nous installer un nouveau système de sécurité hier.
– Un premier mai ! Qu’est-ce que c’est que cette connerie encore ?
– Oh dans ces boites-là, le premier mai, tout ça, c’est de la préhistoire. Place à la modernité !
– La modernité c’est d’empêcher les livreurs de livrer ?
– Non. Pas tant qu’on n’a pas le système de livraison par le toit en tout cas.
– …
– Vous voulez pas enlever votre masque ?
– Elle est où cette fichue caméra ?
– Ne vous inquiétez pas pour ça ! Moi je vous vois parfaitement. Vous avez un masque bleu, des lunettes noires et un polo orange.
– D’accord… Putain !… Bon voilà et alors ? Vous pouvez m’ouvrir maintenant !
– Ah mais moi je peux pas vous ouvrir comme ça ! C’est le système de surveillance qui doit vous valider.
– Me valider ?
– Si ça s’ouvre pas c’est que vous êtes sûrement fiché comme indésirable.
– Comment ça indésirable ?
– Ah ça y est ! Bonjour monsieur Alidolo !
– Vous connaissez mon nom ?
– Pas moi mais le système E.T.Digitit oui. Écoutez ça ! Je le branche sur le haut-parleur !
– Stéphane Alidolo, type caucasien, cheveux bruns, 28 ans, 1m84, 78 kilos, marié, 1 enfant. 38 PV historiques dont 3 pour consommation de stupéfiants. Vendeur-représentant-placier. Entrée interdite sauf rendez-vous dûment déclaré au syndic par le résident.
– Qu’est-ce que c’est que cette connerie ? Je suis pas VRP ! J’ai jamais été VRP !
– Bon ben, c’est une erreur. Une erreur de jeunesse du système. Il va sûrement s’améliorer.
– S’améliorer ? Mais qu’est-ce que c’est que cette connerie ? Vous craignez une attaque de zombies ou quoi ?
– Par les temps qui courent vous savez…
– Ils courent plus là, il galopent ! Bon… Je vous laisse le colis dans la rue et démerdez-vous !
– Ah non ! Si vous faites ça et qu’il disparaît, je porte plainte contre vous moi ! Attendez-moi, je descends !
– Oui ben dépêchez-vous ! J’ai pas que vous sur ma liste moi !

10h49
– Surtout prenez votre temps !
– J’étais tout nu.
– Passez-moi les détails scabreux ! Et respectez les gestes barrières s’il vous plaît !
– Excusez-moi ! Ça fait bientôt sept semaines que je suis confiné, vous vous rendez-compte ?
– Ouais ouais ! Ah mon avis vous êtes confiné depuis bien plus longtemps que ça. Gardez-bien tout ce que vous avez en vous pour vous ! Vivement qu’on fasse sécession ! Allez au-revoir monsieur !

13 floréal 228
Brève de Coincoin.

Comme vous le savez vous n’êtes plus à présent autorisé à prendre les transports en commun sans masque. Mais il est aussi possible que pour acheter des masques vous soyez contraint-e de prendre les transports en commun, notamment si les endroits où vous pensez pouvoir acheter des masques sont, comme il est prévisible, dénués de masques. Pour solutionner ce problème nous vous conseillons de faire le trajet dans l’autre sens. Au lieu de commencer par le voyage aller qui vous mène vers le magasin, faites d’abord le voyage retour qui vous ramène du magasin. Ensuite, comme vous aurez des masques (si vous avez choisi le bon magasin), vous pourrez entreprendre le voyage aller pour vous y rendre. En plus un aller-retour ou un retour-aller c'est exactement la même distance donc vous ne perdrez pas de temps. Voyez, on se fait une montagne de tout mais quand on veut, on peut !

13 floréal 228
Brève de Coincoin

Madame M.A Line, une femme âgée a appris aux informations qu’une autre femme ayant exactement le même âge qu’elle, avait, il y a déjà quelques temps, été verbalisée pour avoir rempli une dérogation au crayon à papier ; la police ayant supputé qu’elle entendait gommer et changer l’heure comme bon lui semblait afin de passer plus de temps dehors. Madame Line qui, avant cette histoire n’avait aucunement l’intention de ne pas respecter les règles, fut proprement scandalisée par cette excès de zèle de la part des force de l’ordre à l’encontre d’une dame de son âge. C’est alors qu’elle a décidé de passer plusieurs heures dehors juste par défi. En lieu et place d’un crayon à papier elle a simplement décidé de remplir cinq dérogations au stylo en faisant en sorte que les heures déclarées se chevauchent d’une dizaine de minutes. Puis elle les a bien rangées par ordre chronologique dans son sac à main et est allée nourrir les pigeons aux abords d’un parc. Une patrouille de police passant par là l’a repérée une première fois en s’en désintéressant. Mais quand deux heures plus tard l’un des agents, sans doute le plus observateur, a de nouveau aperçu madame Line, il est allé lui réclamer sa dérogation. C’est alors qu’ayant un peu perdu la notion du temps et oublié de se débarrasser au fur et à mesure des dérogations arrivées à péremption, madame Line s’est trouvée très embarrassée en fouillant son sac et, prise de panique, a fini par sortir les cinq d’un coup et les lâcher sur le sol. Si la dame ayant écrit au crayon de papier s’est vue retirer son amende et a reçu les excuses de la préfecture, madame Line doit s’attendre à moins de mansuétude ; elle a d’ailleurs reçu plusieurs contredanses dont une relative à l’interdiction de nourrir les pigeons et une autre à l’interdiction de jeter du riz pas cuit sur la chaussée.

13 floréal 228
Le confinement, un activateur inouï de phéromones ?

La période de confinement a été annoncée comme une forme de mise à l’épreuve pour les familles et les couples et beaucoup avaient raison d’en redouter les conséquences. Certes il est bien trop tôt pour tirer un bilan des drames qui se seront joués ici et là. Cependant on peut d’ores et déjà supputer que dans de nombreux cas les liens du couple s’en sont trouvés totalement renforcés. Serrés dans leur nid douillet les humains deviennent-ils comme certains de ces oiseaux, que seul-e-s la balle d’un chasseur, les crocs ou les serres d’un prédateurs ou la mort naturelle parviennent à séparer. On est tout de même en droit de s’étonner de la force de ce lien nouveau. Les oiseaux semblent tout de même être aptes à se séparer le temps d’aller chercher de quoi se nourrir, du moins quand c’est absolument nécessaire de veiller sur la progéniture à l’état d’œuf ou d’oisillon ! L’humain confiné en couple non ! L’humain confiné en couple passe tout son temps intérieur en couple et quand il sort, il faut qu’il le fasse encore en couple ! Alors qu’on aurait pu penser à priori exactement le contraire, notamment parce si le gouvernement nous a confinés, s’il a demandé le respect des gestes barrières, si ces gestes barrières sont les plus difficiles à respecter dans les commerces de première nécessité, en tout cas bien plus que dans la rue ou au milieu d’une forêt désormais interdite à tous, il va de soi que moins il y a de monde dans ces commerces de première nécessité, moins le risque de propagation est grand.

Tout à l’heure je me rends dans un commerce de première nécessité. Le temps était maussade et j’ai pensé que cela pourrait être une heure de moindre influence. Cela sembla être le cas car quand je suis entré je n’ai vu aucun client. Mais là où d’habitude je trouve au moins trois employés, il n’y en avait qu’un. Je rempli mon panier sans plus de hâte que ça quand rentre un premier couple. Au moment où j’allais passer en caisse un second couple entre et le premier demande à l’employé de lui servir du fromage et autres choses à la découpe. Voilà ce héros sans blouse blanche occupé durant une bonne dizaine de minutes, le couple devant lui, absorbé dans la recette du soir, n’est pas conscient du remue-ménage dans son dos, ni qu’en ces temps de confinement il est bien de savoir ce qu’on veut par avance. Durant ces dix minutes où je suis tranquillement à côté de la caisse, je compte cinq autres couples qui rentrent, puis deux autres qui, voyant le début de l’embouteillage, décident de patienter sur le trottoir. Une seule femme de l’un des couples déjà entrés pense à son tour qu’elle peut attendre son compagnon dehors, le magasin n’étant pas très grand. Bref, au total 20 personnes : moi, l’employé, et 9 couples ! Statistiquement cela commence à être assez parlant !

J’ai ouï dire que certaines personnes avaient été réprimandées, voire verbalisées, pour être sorties avec leurs enfants, enfants dont on peut comprendre qu’il faille les emmener avec soi quand on est parent célibataire. OK ! Mais vous les couples dont chaque moitié semble le plus souvent avoir deux bras valides, vous ne pouvez pas prendre un sac à dos, deux cabas et aller seul faire les courses pour deux ? Sérieusement !

R. Haleur, pigiste pour le CCC.

13 floréal 228

Le Coincoin musical

Ce soir une sympathique reprise du « Rock Amadour » de Gérard Blanchard qui nous vient de monsieur O. Primet, brillant accordéoniste qui nous a dit avoir dû enregistrer cette chanson à la va-vite de peur que sa compagne ne revienne de sa promenade, elle qui déteste l’accordéon au contraire des voisins de monsieur Primet. Courage monsieur Primet !

Sorti faire un tour

Mon amour est sorti avec mes sous et mes clopes
Sorti faire un tour
Chaque fois qu’elle s’en va moi je m’ fais l’ trip
De m’envoler sur mon balais magique
Mon amour est sorti avec mes sous et mes clopes
Sorti faire un tour
Si ça m’ botte d’être en prison
J’ me dis qu’ j’ai peut-être la nouille coincée dans son caleçon

Eh oh eh ah
Elle planque ses délits
Sous sa lingerie Seafolly
Ses airs de douceur
Mais c’est un vrai dictateur

Mon amour est sorti avec mes sous et mes clopes
Sorti faire un tour
J’ peux pas sortir sans sa main
Elle a planqué la laisse du chien et le sac à pain
Mon amour est sorti avec mes sous et mes clopes
Sorti faire un tour
Elle me vendrait aux flics
Si pris par la lassitude j’enfilais un sweet

Eh oh eh ah
Elle planque ses délits
Sous sa lingerie Seafolly
Ses airs de douceur
Mais c’est un vrai dictateur

Mon amour est sorti avec mes sous et mes clopes
Sorti faire un tour
Mon amour est sorti avec mes sous et mes clopes
Sorti faire un tour
J'attends son retour

J'attends son retour.

14 floréal 228

Le Coincoin du déconfinement

Le gouvernement vient de nous dévoiler une disposition de son plan d’action pour la reprise des cours dans les écoles primaires. Chaque enfant devra être en possession d’une règle de distanciation lui permettant à tout instant de s’assurer qu’il se tient à bonne distance de ses camarades. Ces règles mesurent 1m30 et ont une certaine flexibilité pour leur donner un côté multifonctionnel. Face à l’impossibilité de pratiquer de nombreux jeux dans la cour de récréation, les enfants de France vont pouvoir, dès le 11 mai, se lancer dans une pratique qui a valu à l’hexagone moult médailles olympiques : l’escrime. Plus précisément les enfants pourront pratiquer une forme de fleuret, certes un peu long. Ces règles, de conception américaine et de fabrication chinoise, seront éminemment ludiques puisqu’elles produiront de jolis sons et de jolies couleurs quand elles s’entrechoqueront à distance réglementaire. En cas de choc prouvant une distance non réglementaire les deux enfants recevront une décharge électrique non létale. En dehors de cette pratique de l’escrime, qui nous permettra de dénicher nos futurs talents pour Paris 2024 (ou 25 en cas de covid-23), chaque enfant devra toujours se promener avec sa règle et la tendre à l’horizontale à chaque fois qu’un autre enfant s’approchera. Les enfants rentreront ainsi un par un dans la classe et avec un agencement judicieux, la classe sera remplie de manière optimale et le cas échéant les enfants en trop resteront dans la cour. Le gouvernement assure que les règles sont déjà arrivées dans les entrepôts d’Amazon, distributeur exclusif pour la France, et qu’elles seront en vente dès demain matin pour la modique somme de 99,99 euros. Aucun enfant arrivant aux grilles de son école sans sa règle n’y sera admis.

14 floréal 228
Le Coincoin de l’écologie.

Selon en étude financée par l’ONU, les personnes en vie composant les deux milliards d’humains les plus pauvres de la planète ont, en moyenne, un bilan carbone annuel inférieur à celui des 1.000.000 d’humains décédés ayant le pire bilan carbone parmi les morts. Ces chiffres sont à prendre avec précaution car dans le coût en carbone des personnes décédées on a cru bon d’intégrer le coût originel des sépultures, qui en l’occurrence ont généralement abouti à des tombeaux démesurés. Cependant il faut noter que le coût originel ramené à l’année baisse théoriquement au fur et à mesure de l’éloignement de la date du décès, en dehors du fait que ces monuments ont aussi besoin d’un entretien régulier. En outre on ne trouve pas trace, parmi ce million de défunts qui nous pompent encore l’air, de pharaons égyptiens ou de très anciens morts qui ont construit leurs tombeaux à une époque où la notion de réchauffement climatique était une autre notion ou bien inexistante. L’étude n’a en effet porté que sur les morts survenus après la construction en occident des cimetières modernes, donc à partir du 19ème siècle. On peut supposer que si des tombeaux de la taille des pyramides étaient construits aujourd’hui, et même avec les techniques de l’époque, rien que l’alimentation nécessaire au maintien de la main d’œuvre constituerait un émetteur de carbone conséquent et que plusieurs milliers d’années ne suffiraient pas à ramener le ou les morts résidant sous ces gros tas de pierres au bilan carbone d’un humain pauvre vivant en 2020. En outre un calcul plus pointu ne devrait-il pas prendre en compte ce que laisse un défunt en héritage à ses ayant-droits ? Nous sommes en droit de nous le demander !

Notons que parmi les morts français ayant un mauvais bilan carbone on compte sans surprise les résidents du Panthéon, qui le sont généralement malgré eux, ainsi que le soldat inconnu. Parmi les morts internationaux au bilan carbone qui va leur permettre de rester longtemps assez haut dans le classement, on trouve un couple d’américains dont une partie des cendres a été catapultée dans l’espace. Beaucoup moins romantiques mais plus ponctuels sont les coûts induits par les longs séjours en morgue ou les exhumations de personnes victimes de meurtres. Dans le même ordre d’idée, mais qui pose là bien plus de questions sur notre société, on trouve bien sûr de plus en plus de personnes qui sont conservées actuellement dans des chambres froides par des entreprises grassement payées par des défunts remplis de produits chimiques et qui ont pour mission de garder leurs tissus intacts en attendant qu’une société future n’ayant pas assez de dégénérés à sa disposition daigne les remettre sur pattes. Au rythme actuel le bilan carbone des humains congelés à d’autres fins que celle d’être mangés par des cannibales 2.0 possédant des micro-ondes, pourrait bientôt dépasser celui du Mozambique.

15 floréal 228

Zéro et Nullos : Entretien avec un empire

Notre pigiste parisienne É. Riquéric vient de faire preuve d’une initiative remarquable qui, si elle est en mesure de réitérer une telle opération une dizaine de fois, pourrait lui permettre d’accéder au statut tant envié de journaliste au Coincoin du coin. Émilie a réussi à convier en visioconférence les célèbres Ricos Zéro et Ricos Nullos après l’horrible agression que le premier des deux a subie la semaine passée.

ER – Mr Zéro, comment vous sentez-vous après cette épreuve ?
RZ – De quelle épreuve parlez-vous ?
ER – De l’agression dont vous avez été victime.
RZ – Ah ça ! J’y suis plutôt habitué, dès qu’un chien se promène sans laisse dans mon quartier, il s’en prend à moi. Que voulez-vous ?
ER – Pensez-vous qu’on devrait obliger les chiens à porter des muselières ?
RZ – On devrait surtout laisser les chiens retrouver leur ordre naturel. Ces bêtes-là sont faites pour vivre dans les bois. Depuis le temps que je le dis.
RN – Je ne peux pas te laisser dire ça Ricos !
ER – Monsieur Nullos, vous avez apporté tout votre soutien à votre ami Zéro. Mais vous-même vous avez admis que les attaques personnelles faisaient partie de votre quotidien. Vos idées divergent pourtant largement de celles de votre ami. Est-ce simplement parce vous prenez systématiquement sa défense ?
RN – Je ne prends pas sa défense par amitié mais je la prends comme je prendrais la défense de n’importe quelle personne à qui on refuse un quelconque droit d’expression. Et je suis absolument convaincu que Ricos fera de même si demain l’extrême-droite tente de m’intimider par des menaces.
ER – Monsieur Zéro ?
RZ – Cela n’arrivera pas car si je subis des attaques plus animales que mon ami Ricos, c’est que ce que je me situe en opposition à la bête islamo-gauchiste. Ricos, lui, a tendance à lui trouver des excuses.
RN – Je ne peux pas te laisser dire ça Ricos !
ER – Monsieur Zéro. Niez-vous dès lors que l’extrême-droite puisse avoir elle aussi des réactions animales vis-à-vis de ses opposants ?
RZ– Quand cela arrive ce n’est qu’une réaction normale à la brutalité adverse. Parfois il convient de combattre le mal par le mal. Je ne nie pas que le nazisme ait pu commettre des atrocités, ce à quoi la droite française a tenté de mettre un frein ; cependant si la peste rouge n’avait pas montré aux nazis tout ce que l’extrême-gauche était en mesure d’imaginer en terme de barbarie, jamais un esprit germanique droitier n’aurait pu concevoir l’idée même de camp concentrationnaire. Au demeurant il est de notoriété publique que les camps nazis étaient incroyablement plus civilisés que le goulag.
RN – Je ne peux pas te laisser dire ça Ricos !
ER – Monsieur Zéro. Ne pensez-vous pas faire preuve d’abus de position dominante pas votre exposition médiatique ? Pour reprendre votre semblant de métaphore, si vous estimez que vos adversaires ne sont pas arrivés au stade du développement d’un dialogue constructif, ne comprenez-vous pas que vos positions puissent apparaître comme une demande de soumission par la violence verbale. Chacun sait que l’on peut dresser un chien afin qu’il devienne doux et aimant tout comme on peut dresser un chien, ou plutôt le martyriser, afin d’en faire une bête qui ne sait que mordre. N’avez-vous pas vous-même élevé la bête qui vous mord ?
RZ – Absolument pas ! Cette bête-là ce sont les islamo-gauchistes qui la dressent contre l’ordre et l’esprit européen ! L’exposition médiatique des idées que je défends ne représente absolument rien au regard de celle des islamo-gauchistes ! Chacun sait que le système médiatique est très majoritairement à leur botte !
RN – Je ne peux pas te laisser dire ça Ricos !
ER – Monsieur Nullos. Vous ne cessez de défendre le droit d’expression mais en même temps vous répétez souvent que votre ami Zéro ne devrait pas être en droit de dire ce qu’il dit.
RN – Façon de parler. Ce que je veux dire c’est que je ne suis pas d’accord avec son point de vue. D’ailleurs lui et moi ne sommes pas souvent d’accord.
ER – N’est-ce pas un peu étonnant pour deux amis ? Qu’avez-vous en commun au juste ?
RN – Notre souci de préserver coûte que coûte le droit d’expression ainsi qu’un certain goût de la culture, un certain art de vivre… sans doute aidés en cela par des cachets en commun.
ER – Monsieur Zéro. Beaucoup de gens s’étonnent de trouver en vous un fond d’islamophobie prononcé.
RZ – Je ne suis absolument pas islamophobe. J’ai même plusieurs amis saoudiens et qataris.
ER – Oui mais justement. Vous donnez l’impression d’être un homme attaché à certaines valeurs que les féministes jugent rétrogrades…
RZ – Vous voulez dire les chiennes de garde ?
ER – Ce que je veux dire c’est que par ailleurs vous semblez aussi attaché à la liberté d’entreprendre, au libre-marché. Or certains historiens pensent que durant ses siècles de grandeur, la civilisation islamique fut l’essence même du marché, pas de la pseudo libre-concurrence des ultra-libéraux que vous pourfendez par ailleurs, mais du vrai marché régulé simplement par la confiance mutuelle. En somme une société plutôt patriarcale organisée autour du bazar et de la mosquée ne paraît pas être une société dans laquelle vous auriez été malheureux.
RZ – Je ne vois pas le rapport ! Vous oubliez que les hordes barbares qui déferlent sur l’Europe n’ont pas grand-chose à voir avec cela ! Rien d’étonnant quand on sait à quel point la décolonisation a été téléguidée par les soviétiques !
RN – Je ne peux pas te laisser dire ça Ricos !
RZ – Ben je le dis quand même !
ER – Monsieur Zéro. On dit que le président en personne vous aurait appelé pour vous soutenir.
RZ – C’est exact !
ER – Et vous en avez pensé quoi ?
RZ – J’ai préféré l’appel de Jeanne-Marine Le Pen. Et que monsieur Macron n’espère pas gagner mon approbation à sa politique immigrationniste en échange !
RN – Je ne peux pas te laisser dire ça Ricos !
ER – Monsieur Zéro. Que souhaiteriez-vous dire à votre agresseur ?
RZ – Rien ! Que voulez-vous que je dise à ce… cette…
RN – Racaille Ricos ! Il faut appeler un chat un chat !
RZ – Oui c’est vrai. Cette racaille !
RN – Cette racaille qu’il faut éliminer !
RZ – Oui Ricos ! Que fait la police ! Hein ? On se le demande !
RN – Y en a marre de la racaille !

La suite de l’interview est d’un intérêt très relatif mais nous remercions Zéro et Nullos d’avoir accordé un peu de leur précieux temps à notre journal.

15 floréal 228
Le Coincoin télévisuel.

Erratum.
Dans notre édition papier de ce matin nous vous annoncions la diffusion ce soir sur France-2 d'un secret d'histoire consacré à Guillaume Caillet, dit "Jacques Bonhomme", documentaire qui nous semblait digne d'intérêt. Constatant que France-2 a préféré diffuser un secret d'histoire consacré à Thérèse de Lisieux nous avons contacté la chaîne qui nous a répondu que jamais aucun sujet sur Guillaume Caillet (ou Carle) n'avait été envisagé... On se disait aussi, les chiens ne font pas des chats.

15 floréal 228
Défense de chasser les canards. Non le Coincoin du coin n’est pas anti-chinois

De nombreux canardés d’origine chinoise se sont récemment manifestés pour nous faire part de leur sentiment d’une ligne éditoriale de plus en plus anti-chinoise et pro-occidentale. La rédaction tient à apporter un certain démenti à cette assertion. Certes nous considérons que la Chine actuelle peut avoir pour de nombreux observateurs le mérite d’aller économiquement de l’avant. Mais cette marche quelque peu forcée pour de nombreux citoyens, au lieu de tendre vers un idéal de liberté, ne fait que renforcer le caractère totalitaire acquis au siècle dernier par le parti communiste. Or les innovations technologiques de ces dernières années laissent entrevoir aux derniers vrais libéraux l’émergence de sociétés totalitaires qu’aucune contre-tendance ne sera en mesure de combattre. En ce sens la Chine actuelle incarne à elle seule bien des cauchemars pour les vrais libéraux. Mais il n’y a là aucun jugement de valeur qui puisse se raccrocher à un passé plus lointain. Bien au contraire, non seulement nous considérons que la Chine fait sans conteste partie des plus grandes civilisations mais que son histoire devrait être largement revisitée par les historiens, les sociologues et les économistes car elle recèle de nombreux enseignements sur les formes de société qu’il serait possible de construire pour en finir définitivement avec l’opposition binaire entre capitalisme et communisme. Nous croyons comme d’autres que la Chine a eu, à travers l’histoire, l’occasion de ravager des villes et des villages côtiers de l’océan indien comme ont pu le faire de nombreuses peuplades européennes en Atlantique ou Méditerranée tels les Vikings et plus tard les portugais, espagnols et tant d’autres après eux qui ont considéré que le monde leur appartenait. En d’autres termes la Chine a prouvé au monde que l’inexorable soif de conquête par le sang n’était pas inhérente à la nature humaine. En outre le peuple chinois, dont certains croient pouvoir moquer une forme d’obéissance aveugle, est plus prisonnier de conditions historiques qui dépasseraient n’importe quel peuple qu’en proie à une faible nature, c’est même tout le contraire car question rébellion la paysannerie chinoise peut donner la leçon à n’importe quelle autre sur la planète. Lorsque nous avons émis l’idée que les USA avaient plus de chance de devenir une société totalitaire que la Chine de devenir démocratique, il ne s’agissait pas non plus de positionner historiquement les USA au-dessus de la Chine. Pour nous l’ordre normal des choses serait que les pays les plus peuplés soient aussi les plus riches de par leur poids démographique, mais pas qu’ils imposent pour autant un régime impérialiste. Et il nous semble qu’historiquement il y a plus d’espoir à avoir en la Chine pour l’orientation du monde vers plus d’égalité qu’en n’importe quel peuple occidental au sens large du terme. Nous ne saurons jamais si le plus grand drame de la planète n’est pas d’avoir vu la Chine évincée par l’occident ou le Japon lors de l’émergence des empires capitalistes, en tout cas on voit difficilement ce qu’il aurait pu en sortir de pire si elle avait pu garder un rang d’interlocutrice incontournable. A vrai dire nous sommes si peu anti-chinois que l’un de nos derniers espoirs est de voir les chinois redevenir ce peuple capable des plus grands renversements de situation en terme de politique intérieure. Vite !

2 mai 2020

Le Coincoin du coin, sélection du 26 au 30 avril 2020

26/04/2020

Le Coincoin musical

Nous recevons actuellement beaucoup de vidéos de nos canardés qui s’essayent aux reprises de chansons. Pour tout dire cela égaye les journées de pas mal de nos pigistes qui tentent de faire circuler les plus réussies ou drôles. Nous vous avertissons cependant que nous n’entendons pas remplacer la plateforme Youtube, donc allez-y mollo tout de même !

Hier, à l’unanimité c’est une reprise de Claude François qui a été reconnue la plus réussie. Elle nous vient de monsieur G. Ameur et sa vidéo filmée à l’aide d’une Gopro et d’une perche est tout bonnement hilarante. Malheureusement nous ne pouvons pas la diffuser sur notre site. Là encore nous conseillons à monsieur Ameur d’essayer Youtube ou à défaut un site porno-chic qui aurait eu l’idée d’avoir une section porno-pas-chic. Et de notre côté nous nous contentons de la version audio qui est moins drôle mais tout de même beaucoup plus légère.

Comme d’habitude

Je me lève, d’un pas ridicule
Pas un pas de chat
Comme d’habitude
Deux fois, je m’ébroue le gras
Il ne fait pas froid
Comme d’habitude
Ma main, s’agrippe à mes nœuds
Je me gratte six fois
Comme d’habitude
Mes doigts, sont poisseux et gros
Comme d’habitude

Et puis, je me touche la bite
Elle dort ou elle bande
Comme d’habitude
Ma gueule, demande un café
Les cheveux en pétard
Comme d’habitude
Confit, je vais au salon
Aucun bruit dehors
Comme d’habitude
Des doigts, j’attrape mon bol
Comme d’habitude

Comme d’habitude, toute la journée
Je vais jouer, à Résident
Comme d’habitude, je vais mourir
Comme d’habitude, je vais dépérir
Comme d’habitude, je pourrai revivre
Comme d’habitude

Et puis, le jeu m’ennuiera
Je, l’insulterai
Comme d’habitude
Là, quelques vieux sushis
Feront mon entrée
Comme d’habitude
Tout seul, je me contenterai
De ces produits froids
Comme d’habitude
D’une carne, que je mâcherai
Comme d’habitude

Comme d’habitude, toute la nuit
Je vais jouer, des jeux d’argent
Comme d’habitude, ça rentrera
Comme d’habitude, je me griserai
Comme d’habitude, tout me sourira
Oui comme d’habitude

Comme d’habitude, tout se désagrégera
Comme d’habitude, quelqu’un me suivra
Comme d’habitude, une Quinte sortira
Comme d’habitude
Comme d’habitude, je ferai chou blanc
Comme d’habitude, je serai à court
Comme d’habitude, je ferai chou blanc
Comme d’habitude

27/04/2020

Le Coincoin des festivités.

Grand bal masqué de la Saint Jean !

Les pages droites du Coincoin du coin sont en mesure de vous annoncer que le Rotary International, l’Automobile Club de France et le Polo de Paris, organiseront le 21 juin 2020 un grand bal masqué populaire au château de Versailles !

Ce projet en gestation depuis plusieurs semaines attendait le feu vert gouvernemental, lui-même conditionné par les avancées techniques de la Start-up française « Tech-Medifibres » spécialisée dans la conception de masques FFP2.2.0. Tech-Medifibres prétend être en mesure de fournir, d’ici la mi-juin, plus de 3000 masques lavables anti-covid de très très haute efficacité pour la bagatelle de 12000 euros pièce. Les heureux détenteurs de ces masques recevront une dérogation gouvernementale qui les affranchira de nombreuses contraintes concernant la distanciation sociale et leur permettra de participer aux grand bal masqué de la Saint Jean au château de Versailles. Bien sûr le masque ne suffira pas à faire un déguisement de caractère. Afin de relancer l’économie les invités au bal seront amenés à commander une tenue chez Alexandre Vauthier, Adeline André, Alexis Mabille, Bouchra Jarrar, Chanel, Christian Dior, Frank Sorbier, Giambattista Valli, Givenchy, Jean Paul Gaultier, Gustavolins, la Maison Martin Margiela, Julien Fournié, Maurizio Galante ou Stéphane Rolland. Les couturiers susnommés s’engagent à rendre unique chacune des tenues qui seront fabriquées pour l’occasion. Chaque tenue sera en outre livrée chez le participant par un coursier encadré de deux motards et le jour J une escorte accompagnera également la limousine qui le mènera au château, sauf s’il préfère s’y rendre en hélicoptère. Le petit personnel assurant le service du champagne et des petits fours sera quant à lui équipé de masques chirurgicaux classiques mais Tech-Medifibres garantit que ses propres masques mettront les invités à l’abri de toute contamination. Toutes les mesures pour éviter une transmission du covid-19 semblent donc réunies. Ce bal devrait accueillir toutes les grandes fortunes de France, qu’elles soient d’héritage, financières, sportives ou du show-business car il faudra s’acquitter, en sus du prix du masque et du déguisement, d’une participation de 50000 euros pour couvrir le coût de l’événement et participer au fonds de soutien pour la médecine libérale durement touchée par la crise du covid-19. Monsieur Macron et sa charmante épouse seraient, d’après nos informations, les invités d’honneur et il se murmure que Carlos Ghosn en personne pourrait faire le voyage du Liban. La soirée sera animée par le plus grand artiste du monde, David Guetta, et sera retransmise en direct sur toutes les chaînes de la TNT pour que chaque français puisse en profiter un peu.

Ainsi ce grand bal populaire devrait marquer la première grande réjouissance de l’après covid-19 et servir de point d’ancrage au renouveau de la nation française, un renouveau en forme de retour au 19ème siècle, un siècle incontestablement pacifique et dynamique.

28/04/2020

Le Coincoin des assistés

Les mésaventures de monsieur Brandon Smith

Nous ne le répéterons jamais assez, le confinement peut prendre des tournures dramatiques pour certaines personnes en situation précaire. Ainsi les services de santé de la ville de New-York ont cru tout à fait normal de laisser une personne en situation de handicap seule avec un bébé en bas âge. La maman ayant contracté le covid-19 sous une forme qui a nécessité une hospitalisation, monsieur Smith a dû se débrouiller seul malgré ses incapacités manifestes.

Une personne valide peut estimer qu’il est assez aisé de changer une couche d’un bébé mais quand on est en situation de handicap, les choses vont autrement. Le fait est que monsieur Smith n’a tout simplement pas pu accéder aux couches et que, dans l’attente de pouvoir en obtenir par un achat sur internet, il a d’abord laissé longuement bébé baigner dans ses excréments avant de considérer qu’il lui fallait prendre le problème à bras le corps. C’est alors que tout s’est compliqué. Où poser bébé ? Sur une table adaptée ? Sur le canapé ? C’est la solution que Brandon a choisie mais il a sans doute sous-estimé l’étendue des dégâts et dans sa précipitation il a omis de mettre une protection sur le tissu du canapé. L’odeur repoussante et la vision d’horreur, un canapé tout neuf souillé, donna à Brandon une soudaine envie de vomir, ce qu’il fit. Bébé, qui pleurait à chaudes larmes depuis de longues minutes, ne sembla pas accepter cette bouillie chaude comme un repas de bon aloi. Horrifié, Brandon recula de quelques mètres et se figea sur place ! Le bébé en profita pour basculer sur le côté et roula jusqu’à tomber sur le sol, sol fort heureusement recouvert d’un fin tapi qui suffit à étouffer le bruit que fait une tête se cognant sur du carrelage. Après trois secondes de silence pétrifiant, les cris reprirent de plus belle. Ouf ! Plus le choix pour Brandon ! Il comprit que la prochaine étape passait par la salle de bain. Tentant de transporter le bébé sans se souiller lui-même, il parvint jusqu’à la baignoire mais il ne put accéder à la baignoire en plastique du bébé. Qu’à cela ne tienne, au moins connaissait-il le fonctionnement de la vraie baignoire. Une baignoire ayant l’avantage d’avoir un robinet sur lequel est graduée une échelle de température. Cependant il eut un doute sur la température de l’eau pour laver bébé. Il lui parut évident qu’une température de 99°F était la plus cohérente mais, pour une fois qu’il faisait une chose bien, il n’en fut pas pleinement conscient du fait que le bébé n’arrêta pas de crier pour autant. Dans le doute Brandon préféra rajouter un peu d’eau froide plutôt que de prendre le risque d’ébouillanter le bébé. Comme cela eut pour effet de redoubler les pleurs, Brandon revint à son idée initiale. Cependant, ne pouvant pas accéder au nécessaire de lavage du bébé, il utilisa ce qui lui tomba sous la main pour le savonner, son propre gel douche qui lui donne une odeur masculine qui plaît tant à sa femme (note de la rédaction : vous les femmes, vous avez vraiment des goûts de chiotte!) Il trouva fort délicat de décrotter un merdeux juste par l’usage d’un gel douche, comme si la peau du bébé était plus glissante que le gel douche lui-même. Bravant le dégoût que tout ceci lui inspirait, il parvint tant bien que mal à ses fins et dû sécher le bébé avec la seule serviette à laquelle il put accéder et faisant normalement office d’essuie-mains. Ne pouvant accéder au linge du bébé il décida de l’emmener dans son petit lit pour le couvrir à minima. Un réflexe paternelle lui fit penser à relever la climatisation de trois degrés pour que bébé ne prenne pas froid. La bosse sur la tête de bébé l’inquiéta un peu mais ne voulant pas passer pour un père brutalisant son enfant, il préféra ne pas demander conseil. Comme bébé pleurait encore Brandon pensa qu’il fallait lui préparer un biberon ! A sa grande surprise il put accéder au placard contenant la nourriture de bébé mais tandis qu’il tentait de lire les notices, soudainement bébé cessa de pleurer. Brandon retourna dans la chambre de bébé pour voir de quoi il retournait, bébé s’était simplement endormi. Brandon pensa mettre ce répit à profit pour se laver lui-même et pour tenter de se débarrasser un minimum de cette affreuse odeur émanant du canapé et de la couche trônant dessus. En fouillant bien il trouva enfin les sacs poubelles, des éponges, un seau. Ayant épongé le gros de la matière, non sans avoir de nouveau vomi durant ce pénible exercice, il ne sut pas vraiment comment faire pour se débarrasser de l’odeur résiduelle sinon en utilisant un produit ménager annonçant la couleur. Sans doute un peu fatigué par tant d’exercice, il arrosa sans précaution le canapé d’un produit qui transforma immédiatement la teinte du tissu. Là il pensa que sa femme risquait de faire la gueule si elle se tirait de la mauvaise passe dans laquelle elle se trouvait. L’odeur du produit ne lui plaisait pas trop non plus. Il décida de balancer 10 litres d’eau chaude sur le canapé qui but cela sans sourciller mais, l’odeur restant prégnante, il prit le parti d’arroser copieusement la zone sinistrée de son propre parfum qui plaît tant à sa femme (note de la rédaction : vous les femmes, vous avez vraiment des goûts de chiotte!). Enfin il sentit qu’il avait gagné une bataille et s’en alla dans sa salle de bain pour prendre un bain. Au sortir, comme bébé semblait dormir encore profondément et que lui-même avait grand faim, il se sentit partant pour un nouveau défi : se faire lui-même à manger ! Il avait une soudaine envie de riz ! Il trouva du riz dans un bocal en verre estampillé « Riz ». Il alla sur internet regarder le temps de cuisson du riz et trouva cela un peu long mais décida de prendre son mal en patience. Il y avait du beurre et du gruyère dans le frigo, ce serait sans chichi, à la bonne franquette comme disent les grenouilles. Durant le temps de la cuisson il alla s’allonger sur le canapé (un autre canapé) mais de là où il était, il sentait encore cette désagréable odeur de merde qui s’immisçait encore dans les effluves de parfum pour homme. Il s’approcha et constata que cela venait du sac poubelle contenant la couche et qu’il avait laissé là sur le carrelage sans savoir qu’en faire. Mais qu’en faire justement ? L’emmener au local poubelles ? Mais en tant qu’handicapé, jamais personne ne lui avait demandé de faire cela, il ne savait tout simplement pas où se trouvait ce local. Il lui fallait trouver une solution. Comme Brandon est du genre ingénieux, il eut l’idée de jeter le sac par la fenêtre et c’est ce qu’il fit. Il regarda le sac s’écraser quinze étages plus bas dans un écrin de verdure, ni vu ni connu ! Un peu après, une fois que Brandon eut regardé le président des USA déclencher des rires, des pleurs ou des accès de fureurs selon le tempérament de ses administrés, Brandon restant, lui, totalement stoïque, une sonnerie sur son portable lui indiqua que le riz était prêt. Il versa le contenu de la casserole dans une passoire, sortit une assiette, des couverts et un verre à vin, déboucha une excellente bouteille, mis le riz dans l’assiette, rajouta de cet excellent fromage français, du beurre, puis se dit qu’il manquait quelque chose : du ketchup ! Il y alla franco sur le ketchup et, très satisfait, plongea sa fourchette dans le tas de riz !… Pas cuit ! Le riz n’était pas cuit ! Normal, c’était du riz complet, encore une lubie de sa femme ! Furieux il prit son assiette et la jeta par la fenêtre. Il la regarda s’écraser 15 étages plus bas, ni vu ni connu ! Il avait faim là ! Il sortit du congélateur un paquet de frites qui avaient la prétention de pouvoir être simplement réchauffées à la poêle, une bénédiction ! Il jeta 500 grammes de frites dans une poêle à feu vif. A cet instant, comme s’il avait tourné le bouton ON dans son cerveau, bébé se mit à beugler. Brandon se porta à son chevet, marcha par hasard sur une tétine miraculeusement égarée qu’il lui fourra dans la bouche, rien à faire, bébé voulait vraiment pleurer, comme s’il avait aperçu en rêve la vierge Marie toute habillée. Brandon tenta son possible pour l’amuser avec l’espèce de manège suspendu au-dessus de son lit. Cela fut assez peu efficace mais comme l’alarme incendie se déclencha assez rapidement, Brandon laissa le bébé sur place pour se rendre illico au chevet de ses frites. Par sécurité il s’empara de la poêle et la jeta par la fenêtre. Il la regarda s’écraser 15 étages plus bas, ni vu ni connu !

Le calvaire de Brandon dura encore un peu. Il dut par exemple éponger les quatre litres d’huile qu’il avait fait tomber par terre après que lui fut venue l’idée de manger de vraies frites. Huile froide, par chance, mais ceci ne facilitant en rien le nettoyage, Brandon en était à son septième rouleau de PQ jeté dans la flaque puis expulsé par la fenêtre ni vu ni connu, quand deux gardiens de Central Park sonnèrent à sa porte pour lui signifier qu’ils l’avaient vu et qu’il était désormais reconnu.

Lors de son petit interrogatoire, Brandon Smith s’est laissé aller à toutes ces confidences. Bien sûr il est tout à fait conscient que si tous les habitants des immeubles bordant le parc balancent leurs déchets par la fenêtre, le quartier risque de perdre rapidement de son standing. Mais lui a plus d’excuses que les autres car son handicap est plus grand. Il n’est pas uniquement multi-millionnaire mais aussi fils, petit-fils et arrière-petit-fils de millionnaire. Oh bien sûr ce n’est pas ce qu’on croit ! Lui-même est un self made man puisque son père était un industriel et lui a choisi de devenir chirurgien ! Il ne doit donc rien à personne mais son handicap est supérieur à ceux qui ne doivent rien à personne mais ont été élevés dans des milieux plus populaires. Ceux-là ont pu apprendre dans leur jeunesse à repérer l’endroit le plus probable pour situer le vide-ordure dans un immeuble de grande hauteur. Ceux-là ont pu apprendre à cuire du riz parce qu’ils n’avaient pas de personnel de maison dans leur jeunesse. Ceux-là on pu apprendre tout un tas de choses qui peuvent faire retour dans une période où l’assistanat recule parce que le personnel de maison est confiné loin des gens qu’ils assistent au quotidien ! Ceux-là peuvent s’en sortir seuls mais lui… Non ! Le handicap est trop important ! Et il est encore plus important quand on a un bébé en bas âge qui est privé de sa nourrice et que vous avez une épouse malade au point de mettre sous clé tout objet appartenant à bébé par crainte qu’il ne s’étouffe avec !

Monsieur Brandon Smith a été mis à l’amende de plusieurs centaines de dollars mais il a si bien plaidé sa cause que les services sociaux ont accepté que la nourrice passe le reste du confinement au domicile des Smith. Tout est bien qui finit bien !


28/04/2020

Le Coincoin du coin va-t-il retourner sa veste ?

Comme vous le savez le Coincoin du coin est l’un des grands médias ayant le plus milité en faveur du confinement ciblé et contre le confinement généralisé. Alors qu’une forme de confinement ciblé se profile enfin la rédaction ne sait plus sur quel pied danser. D’abord le confinement résiduel tel qu’il a été présenté par le gouvernement nous semble très flou et donc potentiellement dangereux pour les personnes à risque. Secondement nous ne sommes plus en mesure d’analyser les informations de plus en plus contradictoires des scientifiques partagés en plusieurs camps, notamment ceux qui croient de plus en plus à la saisonnalité du covid-19 et ceux qui s’attendent à une deuxième vague meurtrière. Mais ce qui nous inquiète réellement concerne ces différentes informations relatives aux symptômes bizarres que contractent certains enfants. Est-ce juste anecdotique et sans complications futures ou faut-il y voir le signe que cette maladie a décidément de trop nombreux moyens d’expression pour ne pas devenir totalement flippante ?

Dans ces conditions le Coincoin du coin milite d’ores et déjà pour que l’équipe qui mettra au point un vaccin ou un remède apte à annihiler cette maladie, se voie statufiée en lieu et place de Louis XIV au milieu de la place Bellecour.

28/04/2020
Le Coincoin de la science

Les dernières analyses statistiques laissent entendre que les individus du groupe O seraient moins susceptibles de contracter une forme grave du covid-19. Cela semble être un indice important renforçant l’idée d’une maladie fabriquée par l’homme. En effet chacun sait que les individus du groupe O sont les individus les plus primitifs du genre humain. En tant que primitifs ils sont plus naturellement sensibles aux maladies issues de la nature et plus résistants à celles qui sont nées de manipulations humaines.

29/04/2020

Brève de Coincoin : l’œil du tigre !

Nous avons appris hier le fait divers étonnant suivant :
A Lyon madame D. Efflouze, une femme fortunée actuellement confinée seule dans son Triplex, a eu la désagréable surprise de se faire cambrioler lundi dernier. Un voleur aurait profité d’une absence de 15 minutes pour lui dérober de nombreux objets de valeur, notamment tous ses bijoux et montres, deux iPhones, une tablette, un Mac, des caméras, plusieurs milliers d’euros en liquide et des sous-vêtements. Les policiers venus sur place ont tout d’abord pris la femme pour une affabulatrice puisque celle-ci a affirmé avoir quitté l’immeuble précisément 13 minutes comme en a témoigné son Apple Watch. Madame Efflouze a l’habitude de sortir tous les jours à 18h pour aller faire un peu de course à pied dans son quartier. Ce qui a intrigué les policiers c’est que l’appartement ne leur a pas du tout semblé avoir été fouillé, tout était parfaitement en ordre, hormis les objets que madame Efflouze prétendait manquants. Or ces objets n’étaient pas disposés tous au même endroit et il semblait difficilement possible pour un voleur ne connaissant pas les lieux d’avoir opéré en un temps si court sans même avoir donné l’impression d’être passé par là. Madame Efflouze tentait-elle de faire une arnaque à l’assurance ? C’était assez peu probable et, fins limiers, les policiers ont su, après investigation, tirer le fin mot de cette histoire à défaut d’avoir retrouvé le voleur.

Il se trouve que Madame Efflouze a reçu en cadeau de Noël, de la part de son mari sans cesse occupé aux quatre coins du globe, un système de web cam traceuses « Follow Me Yes ». Ces caméras ont l’avantage de pouvoir bouger dans tous les sens pour suivre les personnes qui souhaitent faire des visioconférences ou des strip-tease sans être forcées de rester devant un écran. « Follow Me Yes » permet en outre de mettre en place tout un système de façon à couvrir différentes pièces d’un même appartement. Le dispositif peut accessoirement servir de vidéo-surveillance mais en l’occurrence le voleur est parti avec l’ensemble des caméras et disque-durs et les enregistrements en nuage prouvent que le voleur a su désactiver tout le système ainsi que la procédure d’alerte qui aurait dû avertir madame Efflouze sur sa montre connectée. Le voleur est donc avant tout un cybercriminel qui a su se connecter très en amont sur le système de madame Afflouze afin d’étudier tous ses faits et gestes et repérer les endroits où elle déposait les objets qui l’intéressait. En outre il semble avoir été capable de désactiver l’alarme et d’ouvrir sans trop de difficulté le Velux par lequel il s’est vraisemblablement introduit, Velux à commande informatisée. Le Triplex faisant partie du grand bloc bordant le nord de la place Bellecour, la police a d’abord imaginé que le voleur pouvait être un habitant du même bloc, auquel cas il devrait être facile à démasquer parmi les quelques personnes réputées suffisamment calées en informatique pour un tel forfait. Cependant les possibilités de quitter ce bloc sont également assez nombreuses et le volume total du larcin ne dépasse pas celui d’un sac à dos susceptible de contenir un plein de course. Les caméras de vidéo-surveillance de la ville n’ont pas donné de piste probante.

30/04/2020

Le Coincoin musical

Une fois de plus c’est un clip que nous ne pouvons pas diffuser qui a fait l’unanimité dans la rédaction. Monsieur B. Attus, un jeune homme au physique peu commun et possédant de multiples tatouage et « trouages » en tout genre, a réalisé chez lui un clip très noir mais d’une très grande imagination qui, à notre sens, vaudrait que quelqu’un du métier s’intéresse à lui. La chanson dont il a fait une reprise si détonante et si particulière est « Quatre murs et un toit » de Benabar. Les paroles imaginées par monsieur Attus n’entrent guère en résonance avec les paroles originales, ou disons plutôt qu’elles en sont le complémentaire. A la vie de famille bourgeoise et empreinte de nostalgie décrite par Benabar, se laisse imaginer une vie de famille bien plus sombre pour monsieur Attus, qui laisse des traces mais immunise contre la nostalgie. Mr Attus a tenu à préciser que le confinement n’était pas à priori une épreuve difficile pour lui, d’un caractère solitaire et introverti, mais qu’au fil des jours, n’ayant plus la possibilité de se rendre chez son tatoueur, son reflet figé dans la glace devenait de moins en moins tolérable. Par crainte d’en arriver à se scarifier dangereusement, il s’est totalement immergé dans la reprise de cette chanson et la production de son clip maison avec l’ambition d’être mis à l’affiche dans les colonnes du Coincoin du coin. C’est désormais chose faite.

Des coutures et puis quoi ?

Sur mon teint fade, j’ai la rage en peintures
Un double visage et ma raison future
Une tête de trente ans, encore temps d’être un autre
Suis-je le fruit d’ mes parents ? Devrais-je porter plainte ?
Des travaux pas finis, rien que le gros œuvre
Je me gratte et me dis : « Est-ce une mise à l’épreuve ? »
Me gratte et me dis : « Est-ce une mise à l’épreuve ? »

Des oreilles aiguës, des coutures au menton
Je m’ refais le nez, dès que j’ai du pognon
Je rajoute un étage, une rampe un peu pentue
Au petit air, jamais vu qu’on me donne
Ce long tarin il faut qu’il s’agrandisse
Je pourrais en faire un jour une sarbacane
Je pourrais en faire, un jour une sarbacane

Un autre œil a poussé, ils sont trois maintenant
Je regarde sans ciller le dernier vainement
Le gland abrite un codage qui parle du grand Orient
Une Ariane, au passage, c’est un peu bidon
J’ l’ai tatouée au-dessus de ma main
Je pourrais la changer en un esprit divin
Ou bien, en un esprit malin

Mes élans demoiselle me valaient des « Pédale ! »
Si j’ devenais un autel à mon sens filial ?
J’ai gravé sur ma peau de multiples décos
Comme des sangles de lits, des pendaisons d’amis
Ce n’est pas un défi mais se sentir vivant
Petit à petit je m’étends en mutant
Petit à petit, je m’étends en mutant

Si mes bras sont finis j’ai encore de la place
Sous mes sourcils, y a trop d’espace !
Je vais oser, je sais, des pores électriques !
Ce sera peut-être laid c’est vrai, mais ce sera magique
Comme un écho d’école à mon côté poupée
Sur mon ventre résonne une comptine à chanter
Sur mon ventre résonne, une comptine à chanter

Pris dans mon élan je continue la messe
Et dessus mon dos, je laisserai la trace
De mes années de rien et de toute ma jeunesse
Ce sera le résultat, d’un rêve de gosse
A côté de l’entaille de ce chien qui mord
Où je ferai le deuil de mon papa terreur
Qu’on se détruise, pour la dernière fois
La détresse est permise, des coutures et puis quoi ?

La guérison est lente, comme vous le voyez
Je suis, je me présente, un enfant oublié
Qui voit veut me fuir, je ne veux me cacher
Pas besoin de vous dire, que mon âme, est hantée
Ne riez pas Monsieur, ayez crainte Madame
Âme hantée c’est vrai, par de méchants fantômes
Un monstre et un dragon, que vous ne voulez voir
Par des pleurs et bagarres, la victoire est un leurre
« C’est ce qu’on va voir ! », «  A genoux sous la table ! »
« Ce gosse est un enfer ! », « Prends ça sur le râble ! »

Entendez la musique, est-ce que vous m’écoutez ?
Entendez la musique, est-ce que vous m’écoutez ?
Entendez la musique, est-ce que vous m’écoutez ?

30/04/2020

Le Coincoin des sportifs.

La LFP ayant décidé d'attribuer officiellement le titre de champion de France au PSG, les Ultras parisiens donnent rendez-vous à tous les fans du club sur les Champs Elysées ce soir à 20h02 pour fêter dignement ce titre dans des embrassades de circonstances !

30/04/2020

Le Coincoin du coin tient à s'excuser auprès de ses canardés :

Vous souvenez-vous que le 19 mars dernier nous avons publié la courte information suivante :

"Durant le confinement, et contrairement à ce que pourraient penser nombres de complotistes, la démocratie et le droit d'expression restent la priorité du gouvernement. Ainsi il est possible et même encouragé de tendre des draps peints à la fenêtre à la condition express que le voisin du dessous ne soit pas à même de saisir par mégarde ou volontairement le drap en question. Vous devez donc au préalable vous assurez de la taille de vos voisins d'en-dessous mais une fois cela fait, oui il est tout à fait possible d'écrire sur de grands draps jaunes :"Macron démission !", ou "Edouard, salaud, le peuple aura ta peau !" ou "Moins de fric pour les flics, plus de briques pour l'Hôpital public !" ou "Achète PQ, même usagé !"

Eh bien nous vous avons donné une fausse information ! C'est en fait le contraire qu'il fallait comprendre. Un drap à la fenêtre critiquant l'action gouvernementale peut vous valoir une amende conséquente. Un grand nombre de nos canardés l'ayant appris à leurs dépends nous tenions à leur faire nos plus plates excuses et comprenons leur mécontentement au regard du préjudice subi.

Nous vous demandons également d'arrêter toute tentative de faire entendre une autre voix que celle de l'organe officiel du parti de La République En Miette jusqu'au 11 mai. Après cela inutile de vous dire ce que vous aurez à faire !

30/04/2020

Le Coincoin télévisuel.

Vous vous souvenez que le 14 mars dernier le Coincoin du coin vous annonçait que France télévision allait compenser l'absence de cours en confiant des émissions historiques à Stéphane Bern et Laurent Deutsch. Si au départ il était prévu que chacun produirait sa propre émission durant le confinement, faute de budget mais pour que nos deux historiens royalistes.. euh, républicains, puissent continuer à vivre, France Télévision a décidé de se contenter de diffuser les épisodes de "Laissez-vous guider" présentés conjointement par les deux plus grands historiens de l'histoire de France que l'histoire de France ait connu. Si avec ça les enfants de France n'arrivent pas à se faire une juste idée sur Louis XVI le juste, Marie-Antoinette la pure, Jean-Baptiste Carrier, le très vilain vilain, Robespierre, cœur de pierre, les Mentagnards, affreux, sales et méchants ou l'abominable Marat, ami du très bas peuple, c'est à désespérer de nos têtes blondes ! Merci France TV !

22 avril 2020

Le Coincoin du coin. Sélection du 18 au 21 avril 2020

18/04/2020

« Une affaire qui roule ! », mini-enquête du Coincoin du coin.

Le covid-19, une très mauvaise nouvelle pour les assistés d’un genre très particulier.

D’après certaines enquêtes d’opinion, près de 70 % des français prétendent qu’ils ne feront plus jamais la bise à leurs collègues même après qu’on aura vaincu cette épidémie. Plus de 30 % prétendent qu’ils ne serreront même plus la main. Au Coincoin du coin nous pensons que ces enquêtes faites sous le coup de l’émotion sont à prendre avec des pincettes. Si aucune nouvelle épidémie ne se déclenche dans les 5 années à venir, une fois de plus certaines résolutions seront rapidement oubliées.

Cependant il y a des domaines pour lesquels les engagements pris pourraient être mieux tenus. Ainsi au Coincoin du coin nous avons décidé d’interroger les spécialistes du roulage de joints. Comme beaucoup d’entre-vous l’ont constaté, les fumeurs occasionnels d’herbe et de shit profitent assez souvent, non seulement du stock des fumeurs réguliers, mais également de leurs talents en matière de roulage de joints. Quand un pro du roulage de joints a fini de rouler un joint, il est coutume pour lui de tirer dessus en premier, ensuite, s’il n’est pas seul, il a généralement l’obligeance de proposer à tout un chacun de tirer une taffe, ce qu’on appelle « faire tourner ». A ce propos les fumeurs réguliers qu’on a interrogés nous ont répondu à plus de 95 % qu’après cette crise sanitaire, ils ne feraient plus tourner les joints, sauf justement avec leurs conjoints (le terme conjoint étant historiquement, comme chacun le sait, la personne avec qui ont partageait les joints, avant d’avoir évolué pour désigner plus largement la personne avec qui on partage sa bave et toutes autres formes de fluides corporels.)

Nous n’avons pas interrogé les fumeurs occasionnels mais de leur côté, il est bien possible qu’ils refusent également le joint tendu à l’avenir. Seulement le préjudice sera pour eux, tandis que certains fumeurs réguliers n’attendaient que ce prétexte pour garder la maîtrise d’une ressource qui coûte chère et fait encourir des risques pénaux. De là à croire que ce covid-19 est un complot des fumeurs réguliers, il n’y a qu’un pas que nous ne franchiront pas ! S’ils veulent continuer à fumer de temps à autre un petit joint, les fumeurs occasionnels vont devoir avoir leurs propres ressources et apprendre à se les rouler !

18/04/2020

Le Coincoin musical

A tous les couples en tension ! Le partage commence par celui des sorties dérogatoires !

Nous recevons beaucoup de courriers faisant état des difficultés du confinement. Finalement il semble assez souvent plus difficile pour les couples et familles de supporter cette période que pour les célibataires. Nous aimerions rappeler quelques règles pour le bien-vivre, notamment concernant le partage du temps de sortie. Plusieurs de nos canardées nous ont relaté les attitudes de conjoints qui veulent donner les apparences de la bonne citoyenneté en limitant les allers et venues mais en s’arrangeant être la seule personne sortant du foyer. De nombreuses femmes pensent en outre que leurs conjoints ne leur font pas confiance quant à leurs capacités à maintenir la distanciation sociale en dehors du domicile. Pour donner un peu de baume au cœur à ces femmes qui n’ont pas mis un pied dehors depuis le 17 mars, nous avons demandé à Louane de nous réinterpréter, de son lieu de confinement, son titre « Avenir ». Le nouveau titre de la chanson est donc « Sortir ». Merci Louane !

Sortir

Oh oh, oh oh, oh oh oh
Oh oh, oh oh, oh oh oh
Oh oh, oh oh, oh oh oh
Eheheheheheeee

Sorti par derrière
Loin d’ la maison
Tu m’as laissée hier
Toute seule sur le balcon
L’ voisin veut savoir
Où tu es passé
Je lui mens par devoir
Le Monsieur est couché

Oh oh, oh oh, oh oh oh
Oh oh, oh oh, oh oh oh
Oh oh, oh oh, oh oh oh
Eheheheheheeee

J’espère que tu vas mourir
Et que tu vas bien souffrir
Pendant ce temps j’ vais décrire
Mon chemin pour courir
(Mon chemin pour courir)

Sorti tous les soirs,
Juste pour le promener
Au-delà des trottoirs
De notre quartier
Moi je reste comme une poire
Sur notre pallier
Les papiers de l’espoir
Sont tous accaparés

Oh oh, oh oh, oh oh oh
Oh oh, oh oh, oh oh oh
Oh oh, oh oh, oh oh oh
Eheheheheheeee

J'espère que tu vas souffrir
Et que tu vas mal dormir,
Pendant ce temps j' vais écrire,
Pour demain, l'avenir!
Pour demain, l'avenir..

Parti seul dans la rue,
Si je ne compte le chien
Que tu trouvais cucul
Il n’y a pas si loin
Tu as oublié
D’acheter le pain
Tu vas y retourner
En te croyant malin

Oh oh, oh oh, oh oh oh
Oh oh, oh oh, oh oh oh
Oh oh, oh oh, oh oh oh
Eheheheheheeee

J'espère que tu vas souffrir
Et que tu vas mal dormir,
Pendant ce temps j'vais écrire,
Pour demain, l'avenir!
Pour demain, l'avenir..

Sorti par derrière
Loin d’ la maison
Tu m’as laissée hier
Seule sur le balcon


18/04/2020

Le Coincoin des paris sportifs.

En collaboration avec Mr. S. Cargo, éleveur d’escargots et son cousin V. Rifi, huissier de justice, le Coincoin du coin devrait recevoir d’ici peu l’agrément pour lancer un site temporaire de paris sportifs afin de venir au secours des parieurs qui ne se satisfont pas de parier sur la prochaine bourde de Sibeth ou de Donald et ont besoin de vibrer devant de la vraie compétition pour dépenser leur argent. Nous organiserons donc parallèlement des courses d’escargots qui seront retransmises en direct sur notre site. Les courses seront nombreuses et variées mais l’événement quotidien aura lieu tous les soirs à 20h pile et sera toujours une course de 8 couloirs sur la distance reine de 1 cm ! Le reste de la journée toutes les distances seront mises à l’honneur, sprint, demi-fond, course de fond, marathon (42m), course d’obstacles, course au long cours sur 24h.

L’argent récolté sera reversé au fond de sauvegarde des sénateurs.


18/04/2020

Le Coincoin musical.

Ce soir nous vous offrons une nouvelle réinterprétation d’un tube de Maître Gims qui nous a avoué se prendre au jeu. Il a choisi sa chanson « Malheur, Malheur » et tient à préciser que l’original est l’une de ses chansons auxquelles il tient le plus et dont il est le plus fier. Il a pensé qu’il valait mieux qu’elle soit parodiée par lui-même. Mais qui aurait pu avoir l’idée de parodier une si splendide chanson sans lui demander la permission ?

Malheur, malheur

Ce soir je mange seul, comme hier, avant-hier
L’impression que quelqu’un me regarde à l’envers
Il fait si beau dehors, soleil de partout.
Ah si seulement je pouvais en prendre un bout
En prendre un bout
Je me rappelle les conseils que donnait mon père
"Regarde à gauche et à droite juste avant qu 'tu traverses"
Oui mais, papa, tu sais, mes sorties datent pas d’hier
Je n’ fais plus rien du tout et j’ai mal au derrière
J’ai mal au derrière

Malheur à moi, confiné ici
Moi je préfère une maison, car ici c’est petit
Malheur à moi, faudrait qu’ je dorme que la nuit
J’ peux même pas manger le pain, car le pain est ranci
Car le pain est ranci
Car le pain est ranci

Mes pets fissurent le temps, ils déchargent mon âme
Je fais de petits projets, débarrasser la table
Mieux vaut être suicidaire pour espérer une trêve
Pour me tourner le dos, j’imagine une grève
J’imagine une grève
J’imagine une grève

Malheur à moi, confiné ici
Moi je préfère une maison, car ici c’est petit
Malheur à moi, faudrait qu’ je dorme que la nuit
J’ peux même pas manger le pain, car le pain est ranci
Car le pain est ranci
Car le pain est ranci

Si ça s’ trouve dans deux mois c’est galère
Je tiendrai sûrement jusqu’à l’hiver
Car j’ai fait d’un placard une rizière
J’ai stocké à ne savoir qu’en faire
Si demain c’est la fin de la terre
Je m’ roulerai dans mon PQ tout vert
J’attendrai que survienne un poulet
Pour me balancer par la fenêtre

Malheur à moi, confiné ici
Moi je préfère une maison, car ici c’est petit
Malheur à moi, faudrait qu’ je dorme que la nuit
J’ peux même pas manger le pain, car le pain est ranci

Malheur à moi, confiné ici
Moi je préfère une maison, car ici c’est petit
Malheur à moi, faudrait qu’ je dorme que la nuit
J’ peux même pas manger le pain, car le pain est ranci
Car le pain est ranci
Car le pain est ranci


19/04/2020

Le Coincoin publicitaire.

Covid : le jeu !

En famille ou entre amis, combattez le corona virus autour d’une table avec Covid, le nouveau jeu de société de stratégie de chez Habrosse. Président ou autocrate d’un pays vous devrez prendre des décisions importantes pour retarder l’arrivée du virus puis le combattre. Au préalable, à la tête d’un pays mineur, vous devrez simuler vingt années d’actions et de dépenses publiques qui vous donneront les ressources nécessaires. Saurez-vous maîtriser la politique du ruissellement en arbitrant entre beaucoup d’impôts, qui permettent de financer des masques et des lits d’hôpital mais font fuir les investisseurs et les cerveaux, et peu d’impôts, ce qui libère la croissance et augmente la richesse, richesse qui permet de multiplier les lits de cliniques privées et finira par ruisseler sur l’ensemble du territoire si le soleil n’assèche pas tout entre temps ? En second lieu vous devrez utiliser au mieux vos ressources après le déclenchement de la pandémie. Votre avatar sera-t-il un Macron qui choisit la stratégie du confinement généralisé à retardement ? Opterez-vous plutôt pour la politique irresponsable de Trump, Bolsonaro et du Coincoin du coin ? Passerez-vous plusieurs fois votre tour en attrapant vous-même le covid-19 comme Boris Johnson ? Votre classement dans une partie vous permettra de vous porter à la tête d’un pays de plus haut standing et au bout de plusieurs parties vous pourrez atteindre le but ultime de ce jeu : devenir président de la république de Chine et combattre les chauves-souris et les Pangolins !

Covid, disponible dès le 11 mai. Un jeu pour 19 à 55 personnes de 7 à 77 ans (si le covid ne vous à pas tué avant), prix conseillé 99,99 euros.

Aussi disponible chez Habrosse : Oligopoles, Le bon fichier, Tribale poursuite, Petite tête, Quies, Gluodo.

 

19/04/2020

Courrier d’électeur.

Dans notre édition d’hier nous vous annoncions la fin probable des joints qui tournent. Nous avons reçu ce matin un courriel de l’une de nos fidèles canardés, Mme Jeanne Fumpa, graphiste de métier, qui dit avoir justement pensé à cela et avoir pris récemment un statu d’autoentrepreneuse pour se lancer dans la fabrication d’embouts de joint décorés en plastique garanti 100 % recyclé. Chacun de ces embouts sera une création totalement personnalisée selon vos bons désirs ou son inspiration du moment si vous n’avez pas d’idée précise. A l’instar d’un tatouage ou d’une tee-shirt imprimé, l’embout de joint sera donc un objet personnel qui vous définit en tant qu’individu.

Au Coincoin du coin nous nous enorgueillissons d’encourager la lutte contre le corona virus tout en favorisant l’artisanat made in France, et c’est pourquoi nous proposerons bientôt à madame Fumpa un encart publicitaire à titre gratuit. Cependant comme il est toujours interdit de fumer de l’herbe en France, ces embouts seront dénommés « Embout à cigarettes », ce qui ne sera pas un gros mensonge car vu le prix de la cigarette, on trouvera bientôt souvent utile de les faire tourner. L’embout à cigarettes, jusqu’ici marque d’un embourgeoisement suranné, devrait donc bientôt faire partie du nécessaire de poche le plus commun.

20/04/2020

Le Coincoin philosophique

Vous vous souvenez du temps où, après un long week-end de pluie ayant contrarié tous vos projets de balades, de sport, de jardinage, vous vous leviez le lundi matin sous un soleil radieux ?

C’était chiant, hein ?

20/04/2020

Le Coincoin du temps qu’il fait.

Une bonne nouvelle venue du ciel !

Depuis le début du confinement la composition de l’air qu’on respire semble se modifier de manière considérable. A tel point que nos fidèles canardés qui se disent encore volontaires pour répondre à notre appel au Trouday, nous font souvent part de leur envie d’aller le 11 mai faire du sport sur leur parcours habituel afin de profiter d’un air pur avant que le ballet des automobiles ne recommence !

Holà canardés ! Attention ! Il faut faire très attention avec ça ! C’est un peu comme si vous faisiez de la plongée sous-marine, il faut remonter à la surface par palier ! A vous qui êtes habitué à la pollution, dont le corps s’est adapté à cet environnement, nous ne pouvons que conseiller la plus grande prudence. N’allez pas vous mettre mal à un moment où les pompiers doivent réserver leurs interventions aux malades du covid et aux femmes et enfants battu-e-s.

Cependant nous nous voulons rassurants. D’après les dernières informations le nuage de Tchernobyl 2 le Retour, aurait recouvert une large partie de la France, autorisé en cela par les dispositions de l’Europe commissionnaire qui n’autorise plus les autorités françaises à arrêter les nuages toxiques à ses frontières. Et donc ce vaste nuage ayant pour origine l’incendie qui ravage les alentours du sarcophage pourri censé préserver l’humanité d’un désastre pour les centaines de milliers d’années à venir et qui a emporté avec lui son lot de poussières hypertoniques, vient d’en répandre une partie chez nous. Voilà pourquoi vos organismes habitués à respirer les pires saloperies nées du génie humain ne devraient pas trop s’inquiéter et dès à présent vous pouvez sans crainte ouvrir en grand vos fenêtres quand vous faites du vélo d’appartement !

C’est bien foutu quand même !

20/04/2020

Y en a mare au Coincoin

Géopolitique des petites catastrophes d’hier, aujourd'hui et demain.

Vous avez sans doute entendu parler de ces quelques centaines de pompiers luttant contre l’incendie autour de la centrale de Tchernobyl. Cela vous a paru peu au regard de la menace ? Vous ne vous êtes pas dit que sauver des centaines de milliers de vie en arrêtant l’économie mondiale dans le cadre de la lutte contre le covid ne justifiait pas pour autant un tel attentisme. Risque de contagion ou pas on pourrait penser que la moitié des canadairs disponibles de l’Atlantique à l’Oural et de gros contingents de soldats du feu devraient se précipiter au secours de leurs homologues ukrainiens dans de telles circonstances. Vous ne vous êtes pas dit que ce territoire sans habitants humains si ce n’est quelques Stalkers vivant leur délire à temps plein, aurait dû, après la chute du mur de Berlin, faire l’objet d’un traité particulier en devenant un espace appartenant toujours à l’Ukraine mais administré par une agence internationale sous mandat de l’ONU capable de mettre sur la table tout l’argent nécessaire à tout moment ? Tchernobyl est sans doute un élément central des problématiques écologiques de notre temps. Cette catastrophe a fait basculer l’opinion et le nucléaire, pourtant allié de la lutte contre les gaz à effet de serre, a sans doute lancé trop de coups de semonces pour recevoir le soutien massif de la communauté humaine. Le potentiel destructeur dépasse l’entendement et le temps de retour à la normale en cas d’accident est simplement insaisissable pour une espèce vivant en moyenne moins de cent ans. Tchernobyl a eu lieu et depuis le bloc de l’est s’est effondré. Tchernobyl à portée de fusil de la Biélorussie mais aussi de Kiev, pas si loin de Moscou. Vous ne vous êtes pas dit que si la Russie et l’Ukraine était encore sous même administration, l’incendie aurait peut-être été circonscrit très rapidement ? Vous ne vous êtes pas dit que cela n’aurait peut-être rien changé ?

L’Ukraine russophobe et l’Ukraine russophone. L’ostentation de la Russie éternelle, ses pays vassaux. L’Otan et l’Europe, orangistes. L’humiliation post-soviétique de la Russie et sa réaction. Vous vous souvenez des incendies de 2010 qui embrasèrent surtout la Russie mais aussi la Biélorussie et l’Ukraine ? C’était bien après la révolution orange mais juste avant le retour d’un russophile à la tête de l’Ukraine, caractère russophile trop affirmé, peut-être, il eut la tentation d’annihiler le rapprochement ukrainien des occidentaux opéré par les orangistes. En 2014 il était éjecté du pouvoir et en réaction les territoires de l’est se rebellaient contre Kiev, la rupture était consommée entre Kiev et Moscou. Mais à l’été 2010 les deux parties étaient plutôt en phase de rapprochement et qu’a-t-on dit de la gestion des incendies qui menaçaient pareillement Tchernobyl ? On a dit que Moscou et Kiev faisaient preuve d’un certain laxisme apparent et à tout le moins d’une communication rassurante mais des plus légères. Si le sarcophage fut épargné l’élévation dans les airs de particules radioactives avait déjà lieu il y a dix ans en arrière. La question de la sécurité du site nucléaire, sachant qu’il faudra sans doute répéter les constructions de sarcophages, est épineuse. Les relations post guerre froide n’ont pas apaisé l’hostilité de l’occident vis-à-vis de la Russie et le rapprochement ukrainien de l’occident est une marque de défiance supplémentaire qui n’a pas pour autant permis à l’Ukraine d’entrer dans un cycle vertueux de croissance, Ukraine qui est désormais amputée d’une partie de son territoire. Tchernobyl est un héritage commun aux russes et ukrainiens en territoire ukrainien, mais c’est une menace directe pour les deux pays et la Biélorussie et plus largement pour l’Europe et le monde. L’attentisme durant les jours de crise peut-être vu comme une façon inavouée de dire à la communauté internationale : tout le monde met la main à la poche ou tout le monde en paiera le prix ! Cela pouvait être vu ainsi en 2010, la nuance avec 2020 c’est que les russes ont encore plus de raison de penser que les occidentaux doivent sortir le carnet de chèque si l’on veut arrêter de jouer à se faire peur.

Alors bien sûr, une fois de plus il n’y a pas lieu de s’inquiéter, tout est sous contrôle et la radioactivité remobilisée après ces incendies et ayant voyagé jusqu’à nous est très faible nous dira l’IRSN (institut de radioprotection et de sûreté nucléaire). Tout est normal en somme. Tout est toujours normal.

Quand est-ce qu’on arrête de jouer à se faire peur ?

21/04/2020

Coinsidérations sur la souffrance des malades.

Sauver des vies et éviter la souffrance. Tel semble le but honorable que s’est fixé le gouvernement dans son jeu d’équilibriste. Endiguer l’épidémie pour ne pas surcharger les services de réanimation tout en tentant de remettre l’économie en marche. On a vu et revu les infographies qui prouvent que sans confinement généralisé les capacités hospitalières seraient totalement dépassées par le nombre de malades graves nécessitant des soins. C’est peu contestable, sauf peut-être si un vrai confinement ciblé avait été mis en route bien avant le 16 mars. Cependant on pourrait imaginer le scénario le plus libéral qui soit, c’est à dire en laissant la maladie se diffuser avec une maxime qui dérange moins lorsqu’il s’agit d’économie : « Seuls les forts survivent ! » Maxime qui d’ailleurs tend, à l’heure des quasi-monopoles issus de l’économie numérique, à être remplacée par : « Winner Takes All ! » Pas de place pour les médiocres, même en bonne santé. Dans ce cas-là une grosse partie de la population contracte la maladie en quelques mois, il y a possiblement ensuite une immunité collective. Même si ce covid-19 laisse penser qu’avec lui ce ne serait peut-être pas si simple, plus la diffusion est rapide, meilleures semblent les chances de voir cette immunité advenir. Cependant le bilan prévisible ferait assez peur, multipliez le taux actuel de mortalité lié au covid par 35, 40, ou 45 millions de français et vous serez encore en dessous des chiffres. En l’absence de possibilités de prise en charge, le nombre de malades qui guérissent serait moindre. Beaucoup de personnes mourraient tout simplement chez elles et les symptômes les plus douloureux font dire que ce n’est pas une chose qu’on a envie de souffrir ou de voir souffrir. L’action du gouvernement est donc louable sur ce simple critère.

Au Coincoin du coin nous croyons néanmoins que la souffrance n’est pas si problématique pour le gouvernement. Il s’agirait plutôt de la souffrance générant de la publicité, celle dont on ferait étal dans les journaux et qui aurait des effets électoraux dramatiques. Nous disons ceci en nous basant sur la simple analyse des chiffres communiqués. Nous avons atteint hier le chiffre dit « symbolique » (on se demande d’ailleurs pourquoi puisqu’il y aura d’autres chiffres ronds) des 20000 morts liés au covid. Sur ces 20000 morts le gouvernement annonçait plus de 7750 morts dans les établissements de type Ehpad. Donc, à moins de supposer que les Ehpad bénéficient de matériel de réanimation en nombre suffisant, ce qui est assez douteux, il est à craindre que les personnes mourant en Ehpad du covid-19 vivent assez souvent leurs derniers souffles dans une réelle souffrance physique et sans tous les soins qu’ils pourraient avoir dans une unité spécialisée. Peut-être que la souffrance est moins longue que pour des personnes plus jeunes qui résistent plus longtemps, mais c’est de la souffrance tout de même. La publicité qu’on en fait est probablement moindre que celle que feraient des familles qui verraient leurs proches mourir à domicile. Le personnel des Ehpad est tenu à un devoir de réserve quand des proches auraient peut-être dans l’idée de filmer la souffrance juste pour alerter du scandale de la situation, de la nécessité d’agir.

On peut espérer que le covid-19 soit un virus particulièrement vicieux, le virus du siècle. Ou bien on peut penser que la destruction des écosystèmes va conduire immanquablement à la multiplication de tels virus. Dès lors la distanciation sociale ne pourrait pas prendre régulièrement la forme d’un confinement généralisé. Dans une telle hypothèse nous sommes convaincus que les stratégies d’endiguement passeront à l’avenir par le confinement ciblé, mais il faudra qu’il soit fait très en amont, les gouvernements auront appris de leurs erreurs. Ou bien, l’habitude aidant, nous rentreront dans l’acceptation que ceux qui n’ont pas les capacités physiques pour résister mourront, peut-être chez elles, sans assistance. La seule chose dont nous sommes certains c’est qu’aucun gouvernement ne va se lancer de lui-même dans le questionnement d’un système qui détruit les écosystèmes, ni dans celui d’un mode de vie qui fait de vous une personne à risque alors que la connaissance scientifique a tout de même établi des pistes sérieuses sur la manière d’avoir une immunité correcte même si l’industrie fait surtout son beurre en arpentant le chemin à l’envers.

21/04/2020

Le Coincoin publicitaire

Selon de nombreuses projections, la prochaine grande fête autorisée pourrait bien être celle d’Halloween. Soyez sûr d’être à la mode du moment, réservez dès aujourd’hui sur le site de Titi votre déguisement Covid-19 ! Grosse sphère rembourrée et parsemée d’excroissances le déguisement Covid-19 de chez Titi existera dans toutes les tailles, même pour nouveau-né.

Avertissement : Le déguisement Covid-19 pour adultes de chez Titi n’est pas adapté au franchissement des portiques de métro ni des portes de moins de 1m10 de large et condamne tout usage des bras durant le temps où vous le porterez.

Titi, des idées de génie.


21/04/2020

Brève de Coincoin

Cueilli à domicile.

A Lyon un homme a tenté de profiter de la situation pour s’emparer de la caisse d’un supermarché. Faisant le constat que de nombreuses personnes vont et viennent avec toutes sortes de masques dans la rue et les commerces, il a pensé qu’il passerait tout à fait inaperçu si lui-même en portait un. Entré dans le magasin en respectant strictement la distanciation sociale, il a attendu son tour avant de passer à la caisse. Là il a entrouvert son blouson pour menacer la caissière d’une arme à feu qui s’avéra plus tard être un jouet. S’emparant d’un butin de 156 euros et 20 centimes il est ensuite sorti calmement et a tourné à l’angle pour ôter son masque et son blouson qu’il a jetés dans un sac plastique, puis il a continué le plus simplement du monde son chemin jusque chez lui sans être embêté le moins du monde. Le coup parfait… ou presque.

N’ayant pas pu acheter de masques classiques, l’individu en question avait décidé de sortir avec un masque de fortune comme de nombreux français le font actuellement. Il a donc récupéré un tee-shirt troué qui traînait chez lui dans un carton et l’a déchiré en deux dans la longueur pour trouver le moyen de se l’enrouler autour du visage ; puis il s’en est allé commettre son larcin. Las, hélas, il aurait sans doute dû se mirer dans un miroir avant de sortir. Cet individu, divorcé depuis deux ans et ayant encore la garde de ses enfants un week-end sur deux n’avait rien trouvé de mieux qu’un vieux tee-shirt de son fils aîné portant une étiquette avec son nom et son prénom. Il eut encore une chance de s’en sortir s’il s’appelait lui-même Martin et avait choisi Lucas comme prénom pour son fils. Mais quand on s’appelle Braliskaslibounitchov et qu’on a appelé en 2010 son fils Barack en hommage à Obama, il faut s’attendre à être vite retrouvé si on met son masque à l’envers !

14 avril 2020

Le Coincoin du coin. Sélection des 13 et 14 avril 2020

13/04/2020

Dans son désir permanent d’apporter du réconfort à ses canardés, le Coincoin du coin a convié le fameux groupe Blanc Coton accompagné de Cléopatra Adama pour qu’ils interprètent, de leur lieu de confinement, leur fameuse chanson d’amour à notre pays qu’on aime. Un petit mot sur l’histoire de cette chanson. Blanc Coton et Cléopatra sont des français d’un certain standing qui voyagent beaucoup hors de nos frontières. Cette chanson fut écrite lors de l’éruption du volcan islandais qui avait un nom à coucher dehors et qui leur a gâché plusieurs semaines de vacances durant lesquelles ils et elle furent obligés de rester dans l’hexagone. Ayant cette année été forcés de se réfugier sur le pauvre bord de mer hexagonal car pris de court, nos invités de marque se sont fait une joie de réinterpréter leur fameux tube : « Petit pays ! » Merci à eux !

Avec eux, avec vous, avec nous, tous ensemble, la France vaincra le corona !

(ci-joint les paroles pour ceux qui veulent faire du karaoké)

Petit pays
Je t'aime beaucoup
Petit petit
Je l'aime beaucoup
Petit pays (Petit petit petit pays)

Je t'aime beaucoup (beaucoup beaucoup)
Petit petit (Petit petit petit pays)
Je l'aime beaucoup
Aéroport CDG le Hall des arrivées, retour dans mon petit bled mon petit pays apeuré
Architecture unique faite de tours et de briques
Le paradis sur terre situé au Nord-Est Atlantique
Et la poisse se lit sur les visages
Grâce aux cieux tout le monde se soucie au moment de l'atterrissage
Les gens sont furieux à la vue sordide du paysage
Pas pressés de retrouver la fatigue de la ville embouteillage

Ouille ouille ouille, me font mes os, et je somatise un max
Dès que j'arrive à sainta cantina, j’ prends une p’tite drogue à l’as
Je m’embarrasse de trop affaires et j’ me fonds dans la masse
La pollution m’agresse et tous mes soucis s'entassent

Petit pays
Je t'aime beaucoup
Petit petit
Je l'aime beaucoup
Petit pays (Petit petit petit pays)
Je t'aime beaucoup (beaucoup beaucoup)
Petit petit (Ah mon petit calvaire)
Je l'aime beaucoup

Le calvaire c'est ma terre dès que j'y suis je me sens rien
La tête dans les rouages les pieds dans l' seau j' ne souris de rien
Petit pays sans cœur ta pauvreté et ta richesse
On y sème des poids et on y récolte la tristesse

Viens faire un tour dans mon bide goûter aux plaisirs de ma vie
Prendre un bain de merde dans la centrale par les égouts d’ Paris
Prends un taxe et t'entendras les milliers de klaxons du pays
Bois ta drogue, mange ta soupe et déguste un bon poison gris

Le bruit l'odeur tu sais chez nous font partie du décor
Avec un mélange de couleur sans symbiose ni accord
Les gens se contentent de peu pour dire qu’ici on est chez eux
Petit pays solitaire et malheureux

Petit pays
Je t'aime beaucoup (beaucoup beaucoup)
Petit petit
Je l'aime beaucoup
Petit pays (Petit petit petit pays)
Je t'aime beaucoup (beaucoup beaucoup)
Petit petit (Petit petit pays)
Je l'aime beaucoup (Cabot Merdé !)

Hé oui on l'aime vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup
C'est pour ça que la nostalgie nous gagne à chaque fois qu'on revient
On l'aime et il nous manque beaucoup, beaucoup, beaucoup
C'est pour ça que dès que l'occasion se présente c'est clair rien nous retient
Profitons-en évadons nous, par des voyages de plaisir au loin
Évadons-nous
Vers tous ces coins de paradis qui font du bien
Fier de plonger au cœur de leurs piscines
Je me laisse porter loin des glandeurs
De toutes ces villes qu’ils se destinent

Ouille ouille ouille ouille
Ce détachement qu’on ressent
Aïe aïe aïe aïe
C'est comme une guerre pour nos enfants
Ouille ouille ouille ouille
Écoute Blanc Coton, Cléopatra s'en viennent chanter

Petit pays
Je t'aime beaucoup
Petit petit
Je l'aime beaucoup

13/04/2020

Le Coincoin musical. Penaud bientôt de retour avec un nouvel album.

Malgré notre intervention auprès de la municipalité lyonnaise, le très grand chanteur français Penaud, qui dans les années 80 était encensé par nos pages gauches avant de devenir une icône de nos pages droites, ne pourra pas renouveler son expérience de filmage de clip dans un bâtiment historique. Il souhaitait en effet profiter du confinement pour venir filmer avec juste un cadreur et un déambulateur son futur clip à la Halle Tony Garnier. Nous avons soutenu cette initiative par fidélité envers ce grand artiste mais les ordres concernant le confinement sont stricts. Cependant Penaud tenait à nous remercier pour notre soutien et il nous a confié que son prochain album serait une forme d’apothéose représentative de l’ensemble de sa carrière. On y retrouvera donc divers thèmes et personnages rencontrés durant quatre décennies dans son riche répertoire. Aussi c’est avec un sentiment de fierté non dissimulé que nous sommes en mesure de vous révéler les paroles de la chanson phare de son prochain album et qui s’appelle : « Docteur Penaud et Mister Peinard sont toujours debout. »

Toute la rédaction du Coincoin du coin tient à dire un grand merci à Penaud pour ce cadeau inestimable !

Docteur Penaud et Mister Peinard sont toujours debout. 

Comme y’ a eu des tours et des barres
Il y a le Penaud et le Peinard
Le Penaud arrive toujours tôt,
Le Peinard est toujours en retard

Un côté flan, un côté poire
Personne n’est tout roche ou coraux
Moitié Gange et moitié Congo
Et c’est tout c’ qu’on aura à boire
Docteur Penaud, Mister Peinard…

Le Peinard traîne dans son plumard
Le Penaud n’ fait jamais dodo
Quand Penaud enfile son costard
Peinard se coule un bon bain chaud
Penaud se méfie des pétards
Et des nichons qui sont trop beaux
Peinard a toujours des rencards
Peut même jouer les gigolos
Docteur Penaud, Mister Peinard…

Toujours saoulant, rassurez-vous
Retour à Panane, toujours à bout
J' suis rafistolé, à demi sur pieds
J’ai froid aux guibolles, vivement l’été

Tout l ’monde est mort autour de moi
On m’ veut dans la tombe, moi on m’aura pas
Moi je fais la bombe, en joignant mes bras
Car moi j’ suis encore moi

Toujours saoulant, rassurez-vous
Retour à Panane, toujours à bout
La goutte au nez, nouvelle année
Mon destin c’est d’ jamais crever

J’ai fait toutes ces télés, qu’on regarde aux toilettes
Je suis plus invité, aux radios, j végète
A croire qu’ j ’suis disparu, que je suis oublié
J’ dis à tous ces faux-culs, invitez-moi pitié !

J’ai beau payer, des chasseurs de prime
Des paparazzis, un peu bancals
Personne ne s’exprime, personne ne m’imprime
J ‘suis qu’un escargot dans une salade
Y a des rumeurs sur ma santé
J’aimerais bien en faire une affaire
Et que celui qui s’est déjà bituré
Me jette sa prochaine bière

Toujours saoulant, rassurez-vous
Retour à Panane, toujours à bout
J' suis rafistolé, à demi sur pieds
J’ai froid aux guibolles, vivement l’été

Je fais tout le temps des gaffes
Derrière chaque buisson
J’ signe un autographe
Toujours à ma façon
Certains sont atterrés, mais faut me pardonner
Dites à toutes les télés, invitez-moi pitié !

Y en a p’ t-être qu’ont pas oublié
Que d’eux avant, j’ me suis moqué
J’ai coupé mes ailes, maintenant j’ suis votre ami
Vous vous êtes bien moqués vous aussi
Désormais du même côté
Je veux lutter en notre nom
Lutter pour écrire et pour le chanter
Chanter « A bas ! Les sauvageons ! »

Toujours saoulant, rassurez-vous
Retour à Panane, toujours à bout
La goutte au nez, nouvelle année
Mon destin c’est d’ jamais crever

Depuis quelques années, je me suis éloigné
Je vis près des lavandes, sous les oliviers
On m’a dit bien repu, j’ serais embourgeoisé
Mais moi j’ai pas eu d’ cul, j’en ai bien bavé
C’est ma croix, mon chemin, j' continue d' chialer

13/04/2020

Canard horoscopique !

Votre horoscope pour le 13 avril 2020

Bélier :
Aujourd’hui vous vous sentirez un peu oppressé, claustrophobe, le moindre bruit pourrait devenir pénible à entendre. Essayez de vous relaxer, le yoga est tout à fait adapté à votre tempérament du jour. Côté chance, ne vous attendez à rien de bon aujourd’hui, les augures sont mauvais et un obscure messager pourrait rendre la soirée encore plus terne que la journée. Côté cœur, aucune rencontre n’est à envisager sauf si vous avez un chien. Tentez de vous contenter de ce que vous avez ; à défaut commandez des champignons hallucinogènes ou du bromure sur confinementsansfaim.com

Taureau :
Aujourd’hui vous vous sentirez un peu oppressé, claustrophobe, le moindre bruit pourrait devenir pénible à entendre. Essayez de vous relaxer, le yoga est tout à fait adapté à votre tempérament du jour. Côté chance, ne vous attendez à rien de bon aujourd’hui, les augures sont mauvais et un obscure messager pourrait rendre la soirée encore plus terne que la journée. Côté cœur, aucune rencontre n’est à envisager sauf si vous avez un chien. Tentez de vous contenter de ce que vous avez ; à défaut commandez des champignons hallucinogènes ou du bromure sur confinementsansfaim.com

Gémeaux :
Aujourd’hui vous vous sentirez un peu oppressé, claustrophobe, le moindre bruit pourrait devenir pénible à entendre. Essayez de vous relaxer, le yoga est tout à fait adapté à votre tempérament du jour. Côté chance, ne vous attendez à rien de bon aujourd’hui, les augures sont mauvais et un obscure messager pourrait rendre la soirée encore plus terne que la journée. Côté cœur, aucune rencontre n’est à envisager sauf si vous avez un chien. Tentez de vous contenter de ce que vous avez ; à défaut commandez des champignons hallucinogènes ou du bromure sur confinementsansfaim.com

Cancer :
Aujourd’hui vous vous sentirez un peu oppressé, claustrophobe, le moindre bruit pourrait devenir pénible à entendre. Essayez de vous relaxer, le yoga est tout à fait adapté à votre tempérament du jour. Côté chance, ne vous attendez à rien de bon aujourd’hui, les augures sont mauvais et un obscure messager pourrait rendre la soirée encore plus terne que la journée. Côté cœur, aucune rencontre n’est à envisager sauf si vous avez un chien. Tentez de vous contenter de ce que vous avez ; à défaut commandez des champignons hallucinogènes ou du bromure sur confinementsansfaim.com

Lion :
Aujourd’hui vous vous sentirez un peu oppressé, claustrophobe, le moindre bruit pourrait devenir pénible à entendre. Essayez de vous relaxer, le yoga est tout à fait adapté à votre tempérament du jour. Côté chance, ne vous attendez à rien de bon aujourd’hui, les augures sont mauvais et un obscure messager pourrait rendre la soirée encore plus terne que la journée. Côté cœur, aucune rencontre n’est à envisager sauf si vous avez un chien. Tentez de vous contenter de ce que vous avez ; à défaut commandez des champignons hallucinogènes ou du bromure sur confinementsansfaim.com

Vierge :
Aujourd’hui vous vous sentirez un peu oppressé, claustrophobe, le moindre bruit pourrait devenir pénible à entendre. Essayez de vous relaxer, le yoga est tout à fait adapté à votre tempérament du jour. Côté chance, ne vous attendez à rien de bon aujourd’hui, les augures sont mauvais et un obscure messager pourrait rendre la soirée encore plus terne que la journée. Côté cœur, aucune rencontre n’est à envisager sauf si vous avez un chien. Tentez de vous contenter de ce que vous avez ; à défaut commandez des champignons hallucinogènes ou du bromure sur confinementsansfaim.com

Balance :
Aujourd’hui vous vous sentirez un peu oppressé, claustrophobe, le moindre bruit pourrait devenir pénible à entendre. Essayez de vous relaxer, le yoga est tout à fait adapté à votre tempérament du jour. Côté chance, ne vous attendez à rien de bon aujourd’hui, les augures sont mauvais et un obscure messager pourrait rendre la soirée encore plus terne que la journée. Côté cœur, aucune rencontre n’est à envisager sauf si vous avez un chien. Tentez de vous contenter de ce que vous avez ; à défaut commandez des champignons hallucinogènes ou du bromure sur confinementsansfaim.com

Scorpion :
Aujourd’hui vous vous sentirez un peu oppressé, claustrophobe, le moindre bruit pourrait devenir pénible à entendre. Essayez de vous relaxer, le yoga est tout à fait adapté à votre tempérament du jour. Côté chance, ne vous attendez à rien de bon aujourd’hui, les augures sont mauvais et un obscure messager pourrait rendre la soirée encore plus terne que la journée. Côté cœur, aucune rencontre n’est à envisager sauf si vous avez un chien. Tentez de vous contenter de ce que vous avez ; à défaut commandez des champignons hallucinogènes ou du bromure sur confinementsansfaim.com

Sagittaire :
Aujourd’hui vous vous sentirez un peu oppressé, claustrophobe, le moindre bruit pourrait devenir pénible à entendre. Essayez de vous relaxer, le yoga est tout à fait adapté à votre tempérament du jour. Côté chance, ne vous attendez à rien de bon aujourd’hui, les augures sont mauvais et un obscure messager pourrait rendre la soirée encore plus terne que la journée. Côté cœur, aucune rencontre n’est à envisager sauf si vous avez un chien. Tentez de vous contenter de ce que vous avez ; à défaut commandez des champignons hallucinogènes ou du bromure sur confinementsansfaim.com

Capricorne :
Aujourd’hui vous vous sentirez un peu oppressé, claustrophobe, le moindre bruit pourrait devenir pénible à entendre. Essayez de vous relaxer, le yoga est tout à fait adapté à votre tempérament du jour. Côté chance, ne vous attendez à rien de bon aujourd’hui, les augures sont mauvais et un obscure messager pourrait rendre la soirée encore plus terne que la journée. Côté cœur, aucune rencontre n’est à envisager sauf si vous avez un chien. Tentez de vous contenter de ce que vous avez ; à défaut commandez des champignons hallucinogènes ou du bromure sur confinementsansfaim.com

Verseau :
Aujourd’hui vous vous sentirez un peu oppressé, claustrophobe, le moindre bruit pourrait devenir pénible à entendre. Essayez de vous relaxer, le yoga est tout à fait adapté à votre tempérament du jour. Côté chance, ne vous attendez à rien de bon aujourd’hui, les augures sont mauvais et un obscure messager pourrait rendre la soirée encore plus terne que la journée. Côté cœur, aucune rencontre n’est à envisager sauf si vous avez un chien. Tentez de vous contenter de ce que vous avez ; à défaut commandez des champignons hallucinogènes ou du bromure sur confinementsansfaim.com

Poisson :
Aujourd’hui vous vous sentirez un peu oppressé, claustrophobe, le moindre bruit pourrait devenir pénible à entendre. Essayez de vous relaxer, le yoga est tout à fait adapté à votre tempérament du jour. Côté chance, ne vous attendez à rien de bon aujourd’hui, les augures sont mauvais et un obscure messager pourrait rendre la soirée encore plus terne que la journée. Côté cœur, aucune rencontre n’est à envisager sauf si vous avez un chien. Tentez de vous contenter de ce que vous avez ; à défaut commandez des champignons hallucinogènes ou du bromure sur confinementsansfaim.com


13/04/2020

Micro-Analyse à chaud du discours de la présidence de la République par les pages gauches du Coincoin du coin.

Chers canardés, chères canardées.

Peu importe que Mr Emmanuel Macron croie à ce qu'il dit quand il affirme que des métiers comme infirmière ou éboueur devraient être mieux récompensés. Il ne le croit pas sinon il n'aurait pas été élu sur un programme qui les cible exactement comme s'ils incarnaient l'esprit du fonctionnaire peu volontaire et plaintif. La seule chose qui compte c'est que tous les gens qui applaudissent à 20h commencent à envisager ce que cela signifie concrètement d'offrir à ces gens-là de meilleures conditions de travail et une meilleure reconnaissance. Alors, peut-être, ils éliront les gens qui ont cette idée dans leurs programmes depuis des lustres.

Autant dire qu'on n'y croit pas des masses !


14/04/2020

Exclusif ! Le dernier entretien de Macron et son premier ministre ! La genèse d’un discours présidentiel révélée par une indiscrétion du Coincoin du coin.

Comme chacun le sait nos meilleurs amis ont installé il y a bien longtemps et avec notre consentement, leur ambassade en France à deux pas de l’Élysée. Ainsi, avec leur indéniable avance technologique, ils sont depuis en mesure d’entendre tout ce qui se dit dans le palais présidentiel. Cela est très avantageux pour notre nation qui agit en pure transparence, sans rien cacher à nos meilleurs amis qui sont les mieux à même de nous dire quand nous faisons fausse route. Grâce à son influent réseau le Coincoin du coin est en mesure aujourd’hui de vous révéler une discussion captée par les services secrets de nos amis et qui, sur la fin, les a un peu inquiétés.

– Édouard ! Faut que tu trouves le moyen de te reposer parce que t’as vraiment une tête de déterré !
– T’es pas mal non plus !
– Je suis crevé ! J’avais pas dans l’idée de devenir président pour me faire chier avec un truc pareil. Normalement y avait qu’à appliquer le programme du Medef, célébrer les mondanités qui font plaisir à Brigitte et loger dans un palais ! Elle me fait chier cette maladie !
– Moi j’essaye de voir cela comme une chance à saisir.
– C’est à dire ?
– Une occasion de rentrer dans l’histoire !
– En réussissant à appliquer le programme du Medef, on serait aussi rentrés dans l’histoire !
– Oui mais ça a été fait ailleurs depuis très longtemps.
– Peut-être mais on est en France ici ! Un pays jusqu’ici inamovible !
– Toujours est-il que si on s’en sort honorablement, c’est cinq ans de plus au palais !
– Là tu parles pour moi ! Je ne vais quand même pas te garder pendant dix piges !
– Pourquoi pas ?
– Et mes fusibles ? Y a forcément un moment où j’aurai besoin de griller un fusible.
– Avec tous les tarés qui nous entourent ! Je crois que j’ai de quoi voir venir ! Tiens à ce propos ! Tu crois pas qu’on pourrait virer Castagneur ?
– Quoi ? Maintenant ? Il n’a jamais été aussi bon !
– Fatalement. Maintenant que la France d’en-bas est sagement endormie, il a moins l’occasion de s’illustrer par sa médiocrité.
– Pourtant il paraît que chez un ministre de l’intérieur, le confinement a des effets aphrodisiaques supérieurs à une cure intempestive de viagra !
– Si c’est le cas il faut que tu annonces clairement qu’il n’y aura pas de couvre-feu. Si on lui met cette idée en tête le cœur pourrait lâcher.
– Ce serait terrible ! On lui ferait un enterrement national !
– Bon. Lui on le garde. Véran aussi bien sûr.
– Il fait un boulot remarquable. On a de la chance que la Buze ait décidé de voler de ses propres ailes.
– Oui mais Sibeth ! Faut faire quelque chose là !
– Pourquoi ?
– Emmanuel ! Elle les enfile comme des perles ! On va finir par se couvrir de ridicule !
– Les lecteurs du Coincoin du coin l’ont élue personnalité la plus rigolote ! Et à l’unanimité ! Comment veux-tu qu’on la lâche ?
– Mais justement !
– Mais non ! Parfois tu manques de sens politique Édouard ! Les gens ont besoin de rire en ce moment ! Sinon tout ça va finir par nous péter entre les doigts ! Le confinement c’est pas un truc à prendre à la légère !
– Est-ce que j’ai une tête à prendre les choses à la légère ?
– Non. Ça c’est sûr que non ! Cependant, d’après ce que j’entends, jusqu’ici tu t’en sors très bien. Il paraît que tu as donné aux français l’impression d’avoir beaucoup gagné en humilité.
– J’ai toujours été humble. C’est même pour ça que tu m’as choisi ! Pour créer un équilibre !
– C’était pas pour créer un équilibre mais pour capter toute la lumière ! En tout cas il semble que tu sois parvenu à paraître plus humble… ou moins psychorigide, je sais pas.
– Emmanuel. Que veux-tu que je te dise ? Le truc c’est que je suis complètement largué avec ce covid-19. C’est comme si on entraînait un soldat à tirer au fusil à lunette et le jour venu on lui demande de dégommer une mouche à 800 mètres avec un lance-pierre ! Je suis chef d’un gouvernement d’un pays qu’est à l’arrêt ! C’est un truc de fou quand même ! Qu’est-ce qui pourrait être plus historique que ça ? Qu’est-ce qui pourrait rendre plus humble que ça ? Tu te sens pas humble toi ?
– Hum… Laisse-moi réfléchir !… Non. Je connais pas ce mot-là !
– Tu viens de l’employer à mon endroit !
– C’est à dire que pour toi je vois ce que ça veut dire… Mais j’arrive pas à m’appliquer ce concept. C’est pour ça que j’ai besoin de ton aide !
– De mon aide ? Pour ?
– Pour mon discours du 13. Je vais l’écrire tout seul !
– T’es sûr ?
– J’ai juste besoin d’un peu d’aide. Je vais faire un discours humble !
– Euh attends ! Et de Bézieux ?
– Quoi de Bézieux ?
– La baisse des charges ! Les PPP partout ! La suppression des jours fériés ! La suppression des congés payés ! La relance par le travail ! L’efficacité des autocraties ! La surveillance généralisée ! Le néofascisme numérique ! C’est bien ce qui doit se passer non ? C’est bien en ça que tu crois ?
– Oui… Enfin… Oui. Non mais là c’est pas la question !
– Mais moi si j’ai l’air humble c’est parce qu’on m’envoie au charbon sur des dossiers auxquels je ne pige rien ! Comment tu pourrais avoir l’air humble si tu dois annoncer ton programme !
– Oui mais… ça je suis pas obligé de le dire !
– Ah mais d’accord ! Tu veux raconter des salades ! Ah ben OK ! Sois précis ! On gagnera du temps ! Dans ce cas…
– Dans ce cas ?
– Faut mettre le cap à gauche !
– Ah oui ?
– Faut mettre à contribution les plus à gauche des élus LREM !
– Les rares qu’on avait ont fait défection !
– Hmmm… Bon, en même temps c’est pas compliqué. Avec leurs trois idées qui tournent en rond, ça doit quand même pas être compliqué de faire illusion.
– C’est bien ce que je me dis.
– Tiens c’est comme tous ces cons qu’applaudissent aux fenêtres ! Là ils sont dans le sentimentalisme, parce qu’ils ont peur pour leur vie. Ils voudraient pas se retrouver sans soins s’ils choppent un covid-19 qui déraille. Mais bon ! Quand tout ça sera fini, si on leur dit qu’on va avoir 20000 lits de réa en plus, tout ça pour une éventuelle nouvelle pandémie dont rien ne dit que les symptômes seront respiratoires, que pour ça et tout le reste faudra augmenter la CSG de deux points…
– Si j’annonçais le rétablissement de l’ISF ?
– …
– Je déconne ! Oh la tête que t’as fait !
– On peut avancer un peu là ?
– A ta guise !
– Tout ce que je dis c’est qu’ils sont cons mais quand même assez lucides pour comprendre que tout cela ne tombe pas du ciel. La question du pouvoir d’achat redeviendra tôt ou tard centrale ! A terme !… Mais en attendant ils sont mûrs pour le sentimentalisme. Ça leur donne des élans fugaces de solidarité, des idées du genre « on est ensemble ». Alors c’est sans doute possible de jouer sur la corde sensible. Mais faudra prévenir de Bézieux pour que ses troupes ne viennent pas crier haro sur le baudet.
– Le premier qui me prend pour un âne a intérêt à les avoir bien accrochées !… Ce que je pensais faire dans un premier temps c’est relever qu’on s’en sort quand même très bien !
– C’est à dire ?
– La stratégie visant à faire en sorte qu’on puisse prendre en charge les malades a à peu près bien fonctionné.
– Vu d’ici. Oui, disons que ça aurait pu être pire !
– Et puis c’est quand même pas de notre faute si ceux d’avant ont supprimé autant de lits !
– T’étais pas ministre toi ?
– Si. Mais tout ça c’était acté ! Sinon tu penses bien que j’en aurais supprimé le double ! Officiellement je suis blanc comme neige. Pareil pour les masques, c’était joué dès 2013. J’aurais fait pareil mais on n’est pas obligés de le chanter sur tous les toits.
– Oui ben là, le toit de l’ambassade d’à-côté est au courant !
– On applique leur programme ! Ils vont quand même pas nous en tenir rigueur !… Bon ! Dans un second temps je vais faire passer des tartines bien beurrées concernant tous nos héros ! Je mets qui à ton avis ? Les blouses blanches, les képis, les pompiers…
– Faudrait élargir le spectre à mon avis. Caissières, femmes de ménages, éboueurs, électriciens.
– Hmmm… On verra.
– Je pense qu’il faut pas non plus trop individualiser la chose. Ce sont des corps de métiers et donc des organisations. Les caissières ne sont rien individuellement. Le service qu’elles rendent cela vient surtout de la qualité managériale des entreprises qui les emploient, n’oublions jamais l’oreille de de Bézieux !
– Il commence à me faire chier ce de Bézieux de mes deux ! Je veux beurrer les tartines ! Pas le caresser dans le sens du poil !
– L’un n’empêche pas l’autre !
– OK !… Bon. Troisième point je déroule le tapi rouge sous les pieds du français confiné ! Un bon peuple qu’on disait indiscipliné et qui fait mieux que tous les autres !
– Il fait mieux que les autres ?
– Il fait pas plus mal en tout cas ! Sauf dans le 93 ! A propos, faudra qu’on aille ratisser ce département avant la fin de mon second mandat !
– Pourquoi ? Il est très bien comme ça ! Comment on vide les quartiers nord de la capitale si on n’a pas une zone tampon pour accueillir ceux qui ne peuvent plus se payer un loyer parisien ?
– Quand je dis ratisser c’est le vider de ses armes ! De façon plus générale faudra trouver le moyen de le faire dans tous les endroits chauds.
– Pourquoi ? Il s’en servent surtout pour se tirer dessus, ça fait des minima sociaux en moins à payer !
– Dommage que Castagneur soit pas là, il pourrait t’expliquer ça mieux que moi. M’enfin Édouard, on est en train de prendre dix ans d’avance pour l’avènement du néofascisme numérique, ce covid-19 a au moins ce mérite-là ! Les entreprises sont prêtes, les états sont prêts, le seul doute qu’il restait c’était la population. Les chinois sont mûrs, contraints et forcés, mais nous on n’a pas cette chance d’avoir hérité d’un parti unique, on doit le construire. Mais la peur, Édouard, la peur, tu vois ce qu’elle fait la peur ? Ce peuple de petits cons réfractaires obéit au doigt et à l’œil ! Sauf ce département d’irréductibles gaulois basanés nommé le 93, ainsi que moult quartiers à droite ou à gauche où pullulent les armes de guerre. Si la résistance doit venir de quelque part, ce sera de ces quartiers pourris ! Donc avant d’entreprendre le pas décisif vers le néofascisme numérique, il faudra faire le ménage. Où alors on fait les deux en même temps, mais il nous faudra un plan d’envergure.
– Si tu veux. Mais là c’est pas le sujet le plus brûlant ! On a surtout besoin de remettre la France au boulot ! De Bézieux m’envoie des textos toutes les heures pour savoir où ça en est !
– J’y viens, j’y viens. Après les tartines j’entrerai dans le pratique. Tiens ! Donne moi un chiffre entre 11 et 25 !
– Pourquoi ?
– Tu verras ! Dis-moi !
– 19 !
– Le 19… C’est un mardi ! On va prendre le 18 à cause du Coincoin du coin !
– Pourquoi ?
– Il faut commencer à déconfiner un lundi ! T’as entendu les appels du Coincoin du coin à la Troustache et au Trouday ?
– Oui et alors ?
– Ils se vantent d’avoir des centaines de milliers de volontaires pour cette opération ! Et ils pensent que je vais donner un dimanche pour que les gens aillent se dégourdir les jambes !
– Oui j’ai vu ça. Ils ont dit que même si on leur donnait le dimanche il faudrait chômer le lundi par rébellion.
– Tu vas voir la rébellion ce que j’en fais moi ! Ceux qui n’iront pas au boulot le jour où on leur dira de reprendre le boulot, ils ont intérêt à avoir un bon certificat médical, sinon c’est un mois de chômage partiel qui va leur passer sous le nez !
– Cela paraît un peu excessif quand même !
– On va faire passer une loi d’urgence qui visera expressément cette attitude comme antipatriotique et atteinte à la sûreté de la nation.
– C’est risqué quand même. C’est de loin le journal le plus lu en France. En plus leur site internet tourne à plein en ce moment.
– Je suis prêt pour le rapport de force ! D’ailleurs j’aurais été tout à fait disposé à déconfiner un dimanche pour que les gosses puissent se dégourdir un peu les jambes. Mais puisque le Coincoin a voulu jouer au plus malin, tout le monde en subira les conséquences ! Connard de canard, je vais lui couper la tête !
– Bon. Redescendons un peu en pression ! Tu décides de déconfiner le 18 parce que j’ai choisi le 19 ? C’est quoi l’idée ?
– Ah oui je t’ai pas dit. Vu l’évolution de la situation, les épidémiologistes estiment qu’elle restera sous contrôle avec un début de déconfinement en mai. Ils ont donné cette fourchette allant du 11 au 25 mai. En commençant à déconfiner dans cette fourchette, le covid-19 ne sera pas vaincu, loin de là, mais les hôpitaux sauront faire face.
– Ah bon ! Tu m’en diras tant ! Mais c’est sûr ça ?
– Écoute ! Le document est signé par les meilleurs experts, au pire, la responsabilité sera rejetée sur eux.

– 11 !
– Quoi 11 ?
– Faut commencer à déconfiner le 11 !
– J’ai choisi le 18 ! Ou plutôt c’est toi qu’as choisi !
– Je viens d’envoyer l’info à de Bézieux ! Il dit que si c’est possible le 11, on choisit le 11 !
– … Bon OK ! Après tout je m’en fous ! On n’est pas à une semaine près ! Mais attention hein ? Il ne s’agit pas d’un déconfinement total !
– Ah bon ? Mais dis les choses dès le départ ! Je lui donne des fausses infos à cause de toi !
– Mais c’est évident Édouard. Si les personnes à risque sont déconfinées les hôpitaux seront de nouveaux engorgés !
– Quoi ? On ne va garder confinées que les personnes à risques ? Mais tu vas donner raison au Coincoin du coin ! Depuis le début ils s’acharnent à démontrer qu’il fallait confiner les personnes à risque ! Même quand la quasi-totalité des français a été acquise à l’idée de confinement total, ils ont persisté et signé !
– Mais bien sûr que c’est ce qu’il fallait faire ! Théoriquement c’est incontestable mais pratiquement c’était infaisable ! Surtout après que Brigitte et moi on soit sortis à droite à gauche en demandant aux français de ne rien changer et donc de répandre le virus ! Oui c’est vrai que tout cela était surtout une question d’arasement de la courbe de contamination en fonction de nos capacités médicales et de nos possibilités de protection ! Mais officiellement c’est la faute d’Hollande et Sarko, pas la mienne ! Le Coincoin défend un truc qui était impossible à mettre en pratique donc il a tort.
– Sauf si on avait fait le confinement ciblé très en amont.
– Personne ne l’a fait.
– Sauf la Corée du sud
– L’exception qui confirme la règle. On a fait ce qu’il fallait, au mieux qu’on pouvait, j’en suis tout à fait convaincu. Maintenant les prédictions du Coincoin du coin sont justes aussi, on ne peut pas rester comme cela durant 6 mois, la casse serait trop importante. Donc il faut commencer à déconfiner et à remettre une partie de la population au travail. D’abord profiter des prochaines semaines pour que le système hospitalier reprenne un peu de forces. C’est pour cela qu’on doit donner une date précise indiquant aux français que les choses vont enfin évoluer. Je veux qu’ils puissent entrevoir le bout du tunnel afin de continuer à bien jouer le jeu du confinement. Surtout ne pas arriver la veille du 11 mai avec des hôpitaux submergés de malades, ce serait désastreux, signe qu’on aura fait tout ça pour rien ! C’est le sens des campagnes publicitaires ! Tu as vu le dernier clip ?
– Oui. J’ai pas compris. Pourquoi on dit qu’une personne qui sort de chez elle peut en contaminer trois qui à leur tour vont en contaminer trois ? C’était pas 2,3 en six jours dans des conditions moyennes de proximité ?
– On a arrondi à trois ! En plus apparemment personne ne sait exactement où on en est ! C’est sûr que le con qui part se balader seul à cheval en forêt il va contaminer personne mais l’idée générale c’est que durant les semaines à venir, le virus doit faire très peur. Quand on commencera à déconfiner, il faudra qu’il fasse moins peur. Et à ce moment-là on aura la quasi-certitude d’avoir des masques en nombre.
– Quasi-certitude ? Non, non, là c’est sûr à 100 % ! Là je peux te le dire !
– On n’est plus sûr de rien Édouard !
– Il faut qu’on les ait, sinon le plan tombe à l’eau !
– Bon. Tablons sur ces masques. Mais concernant les tests individuels…
– C’est encore assez incertain. On en aura mais lesquels et en quelle quantité ? Il faut pas que tu t’engages trop là-dessus. Dans l’idéal il faudrait tester tout le monde.
– Non. Je vais plutôt dire que ça n’aurait aucun sens de tester tout le monde.
– Si ! Ça aurait du sens ! Du moins si c’était des tests quasi-gratuits et immédiats, on le ferait !
– On a nos raisons de dire que ça n’a pas de sens. On va cibler les personnes qui ont des symptômes dans un premier temps.
– Mais pourquoi ? C’est déjà trop tard pour eux !
– Ben non. S’ils n’ont pas le covid-19, ils n’ont pas besoin d’être hospitalisés.
– Si quelqu’un n’arrive pas à respirer, covid-19 ou pas, il a le droit à une assistance !
– Oui certes… mais tu ne comprends pas ! Si ce n’est pas le covid-19 la personne n’est pas contagieuse donc le protocole diffère.
– On ne renvoie plus les malades chez eux alors ?
– Dans l’idéal non !
– Oui mais ça c’est ce qu’on aurait voulu faire depuis le début ! Et on avait admis que c’était assez compliqué ! Multiplier les quarantaines… Faut garder les enfants… ou les tester aussi. On sera revenu au point de départ.
– Non parce qu’une partie des gens est déjà tombée malade. On a arasé la courbe !
– On a les chiffres ? Ils en sont où les allemands ?
– Je crains de ne pas avoir de données hyper fiables avant mon discours.
– C’est super emmerdant ça ! Ça change beaucoup de choses. Tu vas dire quoi?
– Que le virus s’est très peu diffusé et donc qu’on est loin du seuil de 60 %. Vaut mieux dire ça et se tromper que l’inverse et se tromper aussi. Du moment qu’on n’a pas beaucoup testé, on ne ment pas en disant qu’on a testé peu de gens positifs.
– C’est à ça que servent les échantillonnages !
– Eh ben d’après nos échantillonnages le virus est peu diffusé. Ce qui valide le choix du confinement !
– Mais pas celui du déconfinement !
– Mais t’es chiant Édouard ! Quand on déconfinera on aura des masques et cela suffira à ralentir la propagation du virus.
– Sauf si les masques ne servent à rien ! J’attends le prochain avis de Sibeth pour me faire une idée !
– T’es con quand tu t’y mets ! Ça sert ! C’est pas efficace à 100 %, loin s’en faut, mais ça sert ! Tout ce qu’on a besoin c’est de garder le cap concernant l’arasement de la courbe virale ! Ce virus va peut-être nous faire chier des mois avant qu’on ait une immunité collective mais l’essentiel c’est que le système tienne le choc. 100.000 morts, 200.000 morts, tout ce qui compte c’est qu’ils soient pas 50.000 le même mois !
– OK ! Donc concrètement… qui reprend le travail le 11 mai si on ne teste pas les travailleurs ?
– Ceux qui sont appelés par leur employeur !
– Mais non ! Il faut une synergie ! Quel magasin va rouvrir s’il pense qu’il sera le seul à le faire. On est obligé de donner une date qui sonne la fin des dispositifs de chômage partiel !
– Oui, oui ! Je comprends. Dans l’idéal faudrait faire ça. Mais ça voudrait dire rouvrir les bars, les discothèques.
– Mais on rouvre quoi alors ?
– Tout d’abord on va rouvrir les écoles.
– Les écoles ? Mais pourquoi ?
– Pour que les parents puissent retourner bosser pardi !
– Et pas les facs ?
– Ben non ! Ils ont quand même l’âge de se garder tous seuls !
– Mais autant qu’ils aillent à la fac alors !
– Non parce que ça serait la fin de la distanciation sociale !
– Mais à l’école c’est pareil ! On va leur donner des masques aux gosses ?
– Euh… ça paraît un peu compliqué. En tout cas pas des FFP2, c’est un peu difficile pour des gamins durant toute une journée. Non, ça c’est sûr que chez les petits le virus va circuler. Mais chez eux le danger est mineur.
– Mais alors il va circuler chez les grands aussi ! Ils ont des parents, des grands frères, des grandes sœurs !
– Oui mais au sein des familles avec enfants en bas-âge, normalement le risque est mineur.
– Sauf chez les obèses !
– On dira aux obèses de rester isolés !
– Je comprends pas Emmanuel ! Ça va servir à rien ! Pourquoi on rouvre pas tout !
– Parce que c’est mathématiques ! En rase campagne le virus circule moins vite qu’en ville, c’est la preuve que moins les gens ont d’occasion de se croiser moins la propagation est rapide. Donc on va continuer cette logique de distanciation même si c’est de manière très partielle. C’est toujours cette logique d’arasement de la courbe qu’il faut garder en tête. Et si tu veux tout savoir c’est le Medef qui ne veut pas qu’on rouvre les bars et les discothèques, il t’en a pas parlé de Bézieux ?
– Non !
– On remet la France au travail, petit à petit ! Hors de question que certains aillent charbonner, parfois 60h par semaine comme on va pouvoir le leur imposer, pendant que d’autres se mettent à faire des bringues du tonnerre. Surtout cette jeunesse qui se consacre déjà plus à la fête qu’aux études ! Si on la remet dans son élément, c’est mort ! On a besoin d’un état d’esprit d’après-guerre ! De reconstruction ! Et pas en passant par une fête digne de la libération ! Moi je veux un peuple qui soit plutôt dans l’état d’esprit du peuple allemand en mai 1945 ! Bosse ou crève !
– Mais Emmanuel ! La société du loisir c’est quand même un pan important de notre économie ! Si de Bézieux te l’a pas dit, d’autres au Medef ont des intérêt divergents !
– Il y a des trous plus faciles à combler que d’autres Édouard. Ce n’est pas à toi que je vais l’apprendre. On a plus besoin de continuer à produire des armes pour l’exportation que de vider des tonneau de bière. Il faut qu’on pense à notre balance commerciale !
– D’accord ! Et par exemple, EuroDisney tu te représentes ça comment en terme de balance commerciale.
– On verra au fil de l’eau. Ils vont nous mettre la pression mais pour l’heure on ne va pas permettre à des cars de touristes d’envahir la région parisienne. Donc je vais m’en tenir à cette idée qu’on reviendra step by step à la normalité. Le 11 mai ne marquera que le premier pas !
– Quel bordel ! Mais quel bordel ! Il nous faut un vaccin ! Donnez-moi un vaccin !
– Y a pas si longtemps tu me parlais de faire l’histoire et là je vois ta moustache blanchir sous mes yeux ! Du nerf !
– Oui, oui ! Je sais ! Mais c’est trop contradictoire tout ça ! Moi mon idée c’était celle du Coincoin du coin !
– Mieux vaut entendre ça que d’être sourd !
– Ben quoi ? Leurs pages droites sont pas mal, si ce n’est leur aversion pour le néofascisme numérique !
– So what ? Tu ne vas pas leur donner raison quand même ?
– Ben je pensais qu’on irait vers le confinement ciblé ! Ce qu’on n’a pas pu faire par manque de moyens matériels, dès lors qu’on a des masques, plus de respirateurs, on y va franco ! On garde isolées les personnes à risques et pour les autres, la vie reprend son cours.
– Trop risqué !
– Et l’hypothèse de tests élargis pour donner des certificats d’immunité ? On l’abandonne ?
– C’est encore plus paradoxal ! Le Coincoin du coin l’a bien relevé d’ailleurs ! On va renvoyer au travail des gens qui ont contracté le virus et garder chez eux les autres alors qu’on a demandé à chacun de bien respecter les gestes barrières pour la santé de tous ! Les mauvais élèves passeront pour des privilégiés ! Politiquement… c’est un truc à me faire battre par la Pen ou un couillon de gauchiste en 2022, alors que pour le moment j’ai une voie royale ! De toute façon tout cela n’a aucun sens s’il n’y a qu’une petite partie de la population qui a contracté le virus !
– Et si c’est une grosse part !
– Rien ne l’indique ! Et si c’est le cas vaudrait peut-être mieux que ça ne se sache pas !
– Pourquoi ? On finira bien par le savoir ?
– Pas si on ne fait pas de tests ! Je vais bien leur dire que ça n’aurait aucun sens de tester tout le monde. Si demain on a la confirmation qu’une partie minime de la population a contracté la maladie alors ce sera banco ! Cela signifiera que notre stratégie était la bonne et le Coincoin du coin pourra enfin fermer son sale bec !
– Pas forcément. Vu qu’on sera pas sortis de l’auberge.
– …
– …
– Il nous faut un vaccin !
– Il nous faut un vaccin ! Ou un traitement ! Vite !
– Remarque ! J’ai été bon sur la chloroquine ! Moi j’ai pas dit comme d’autres que c’était une idée à écarter.
– Tu n’as pas non plus poussé pour une utilisation massive.
– Trop risqué et en outre on aurait pu se retrouver dans la même cas que les masques.
– Tu sais qu’il y a 50000 patients réguliers qui prennent de la chloroquine ?
– C’était pas 500 ?
– Non. 50000. Dab a fait remarquer que cela était un échantillon très largement suffisant pour avoir une idée de l’impact du covid-19 en cas de prise de chloroquine.
– Et donc ?
– Et donc il s’étonne qu’on n’ait pas analysé des données pourtant assez facilement accessibles, suffit d’ouvrir les fichiers de l’assurance maladie.
– C’est pas faux ! Mais on ne peut pas penser à tout non plus !
– Il a aussi suggéré de foutre un militaire à la tête d’une structure apte à coordonner la lutte contre le covid-19 !
– Encore un nostalgique de De Gaulle ! De quoi il se mêle ?
– Ce serait peut-être une solution. De toute façon, pour notre néofascisme numérique, on aura bien besoin des militaires !
– Est-ce que j’ai une tête de militaire ! Si c’était le cas j’aurais au moins fait l’armée ! On est la police Édouard ! La police ! Tous ces psychorigides de bidasses…
– …
– Excuse-moi ! Tu l’as pas mal pris ? C’est plutôt le terme bidasses qu’est péjoratif dans ma bouche, tu sais !
– Je sais.
– Tu sais. L’autre jour, je pensais à un truc.
– Quoi ?
– Tu vois tous ces gens qui disent que la planète est à bout de souffle, qu’on ne peut plus respirer, que les eaux montent, qu’on va vers le chaos.
– Oui.
– En un sens ils ont raison non ?
– Non. La technologie va nous sauver ! C’est bien pour ça qu’on a lancé la Start-up nation !
– Mais s’ils avaient raison ?
– Ben tant pis pour eux ! De toute façon y aura des vainqueurs et tout est prévu pour qu’on en fasse partie ! Pourquoi tu te mets ces histoires en tête ?
– Je me disais que je pourrais peut-être incarner l’homme du changement ! Du vrai changement ! Si on devenait anticapitalistes Édouard ?
– Déconne !
– Regardons la situation en face ! Je suis quoi dans tout ça ? Une goutte d’eau ! Le néofascisme numérique c’est bien mais quand on aura mis au pas les masses, réduit leurs mouvements à ce qui est juste nécessaires, contrôlé tous leurs faits et gestes, quand on ne sera que quelques centaines de millions à vivre la société de l’opulence, quand la nature nous fera don d’un covid mieux sélectif, ce sera quoi mon œuvre dans tout ça ? J’aurai même pas d’enfant à qui léguer ma fortune !
– C’est pas trop tard pour ça ! Brigitte n’est pas éternelle !
– Oui mais si je devenais le fer de lance d’un nouvel espoir ! Un espoir pour tous !
– Et rouler dans une voiture à pédales ? Merci bien ! Ce sera sans moi !
– Sans toi oui. Possiblement.

 

14/04/2020

Le Coincoin musical.

Aujourd’hui c’est la grande chanteuse Hélène Segara qui nous a fait l’honneur de réinterpréter l’un de ses titres phares en hommage aux confinés qui n’ont qu’une fenêtre sur cour et chez qui le soleil n’entre jamais. Comme palliatif nous encourageons nos canardés qui sont dans ce cas à faire un usage intensif de leur four en espérant que l’éclairage y soit encore en état de marche !

Le four est un soleil !

J’ai ouvert sa fenêtre
Pour laisser sortir le soleil
Pendant que mijotait
Un bon poulet

J'ai fait du café noir
Je n’ai plus de chocolat
J’aimerais pourtant en boire
En boire encore une fois

Le four est un soleil
Qui m’a souvent chauffé le cœur
Mais quand il brûle trop fort
Il sent le beurre

Je me prive
Pour gérer mon stock de vivres
Oui moi qui hier encore
Ai mangé du poulet sous vide
Le réveil
A des odeurs de côte de porc
Et le four est mon soleil
Qui brille à nouveau tous les jours

Tu vas marcher des plombes
Et tu cuiras même le pain
Puis tu me donneras
L’écorce d’un bon gratin

Le four est un soleil
Qui sent le brûlé et le sel
Mais dis-toi que chez moi
Il n’y pas de soleil

Je me prive
Pour gérer mon stock de vivres
Oui moi qui hier encore
Ai mangé du poulet sous vide
Le réveil
A des odeurs de côte de porc
Et le four est mon soleil
Qui brille à nouveau tous les jours

14/04/2020

Le CoinCoin musical.

La rédaction boucle cette édition du 14 avril par un nouveau cadeau musical. Et c’est Kendji Girac qui a accepté de réinterpréter son titre phare à destination d’une certaine catégorie de nos canardés : les fous du volant qui ne sont plus autorisés à conduire et regardent leur voiture sur le parking ou dans le garage en en bavant d’envie ! Voici donc V12 !

V12

Je viens te voir, à chaque fois que j’ai le cafard
Et puis je touche, tes pneus noirs, tes sièges rouges
Je m’en balance, le reste n’a pas d’importance
Tout cet oseille, vaut bien que je te surveille
Tu as deux essieux et de jolis feux
Sous ton beau capot
J’entends des chevaux !

Toi toi mon joli V12, à l’arrêt sur ma pelouse
Quand j’y pense la folie guette, je monte à bord, je perds la tête
Toi ma belle bagnole, quand je touche enfin ta tôle
Je n' vois plus le monde autour, c'est peut-être ça l'amour.

Un son puissant, veut rugir sous ton volant
En bois d’ébène, ne pas bouger c’est ma peine
Trop minuscule, je t’avance et je te recule
Par la portière, je t’imagine fendant l’air
Tu es faite pourquoi ? Le chaud pas le froid !
Sous ton beau capot
J’entends des chevaux !

Toi toi mon joli V12, à l’arrêt sur ma pelouse
Quand j’y pense la folie guette, je monte à bord, je perds la tête
Toi ma belle bagnole, quand je touche enfin ta tôle
Je n' vois plus le monde autour, c'est peut-être ça l'amour.

Oh yé yé yé oh oh
Oh yé yé yé oh oh
Oh yé yé yé oh oh (Mon joli V12)
Oh yé yé yé oh (Un, dos, très, Vroum)

Toi toi mon joli V12, à l’arrêt sur ma pelouse
Quand j’y pense la folie guette, je monte à bord, je perds la tête
Toi ma belle bagnole, quand je touche enfin ta tôle
Je n' vois plus le monde autour, c'est peut-être ça l'amour.

 

4 avril 2020

Le Coincoin du coin. Sélection d'articles, du 2 au 4 avril 2020

02/04/2020

Le Coincoin du coin, mini-publireportage.

La nouvelle agriculture présentée par elle-même !

Le FNEP (Fédération nationale des épandeurs de pesticides), le FNAEC (Fédération nationale des arroseurs d’engrais chimiques), la CJEAPV (Confédération des jeunes éleveurs d’animaux pas vieux), la CAEPAEC (Congrégation des agriculteurs épandeurs de pesticides et arroseurs d’engrais chimique) vous présentent : la Nouvelle Agriculture !

La nouvelle agriculture c’est tout nouveau ! Au lieu de balancer les sacs d’engrais dans la machine à arroser, on utilise un doseur qui nous permet de réduire d’environ 20 % l’apport en engrais chimiques ! Avec la nouvelle agriculture l’épandage de pesticides est raisonné ! Au lieu de polluer les rivières avec des pesticides on utilise des plantes OGM qui nous permettent d’être tranquilles au moins deux ans avant que les parasites ne s’adaptent. Par sécurité on utilise quand même des pesticides mais de façon raisonnée, la raison c’est comprendre que deux sécurités valent mieux qu’une. La nouvelle agriculture est respectueuse de l’animal ! L’animal est nourri avec les ressources locales en plein air. Il mange l’herbe du pré tant qu’il y en a ! Puis il mange la moisson du pré d’à-côté tant qu’il y en a ! Les 60 % du temps restant, bien sûr la nouvelle agriculture ne va pas laisser mourir ses animaux ! Alors, comme l’ancienne agriculture, elle leur donne des fourrages et des céréales venues d’ailleurs, mais jamais de très loin, au pire ça vient de l’autre côté de l’Atlantique, jamais du bout du monde ! La nouvelle agriculture n’est pas comme l’ancienne, celle pas moderne où les gens s’épuisaient à la tache, quand il fallait mettre presque toute la population dans les champs rien que pour la nourrir ! Non ! La nouvelle agriculture utilise des machines flambant neuves ! Elle utilise des drones pour remplacer les avions d’épandages et des moissonneuses géantes pour que les enfants des agriculteurs puissent jouer aux jeux vidéos au lieu de traîner dans les champs à apprendre un métier dépassé. Elle met le bétail sur des manèges tout automatiques qui l’amusent beaucoup et rendent sa vie souriante au lieu d’être toujours tripoté par des vieux paysans pervers. La nouvelle agriculture pourra bientôt produire tout ce qu’on mange avec probablement moins de 100.000 exploitants agricoles qui aimeront se faire appeler « entrepreneurs » ou « capitaines d’industrie agricole ». Pour cela la nouvelle agriculture fait comme celle de juste avant, elle favorise le rachat des petits par les gros pour leur bien (le bien des petits ou des gros, c’est selon). La nouvelle agriculture accepte de céder des terres aux nouveaux bétonneurs, mais à condition que l’État mette tout son poids dans la balance pour que la nouvelle agriculture ait des avantages que la très ancienne agriculture n’a pas, comme des énormes subventions par exemple. La nouvelle agriculture aime bien les coopératives, comme celle de juste avant. Les coopératives ça donne de la coopération entre les agriculteurs ! Mais pas ceux qui refusent de faire tout comme elle dit la coopérative car ils manquent d’esprit coopératif et il est mieux pour la nouvelle agriculture qu’ils disparaissent. La nouvelle agriculture a pour partenaire principale la grande distribution parce que les circuits de la grande distribution favorisent l’hygiène et les gens qui achètent dans la grande distribution des concombres sous plastiques tombent moins souvent malades que ceux qui achètent sur les étales désuets des agriculteurs de la très ancienne agriculture ! Il est même prouvé qu’ils résistent mieux au covid-19 ! La nouvelle agriculture produit des choses jolies, des choses qui ont des couleurs et des tailles uniformes, des choses qui correspondent au goût des consommateurs, comme celle de juste avant d’ailleurs, mais de façon renouvelée !

La nouvelle agriculture fait de la publicité ! Pour dire à tous les niais qui calquent leur consommation sur le pouvoir publicitaires des firmes et des lobbys comme elle a changé ! La nouvelle agriculture vous remercie d’avoir suivi ce mini publireportage !

PS : par contre la nouvelle agriculture est un peu emmerdée de ne pas pouvoir récupérer quelques milliers d'africains payés au lance-pierre pour les récoltes à venir à cause du covid-19. Elle demande à tous les français désireux de vivre une expérience exotique de considérer la cueillette comme une activité des plus ludiques.

03/04/2020

Le meilleur ami de l’homme n’est pas son chien, c’est son banquier !

Une chronique économique des pages droites du Coincoin du coin par L-A. Monnet.

Reste-t-il des personnes assez peu instruites pour prendre pour argent comptant des stupidités publicitaires du style : « Mon banquier ? C’est moi ! » ? C’est plus que probable dans la mesure ou même certains banquiers arrivent à nier psychiquement être des banquiers, du moins nient-ils les vrais ressorts de leur métier. Il se trouve que si personne ne vous a donné d’agrément pour pratiquer le métier de banquier, vous n’êtes pas banquier ! Je ne parle pas là du métier d’employé de banque mais de la banque en elle-même. Bien sûr vous pouvez toujours claironner « Mon banquier ? C’est moi ! » si vous n’avez jamais rencontré vos interlocuteurs et que vos activités en ligne vous laissent penser que vous faites beaucoup d’économies, il est possible que vous fassiez quelques économies au demeurant mais c’est plutôt anecdotique. Le jour où vous aurez besoin d’un prêt vous saurez que vous n’êtes pas votre banquier ! D’ailleurs même votre banquier ne se prête pas de l’argent à lui-même, il a besoin de vous, emprunteur, pour en prêter et, c’est là que la magie opère, il peut vous prêter beaucoup plus d’argent qu’il n’en a, un pouvoir qui lui vaut sans doute sa très mauvaise réputation que je vais tenter de racheter dans cette chronique, si besoin à l’aide de quelques emprunts.

Disons au préalable un mot sur deux positions extrêmes qui ont encore cours. La plus répandue étant encore l’idée que les banques offrant des crédits le font intégralement à l’aide de leurs capitaux propres et des dépôts de leurs clients. Chose étonnante, il reste encore des banquiers qui n’arrivent pas à dire ouvertement, ne serait-ce que lors d’un repas de famille, entourés de gens de confiance, que ceci est complètement faux ! La position à l’autre extrémité laisse croire que les banques font absolument ce qu’elles veulent, qu’elles créent de la monnaie ex-nihilo sans aucune contrainte ni garde-fou. Si tel était le cas, nulle ne ferait jamais faillite ! Il n’est pas dans le propos de cette chronique de dire si on a, oui ou non, eu la main un peu lourde quand il s’est agi de supprimer certains garde-fou, la régulation bancaire nécessite beaucoup plus qu’une chronique ! Ce que je veux ici c’est mettre certaines personnes qui ont la critique du système un peu trop systématique face à leurs actes. Car parmi ces personnes il en est qui sont, à bien des égards, les gagnants de ce système au sein duquel les banques jouent un rôle majeur ! Quand je dis « gagnants » j’entends « gagnants » au sens large, j’englobe donc ceux qui ne voient que le mauvais côté des choses parce qu’ils ne se sont jamais réellement extirpé d’une certaine pauvreté ou que leur niveau de vie ne leur semble pas en adéquation avec la haute opinion qu’ils ont d’eux-mêmes. La vérité c’est que le monde est truffé d’inégalités mais dans ce monde d’inégalités, si les français en particulier et les occidentaux en général ont plutôt bien tiré leur épingle du jeu ces derniers siècles, leurs systèmes bancaires ne sont pas pour rien dans cette réussite. La banque est la plus libératrice des institutions, elle est la liberté contre tous les archaïsmes sociétaux, elle rend possible l’ascension sociale, en outre elle est le plus neutre moyen d’accession à la propriété !

Vous auriez pu naître dans un monde sans banques, naître dans un monde aux traditions séculaires, un monde d’héritage. Vous auriez pu hériter d’une fortune, vous le pouvez encore d’ailleurs, la banque n’empêche en rien, elle rend les choses possibles. Vous auriez pu être à 20 ans, un être d’ambition, ambition de fonder une famille, ambition d’avoir une maison, ambition d’ouvrir un commerce. De l’ambition, du talent peut-être, de la volonté… mais pas un rond ! A la force du poignet, à faire tourner le cervelet, mettre un sou de côté, chaque jour. Et vivre en attendant, avec conjoint et enfants, chez vos parents ou les siens, ou bien louer un appartement, tant d’argent qu’on aurait pu… qu’on aurait dû… Ou alors le village tout entier aurait retroussé ses manches pour la maison des enfants du pays ! Paysans, bûcherons, maçons, tout à la fois, des savoir-faire ancestraux, pas n’importe lesquels, ça vous construit des chalets savoyards dans des pentes à 30 %, toujours debout cent ans plus tard, c’est beau ! Certes… mais n’oubliez pas tout ce que ces gens ont fait pour vous ! Le redevable, la redevance, tout à un prix. Ce ne sont pas les anthropologues qui me démentiront. Oh j’en ai lu de leurs ouvrages ! J’y ai parfois appris des choses étonnantes, des constructions sociétales remarquables par leur imagination, leur complexité, qu’elles soient génératrices d’une certaine richesse matérielle ou totalement ascétiques. Il m’en reste sûrement des milliers à découvrir mais jusqu’ici, rien n’y a fait, mon libéralisme s’en trouve toujours renforcé, mon rêve américain avec, c’est complètement flippant tous ces carcans, ces préceptes moraux. C’est d’ailleurs pour cela que mon rêve américain n’est certainement pas celui d’un descendant d’une dynastie bancaire, de celles dont on s’inspire pour faire des films sur la grandeur de cet Empire, avec tous leurs passages obligés, non vraiment, c’est complètement flippant tous ces carcans, ces préceptes moraux ! Mon rêve américain pourrait paraître moyen, c’est celui d’un type qui veut faire un truc mais n’a pas de fric et va voir son banquier. Et ce type n’a pas de casseroles aux fesses, et ce banquier n’a pas de préjugés, il ne regarde pas la couleur du type, ni sa religion, il lui donne sa chance. Et le type rembourse selon les termes du contrat, et ni l’un ni l’autre ne se devront plus rien ! Un libéral aime son banquier parce que son banquier le libère. Un libéral veut vivre dans une société où il peut épouser une strip-teaseuse le jour de leur rencontre totalement hasardeuse à Las Vegas, pas dans celle où tout le village a construit la maison qu’il occupera avec la femme de sa vie… qu’on a un peu choisie pour lui dans le village d’à-côté ! Un libéral n’emprunte pas d’argent à son meilleur ami, il l’emprunte à son banquier ! Un libéral s’interrogera toujours sur le bien-fondé de l’héritage, ou bien c’est un faux libéral, le monde est truffé de faux libéraux ! De manière générale d’ailleurs, une bonne partie de la population est un faux, une bonne partie de la population est de gauche parce qu’elle a des intérêts en la mise en œuvre d’une politique de gauche ou de droite parce qu’elle a des intérêts en la mise en œuvre d’une politique de droite. J’exècre cette partie-là ! Cette partie-là ne pourrait pas travailler au Coincoin du coin, un canard qui demande de la constance dans les idées.

Venons-en a une partie un peu plus pratique pour vous faire comprendre que, même si vous vous en défendez, du moment que vous avez eu recours à l’emprunt bancaire, le plus souvent cela aura servi vos intérêts. Bien sûr je ne prétends pas que la banque n’ait jamais mis personne dans des difficultés insurmontables, il y a des cas de figure où les gens n’ont tout simplement pas de chance, ou le sort semble s’acharner sur eux alors qu’ils n’ont pas fait les choses moins bien que d’autres, il y a des moments propices aux affaires, d’autres moins, il y a des coups durs et des externalités presque imprévisibles. Une institution bancaire respectable doit être capable de faire la part des choses et ne pas sombrer dans un acharnement mesquin quand elle-même a déjà recouvré sa mise de départ. Cela dit, au moins dans les pays occidentaux après guerre, le système bancaire a fait beaucoup plus d’heureux que de malheureux, j’en suis absolument convaincu. Pour le faire comprendre je vais établir des mondes simplistes avec une situation de départ donnée. Peu importe la manière par laquelle est advenue cette situation et pourquoi vous n’y jouez pas le rôle de privilégié. Supposons un pays où un seul individu a reçu l’intégralité des propriétés en héritage. Supposons que vous gagniez 3000 euros par mois et louiez un appartement de 100 mètres carrés au prix de 1000 euros par mois (vous n’êtes donc pas parisien mais notre économie simpliste est du genre territorialement uniforme). Supposons que la banque centrale manœuvre tant et si bien qu’elle parvient à garantir une absolue stabilité des prix y compris immobiliers. Supposons que vous rentriez dans cet appartement le jour de vos 20 ans et cassez votre pipe le jour de vos 80 ans. Vous aurez passé 720 mois dans cet appartement et payé 720.000 euros de loyer. Maintenant le propriétaire unique décide de ne plus être aussi omnipotent que ses aïeux et est prêt à céder une partie de ses propriétés, à un prix négociable. Par ailleurs vous n’êtes ni un acheteur compulsif ni un pingre total et sur vos 3000 euros de revenus, vous êtes en mesure d’en épargner 100 par mois qui grossiront votre compte en banque. Vous pouvez toujours laisser passer 20 ans et aller voir votre propriétaire avec vos 24.000 euros économisés pour lui demander si deux ans de loyer peuvent le convaincre de vous vendre son bien. Il est assez probable que non. Supposons que ce propriétaire ne soit pas un requin absolu et qu’il vous dise : « Mettez 200.000 sur la table et il est à vous ! » Si vous venez de passer 20 ans à payer un loyer, que vous n’êtes pas certain du temps qu’il vous reste à vivre, cela va vous paraître très cher. Mais s’il vous dit cela le jour où vous rentrez dans cet appartement, à 20 ans et que par ailleurs, un banquier qui passait par-là vous dit : « 200.000 euros ? Je vous les prête moi ! » Ah ! Ah ! Voilà qui demande réflexion. Dans notre économie simpliste le taux d’inflation est nul mais l’activité n’est pas aussi déprimée que dans le zone euro donc la banque centrale ne prête pas de l’argent à taux négatif aux banques commerciales pour qu’elles le reprêtent à taux nul ou quasi-nul. Supposons que le banquier vous propose un taux de 3 % annuel, on est tout de même loin de l’usure. Vous acceptez le deal et à 20 ans vous voilà en possession d’un appartement de 100 mètres carrés, du moins il sera à vous quand vous en aurez remboursé le prêt, c’est le principe de l’emprunt hypothécaire.

Penchons-nous sur le prêt que vous avez contracté. Quelle durée avez-vous choisie ? Souvenez-vous que vous avez maintenant 1000 euros de loyer en moins à payer et que vous êtes toujours en mesure d’économiser 100 euros par mois sur votre salaire. Cela fait 1100 euros. Par ailleurs vous prévoyez que les charges et impôts liés à la propriété, à son entretien seront de 300 euros par mois, mieux vaut ne pas trop vous planter dans vos calculs. A propos de calculs simplifions-les en supposant un remboursement en un seul paiement annuel. Vous êtes donc en mesure d’avoir une charge de la dette équivalente à 9600 euros par an. Si dans un cas extrême ils ne servaient qu’au paiement d’un intérêt sans remboursement de capital, ces 9600 euros pourraient payer un intérêt perpétuel de 3 % sur un capital de 320.000 euros. Mais vous ce qui vous intéresse c’est de devenir propriétaire, pas de payer ad vitam æternam une nouvelle forme de loyer. Notez tout de même, que dans l’absolu, vous pourriez emprunter 320.000 euros si le banquier veut bien vous les prêter, acheter l’appartement 200.000 euros, et commencer à rembourser le capital à l’aide des 120.000 autres euros. Très mauvais calcul ! S’il était bon vous auriez découvert une sorte de martingale valant son pesant d’or, autant dire que d’autres l’auraient trouvée avant vous. Il n’y aucun intérêt à payer des intérêts sur de l’argent que l’on n’utilise pas, ou plutôt, dit autrement, vous ne trouverez pas le moyen d’arriver à un restant dû de 200.000 euros avant d’avoir dépensé les 120.000 euros empruntés en plus, donc vous ne pouvez que rallonger la durée de votre prêt et au final le montant des intérêts payés.

Alors en combien de temps, vous qui êtes à même de consacrer 9600 euros par an au remboursement d’un crédit, allez-vous pouvoir solder votre dette et accéder au statut très glorieux de propriétaire ? Faisons au préalable le calcul qui fait rêver les endettés : un taux à zéro pourcents ! Si vous aviez un taux à zéro pourcent, pour rembourser 200.000 euros par annuités de 9600 euros, il vous faudrait un peu moins de 21 ans, autant dire un bagatelle ! Mais dès que les taux s’en mêlent, on a l’impression qu’il faut avoir fait des études de banquier pour s’y entendre et calculer le nombre d’annuités dues. En fait pas du tout pour les taux fixes : il faut juste prendre le problème à l’envers ! Toutes vos annuités doivent correspondre à un montant de 9600 euros ! Sauf qu’au départ vous payez beaucoup d’intérêt et remboursez peu de capital, mais puisque peu à peu le capital dû diminue, le montant des intérêts diminue aussi et vos 9600 euros permettent de rembourser de plus en plus de capital. Les premiers relevés que vous envoie votre banquier et qui vous donnent l’impression que cela ne sera jamais fini prennent année après année une tournure beaucoup plus réjouissante ! Or, la dernière année de votre crédit, à quoi correspondront en terme de capital et d’intérêts les 9600 euros que vous donnerez à votre banquier ?

Soit C le capital restant dû sur lequel porte un intérêt de 3 %, nous avons donc :
C + 0,03xC = 9600
1,03xC = 9600
C = 9600 /1,03
C = 9320,39
Nous allons donc faire en sorte que, un an jour pour jour avant la fin de votre crédit, vous deviez à votre banque la somme de 9320,39 euros, sur laquelle portera un intérêt de 279,61 euros. Portons-nous maintenant une année plus tôt. Une année plus tôt cette somme de 9320,39 euros n’a pas encore été remboursée, et donc ces 279,61 euros d’intérêts sont dus également. Ce qui fait qu’il ne vous reste que 9600 – 279,61 = 9320,39 euros (aucun hasard là-dedans) à consacrer au remboursement du reste de votre crédit. Or sur ces 9320,39 il faut là-aussi penser aux intérêts du banquier.
C = 9320,39/1,03
C = 9048,92 > c’est le capital que vous serez en mesure de rembourser cette année-là. L’intérêt de cette même année sera de 279,61 + (9048,92*0,03) = 551,08 euros.

Plus on remonte dans le temps plus le capital remboursé sera faible et plus l’intérêt versé sera fort. En n-3 avant la fin du remboursement vous devrez ces 551,08 euros en intérêt plus ceux portants sur le capital pas encore remboursé et qui va l’être en fin de cette annuité n-3. Sans le reprendre ici il est assez facile de faire le tableau d’annuités complet et de constater qu’à un taux de 3 % il faudra à l’emprunteur un peu plus de 33 ans pour rembourser les 200.000 euros. Si le taux avait été de 2 % il lui aurait fallu un peu plus de 27 ans, et si le taux avait été de 1 %, moins de 24 ans. A l’inverse un taux de 4 % porte la durée de remboursement à plus de 45 ans et un taux de 5 % n’est pas remboursable en une vie d’homme avec un même principe. Cela montre à quel point une petite différence de taux peut modifier la donne et comment, dans une société plus réaliste, peuvent s’établir les prix de marché et les taux, peu de gens étant disposés à acquérir un bien s’il leur en coûte plus sur la durée que le même bien en location. Cependant un taux de 5 % dans notre exemple ne doit pas être nécessairement vu comme usuraire, il n’est simplement pas viable, pour un emprunt de 200.000 euros, avec des annuités de 9600 euros. Mais un individu qui serait capable de faire de plus gros efforts pour son logement, donc à consommer moins par ailleurs, pourrait parfaitement devenir propriétaire de cet appartement même avec un taux de 5 %. S’il se mettait en état de pouvoir consacrer 12000 euros par an au service de sa dette, il deviendrait propriétaire en moins de 37 ans. Ordinairement un emprunt hypothécaire nécessite un apport et il est convenu que consacrer un tiers de ses revenus à son remboursement est une proportion très raisonnable. Une durée de 20 ans est déjà dans la moyenne haute et très rares sont les prêts dépassant les 30 ans. Mais si on y réfléchit de plus près, en comparaison d’une location à vie, les avantages de l’accession à la propriété sont en moyenne indéniables et ils le resteraient avec des crédits dépassant les durées moyennes actuelles. Bien sûr la réalité est bien plus complexe car les prix de marché varient très différemment d’une région à l’autre, mais il est actuellement admis que certaines zones largement identifiées n’ont qu’une très faible probabilité de voir leurs prix immobiliers baisser et qu’il est même peu probable de ne pas les voir monter plus hauts qu’ils ne le sont déjà. En somme, ceux qui ont eu ou ont la possibilité d’acheter dans ces zones ne sont pas encore parvenus au statut très envié de banquier, mais il y a quelque chose en eux qui peut s’en approcher, ils auront très certainement la chance inouïe d’être d’une certaine façon « payés à rien foutre », et je ne dis pas cela de façon péjorative envers les banquiers, il en faut ! Car pour le commun des mortels, seul un banquier est en mesure de faire d’un rêve un rêve accompli ! Prenez la question dans tous les sens, dites-vous qu’il n’est pas juste que certains aient hérité de tout quand vous devez faire un emprunt pour devenir propriétaire, le monde est ce qu’il est et dans ce monde votre banquier est votre meilleur allié !

04/04/2020

Conversations de fenêtres et balcons. Nos pigistes ont entendu…

– Dites monsieur ! Cela fait plusieurs jours que je vous observe. Vous savez que c’est interdit de nourrir les pigeons ?
– Oui je sais mais là c’est le confinement !
– Et donc ?
– Donc les pigeons vont peut-être mourir de faim. Ils l’ont dit dans le Coincoin du coin.
– Cela m’étonnerait ! S’ils l’avaient dit sur BFM-TV, je voudrais bien le croire mais le Coincoin du coin, franchement, avec toutes les conneries qu’on y lit ! D’ailleurs j’ai déjà souvent entendu dire que c’était une connerie de nourrir les oiseaux au printemps. Ça les rend dépendants !
– Les pigeons de ville sont par nature dépendants ! Comme y a plus d’humains dans cette rue y a plus non plus de pigeons ! Suffit de regarder !
– Eh ben tant mieux ! Cela fera des nuisances en moins !
– Moi j’aime bien les pigeons. Vous avez vu comme il est joli celui qui vient manger mes graines ?
– Comment vous savez que c’est toujours le même ? Ils se ressemblent tous !
– Pas du tout ! Celui-là est très facile à reconnaître. J’ai mis plusieurs jours à l’attirer mais maintenant je suis bien content.
– Vous le nourrissez dans l’intention de le bouffer ?
– Non ! C’est juste que j’ai besoin de compagnie à cause du confinement.
– Ben adoptez un chat !
– Ça va pas non ? Pour qu’il s’attaque à mon pigeon ?!

04/04/2020

Conversations de fenêtres et balcons. Nos pigistes ont entendu…
– Hé ! Bonjour madame ! Avec mes enfants on s’inquiétait de ne plus vous entendre nous engueuler !
– Fallait pas ! Personnellement vous ne m’avez pas manqué !
– Vous étiez malade ?
– Ça se pourrait.
– Oh ! Ne me dites pas que vous avez attrapé le…
– Il y a d’autres maladies dans la vie figurez-vous ! Et je pense que celle-là je l’attraperai après vous ! Je ne passe pas ma vie dans la rue moi !
– Nous non plus, seulement une heure par jour. Vous avez vu comme le ciel est bleu ? Il paraît que l’air n’a jamais été aussi pur depuis des lustres.
– Fatalement.
– Du coup ce serait dommage de ne pas en profiter pour sortir les gosses.
– Ouvrez en grand les fenêtres ! L’air est le même !
– Oui mais non. Ah si j’avais un balcon !
– Il est pas tombé du ciel ! Ça se mérite !
– De 6 mètres de long !
– Plus près de 7 !
– Au revoir madame ! A demain, si vous allez bien !
– C’est ça oui.

04/04/2020

Le Coincoin du coin, un canard « Sachant-sachez ! »

Le Coincoin du coin propose aujourd’hui un exercice à destination des petits génies des classes maternelles.
Grâce aux explications du gouvernement sur les exponentielles, vous avez appris comment, à partir d’une seule personne atteinte d’un virus qui se diffuse à la vitesse de 2,2 personnes contaminées par personne déjà contaminée tous les 6 jours, en moins de six mois la terre entière pouvait être potentiellement contaminée. A l’aide du même principe nous vous demandons de répondre à la question suivante :

Si les caméras de la place Bellecour à Lyon ont décompté la présence de 27 personnes dans tout son périmètre le vendredi 27 mars à 16h alors qu’il faisait un temps magnifique, que ces mêmes caméras ont décompté au même endroit la présence de 141 personnes le vendredi 3 avril à 16h alors qu’il faisait un temps magnifique, en supposant le regain d’affluence sur cette place suit une loi exponentielle, calculez combien de personnes il y aura sur la place Bellecour le vendredi 10 avril à 16h sachant que météo France annonce un temps magnifique pour les 15 jours à venir !

04/04/2020

Courrier d’électeur.

Nous avons reçu hier un courrier d’un lecteur, canardé occasionnel ou régulier, impossible de le savoir. Ce courrier était anonyme mais nous semble digne d’être rapporté. Il s’intitule sobrement : 

« La Haine ! »

Cher Coincoin.

Je suis livreur à vélo. Autoentrepreneur comme on dit. J’aurais dû me mettre au vélo plus tôt, j’ai l’impression d’avoir un assez bon niveau. Entre les zones où je livre et celle où j’habite, ça fait déjà une trotte. C’est un métier dangereux. Je ne sais pas s’il est plus dangereux quand je fais les livraisons ou quand je fais le trajet entre mon domicile et les zones où je livre. Pour l’instant j’habite encore dans le quartier où j’ai grandi, je crois que j’ai rêvé d’en partir mais faut pas le dire. De toute façon c’est moins bénéfique que je croyais, j’ai l’impression que ça ne peut pas vraiment s’arranger, je vais pas pouvoir pédaler bien plus vite et y a pas de quotas. Quand je suis sur ma commune j’ai toujours l’impression d’être en totale sécurité, même à vélo, comme si je connaissais le moindre nid de poule. C’est bizarre et sûrement trompeur, des nids de poules y en a et puis c’est peut-être à côté de chez moi que je vais me prendre un fourgon dans la gueule, pourvu que ce soit pas celui de mon cousin qui livre pour Amazon. Ici c’est beaucoup de béton et de bitume, y a des arbres aussi, du béton, du bitume et des arbres. Là où y a pas de bitume c’est là que le bitume manque, y a un nid de poule à la place, mais sans la poule et sans œuf. On vit en pile, un peu les uns sur les autres, je vois pas toujours la différence quand c’est le confinement ou pas. Enfin si, j’ai des voisins d’en-dessus flippés, des stockeurs, comme ils pensent que trop de gens ne respectent pas le confinement, ils n’osent plus fréquenter quiconque ; les gosses sortent plus, ils sont sur les nerfs, globalement le bruit proche est plus présent qu’à l’ordinaire. J’ai l’habitude du bruit, c’est le changement dans la nature du bruit qui m’énerve. Le milieu de la nuit m’a l’air plus calme en ce moment, mais si je m’en rends compte c’est sûrement que je dors mal, alors que je suis crevé. Je dois pas être trop vivable maintenant, ma copine me prend la tête, c’est vraiment mieux que je bosse. Quand je sors de ma commune, alors que je le fais depuis plusieurs années, j’ai encore l’impression que le danger est tout de suite plus présent. Mes zones de livraison sont au centre de l’agglomération, c’est plutôt vers le nord mais je vais vers l’ouest pour prendre une voie roulante. Dans la commune limitrophe c’est déjà la ville sans la cité, du moins là où je passe. La rue est plus étroite, passante, c’est pas propre au livreur à vélo, tous les vélos doivent rester sur leurs gardes, parce qu’on est presque tous pareils, on va pas rester plantés derrière le bus dans le bouchon, on se faufile, les scooters se faufilent aussi, si loin du but. Après c’est la nationale, ça s’appelle encore la nationale. Entre deux feux ça roule, du moins à vélo ou scooter. On peut se laisser griser, vaut mieux pas. Les mecs en un tour de main dépassent 50, tout autour de toi est plus gros et plus rapide, si ça cartonne, si y a un mort, c’est toi ! On m’a proposé une solution pour laisser mon matériel au centre, mais ça veut dire rentrer en transports en commun, ce serait une perte de temps et d’argent. Quand j’arrive dans mes zones de livraison le stress baisse. Je retrouve des gars que je connais, à attendre ensemble on s’en raconte des choses. C’est bizarre d’être là, c’est pas des quartiers que je connaissais avant. Quand on allait avec des copains au centre c’était vraiment l’hypercentre, enfin, les endroits très connus. Enlevez-nous nos vélos et tout ce qui nous identifie comme prestataires des boites de livraison, les flics viendraient direct nous demander nos papiers et ce qu’on fout là. Je sais pas quoi en penser. C’est le premier boulot où je tiens si longtemps, j’ai toujours eu du mal avec les types qui me disent ce que je dois faire. Là c’est beaucoup moins personnel, pourtant, quand on y réfléchit… y a moins moyen de foutre une dérouillée à l’enfoiré qui… C’est ce que j’ai fait un jour, il l’avait mérité, si c’était à refaire je le referais. Après ça limite les possibilités aussi. Est-ce qu’on peut se griller aussi vite en tant qu’autoentrepreneur ? Peut-être encore plus vite. Impossible de lutter contre Big Data, Big Data is watching you ! Alors je suis dans ces quartiers. Un pote qui se prend pour un rital m’a dit : « Ici avant on était persona non grata ! » On en a discuté. Est-ce que c’est source d’orgueil si maintenant on est dans ces quartiers et les flics passent en nous considérant comme des travailleurs, des gens utiles à la société ? On se laisserait facilement prendre au jeu. Et si ça marchait bien. Si je gagnais suffisamment ma vie par ce biais-là pour envisager une autre vie ? Qu’est-ce que je deviens après. Quel regard je porte sur les autres, ceux qui n’ont pas eu mon courage d’affronter le bitume ? Je serai de l’autre côté, ça voulait dire que c’était facile, qu’il suffisait de le vouloir. Je parlerai comme Macron ! Ils diront « il a changé ». De toute façon c’est pas trop ce qui se profile. Je peux pas faire beaucoup mieux, pas pédaler plus vite. Ou bien si, en habitant ici, je gagnerais du temps. Pour habiter ici faudrait que je pédale beaucoup plus vite. Ici c’est pas l’hypercentre mais c’est pas sans danger à vélo. Je trouve que c’est un peu un mix entre tout ce que je vois ailleurs, sans les nids de poule. Ma commune, celle limitrophe, la nationale. On passe d’une rue très tranquille à un rond-point où déboulent des scooters et des bagnoles dans tous les sens. Et là les minutes sont vraiment décomptées, faut tenir sa cadence ! Avec les autres livreurs à vélo on est un peu un genre d’équipe de foot, on s’identifie à ce métier, on en tire une fierté et globalement on s’entraide. On ne peut pas non plus faire comme si y avait pas de concurrence entre nous. Je me demande combien d’années je vais faire ce métier sans prendre un gros carton. Je suis déjà tombé deux fois, au tout début, rien de bien grave, sur le coup on a les nerfs, aussi parce qu’on a compris que la boisson avec son couvercle foireux vient de saccager le contenu du sac. Je me souviens quand on a commencé à livrer pour Mc Do, tous ces connards qui commandaient des menus avec leur coca dans des gobelets en carton. Et après ça se plaignait ! Mais tu peux pas avoir du Coca dans ton frigo pauvre con ! Trimballer du Mc Do en bagnole c’est déjà pas une garantie mais en vélo, t’as envie de leur dire : « A vos risques et périls ! » Mais qui les prend les risques et les périls ?

Il faut que je me couvre mieux. Pour quelle garantie ? Les gens ils savent ce que c’est un système de santé qui n’est pas uniquement fait pour les plus riches. C’est pour ça qu’ils sont pas si pressés que ça d’achever un système que les macronistes jugent dépassé. Avec le coronavirus même les riches flippent, ça me fait marrer, c’est presque équitable. J’aimais pas le salariat parce que j’étais trop souvent dirigé par des cons, mais faut dire que c’est quand même un moyen de lutter contre l’arrivée d’un système de santé à la tête du client. Le client faut qu’il s’assure de son côté. Nous les autoentrepreneurs on est censé participer à ça, la fin d’un système qu’était plus juste. Si je m’en sortais mieux, si j’étais le mieux assuré du monde dans mon boulot, j’aurais quand même un peu l’impression de cracher dans la soupe. Je connais une personne qui été gravement malade, une hospitalisation longue, maintenant elle est guérie, on n’avait pas d’argent pourtant. Dans le futur elle mourra.

Dans les zones où je livre, c’est vraiment pas la zone, mais ils ont l’air mieux confinés qu’ailleurs. Ils ont peur de mourir, de voir mourir les leurs. Si les arabes avaient leur propre groupe sanguin et qu’une maladie transmissible à tous ne tuait que les gens de ce groupe sanguin, est-ce que tout le monde se confinerait pour sauver les arabes, pour me sauver ? Cette maladie a le sens de la démocratie et la médecine n’est sans doute pas encore assez privée, l’accès au respirateur n’est pas garantie, sauf peut-être pour les très très riches et les ministres. Dans les zones où je livre tout le monde n’est pas très très riche mais y a pas trop de pauvres. En temps ordinaire les gens guérissent quand on les soigne bien, si c’est à l’hôpital public, avec l’argent de l’assurance maladie, ça leur va. Si demain c’est dans une clinique privée avec une assurance privée, ça leur va aussi, à croire que ça leur va mieux même. Je sais pas toujours quoi penser des gens chez qui je fais des livraisons, du moins pas tous. Je devrais laisser à certains le bénéfice du doute. Je livre pas trop chez des vieux, ça arrive quand même, des familles aussi mais je frappe souvent à la porte de gens qu’ont à peu près mon âge. C’est pas la zone mais franchement, y en a qu’ont l’air de s’entasser bien plus que des familles nombreuses en cité. Vivre là a ce prix-là ! Se vendre à des marchands de sommeil, c’est sans doute moins difficile que d’aller vivre avec nous. Je ne sais pas quoi en penser, je peux le comprendre, y a des barrières, je crois pas en avoir élevé une mais on s’est aussi caché derrière. Celui qui élève des barrières il vit par-là, ça pue, je le sens ! L’étudiant dans son buis-buis qui coûte une fortune, c’est pas folichon mais au point où il en est il peut se payer du Uber. Pourrait bouger son cul cette larve, c’est pas si loin, ça ferait que j’aurais pas du boulot aussi. Des fois l’étudiant dans son buis-buis écoute du hip-hop, des fois le même que moi, des fois il a l’air d’aimer les mêmes marques que moi. Qui se ressemble s’assemble ? Cela me donne plutôt l’envie de gerber. Je devrais pas. C’est notre réussite commune, banlieue-cité, le sport et la culture, notre pouvoir d’influence, ce qui fait que y en a qui s’en sortent, et carrément bien des fois. Merde ! Faut qu’il s’habille en moi pour qu’on s’en sorte ? Là dans son buis-buis ? Il sera pas sapé comme ça dans son taf ! Habille-toi pas en moi ! File-moi un boulot où tu te croiras pas meilleur que moi, ou paye le mien à sa juste valeur ! J’assume les risques et le périls !

J’ai jamais dit « j’aime bien ce que t’écoute ! » Bonjour-Au revoir ! Est-ce qu’on pourrait être un jour du même côté de la barrière ? Celui qui élève des barrières il vit par-là, ça pue, je le sens ! C’est pas que des buis-buis ici ! Y en a finalement peu. C’est plus souvent « j’t’en mets plein la vue ! » Tu restes à la porte mais chouffe la gueule de la porte ! Le hall et son parquet ciré, nickel, je voudrais m’allonger là sur le sol ! Y a des immeubles où j’ai pas mis les pieds depuis le début du confinement, barrés ! Mais y a des confinés qu’ont l’air de ne même pas avoir de cuisine, personne leur a appris à faire cuire un œuf peut-être. Faudrait les remercier, qu’on travaille encore, si on travaille plus, qu’est-ce que Macron nous file ? Y a un mec, je l’ai livré quatre fois en quinze jours, je connais son resto préféré mais ça reste statistiquement improbable, j’avais jamais sonné chez lui avant le confinement. Le genre de type qui bouffe pas souvent chez lui en temps ordinaire, il est en télétravail, c’est presque sûr. Il ouvre à la cool, shirt et tee-shirt, pieds nus. La porte est large, ouverte en grand on devine le fric qu’il faut pour habiter là. J’ai décrété qu’il vivait seul ici, au premier contact j’ai su que je le détestais. Pas parce qu’il me fait penser à l’un de ces managers à la con qui rendent le salariat impossible, pas du tout, le mec se la joue gentil, poli, mièvre, le mec se paye mes services, il me dit merci. Et moi dans son merci, sa voix, ses yeux, j’ comprends pas ça, moi j’ comprends que je suis sa pute. Celui qui élève des barrières il vit ici, je le sens. A chacune de mes venues j’ la sens monter en moi. Faudrait qu’ je laisse la course à quelqu’un d’autre, mais y a quelque chose qui m’attire là. Pas le corona. La haine !

2 avril 2020

Le Coincoin du coin. Sélection d'articles, du 27 au 29 mars 2020

27/03/2020

L’appel au trou-day !

Après l’appel à la troustache qui s’est répandu sur le net comme une traînée de poudre grâce à l’aide précieuse de nos canardés en ligne, le Coincoin du coin lance aujourd’hui un nouvel appel. Cet appel vise à signifier au gouvernement que, si les français sont décidés à jouer le jeu du confinement pour tenter d’enrayer la propagation du covid-19, ils ne sont pas disposés à laisser aux autorités le loisir d’interpréter après coup cet évènement comme un essai grandeur nature de servitude volontaire. Viendra le temps de la remise en route, remise en route dont le Coincoin du coin peine à imaginer qu’elle puisse se faire par la simple parution d’un décret renvoyant d’un coup tous les écoliers sur les bancs des écoles et les travailleurs confinés au travail. Si nous avons tant et tant contesté cette décision c’est aussi parce que nous pressentions qu’il était facile de la décréter et pratiquement impossible d’en sortir sans prendre le risque de voir tous nos efforts anéantis en quelques jours. Nous pressentons une sortie du confinement individualisée par un dépistage à grande échelle, dépistage devenu possible par la production entre temps des ressources nécessaires. Nous sommes cependant bien incapables de dire ce qui en résulterait. Qui devrait être autorisé à reprendre une activité normale ? Ceux qui ne montrent aucun signe d’infection ? Ceux qui ont été infectés et guéris et ceux qui ont été infectés sans symptômes et à la charge virale très faible ? Sans doute cela dépendra de l’avancée de la médecine quant à un traitement ou un vaccin, ainsi que des prédictions concernant l’évolution du virus, si l’on pressent que l’été lui fera la peau ou s’il galopera presque aussi bien sous une chaleur caniculaire. Bref, si comme on l’aimerait tout de même, on se retrouve à la mi-mai avec un gouvernement qui annonce que tous les enfants vont pouvoir retrouver leurs enseignants à une date précise, alors nous pensons que tous les parents devraient renvoyer leurs enfants à l’école à cette date précise plus un jour. Et eux-mêmes bien sûr, ils devraient ne retourner au travail que le lendemain du jour où leur employeur les a convoqués. De ce jour sans confinement vous ferez un jour de balade en famille, un jour de festivités, même s’il vous tarde de vous remettre à l’ouvrage. Parce que vous n’êtes pas le pantin de monsieur Macron, parce que vous n’êtes pas le jouet de votre patron, parce que vous êtes des hommes et des femmes qui entendent rester libres de leur destinée, parce que collectivement nous ne serons plus à un jour près !

Bien sûr, le président viendra en amont avec sa tête fatiguée et fatigante à la télévision, vous rappeler à vos devoirs, à la nécessité d’être tous solidaires et volontaires, à la nécessité de partager ce fardeau que personne n’a posé sur nos épaules sinon le mauvais sort, à l’urgence de travailler plus pour gagner moins, à l’impératif de renoncer à bien des acquis sociaux au vu des comptes de la nation. Il vous rappellera que toutes ces choses matérielles qui vous entourent et qui ont rendu votre confinement finalement bien agréable, presque des congés payés, et d’ailleurs finalement c’en était, toutes ces choses matérielles ne tombent pas du ciel ! Qu’il faut des parents avec un certain sens du sacrifice pour que les enfants puissent continuer à en jouir et à les détruire, pour continuer à détruire la planète, à enrichir les esthètes et les élites, pendant que le reste du monde se délite. Euh… là on divague, il ne vous dira pas exactement les choses comme cela, mais c’est ce qu’il faudra comprendre !

Bien sûr, le président viendra en amont avec sa tête fatiguée et fatigante à la télévision, et ce ne sera pas un dimanche soir pour une annonce prenant effet le lendemain. Il veillera à laisser au moins un dimanche entre la fin du confinement et le retour au travail. Peu importe, si c’est un lundi que vous êtes censé reprendre votre activité, reprenez-la un mardi !

A vous d’entendre, à vous de voir !

Ciao Pantins !

27/03/2020


Brève de Coincoin

Notre pigiste lyonnais R. Mite nous fait part de sa première sortie après sa tentative avortée pour aller laver son linge.

« Vendredi 27 mars. J’ai encore un peu mal au crâne en raison des coups de matraque que j’ai reçus et je suis de mauvaise humeur. Mes piges au Coincoin ne me rapportent pas assez d’argent pour que je puisse avoir deux jeux de draps, donc j’ai dû remettre mes draps sales et c’est désagréable. Vraiment, j’ai envie de tout sauf de sortir. Mais le frigo est vide ! Pas de marché pour récupérer quelques légumes de qualité, je vais tenter de traverser une nouvelle fois la place Bellecour en espérant ne pas tomber sur la même patrouille. Direction le magasin Bio ! C’est un peu cher pour mon budget mais le confinement me fait faire des économies, donc je vais m’autoriser à dépenser un peu plus d’argent que d’ordinaire pour la nourriture. Arrivé là-bas sans encombres je constate que la boutique n’a que deux clients à cet instant mais quatre employés présents. Je suis les consignes du Coincoin du coin qui sont les mêmes que celles du gouvernement mais un cran au-dessus et qui, entre autres consignes, nous interdit de parler dans les commerces ! Donc je ne dis pas bonjour. Mais cela ne surprend personne puisqu’on est à Lyon. Par contre j’écoute les conversations des employés et je comprends très vite qu’ils sont en train de s’entretenir au sujet d’un cas de coronavirus dans leurs rangs. Le chef d’équipe tente de savoir quand l’employé atteint est venu travailler pour la dernière fois ou s’il est revenu faire des courses en dehors de son service. L’une des employées dit l’avoir vu le dimanche 22 mars. Je fais quelques courses en me tenant à distance et toujours sans mot dire. Je me dis que c’est quand même une bonne nouvelle car le Coincoin acceptera peut-être de publier ce témoignage et cela me vaudra un peu d’argent. Avec cette idée en tête j’achète une plaquette de chocolat qui annonce un prix au kilo stratosphérique. Mon petit panier rempli à hauteur de mon budget, je passe à la douloureuse, toujours sans répondre aux questions de la caissière qui semble se vexer un peu. Je ressors, le portefeuille allégé et l’esprit distrait, je manque de renverser une petite vieille qui s’apprêtait à rentrer dans le magasin. Je garde le cap, interdit de parler, pas d’excuses. Six pas plus loin je manque de passer sous les roues d’un bus que je n’ai pas vu venir. C’est perturbant d’être piéton dans une ville presque morte. Le bus est vide. Je me demande si les TCL demandent aux rares usagers de monter par l’arrière par souci de distanciation sociale. Sur la place, à l’entrée du métro, j’aperçois un gros contingent de pigeons, j’ignore si une âme charitable est venue ici braver deux interdits à la fois. Repartant vers la partie sud de la place j’essaye d’évaluer le nombre de piétons présents sur ce grand rectangle presque nu, une dizaine en comptant large. Si, en tant que pigiste, je n’ai pas vraiment eu mon mot à dire concernant la ligne éditoriale du Coincoin du coin, et si en tant que citoyen j’ignore finalement si le confinement généralisé était ou non la seule réponse possible, en cet instant précis je trouve la situation un peu paradoxale. Combien sommes-nous dans l’arrondissement ? Un peu plus de 30000. Si 1,2 millions de franciliens ont mis les voiles pour le confinement, on peut penser qu’à Lyon les proportions sont les mêmes, et peut-être supérieures en raison de la situation géographique qui facilite la fuite. Je me dis aussi que le 2ème, arrondissement riche, compte vraisemblablement une plus grande part « d’évadés grippaux » que l’ensemble de la ville. L’impression de calme que l’on ressent laisse penser qu’on n’est guère plus de 25000, si on rasait tous les bâtiments pour vivre à même le sol et se le partager de manière équitable, on disposerait chacun de plus de 100 mètres carrés, beaucoup plus que mon appartement, et apparemment plus que la surface de vente du commerce dans lequel nous nous trouvions à 7 quelques minutes plus tôt. Un commerce par lequel est visiblement passé le coronavirus et dont les employés ne disposent toujours pas de masques FFP2. C’est cela qui est un peu incongru, un confinement qui globalement interdit la fréquentation d’espaces sans risques et garde possible, par force, la fréquentation d’espaces contaminés, y compris par des personnes âgées. Alors, notre journal a-t-il raison de mettre en doute l’efficacité de l’action actuelle à cause de ce genre de constat-là ? Je n’en sais fichtre rien.

27/03/2020

Résultat du sondage pour l’assistance au gouvernement.

Hier nous avons fait paraître un sondage pour aider le gouvernement. En effet le gouvernement a de nombreuses questions à trancher et ses membres sont mis à si rude épreuve qu’ils pourraient se trouver rapidement en situation de Burn-out et prendre de mauvaises décisions. Les citoyens peuvent donc l’aider à faire les bons choix en donnant leur avis. Par exemple chacun sait qu’actuellement la situation dans les prisons françaises, d’ordinaire très difficiles, devient critique en raison du nombre de cas avérés ou suspectés de coronavirus chez les détenus et chez les gardiens. Les autorités pénitentiaires envisagent donc d’alléger le fardeau en libérant dans les jours à venir, environ 5000 prisonniers. Ces prisonniers seront à choisir parmi ceux ayant les peines globales ou résiduelles les plus courtes. Aussi hier nous vous avons posé la question suivante :

« A votre avis, quels prisonniers devraient être libérés en priorité parmi les propositions suivantes ? »

Vos réponses se sont établies comme suit et nous espérons que certains ont juste cliqué au mauvais endroit.
A/ Les auteurs de féminicides et les violeurs en fin de peine. 3 %
B/ Les pédophiles en fin de peine. 1 %
C/ Les auteurs de violences conjugales et familiales toutes peines confondues. 24 %
D/ Les voleurs à la tire. 22 %
E/ Les voleurs de PQ et de riz à l’étalage. 0 %
E/ Les dealers d’herbe et de shit. 46 %
F/ Les dealers de drogue dure en fin de peine. 4 %

Merci à tous les canardés participants pour leur aide au gouvernement !

27/03/2020

Flexions et réflexions des pages droites du Coincoin du coin !

Le respect du confinement va-t-il finir par aboutir à une surveillance généralisée des uns par les autres (et réciproquement) et à des bons ou mauvais points comme il semble déjà en exister dans certains pays du monde à qui seule la vraie concurrence libre et non-faussée peut finir, tôt ou tard, par apporter la vraie démocratie à l’occidentale. C’est la question que nous sommes en droit de nous poser aux pages droites du Coincoin du coin tant la situation actuelle semble propice à toutes les dérives. Par exemple nous avons pris connaissance de la situation ubuesque suivante : Une jeune lycéenne dénommée Marine Maréchal-Pétain a téléphoné à plusieurs reprises au commissariat de son quartier pour l’avertir de ce qu’elle voyait sur son Facebook ! Plusieurs de ses « amies », du moins qu’elles croyaient être des « amies » jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elles étaient de très mauvaises citoyennes indignes de son « amitié », affichaient la mention suivante en marge de leur statut : « Partie en cours. » Parties en cours ? Alors que toutes les écoles sont réputées fermées ! Il s’agissait nécessairement de cours clandestins, qui, en plus de leur donner un avantage sur les autres pour le bac si jamais bac il y a, sont potentiellement un vecteur important de contamination. Son sang n’a fait qu’un tour ! Au Coincoin du coin pages droites nous avons une certaine aversion pour la délation. A ce rythme-là les gens finiront par dénoncer leurs employeurs parce qu’ils pratiquent trop ouvertement l’évasion fiscale ou ne font aucun effort pour épargner la planète ! Aucune société libre n’a intérêt à en arriver à de telles extrémités et pour cette raison nous souhaitions rabrouer cette Marine Maréchal-Pétain en « l’affichant » comme dit la jeunesse.

28/03/2020

Le Coincoin cuisine.

Pour fêter le printemps nous vous proposons la recette du P202Q, rouleau de printemps.

Verser 200 ml d’huile de tournesol dans une poêle. Retirez une longueur de trois feuilles du rouleau de votre choix en fonction du stock dont vous disposez et de vos préférences en matière de texture et de parfum. Faites tremper les feuilles dans l’huile. Portez-la à température suffisante pour voir se dégager une fumée toxique. Laissez sur le feu jusqu’à ce que l’alarme incendie se déclenche. Une fois la fumée dissipée, retirez les feuilles en veillant à ce qu’elles ne se détachent pas les unes des autres. Étalez-les sur une planche à long pain. Poser à l’une des extrémités une poignée de riz pas cuit. Roulez ! Laissez refroidir une heure. Régalez-vous !

Merci qui. Merci Coincoin.

28/03/2020

Courrier d’électeur.

Nous avons reçu ce matin un courriel de Mme F. Uraxe, l’une de nos fidèles canardées qui semble quelque peu désarçonnée par notre ligne éditoriale actuelle.

« Il y a bien longtemps que je suis abonnée au Coincoin du coin mais pour la première fois je me sens presque trahie par vos positions sur le confinement. Si même les pigistes s’y mettent (cf. l’article de R. Mite dans l’édition d’hier) vous allez vous enfoncer très profondément dans le trou que vous semblez vouloir creuser dans on ne sait quel but ; vous voudriez en faire votre propre tombe, vous ne vous y prendriez pas autrement. Le gouvernement n’est pas coupable d’avoir demandé le confinement, s’il est coupable c’est de l’avoir fait trop tard ! Il ne s’agit en aucun cas de s’attaquer à la liberté d’aller et venir, il s’agit juste de sauver des vies, nos vies, celles de nos proches. Si le gouvernement a mis tant de temps à réagir c’est parce qu’il cherchait à sauver des poches avant nos proches ! Mais bon sang ! Allez-vous enfin comprendre que ce virus n’est pas qu’une grippe un peu virulente ? Il tue de manière violente, il tue des jeunes, des vieux, il tue des maigres, des gros, il tue des sportifs, des sédentaires. Hier c’est une jeune fille très sportive de 16 ans qui est décédée, mais vous ne voulez toujours pas voir ? Il n’y a aucune autre solution à l’heure actuelle que le confinement et ce n’est tout de même pas la mer à boire ! Les considérations de votre pigiste concernant les espaces vides où l’on devrait pouvoir encore se rendre et les petits espaces fréquentés qui lui semblent former un bouillon de culture favorable à la propagation du virus, cela ne vaut pas ! Bien sûr qu’on doit continuer à manger et donc, à moins de distribuer des rations de l’état devant les portes des appartements, il faut bien faire des courses ! Mais si on ne fixe aucune autre limite, si on laisse les gens se croiser et se recroiser n’importe où, alors votre fameuse place Bellecour redeviendra ce qu’elle est en temps ordinaire, et même si en temps ordinaire il est moins probable d’y attraper un virus que dans un commerce exigu, le but du confinement est de limiter le nombre de contacts possibles au cours d’une journée. Par ailleurs il n’y a aucune raison de nous apitoyer sur nos sorts de confinés. Nous sommes en sécurité au contraire de ceux qui continuent à travailler, nous ne manquons de rien et nous plaindre est une injure à nos aïeux qui devaient se blottir dans les caves pour échapper aux bombardements ! Si je dois rester confinée six mois je le ferai, et qu’importe les conséquences économiques, on s’en fout de l’économie ! Il faut s’appeler Macron pour n’avoir que ça en ligne de mire… ou le Coincoin du coin apparemment, je n’aurais pas cru cela de vous, je suis déçue ! »

Nous répondrons demain à cet élan de colère, que nous comprenons parfaitement, croyez-le bien Mme. Uraxe !

29/03/2020

Le Coincoin a du répondant.

Comme annoncé dans notre édition en ligne d’hier soir, nous entendons répondre au courriel de Mme. F. Uraxe dans lequel elle nous faisait part de son mécontentement vis-à-vis de notre traitement de la crise actuelle.

Nous tenons tout d’abord à rappeler à chacun et chacune que notre implication dans la mise en œuvre des décisions prises par le gouvernement a été totale depuis le lundi 16 mars. Nous avons nous-mêmes édité nos propres recommandations à destination de tous nos collaborateurs pour être sûrs qu’un minimum de membres de la rédaction serait touché. Mais au regard des informations dont nous disposions à l’époque, il nous semblait que le choix était clair : le gouvernement renonçait à l’idée d’atteindre un seuil de contagion permettant d’épargner la partie restante, stratégie que nous défendions depuis le début. Depuis nous n’avons toujours pas une idée précise de la vision à moyen terme des autorités de nombreux pays ayant fait le choix du confinement. Nous comprenons la vision à court terme, celle d’une gestion de l’urgence sanitaire dans un environnement contraint par la faiblesse des ressources disponibles. Mais cette vision à court terme nous semble depuis le début reposer sur certains espoirs à moyen et long terme, espoirs qui ont intérêt à ne pas être déçus et qui pourraient pourtant l’être de façon dramatique. Mme Uraxe laisse entendre qu’elle est prête à rester confinée six mois s’il le faut. Mais croit-elle une seule seconde que c’est une chose réaliste. Est-ce qu’un seul de nos canardés, même s’il s’en sentait capable, imagine une seule seconde qu’un gouvernement va maintenir six mois un confinement ? Qu’on puisse passer tout un été, qui pourrait être de nouveau caniculaire, sans sortir de chez nous ? Non ! Chacun sait que cela n’arrivera pas ! Et poster des photos de gens enfermés dans des caves durant des conflits armés ne changera rien à l’affaire. A notre avis, même durant des conflits armés, quand les dangers de morts sont bien plus immédiats que celui que nous vivons à l’heure actuelle, aucun peuple ne se terre en si grand nombre pendant une période aussi longue. Le confinement ne survivrait pas longtemps à l’arrivée des fortes chaleurs, mais l’objectif sera-t-il atteint avant celles-ci ? Serons-nous en vue d’un traitement efficace et disponible pour éviter que les personnes contaminées aient des complications mortelles ? C’est possible et souhaitable mais à l’heure actuelle cela ressemble encore au jet d’une pièce en l’air, de quel côté retombera-t-elle ? On nous dit qu’il y a de bonnes raisons d’espérer, notamment parce que le virus semble ne pas gagner en virulence lorsqu’il passe d’un individu à l’autre, que c’est plutôt l’inverse. Mais les informations concernant le nombre de contaminés restent désespéramment contradictoires. Les pays qui testent le plus ont le moins fort taux de mortalité chez les contaminés, c’est une lapalissade en passe de devenir un boutade. Pauvre France, sa population est en bien mauvaise santé, du fait qu’elle a jusqu’à présent concentré ses tests sur les personnes symptomatiques. Quand nous aurons 100.000 cas reconnus, on nous dira que peut-être trois millions de français ont déjà été contaminés, ou cinq. Puis des tests massifs infirmerons ou confirmerons cette évaluation. On établira alors des scénarios pour évaluer combien il y avait de contaminés au début du confinement, combien il y en aurait eu avec un confinement mieux respecté. On établira surtout le scénario du non-confinement, de la submersion fatale des hôpitaux si on avait laissé les choses suivre leur cours. On se ramènera à la situation intenable de la Suède, qui entre temps aura sans doute fait machine arrière, prouvant que la stratégie du confinement ciblé était un leurre !

Mais nous sommes parfaitement d’accord ! La stratégie du confinement ciblé est vouée à l’échec si elle n’est pas menée avec les moyens de la Corée du Sud, ou à défaut s’il s’agit simplement de dire aux gens : « Faites de la distanciation sociale si vous vous sentez malade ! » Le confinement ciblé c’est l’isolement des personnes ayant la plus forte probabilité d’avoir des symptômes pouvant conduire à une hospitalisation. Isolement ne voulant pas dire abandon à soi-même. Cela suppose l’organisation d’un système d’assistance à grande échelle pour un confinement réellement efficace. Dans le même temps le virus se diffuse dans la population dont l’activité ordinaire n’est pas perturbée hormis la partie qui le contracte en devenant symptomatique. Une proportion subit des complications, une hospitalisation, et immanquablement il y a des morts ; dans une épidémie réputée la plus menaçante depuis un siècle, on ne s’attend pas à ce qu’il en aille autrement. Rien ne dit que la pression sur les moyens hospitaliers aurait été moindre, nous n’avons jamais affirmé cela. S’il s’avère que les porteurs du covid-19 continuent de contaminer en moyenne 2,2 personnes tous les 6 jours, sans confinement généralisé la courbe devient relativement prévisible mais un confinement plus poussé des personnes les plus fragiles aurait permis d’éviter certains cas demandant les hospitalisations les plus lourdes. Pouvait-on prendre le risque d’une submersion des hôpitaux au-delà de celle qu’ils subissent déjà ? C’était un risque à évaluer et cette option ne nous semble pas avoir été suffisamment envisagée. Si nous pensions possible de perpétuer le confinement durant des mois et qu’il n’ait aucune conséquence sociale ou économique, nous aurions au moins la certitude que l’écrasement de la courbe de contamination atteindra son but. Mais nous pensons encore qu’elle peut aussi devenir synonyme de prolongement du temps de diffusion du virus. Un prolongement qui finirait par obliger les nations à se remettre en ordre de marche économique avant qu’un certain seuil épidémiologique soit dépassé. Nous n’avons cessé de répéter que cette hypothèse avait été sous-estimée. Même si désormais certains prennent l’exemple de la Chine en convenant que l’épidémie est derrière elle, elle est loin, vraiment très loin d’être revenue à une situation normale, simplement parce que sa population n’est pas immunisée et que pour s’assurer que le virus ne revienne avant de disposer d’un traitement efficace, elle est obligée de prolonger des mesures d’exception sine die. C’est bien là tout le risque qui pèse sur nous ! Le choix du confinement généralisé, du moins autant qu’il peut l’être, revient, à notre sens, à tout miser sur l’arrivée rapide d’un traitement. Le choix d’un confinement ciblé aurait été plus risqué sur le court terme, mais au Coincoin du coin nous essayons de voir plus loin.

Voir plus loin c’est aussi prendre acte de la situation actuelle en espérant que le traitement sera rapidement disponible (dérivé de la chloroquine ou autre) tout en alertant sur les conséquences du confinement. Si nous donnons l’air de continuer à contester un choix que tout le monde loue hormis dans sa mise en œuvre jugée trop tardive, c’est aussi par souci de garder les gens en alerte quant aux décisions gouvernementales à venir. Les pages gauches et droites du Coincoin divergent largement sur ces questions-là mais les analyses d’Elie Couenne et de Damien Lepou ont toutes les deux leur pertinence. Chacun mènera le combat selon ses affinités politiques mais personne ne peut faire comme si cela ne le concernait pas. En attendant de voir où les appels à la solidarité qui fleurissent trouveront leurs limites, quand chacun retrouvera le goût de compter pour soi, nous aimerions une fois pour toute exhorter nos canardés à en finir avec les comparaisons dont certains d’entre eux semblent friands. Il est possible que des déportés ayant souffert de la faim n’aient jamais par la suite osé gâcher de la nourriture, mais si tel fut le cas, cette habitude ne s’est sans doute pas transmise à la génération suivante. Ce n’est pas parce que d’autres avant nous, fussent-ils nos grands-parents, ont connu des situations autrement plus compliquées, qu’on doit même s’abstenir de réfléchir à celle que nous vivons. Comparons ce qui est comparable ! Ou alors prenons au mot Emmanuel Macron quand il nous propose d’aller vivre en dictature pour voir s’il y a lieu de nous plaindre de la France. Il faut se méfier avec ce genre d’arguments ! Cela aura tôt fait de se retourner contre vous. Après tout, de quoi pourrait bien se plaindre notre personnel hospitalier ? De ne pas avoir les moyens de lutter efficacement contre le virus ? Alors qu’on en a encore proportionnellement dix fois plus que de nombreux pays du monde ! Oui c’est vrai, vivre en France à l’époque du covid-19 ce n’est pas vivre dans un pays en guerre. Soudainement beaucoup de gens semblent s’émouvoir des pays en guerre. Tant mieux pour eux, on peut penser que l’appel d’Amnesty pour une aide de toute urgence à la Syrie touchée par le virus sera largement entendu et relayé. Tout comme on peut penser que tous les français si convaincus de l’urgence de se confiner sauront faire les sacrifices nécessaires que justifieront ces semaines d’arrêt du pays.

Au Coincoin du coin nous sommes réputés pour être un peu cyniques, surtout côté pages gauches. Qu’on nous excuse de trouver les appels à la solidarité et à la discipline gênants, trop opportuns. C’est comme ces soudains applaudissements pour nos héros en blouse blanche, nos chers héros en blouse blanche, vous savez, ceux qui ont tant crié, tant voulu qu’on les écoute enfin ! Enfin ! Vœu exaucé ! Certaines formes d’intérêt pour la cause commune se superposent un peu trop facilement à l’intérêt personnel, cela forme comme une ombre un peu suspecte. Un virus covid, pas raciste, pas discriminant, c’est pas le VIH, cette maladie de pédés. Celle-la elle est pour nous, pour nous tous, ce n’est pas une traînée de poudre dans un bidonville ou une favela qu’on stoppe en l’arrosant d’eau propre. Allez ! Poussons le bouchon ! On ne confine pas le monde entier pour sauver seulement des pauvres ! Mais quand on confine le monde entier, on crée les conditions pour rendre les pauvres encore plus pauvres. Voilà le paradoxe ultime, la maladie qui ne discrimine pas donne à certains le toupet de penser qu’on serait tous pareils, tous confinés, tous égaux. Comme si ces différences qui font que certains réussissent dans la vie et d’autres moins, qui font que certains ont des maladies que d’autres n’ont pas, avaient soudainement disparu. Les différences sont toujours là, peut-être exacerbées, elles définissent l’endroit où vous serez confinés, les gens avec qui vous serez confinés. Tous pareils, tous confinés, tous égaux, même les psychopathes et les psychotiques, ceux confinés avec eux, priés de comprendre les enjeux. A mort la mort ! La pandémie du siècle, cent ans après la grippe espagnole et ses 2 à 5 % de morts, pas 2 % des malades, 2 % des humains ! Le monde d’aujourd’hui n’acceptera pas ça. Le monde d’aujourd’hui est beaucoup plus humain ! Mais il acceptera tout le reste, que quelques-uns possèdent la moitié des richesses du monde, qu’ils fassent en sorte que se soit toujours le cas demain, que d’autres paient pour la survie de tous. Le monde d’aujourd’hui est beaucoup plus humain ! La vie à tout prix ! Confinée avec un fou mais vivante, ou morte sous les coups. Anecdotique, si l’on s’en réfère aux statistiques, les mêmes statistiques qui disent que des enfants meurent du covid-19.

29/03/2020

Bonsoir les enfants !

Suite de la partie pratique de notre leçon d’informatique. Etudions comme prévu les lignes 10 à 13 du programme précédemment écrit.

Pour chaque ligne dans la colonne A (donc pour chaque valeur successive de i) on initie LigneColB à 1 (en ligne 5 de notre programme). LigneColB représente un numéro de ligne dans la colonne B où nous inscrivons les Associations Animal-couleur. Quand nous rencontrons une association Animal-couleur, cette association est représentée par Mid(Cells(i, 1), c1, c2-c1). Nous cherchons dans la colonne B si on l’a déjà trouvée auparavant. Dans la colonne B chaque Cellule est représentée par Cells(LigneColB, 2), on va descendre dans cette colonne en incrémentant LigneColB de 1 à chaque passage de la boucle Do – Loop qui correspond aux ligne 10 à 12 du programme. La ligne 10 dit au programme de continuer la boucle jusqu’à ce qu’on trouve cette association Animal-couleur ou une case vide. Si on n’a jamais rencontré cette association auparavant, elle ne figure pas dans la colonne B et on finit forcément par arriver dans une cellule vide. Quand on rencontre cette cellule vide on peut y inscrire le nom de cette association Animal-couleur grâce à la ligne 13 du programme. Notre colonne B a maintenant une association supplémentaire. Dans la colonne C, on rajoute 1 grâce à la ligne 14 du programme. A chaque fois qu’on retombe sur une association déjà rencontrée, aucune nouvelle association n’est renseignée colonne B mais il y a toujours une cellule colonne C qui est incrémentée de 1. A la fin du programme la colonne B contiendra toutes les associations Animal-couleur et la colonne C donnera toutes fois où l’on a rencontré chaque association Animal-couleur.

10. Do until Cells(LigneColB, 2) = Mid(Cells(i, 1), c1, c2 – c1) or IsEmpty(Cells(LigneColB, 2))
11. LigneColB = LigneColB + 1
12. Loop
13. Cells(LigneColB, 2) = Mid(Cells(i, 1), c1, c2 - c1)
14. Cells(LigneColB, 3) = Cells(LigneColB, 3) +1


Dans la fin du programme les lignes 15 à 17 permettent de traiter tout le contenu d’une cellule avant de passer à la ligne suivante dans la colonne A. En passant c1, c2 et c3 à la valeur c2+1 on se trouve après le tiret qui sépare deux associations Animal-couleur dans une cellule ou bien à l’emplacement qui est après le dernier caractère non-vide de la cellule. Dans le premier cas le programme recommence jusqu’à avoir trouvé une nouvelle association Animal-couleur entière, dans le second cas le programme s’arrête pour cette cellule et passe à la valeur de i suivante, donc à la ligne suivante. La ligne 18 sert à ramener LigneColB à la valeur 1 après chaque tiret rencontré car toute nouvelle association rencontrée doit faire l’objet d’une recherche dans la colonne B en commençant par la cellule de rang 1. La ligne 19 finit comme nous l’avons vu la boucle permettant de gérer toute la chaîne d’une cellule de la colonne A. La ligne 20 permet de passer à la cellule de rang suivant dans la colonne A jusqu’à la dernière cellule pleine de cette colonne.

15. c3 = c2 + 1
16. c1 = c2 + 1
17. c2 = c2 + 1
18. LigneColB = 1
19. Loop
20. Next i

Exemple : Si dans la colonne A votre instituteur a renseigné les données suivantes

Voici le programme tel qu’il devrait être écrit en entier

Sub associationvachescochons ()

Dim i As Integer
Dim c1 As Integer, c2 As Integer, c3 As Integer
Dim NAnim As Integer
Dim LigneColB As Integer

i = 1
Do Until IsEmpty(Cells(i, 1))
i = i + 1
Loop

NAnim = i - 1

For i = 1 To NAnim
c1 = 1
c2 = 1
c3 = 1

LigneColB = 1
Do Until Mid(Cells(i, 1), c3, 1) = ""
Do Until Mid(Cells(i, 1), c2, 1) = "-" Or Mid(Cells(i, 1), _
c2, 1) = ""
c2 = c2 + 1
Loop
Do Until Cells(LigneColB, 2) = Mid(Cells(i, 1), c1, c2 - c1) Or IsEmpty(Cells(LigneColB, 2))
LigneColB = LigneColB + 1
Loop

Cells(LigneColB, 2) = Mid(Cells(i, 1), c1, c2 - c1)
Cells(LigneColB, 3) = Cells(LigneColB, 3) + 1

c1 = c2 + 1
c3 = c2 + 1
c2 = c2 + 1
LigneColB = 1
Loop
Next i

End Sub

Si dans la colonne A votre instituteur a renseigné les données suivantes :

VacheBleue
ZèbreJaune
VacheJaune-ChevalRouge-VacheBleue
GrenouilleRouge-ZèbreNoir
ChienNoir-ChienBlanc-ChatRouge
PutoisViolet-ChevalBlanc-ChatNoir-SourisGrise
ChevalRouge-CafardVert
RenardOrange-RenardBleu-CastorBlanc
ChevalVert-ChienVert-CrocodileNoir-RequinBlanc
CafardVert
MoutonNoir-ChevalRouge-ChienNoir
CloporteRouge-AraignéeRose
VacheBleue
ZèbreJaune
VacheJaune-ChevalRouge-VacheBleue
GrenouilleRouge-ZèbreNoir
ChienNoir-ChienBlanc-ChatRouge
PutoisViolet-ChevalBlanc-ChatNoir-SourisGrise
ChevalRouge
RenardOrange-RenardBleu-CastorBlanc
ChevalVert-ChienVert-CrocodileNoir-RequinBlanc
CafardVert
MoutonNoir-ChevalRouge-ChienNoir
CloporteRouge-AraignéeRose
VacheBleue
ZèbreJaune
VacheJaune-ChevalRouge-VacheBleue
GrenouilleRouge-ZèbreNoir
ChienNoir-ChienBlanc-ChatRouge
PutoisViolet-ChevalBlanc-ChatNoir-SourisGrise
ChevalRouge
RenardOrange-RenardBleu-CastorBlanc
ChevalVert-ChienVert-CrocodileNoir-RequinBlanc
CafardVert

Vous lancez le programme et une fraction de seconde plus tard vous obtenez en colonne B et C les données suivantes.

VacheBleue 6
ZèbreJaune 3
VacheJaune 3
ChevalRouge 8
GrenouilleRouge 3
ZèbreNoir 3
ChienNoir 5
ChienBlanc 3
ChatRouge 3
PutoisViolet 3
ChevalBlanc 3
ChatNoir 3
SourisGrise 3
CafardVert 4
RenardOrange 3
RenardBleu 3
CastorBlanc 3
ChevalVert 3
ChienVert 3
CrocodileNoir 3
RequinBlanc 3
MoutonNoir 2
CloporteRouge 2
AraignéeRose 2

Bien sûr si votre instituteur a renseigné des milliers de lignes le programme mettra un peu plus de temps pour faire tout ce joli calcul mais ce sera rapide. En outre il est possible de faire un programme très similaire mais beaucoup plus rapide en envoyant les données dans des tableaux virtuels. En effet ce qui prend du temps à un ordinateur avec un tel programme c’est de se rendre dans plein de cellules. Chaque cellule est une adresse, comme le facteur doit marcher d’adresse en adresse, quand l’ordinateur va d’une cellule à une autre cela lui prend du temps. Avec des tableaux virtuels c’est un peu comme si le facteur mettait toutes les lettres dans ce qu’ils appellent une poste restante à la poste, il n’a plus besoin de se déplacer. Il est très facile d’apprendre à faire cela mais la suite de cette leçon sera plutôt d’ordre philosophique.

A bientôt les enfants !

Professeur C. Ducoton.

2 avril 2020

Le Coincoin du coin. Sélection d'articles, 25 et 26 mars 2020

25/03/2020

Brève de Coincoin

L'un de nos nombreux pigistes nous rapporte une scène entendue ce matin à sa fenêtre (ça devrait rappeler quelque chose aux abonnés)
Un homme passe avec ses deux enfants d'environs 5 et 7 ans, tout joyeux à l'idée de se rendre au square d'à-côté. Une dame d'un certain âge l'interpelle du haut de son balcon :
- Encore vous ? On dirait que vous comprenez vite mais qu'il faut vous expliquer longtemps.
- Oui c'est vrai ! Je compte sur vous demain pour une piqûre de rappel !
- Ne faites pas le malin ! Quand vous serez à l'hôpital vous rirez moins !
- Sans doute. Vous êtes de ce côté-là toute la journée ou vous suivez le soleil ? Si vous avez des fenêtres sur cour, on pourrait peut-être savoir à quelle heure vous êtes à ces fenêtres, on en profiterait pour passer.
- Ce n'est pas ce qui vous mettra à l'abri de la contagion.
- Peut-être que si, car quand le crapaud est perché sur un balcon de 6 mètres de long, il semblerait que sa bave atteigne les pigeons dans la rue.
- Non mais dites donc ! Restez poli, malotru !

25/03/2020

Brève de Coincoin

Des effets psychologiques déjà perceptibles ?

Ce matin à Lyon, un agent de surveillance de la voie publique a été appréhendé par une patrouille de police municipale qui avait été alertée par des riverains. L’agent en question, monsieur J. Enfettro, était sur le point de verbaliser un premier véhicule rue Herriot après avoir verbalisé toutes les voitures stationnées rue des Quatre Chapeaux et rue Ferrandière.

Contactée, sa hiérarchie nous a affirmé que J. Enfettro était un élément passionné par son métier et peu habitué à se faire remarquer sinon par son niveau d’excellence en matière de verbalisation.

En mal de solution pour trouver des recettes, le gouvernement réfléchirait quant à lui à la possibilité de taxer néanmoins l’occupation actuelle et sur une longue durée des places de stationnement d’ordinaire payantes par les automobilistes confinés. Un geste fort dans le cadre de la transition énergétique.

26/03/2020

Courrier d'électeur du Coincoin du coin

Nous avons reçu un courriel de la part de Madame P. Adumeur qui nous a fait part de son relatif agacement relatif à son impossibilité de télétravailler, non pas, selon elle, parce qu'il lui serait impossible de télétravailler, mais parce que son employeur a refusé d'installer les moyens techniques qui lui aurait permis de le faire sous prétexte que l'état allait lui verser 70% de son salaire brut et qu'il n'allait pas s'emmerder à faire des dépenses pour un résultat hypothétique. Madame Adumeur nous a donc demandé si nous étions en possession d'une liste des métiers qui sont censés pouvoir s'exercer en télétravail.

Malheureusement Madame Adumeur, nous ne sommes pas en possession d'une telle liste si elle existe. Par contre nous sommes en mesure d'en initier une à l'aide d'un exemple concret.

La personne qui, en plein confinement, a besoin que vous lui envoyiez de toute urgence la photocopie d'une pièce qui prouve que votre logement est bien assuré, cette personne-là télétravaille !

La personne qui, en plein confinement, a besoin que vous lui envoyiez de toute urgence la photocopie du certificat de révision annuelle de la chaudière, cette personne-là télétravaille !

La personne qui, en plein confinement, vous envoie le détail de l'échéancier relatif à l'emprunt hypothécaire à taux fixe que vous n'avez jamais pu renégocier malgré la chute des taux au voisinage de zéro, cette personne-là télétravaille !

Par contre, la personne qui, bien avant le confinement, vous a envoyé 3 courriers pour demander des précisions quant au numéro de la dent soignée, vous indiquer que votre dossier était incomplet ou qu'une erreur interne était susceptible de reporter à plus tard le remboursement de 700 euros qu'on vous doit, cette personne que vous avez relancée juste avant le confinement, cette personne-là ne télétravaille pas.

26/03/2020

Confinement généralisé, la casse du siècle ! Première partie.

Un article de fond, par notre analyste politique pages gauches, D. Lepou.

On me dira une nouvelle fois provocateur, cela vaudra moult retours de courriers et courriels au journal, D. Lepou, aux vents contraires jusqu’au-boutiste, voire complotiste. Réglons d’emblée la question, à ceux qui se jettent sur leur clavier à la seule lecture d’un titre sans même lire les articles en entier, celui-ci ne traite pas de ça. Il aurait pu, depuis que le ciel bleu est bleu, depuis que l’air à respirer redevient respirable, j’argumenterais bien sur un complot de crypto-écolo-fascistes ; ou serait-ce un complot de transhumains, dont il faudra bien un jour qu’ils nous expliquent comment ils entendent concilier leurs desseins avec l’horrible habitude qu’ont prise les gens de croître et multiplier ? Ou est-ce la botte secrète des militaires algériens pour mettre un terme définitif au Hirak, ou le dernier espoir pour l’Amérique de contrer la Chine ? Peu importe au fond, de toute évidence la Chine a tenté de sauver sa population d’un désastre, si tant est qu’il puisse y avoir plus désastreux que leur plongée dans le gouffre du consumérisme couplée à un flicage généralisé. Et partout ailleurs les gouvernements s’attellent tour à tour et à leur manière à cette tâche : sauver des vies, dans l’immédiat. Et partout l’évidence s’impose d’elle-même : le confinement généralisé est la seule réponse possible ! Partout ! Ou presque ! Un village d’irréductibles… malheureusement il n’est pas gaulois ! C’est donc en tant que confiné que j’écris cet article.

Logé et bien loti, ce n’est pas immense mais suffit bien pour une seule personne. L’endroit est particulièrement calme, en ce moment, et ensoleillé, même si, paraît-il, le temps va se gâter. Je ne devrais guère avoir à craindre de carence en vitamine D, au contraire de tous ces héros en blouse blanche qui enchaînent des journées à rallonge pour sauver des vies. Le confinement généralisé, une solution de dernier recours, à mon sens, et je maintiens que le temps du dernier recours n’était pas arrivé, ou bien plutôt déjà passé. Maintiendrai-je cette position mordicus devant ma cousine médecin urgentiste ? Elle a les mains dans le fluide, l’épuisement en ligne de mire, sinon la maladie en elle, et la mort des autres, tous les jours. Elle aura toujours raison, elle aura raison lors du prochain repas de famille, et si, comme je l’espère, chaque membre de la famille répond encore présent, elle aura doublement raison… et le gouvernement avec elle ! Oui elle aura raison, mais aura-t-elle raison absolument ? Je n’en débattrai pas avec elle. Si je devais légiférer sur la peine de mort, je ne m’appuierais pas uniquement sur l’avis de parents qui ont vu assassiner un de leurs enfants par un psychopathe. Des héros en blouse blanche et moi, qui sirote un cocktail maison tout en écrivant un article, avec peu de risques de voir mes revenus amputés ou mes congés d’été dissous dans la crise. Je suis un privilégié certes, mais enfin, à chacun son métier ! Je tente de faire le mien.

Au Coincoin du coin comme dans les autres rédactions dignes de ce nom, nous avions largement anticipé le confinement. Ce qui fait de nous un journal à part c’est notre côté poly-partisan, ce qui nous rassemble, pages gauches, encarts centraux et pages droites, c’est notre défense jamais démentie des libertés individuelles fondamentales. Certes, pages gauches et pages droites ne placent pas tous les curseurs au même endroit, même en ce qui concerne ces libertés. Mais je ne crains pas de dire que lundi dernier, alors que l’on savait exactement ce que le président allait annoncer à 20h, il régnait une atmosphère de défaite dans l’ensemble de la rédaction. Beaucoup de journalistes se sont empressés de tâter le terrain auprès de connaissances dans d’autres rédactions. Moi même j’ai joint des journalistes de parutions auxquelles je suis abonné et j’avoue avoir été un peu surpris de constater à quel point certains d’entre-eux, avec qui je partage d’ordinaire de nombreux avis politiques, ne s’inquiétaient guère du confinement à venir mais critiquaient avec virulence le fait que le gouvernement ait autant tergiversé avant de prendre cette décision indispensable et salvatrice. Ils y voyaient l’œuvre en sous-main des puissances économiques qui auraient donné priorité dès le début à la sauvegarde de la finance sur la vie humaine. C’est un point de vue. Mais dix jours plus tard j’en suis encore à me demander si ce n’était pas une posture modelée au fil des événements, au gré de l’emballement mortifère en Italie, plus qu’une position ferme et convaincue depuis le début de la crise, crise qui a tout de même commencée bien en amont en Chine et est passée par la Corée du sud avec des réponses qu’on peut difficilement considérer comme des copiés-collés. En somme je pense que, à gauche comme à droite, beaucoup ont changé leur fusil d’épaule tout en reprochant au gouvernement d’avoir fait de même. Et je ne suis pas en mesure d’affirmer que la rédaction du Coincoin du coin, prise dans son ensemble, ne finira pas par changer elle aussi son fusil d’épaule, raison pour laquelle il faut que je me dépêche de rédiger cet article au lieu de faire des pauses cocktail. J’entends tant de choses sur ce virus et même sur son côté malin, qui en ferait un dangereux mutant en devenir à arrêter par tous les moyens possibles, difficile d’exclure l’idée qu’un jour ma position puisse devenir politiquement intenable. Pour l’heure, tant qu’il restera une poignée de pays qui resteront décidés à tenter de gérer la crise par le choix d’un confinement ciblé, politique que nous avons espéré et mise en avant dans tous nos numéros depuis que le virus a gagné l’Europe, je resterai sur ma position. Mon analyse pour la défendre une nouvelle fois tient en plusieurs points. Il y a bien sûr la question du rapport bénéfices/risques immédiat inhérent à chacun des choix, cette question a trait à la pure gestion de la pandémie et de la prise en charge des malades. Mais mon parti a toujours été de voir au-delà de cette crise, les conséquences immédiates du confinement, plus encore les conséquences post-crise sanitaire et donc le traitement de la crise économique. Enfin difficile de ne pas rapprocher cette crise, et la décision peut-être plus subie que choisie par le gouvernement d’un confinement généralisé, de tous les choix pris par ce gouvernement et ceux qui l’ont précédé, et bien au-delà, des politiques économiques ultra-libérales qui ont façonné le monde depuis les années 1980 et qui entendent le façonner encore dans les décennies à venir, en faisant feu de tout bois et donc, n’en doutons pas, en profitant de la crise sanitaire actuelle pour reprendre un peu d’élan. Guère besoin d’être complotiste pour comprendre cela !

Le premier point que je désire traiter tient en la sous-estimation des conséquences immédiates du confinement. A en croire l’emballement des réseaux sociaux au premier jour du confinement, la faute morale du moment était de s’inquiéter qu’on nous demande, pour la sauvegarde de la nation, de passer quelques temps de repos dans notre canapé, alors qu’il fut un temps pas si lointain ou nos aïeux, pour la sauvegarde de la nation, étaient envoyés au front. Vu sous cet angle… Il y a pourtant des comparaisons malvenues, je le sais, j’en ai beaucoup fait dans ma carrière et en ferai encore, on me le reproche assez souvent. A mon tour ! J’ai assez peu goûté à ces caricatures qui après tout ne devraient pas me choquer outre mesure si je m’en tenais à ce qu’elles représentent pour moi. Je ne me sens guère en danger de subir psychologiquement les affres d’un confinement durable, et est-ce que je le préfère à la guerre ? Oui ! Mille fois oui ! Mais prenons un cas extrême ! S’il était possible de définir un individu moyen, une réaction moyenne de cet individu qui soit à même de nous laisser entrevoir ce qu’est la normalité et qu’à cet individu on proposait deux choix : le confinement à vie ou la révolte et ses risques pour y échapper ! J’exagère, oui je sais. Mais le fait est que la privation de liberté n’est pas encore totalement intégrée par l’ensemble des masses même si certains gouvernements, et de plus en plus d’ailleurs, semblent mettre toute leur énergie à faire en sorte que cela le devienne. C’est sans doute la raison pour laquelle, quand ce n’est pas à vie mais que c’est six semaines, ou bien deux mois, que tous les dirigeants le savent, on commence par vous parler de deux semaines. Je trouve assez présomptueux, de la part de personnes qui n’ont jamais connu cela, et encore plus de la part de sociétés tout entière qui ont oublié ce que cela signifiait, de couvrir de sarcasmes ceux qui s’en inquiètent. Laissez passer quelques semaines et même ces semaines passées ne vous autoriseront pas à parler au nom des autres, et même si vous avez eu la force morale pour encaisser le confinement seul dans une chambre de neuf mètres carrés en n’en sortant qu’une fois par semaine. Vous c’est vous, et les autres sont les autres. Pour ma part je ne m’autorise même pas à juger ces sportifs de haut niveau qui affichent sur les réseaux leur sentiment d’être en cage alors qu’ils semblent parfois logés dans des propriétés de la taille d’un village. Après tout leur vie entière témoigne pour eux, ils ne tiennent pas en place ! Il y a des gens comme ça et en temps ordinaire on semble les tenir comme indispensables à nos sociétés, sinon ils n’auraient pas des propriété de la taille d’un village. Pour ma part vous savez ce que j’en pense, la taille des propriétés est un problème important, mais il ne dénie pas à ceux qui ne tiennent pas en place leur droit à exprimer le fait qu’ils se sentent comme des lions en cage. Alors parlons de cages.

La cage. Il semblerait que je n’en parle pas en connaissance du sujet mais plutôt par méconnaissance, méconnaissance qu’on m’a largement reprochée, il y a de cela quelques années. C’était dans le numéro 517521, quelques mois après l’arrivée à l’Elysée de Nicolas Sarkozy. Dans ce numéro j’ai écrit un article à propos des gardés à vue, des personnes condamnées à de courtes peines, et des personnes incarcérées dans l’attente de jugement. J’y exprimais mon point de vue sur un sujet qui revient régulièrement sur le devant de la scène, désormais le plus souvent par des considérations anxiogènes faisant état de l’islamisation rampante des prisons, ou de la prison comme source d’orgueil et passage obligé pour des voyous irrécupérables mais trop souvent relâchés dans la nature par une justice laxiste. Fameux débats où la presse de gauche met en avant la nécessité d’une société plus juste, de prisons plus humaines, du droit à une seconde chance ; et celle de droite la prévalence du droit des victimes à obtenir réparation, la nécessité d’augmenter la taille des prisons, de les américaniser, de durcir les peines, d’enfermer les mineurs devenus pires que les adultes. Mon article ne traitait aucunement de l’origine de la criminalité, la presse de droite peut prendre le problème dans tous les sens, faire semblant de lire comme les arabes pour espérer voir les courbes statistiques à l’envers, le fait est que les sociétés les moins inégalitaires sont et seront toujours les moins criminelles et conséquemment celles où le problème de l’enfermement est le moins problématique. Pas besoin d’essayer de voir midi à 14h, mon article ne prônait pas une société plus juste, elle se sous-entend dans tous mes articles. Mon regard était finalement surtout « logistique ». Est-ce qu’il y a plus de chance qu’un petit voyou qui rentre pour la première fois en prison en ressorte vacciné à vie ou bien emporté dans un processus d’endurcissement, d’humiliation, de troubles psychologiques etc. ? Dans l’état du moment de nos prisons, et sans doute plus encore dans leur état actuel, état qui arrive même à faire tiquer nos partenaires européens, il ne fait guère de doute qu’on trouve difficilement une majorité d’individus qui en sort avec un risque diminué de récidive et une probabilité majorée de retour dans le droit chemin. Ou du moins ce n’est pas ce qui se passe par la suite. Ce que je mettais en avant dans cet article c’était la nécessité, selon moi, de changer radicalement l’approche des peines courtes et des gardes à vue. Pur hasard, à l’époque j’employais déjà le terme de distanciation sociale. Je prétendais que quelqu’un arrêté pour un délit mineur, ou même un délit susceptible de lui valoir une peine de prison de quelques mois, ne devrait jamais entrer en contact avec un autre prisonnier durant les premiers jours. J’affirmais que la justice devait se donner les moyens d’offrir une cellule individuelle et salubre même pour les peines allant au-delà d’une semaine d’emprisonnement à tout individu en faisant la demande. J’affirmais que toutes les procédures tendant à humilier l’emprisonné devraient être bannies. En revanche je proposais de transformer les peines courtes en monde de l’ennui ! Rien à voir avec un isolement dans un cachot infect, seulement une forme d’isolement, des livres et de quoi écrire mais pas de TV, pas de téléphone sinon celui de la prison pour contacter son avocat, ce même avocat comme seule visite autorisée en dehors de celles des gardiens, une promenade individualisée. Bref, la distanciation sociale qui va faire de votre séjour en prison ce que vous voulez mais en aucun cas un quelconque motif de fierté, de ré-haussement de l’éventuelle haine antisociale qui vous habite, ni une raison de troubles psychologiques par l’humiliation que vous y aurez subie. Vous aurez juste été mis en marge de la société dont vous avez trahi les règles, vous aurez perdu votre temps, vous aurez une nouvelle chance que vous serez peut-être mieux capable de saisir qu’après un séjour dans la prison française moyenne. Les réponses à cet article ont été assez virulentes, il y a eu celles auxquelles je m’attendais, venant du côté des partisans de la prison comme exemple par une forme de châtiment expiatoire et qui me renvoyaient à mon monde de Bisounours. Mais il y avait surtout celles auxquelles j’étais moins préparé et qui m’ont ramené sans doute à ce que j’étais, quelqu’un n’ayant pas les aptitudes nécessaires pour prendre part au débat. Ce que j’ai cru comprendre à l’époque, ce dont on me faisait grief, c’était d’avoir fait une proposition qui, sous couvert d’humanité, était une machine à broyer les hommes : l’isolement ! J’ai tenté de mettre de l’eau dans mon vin pour sauver mon idée. Mais on m’a systématiquement renvoyé à cette machine à broyer les hommes. Si certains admettaient le droit à s’isoler des autres prisonniers pour ceux en faisant la demande expresse, la sentence était globalement sans appel : vouloir isoler les prisonniers c’était de la torture ! Je n’ai toujours pas totalement admis que j’avais tort mais je suis un journaliste qui n’a que peu visité de prisons et j’avais affaire à des gens bien plus concernés que moi par le problème. Alors voilà pourquoi 4575 numéros de ce canard plus tard, je suis quelque peu étonné de ne pas entendre ces mêmes personnes mettre en garde le gouvernement contre les dangers psychologiques d’un confinement durable. Ou sinon, si tous les tous seuls sortent de cette période sans encombre, je ressors des cartons mes plans de prison anti-sadiques et je file au ministère de la justice en clamant : « J’ai désormais la preuve qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné !» Ce qui n’enlèverait rien au potentiel de dangerosité de ce confinement : Quid des mal accompagnés ? Je ne peux pas m’empêcher de penser à ces personnes enfermées avec un tyran domestique et sans la soupape de sécurité que constituent le temps de l’école, du travail, des courses. Qui verra ces dégâts ? Qui les réparera ?

Le second point que j’aborde est celui de la gestion proprement dite de la crise sanitaire et du choix à mon sens contestable du confinement généralisé. Contrairement à beaucoup de personnes, qui d’ordinaire s’accommodent très bien de la politique de ce gouvernement tout en émettant des oppositions de principe pour la seule raison que leur parti n’est pas un allié direct de LREM, je me refuse de faire grief au gouvernement de ses volte-face durant les trois semaines écoulées. Après tout j’ai aussi entendu des médecins, il y a moins d’un mois, tandis que l’Italie était déjà bien atteinte, clamer que ce n’était guère plus qu’une grippe virulente qui ferait certes quelques milliers de morts dans notre pays, et j’ai revu ces médecins quinze jours plus tard, tenir des discours soudainement alarmistes et en appeler au confinement avant que la situation ne devienne incontrôlable. Nous devenions l’Italie, nous nous étions laissés endormir par la relative circonscription de la pandémie en Chine et en Corée. Nous n’avions ni agi comme l’une, par défaut de capacité à renoncer à notre liberté, ni comme l’autre, par défaut de moyens sanitaires adéquats ! Quant à l’Italie et ses soi-disant neuf jours d’avance, ce qui n’est pas tout à fait exact si on divise nos deux pays en sous-régions, la faiblesse de son système de santé expliquait largement ses difficultés même si la région la plus touchée en Italie est probablement celle du pays la mieux à même de faire face à une épidémie. Au Coincoin nous prédisions une mortalité assez proche de l’Italie en raison de caractéristiques économiques et d’une population de volume comparables, le taux de natalité moindre sur les dernières décennies laissant tout de même entrevoir une surmortalité en Italie. Dans un cas comme dans l’autre l’épidémie semblait déjà, au premier jour du confinement, difficile à juguler. Le confinement n’avait plus guère pour objectif de tuer le poison dans l’œuf, de l’aveu même de nombreux épidémiologistes, c’était la seule manière de lisser la courbe de contamination pour garder la situation sous contrôle et essentiellement la capacité à accueillir les malades dans les unités de réanimation. Dix jours après le début du confinement la situation est assez chaotique en région Grand-Est et Île-de-France. Outre le manque de places, le nombre de contaminations au sein du personnel soignant prouve à quel point le port de masque n’est pas une barrière suffisante. Il peut aussi être partiellement interprété, comme les nombreux autres cas, par la diffusion du virus préalable au confinement dans une population très peu testée et qui a manqué de masques FFP2 même pour les unités en première ligne. Les masques n’existaient pas, c’est sans doute une grave faute politique mais elle n’est pas propre à ce gouvernement puisque la stratégie d’approvisionnement en cas de crise avait déjà été établie sous la présidence Hollande. A l’heure où j’écris ces lignes, jeudi 26 mars, le nombre de cas officiels pour 1 million d’habitants dans les régions de France Métropolitaine s’établit comme suit :

Grand Est 994
Île-de-France 624
Bourg-Franche-Comté 564
PACA 381
Hauts-de-France 299
Auvergne-Rhône-Alpes 261
Centre -Val de Loire 219
Normandie 208
Occitanie 183
Bretagne 181
Nouvelle Aquitaine 152
Pays de la Loire 97

Outre le fait que cela inclut les personnes qui sont guéries et ont libéré les lits qu’elles occupaient, on peut se dire à la lecture de ces chiffres que la situation devient difficilement gérable quand on dépasse les 500 ou 600 infectés pour 1 million d’habitants avec la courbe de progression qu’on connaît en France. Si cette courbe était encore plus aplatie, ce qu’on aurait sans doute pu obtenir avec un confinement plus précoce, plus de lits auraient été libérés avant l’arrivée de nouveaux malades, vraisemblablement on peut penser que les risques de transmission du virus au personnel soignant auraient été moindres aussi, quand on travaille dans de meilleures conditions il est plus facile de se protéger. On ne saura jamais si la diffusion d’une région à l’autre aurait pu être moins rapide avec un confinement plus précoce, mais sur cette question-là il est indéniable que le gouvernement a laissé à ceux qui le pouvaient le temps de faire de longues distances en France et donc de propager éventuellement le virus. Cela va à l’encontre de ce qu’on essaye de faire mais malgré cela on peut estimer que le confinement actuel donne quelques jours de répit aux régions ouest et sud. Il ne me semble pas qu’on cherche à faire tourner la machine à plein en envoyant massivement le personnel des régions les moins touchées en renfort des plus touchées, ce qui il est vrai serait difficile, le personnel soignant n’est pas confiné quand il travaille mais l’est quand même le reste du temps. Si on avait les moyens de prémunir tout le personnel d’une contagion à l’hôpital, on envisagerait peut-être ce type de transfert. A défaut et malgré celui de certains malades et l’appoint d’hôpitaux de « campagne », on semble être dans l’expectative, sans idée concrète sur le moment où la courbe s’inversera , chacun s’attend au pire et doit garder ses forces pour ce moment-là. Au final il semble peu utile d’avoir une région en passe d’atteindre un contaminé (testé) pour 1000 habitants (pas tous testés), quand une région plus à l’ouest du pays est à 1 pour 10000. Dès lors qu’on a décidé de faire entrer toute la nation en phase de confinement le même jour, cela pourrait surtout avoir l’inconvénient de le rallonger outre-mesure. Le gouvernement doit sans doute en avoir bien conscience et c’est la raison pour laquelle il semble envisager la mise en place à grande échelle de tests sérologiques, en espérant pouvoir en disposer en quantité d'ici quelques semaines, pour remettre au travail une partie de la population avant la fin officielle du confinement sur l’intégralité du territoire.

Ce qui aurait pu être fait pour contenir la maladie et écrêter cette courbe d’infection pour la mettre en phase avec nos moyens médicaux, semble donc surtout être une question de rapidité de mise en action. On aurait pu décréter un confinement plus précoce, que pour ma part j’aurais sûrement critiqué aussi car je reste convaincu que ce qui devait être fait de manière précoce, c’est la protection des personnes les plus à risques et, in fine, leur confinement. Ce que reprochent beaucoup de nos concitoyens au gouvernement c’est un confinement généralisé mais trop tardif. S’il l’avait fait, avec les avantages possibles que j’ai tenté de disséquer ci-avant, cela aurait probablement aussi signifié qu’au bout de plusieurs semaines ou mois, beaucoup moins de monde aurait contracté la maladie, de sorte que la courbe, au-delà d’être écrêtée, serait tout simplement moins haute, le corollaire obligé étant une moindre diffusion dans la population et donc moins de personnes immunisées. Là encore on peut imaginer que cela n’aurait pas rendu la décision d’une sortie du confinement plus facile, au contraire. Depuis le début de la crise beaucoup de gens mettent leurs espoirs dans la recherche médicale et l’arrivée rapide d’un vaccin ou d’un traitement symptomatique. Cela reste chimérique à court terme, si du moins on pense le court terme en tant que durée acceptable pour un confinement généralisé. Tout le monde comprend bien qu’on ne va pas rester confinés six mois sinon la catastrophe sociale sera démesurément grande au regard des années de vie épargnées. C’est la raison pour laquelle, à mon sens les autorités sont sur la brèche, elles sont déboussolées. De la vitesse à laquelle arrivera une solution médicale dépend la manière dont elles pourront sauver la face. Car de ce virus on a pensé qu’il pourrait s’éteindre avec l’arrivée de l’été. Ce serait une bonne nouvelle mais à ma connaissance la grippe saisonnière dans l’hémisphère sud se diffuse le mieux durant l’hiver austral et non pas de décembre à février. C’est donc qu’elle est effectivement assez sensible à la chaleur. Quoiqu’on soit actuellement au plus près de l’équinoxe, j’ai peine à croire qu’il fasse partout dans le monde moins de 20° à l’heure actuelle ; mais je vois le coronavirus déjà bien établi sur tout le globe. Les épidémiologistes sauront sûrement donner une raison d’espérer le voir s’endormir de lui-même cet été, pour ma part j’en suis encore à l’idée qu’à défaut de remède médical, il pourrait effectivement toucher une majorité de la population jusqu’à ne plus trouver assez de porteurs pour se diffuser. On nous a dit 40 % ! 70 %! On est pour l’heure très peu capables de dire combien de personnes il a déjà touchées ! Nécessairement plus que les 1 pour 1000 qui déjà sont déjà symptomatiques dans le Grand-Est. Mais on est peut-être très loin de ces 70 % alors si on doit y parvenir avant d’avoir trouvé de quoi soigner les malades, il est évident qu’on va devoir remettre les enfants sur le chemin de l’école et les parents sur la route du travail et l’épidémie pourrait reprendre sa progression et submerger finalement nos capacités médicales ! Tout ça, pour ça ? Avouez que ce serait difficile à encaisser. Bien sûr je ne suis qu’un journaliste un peu esseulé et on peut espérer que les choix ont été faits sur la base de modèles épidémiologiques et probabilistes pertinents. Mais de mon point de vue je ne perçois que des données contradictoires depuis le début de cette crise et comme beaucoup j’ai du mal à m’y retrouver. Cette éventualité d’un échec de la lutte par le confinement généralisé rend cette décision plus que discutable. Le rapport bénéfice/coût d’un confinement des personnes jugées à risque (en raison de l’âge et des pathologies) me semble avoir été trop rapidement jugé défavorable. Bien sûr là aussi il aurait fallu réagir assez vite, et sans doute plus vite encore. Mais je connais personnellement des personnes à risque qui ont suffisamment regardé avec angoisse la progression de l’épidémie en Chine, pour avoir l’assurance qu’elles auraient d’elles-mêmes fait tout ce qu’elle pouvaient pour s’en prémunir. Avec une volonté précoce et affichée par les autorités pour les aider en cela, cette quarantaine obligée de personnes qui, il faut le dire, sont majoritairement nos aînés, aurait sans doute duré plus que six semaines. Il est sûrement difficile d’isoler des membres de nos familles de cette façon, cela semble être une exclusion discriminatoire. Mais au final, durant tout le confinement actuel, les personnes à risque ne sont sans doute pas avec leurs enfants ou petits enfants, et il n’a échappé à personne que les premiers privés de visite ont été les occupants des Ehpad. Le résultat sera peut-être pour eux un confinement aussi long que s’il avait été restreint à leur seule personne sans compter que le retour à la normale pourrait dépendre de tests sérologiques faits sur leurs proches

Ne m’envoyez pas vos infographies qui coupent court à toute discussion, je les ai déjà toutes vues. En particulier celle avec des allumettes noircies et des allumettes pas noircies ! Et même plus littéraire que matheux, je sais ce qu’est une exponentielle. Ah oui c’est très parlant, raison pour laquelle les internautes s’empressent de reposter dans un élan dont on regrette qu’il n’existe pas pour d’autres causes aussi importantes. Fin du débat ? Une personne est atteinte d’un virus en Chine, pour faire simple disons qu’on est le premier janvier. En moyenne chaque personne atteinte va contaminer 2,2 personnes tous les 6 jours. Combien de personnes sont contaminées au bout de 180 jour ? Eh bien plus de 18 milliards cher monsieur ! C’est beaucoup oui ! D’où l’idée du confinement. Au pire toute la famille y passe mais ça ne sort pas de chez nous. Avec le confinement généralisé on court-circuite le virus. Rentrez chez vous ! Éteignez la lumière, non, pas la peine, elle va s’éteindre d’elle-même ! Arrêtez de manger ! Retenez votre souffle ! Plus personne ne sort ! Ah ben non, ce n’est pas possible ! Il faut bien que certaines personnes travaillent... et qu’elles rentrent chez elles le soir. Parfois il faut une nounou pour garder les enfants, difficile de faire autrement. Il faut que la police reste active à 100 %, et l’armée aussi, c’est quand même une situation un peu dangereuse. Il faut des paysans. Il faut produire de l’électricité. Il faut des transports. Il faut des magasins d’alimentation. C’est quand même toute une peuplade, une peuplade pour qui la distanciation sociale est souvent difficile. Même les employés d’Amazon n’y arrivent pas, pourtant c’est grand un entrepôt d’Amazon et les gens ne doivent plus trop commander de choses parce qu’ils ont conscience que moins ils commandent, plus il y a d’employés qui peuvent rester confinés ! Dans cette peuplade, une bonne partie retrouve sa famille le soir venu. Si elle passe douze heures par jour dans sa famille cette peuplade qui continue de prendre le risque d’attraper le virus (et l’attrape), est-ce que le facteur 2,2 se divise par deux pour ce qui est du risque de transmettre le virus aux siens ? Sans doute pas madame ! Cependant cette peuplade fait en sorte de ne pas aller au contact des personnes à risque, sauf celles qui sont déjà malades, par force. Donc les personnes à risque ont peu de chance d’être contaminées, un peu comme si elles avaient été confinées chez elles, ce qu’elles sont d’ailleurs. Enfin ce n’est pas tout à fait vrai non plus car parmi ces personnes certaines sont de toute façon dépendantes des autres pour leur survie, il n’y a donc pas de confinement, ni total, ni partiel, qui soit possible pour elles. Par contre un confinement partiel aurait peut-être permis de mieux cibler les moyens. Contre cette idée on peut néanmoins faire remarquer que beaucoup de personnes qui ne semblaient pas à risque ont contracté le virus et ont eu des complications nécessitant une hospitalisation. Oui c’est vrai, des jeunes de 20 ans sont morts, nouvelle alarmante et sensationnelle, ce n’est qu’après qu’on a précisé qu’ils étaient obèses, ou avaient pris des antalgiques, ou je ne sais quoi. Et il y a les cas totalement inattendus, un volleyeur de niveau international, une force de la nature. Tout le monde peut y passer ! Oui c’est vrai ! Mais pas avec la même probabilité ! Dans la mesure où la stratégie actuelle donne à coup sûr des résultats en matière d’écrêtement de la courbe, elle ne souffrirait d’aucune contestation. Mais a-t-on vraiment étudié la possibilité, non pas d’écrêtement de la courbe épidémiologique au sens propre, mais du moins celle de la courbe des cas graves résiduels une fois isolées les personnes jugées à risque ? Qui peut dire à 100 % que les hôpitaux seraient à l’heure actuelle plus submergés qu’ils ne le sont ? Il y aurait possiblement plus de morts qu’il n’y en aura dans les semaines à venir pour ce qui concerne la population dont on aurait jugé qu’elle ne comportait pas à priori de risques spécifiques. Mais l’immunité de la population se serait faite, et l’incertitude quant à la suite de cette épidémie sans doute moindre. C’est du moins mon avis et je n’ai jamais souhaité autant avoir tort car ce que je développerai dans la partie suivante, les conséquences qu’on sent venir de cet arrêt partiel du pays et du monde, qui seront d’autant pires que la situation durera longtemps, est tout autant anxiogène que ce virus. A moins qu’il puisse susciter quelques lueurs d’espoir pour ceux qui rêvent encore au grand soir. Qu’ils ne s’illusionnent pas trop !

Il n’aura échappé à personne que nous vivons dans une société capitaliste pour le meilleur et pour le pire. Je ne vais pas trop m’attarder sur le pire, du moins pas déjà, il suffit de voir quelle petite bouffée d’air pur semble prendre notre planète par le simple fait qu’une partie des humains cesse d’aller et venir, cesse de produire. Le meilleur, enfin, ce n’est pas exactement mon avis mais il semble cependant bien partagé, c’est l’abondance. Abondance de biens de ne nuit pas ? Collectivement c’est douteux, l’urgence écologique si prégnante à la fin de l’année dernière le sera sans doute presque autant à la fin de cette année. Mais essayons de voir cette abondance d’un point de vue positif et d’anticiper ce qu’il peut advenir en raison de cette crise. Avant cette crise, c’était déjà la crise. Statistiquement, pour ne parler que de l’Europe, nous ne nous sommes pas vraiment remis de la crise de 2008, c’est plus une décennie de stagnation que nous avons traversée. Après une chute de 6 % du PIB nominal à la suite de la crise financière, le revenu par habitant de la zone euro a mis dix ans à retrouver son niveau de 2007. Cet article n’a pas pour objectif de détailler ce qui a été fait ou pas fait pour éviter cela, les pages gauches et les pages droites du Coincoin du coin ont largement débattu de cela. Toujours est-il que la période écoulée est un exemple de gestion de crise et, même si de nombreux économistes tentent de nous rassurer en précisant qu’il sera plus facile de sortir d’une crise qui n’est pas systémique, le Coincoin du coin pressent depuis le départ qu’elle pourrait être bien plus ardue à gérer que ne veulent l’admettre ceux qui n’ont pas su envisager autre chose qu’un confinement tardif et mal anticipé pour faire face au coronavirus.

Quoiqu’il s’en défende le système capitaliste ne produit pas exactement la société du mérite dont il s’enorgueillit. Si par les temps qui courent vous avez hérité d’une fortune et qu’en quelques années vous êtes fichu de la dilapider pour dégringoler au rang des classes moyennes, excusez-moi de vous dire que vous êtes une tanche ou que votre ambition démesurée vous a perdu. Malgré cela vous trouverez des milliers d’exemples de personnes qui sont parties « de rien » pour arriver « au sommet », le gros bosquet qui cache la forêt. Il y a un brassage social possible, il faut bien que le capitalisme se régénère. Mais les chiffres ont la vie dure et croyez-les, pour avoir une probabilité de vivre une vie de riche, le mieux est encore de naître riche. Vivre une vie de riche ne vous intéresse pas ? Moi non plus, surtout s’il faut se farcir tout le cérémonial ridicule et hypocrite qui emporte dans sa danse ceux qui ont besoin de paraître, ou simplement la nécessité, pour la bonne marche de leurs affaires, de se coltiner ceux qui aiment paraître. Trop peu pour moi ! Pour autant je me trouve assez heureux de ne pas vivre une vie de pauvre, surtout si cette vie de pauvre n’est pas juste une vie d’ascète, un peu en marge du grand tourbillon, sans l’épée de Damoclès que constitue la prochaine facture à payer. Je n’apprends rien à personne en faisant remarquer que les épées de Damoclès de ce type ont tendance à se multiplier quand le capitalisme est en crise et à se raréfier quand il est en phase d’expansion. Un capitalisme en crise est aussi la condition sine qua non pour sortir du capitalisme, raison pour laquelle certains se plaisent à voir dans cette crise sanitaire le déclencheur d’un changement de paradigme, un renversement pur et simple de la table de jeu qui de toute façon est posée dans un train qui roule droit vers un mur. La dernière chance ! La dernière fois c’était déjà la dernière chance ! Mon pessimisme a grandi depuis, au point de penser que je verrai inévitablement le mur de près. On finit par regarder ses pieds, ou juste un peu plus loin, l’horizon, les semaines à venir, les mois à venir, au-delà n’existe pas.

Ce serait tellement facile dans un autre monde ! Dans un autre monde on se serait confiné comme dans ce monde-là ! Non ! On l’aurait fait plus tôt ! On l’aurait fait mieux ! On l’aurait fait en confiance, pas d’entourloupe ! On aurait des stocks de masques ! On aurait 100000 lits d’hôpital en plus ! On s’isolerait pour isoler le virus et ciao virus ! Dans un autre monde les fleurs ne seraient pas indispensables durant le confinement, comme dans ce monde-là ! Les pépiniéristes et les fleuristes se seraient confinés, comme dans ce monde-là ! Dans un autre monde les pépiniéristes seraient ensuite retournés à leurs pépinières, ils auraient réarrangé la terre, replanté les fleurs ou ramassé celle encore belles après des semaines de confinement, comme dans ce monde-là. Dans un autre monde les gens qui achetaient des fleurs avant le confinement auraient encore envie d’en acheter après le confinement, parce que les fleurs c’est joli, comme dans ce monde-là ! Dans un autre monde les gens trouveraient de quoi acheter des fleurs après le confinement.

Dans ce monde le pépiniériste doit de l’argent à ses fournisseurs. Dans ce monde le pépiniériste s’est agrandi récemment. Dans ce monde le pépiniériste courre sans cesse après les nouvelles technologies qui font de son secteur un secteur innovant comme les autres et lui permettent de rester compétitif. Dans ce monde le pépiniériste gagnait un peu d’argent chaque année, mais beaucoup moins qu’il n’en doit globalement à ses créanciers. Dans ce monde le pépiniériste n’a pas que des dettes, il a aussi des créances. Dans ce monde beaucoup de fleuristes lui doivent de l’argent. Dans ce monde les commerces ont rarement des avances de trésorerie phénoménales. Dans ce monde tout le monde paye ses factures à la dernière minute ou en retard, même les multinationales, même les États, et plus encore celles-ci et ceux-là que les autres. Dans ce monde le superflu en période de confinement, restera parfois superflu après le confinement, quand les revenus amputés feront face à des factures non amputées, à tout ce qui n’est plus superflu, le plein pour aller bosser ou chercher un nouveau travail, la voiture à changer, le crédit à payer, et les gosses… leurs baskets, leur tablette, leur portable, leur monde d’électronique et de plastique, votre monde, notre monde ! Dans ce monde, deux mois d’arrêt, combien de mois à s’en remettre ? Quand achèterons-nous de nouveau des fleurs ? Nous rachèterons des fleurs, pour le symbole, mais pas des fleurs poussées dans la pépinière du coin, elles sont trop chères.

Cette pépinière était trop sur la brèche, elle a fermée, c’est la vie, tant pis ! Tiens ! Voilà une rose ! Je te l’offre ! Elle n’est pas unique en son genre, pas comme celle du petit prince ma princesse. Elle a poussé vers les tropiques, un bouton parmi des millions de boutons, serrés les uns contre les autres. Non ! Ne la respire pas ! C’est une bombe chimique ! Mais elle a le mérite d’exister, parce que la crise n’a pas tué cette pépinière, pas comme celle d’à-côté, et puis notre budget est limité, tu sais ? C’est le geste qui compte ! Ma princesse, la crise fait des dégâts partout. Il paraît que même Amazon n’a pas eu les résultats escomptés, c’est fou ! Oh regarde ! La librairie a fermé ! C’est dommage, ils avaient des cartes postales de chats marrantes ! Tu crois qu’il y aura quoi à la place ?

Dans ce monde des pépiniéristes et des fleuristes sont au chômage ! Dans ce monde Amazon embauche, mais pas tout le monde, pas n’importe qui, pas à n’importe quel prix, des collaborateurs comme ont dit dans le monde anglo-saxon, ou bien sont-ce des serviteurs ? Dans ce monde les inégalités s’accroissent encore et pourtant dans ce monde certains se réjouissent d’être payés autant de temps à rien foutre. Pour une fois ils ont du temps dans ce monde, dans ce monde ils devraient s’atteler à inventer une machine qui les envoie dans un autre monde !

25 août 2019

Loulou Léonard vs Godillot

Les entretiens citoyens de Loulou Léonard, député de la 15ème circonscription du Rhône.

Objet : Déplacements urbains et écologie.

Citoyen : Monsieur Godillot, piéton.

Date : 25 janvier 2019.

 

– Alors Mr Godillot, qu’est-ce qui vous amène ?

– La peur, c’est à craindre.

– La peur ?

– Mais oui ! Je vis dans une peur permanente à cause des autres !

– Les autres ?… Tous les autres ?

– Non pas tous les autres. J’ai surtout peur des camions, des voitures, des motos, des scooters, des vélos, des trottinettes, des planches à roulettes, des poubelles, des fauteuils roulants, des poussettes, des caddies, des chiens en laisse…  mais de certains piétons aussi,

– Rien que ça ? Mais alors vous vivez dans la peur… depuis toujours ?

– Oh non ! Avant la peur était intermittente ! Quand il s’agissait de traverser quelques carrefours infranchissables par exemple.

– Des carrefours infranchissables ? Je ne vois pas. Vous n’essayiez tout de même pas d’aller à pied sur des échangeurs d’autoroute ?

– Oh non ! Je vous parle de carrefours avec des passages piétons !

– Comment pourraient-ils être infranchissables s’ils ont des passages piétons ?

– Mais parce que les véhicules ne s’arrêtent pas pour vous laisser passer pardi !

– Ah !… Oui je vois ce que vous voulez dire. Mais enfin, il faut se lancer vous savez, si les automobilistes n’ont pas la courtoisie de s’arrêter cela ne veut pas dire qu’ils vont vous rouler dessus une fois que vous vous serez engagé.

– Bien sûr qu’ils vont me rouler dessus ! Vous savez combien de mètres il faut pour qu’un simple scooter s’arrête lorsqu’il est lancé à 50 km/h ? Sachant qu’en plus aucun ne respecte les limitations de vitesse !

– Vous exagérez !

– Non je n’exagère pas !

– Bon. Au pire, si les voitures et les scooters ne s’arrêtent pas vous pouvez toujours attendre l’instant où il n’y a plus de circulation. On n’est pas non plus dans une mégapole de 10 millions d’habitants.

– Ah ben vous en avez de bonnes vous ! Alors en plus c’est moi qui devrait attendre de longues minutes l’arrivée d’un instant où j’ai une chance d’arriver vivant de l’autre côté !

– Je pense que vous avez une notion du danger un peu particulière.

– Pas du tout ! Les gens sont inconscients tandis que je suis prudent. Qui a raison ?

– Là n’est pas le problème ! Je ne vois simplement pas comment vous pouvez vous retrouver apeuré à l’idée de traverser une rue… ou un carrefour comme vous dites. Je tiens à vous rappeler qu’on ne traverse pas les carrefours en diagonale ! C’est la première chose qu’on apprend aux enfants !

– Mais carrefour ou rue c’est pareil ! Et je ne traverse certainement pas en dehors des clous ! Mais comment voulez-vous traverser quand les gens grillent les feux ?

– Les gens grillent les feux ? Voilà autre chose !

– Ils grillent les feux piétons !

– Les feux piétons ? A ma connaissance quand le feu piéton est vert, le feu pour les véhicules est rouge ! Là en théorie vous pouvez traverser sans danger !

– Mais pas du tout ! Ce n’est pas du tout ce qui se passe ! Figurez-vous qu’un carrefour c’est un endroit ou plusieurs rues se croisent !

– Vous m’en direz tant !

– Et donc des conducteurs qui ont le feu vert en profitent pour tourner à gauche ou à droite ! Et alors ils roulent sur un autre passage piéton, pour lequel le feu piéton est vert. Et là ils sont tenus de s’arrêter ! Mais ils ne s’arrêtent pas !

– Vous exagérez ! La plupart s’arrête !

– Mais non! Pas du tout ! A certains carrefours aucun ne s’arrête ! Allez sur les quais ! Allez-y ! On ne peut pas traverser sans risquer sa vie ! Le feu piéton passe au vert, vous vous lancez sur le passage mais avant que vous n’ayez fait la moitié du chemin, des voitures qui étaient en face et tournent vers ce passage vous grillent la politesse ! Et là vous ne savez que faire ! Peut-être que la voiture d’après va s’arrêter en freinant brusquement, vous signifiant ainsi à quel point votre présence l’irrite ; ou peut-être qu’elle va forcer le passage ! Alors vous ne savez jamais quelle est la bonne attitude, faut-il marcher vite ou doucement ? Faut-il marquer un temps d’arrêt au milieu de la rue ? Faut-il garder son rythme coûte ?

– A mon avis oui ! Il ne vous arrivera rien ! La peur n’évite pas le danger mais dans votre cas je dirais que la peur a de grandes chances de provoquer le danger !

– Ah non ! Je ne peux pas vous laisser dire cela ! Ah certes je peux décréter que si le feu est vert pour moi je n’ai qu’à traverser sans me soucier des véhicules ! Mais moi je peux vous assurer que si j’avais toujours fait cela je serais mort depuis longtemps !

– Non je ne pense pas.

– Prudence est mère de vertu !  

– Si vous voulez.

– Alors vous trouvez cela normal qu’on ne puisse même pas traverser tranquillement à un passage piéton ? Pourquoi on ne règle pas les feux afin de laisser le temps aux piétons de traverser ces carrefours qui posent autant de problèmes ?

– Écoutez ! J’imagine que dans la mesure du possible ces choses-là ont déjà été réfléchies. Régler la circulation est une affaire qui demande des calculs complexes !

– Si je comprends bien vous faites des consultations citoyennes sur les déplacements urbains en ayant des idées préconçues et comme simple réponse aux problèmes qu’on vous expose, vous dites que tout a déjà été réfléchi par plus intelligent que moi ou vous ! Ah ben bravo ! Vous les politiques vous admettez que vous ne servez à rien au juste ! Je me demande pourquoi je suis venu.

– Ne le prenez pas comme cela ! Je suis là pour écouter les problèmes des gens mais en ce qui vous concerne j’ai l’impression que vous avez tendance à les amplifier un peu.

– Je suis un grand marcheur figurez-vous ! Je connais très bien les problèmes des piétons que ce soit en ville ou à la campagne !

– Très bien. Parlons-en !

– La marche c’est bon pour la santé n’est-ce pas ?

– On le dit !

– La marche c’est incommensurablement moins polluant que la voiture n’est-ce pas ?

– Fatalement.

– Et ça l’est sans doute moins que le vélo également. Le vélo il faut l’usiner !

– Nonobstant l’usure de vos chaussures, le vélo est sans doute en effet plus polluant. Mais en vélo on va plus loin.

– Oui mais globalement on peut dire que le marcheur préserve sa santé sans beaucoup polluer ! Et ne dit-on pas qu’un jour nos lointains ancêtres se sont mis debout, ont marché et que cela a changé beaucoup de choses ?

– Je ne suis pas un grand spécialiste de ces questions-là.

– Eh bien moi je vous dis que la marche est le mouvement le plus naturel à l’homme et qu’on ne devrait jamais l’entraver ! L’homme est né pour marcher et partout il est à l’arrêt !

– Un slogan pour la République en marche ?

– Non je paraphrasais un philosophe célèbre si vous voyez qui je veux dire ?

– Certainement.

– L’homme qui marche…

– Après Rousseau, Giacometti ?

– Non ! L’homme qui marche... disons qu’il marche sur le pont Wilson en direction de la Presqu’île ; il marche jusqu’au moment où il arrive au niveau du quai Jules Courmont, quai qu’il veut traverser. Avec un peu de chance il tombe sur un feu piéton vert, avec moins de chance il est rouge. Dans ce cas l’homme qui marche doit arrêter de marcher et faire le poireau ! Il poireaute parfois plus d’une minute avant d’avoir le feu vert ! Enfin il va pouvoir traverser le quai ? Que nenni car quelle solution a-t-on trouvée pour résoudre le problème des piétons qui entravent la circulation des véhicules ? On oblige l’homme qui marche à rejoindre un terre-plein central où il tombe sur un second feu piéton irrémédiablement rouge ! L’homme qui marche poireaute de nouveau ! L’homme est né pour marcher et partout il est un poireau qui regarde passer les voitures ! Tout tout tout, absolument tout a été fait en fonction de la voiture !

– Nonobstant les rues piétonnes !

– Qui sont combien en proportion… en dehors des quartiers construits au moyen-âge ?

– Certes il y en a peu mais la tendance des zones dédiées à la marche est à la hausse !

– A la marche ? Comme vous y allez ! L’homme est né pour marcher, il devrait pouvoir le faire partout, pas uniquement dans des rues piétonnes !

– On va peut-être éviter d’aller marcher sur les voies de TGV ou les autoroutes !

– Vous n’imaginez pas à quel point vous soulevez un vrai problème !

– Non je vous assure, si vous voulez voir des piétons là où il y a des TGV, vous en arrivez forcément à la conclusion qu’on ne peut pas faire de TGV !

– Je pense exactement le contraire ! Évidemment je ne dis pas que les gens doivent marcher sur les voies ! Seulement, quand on construit une ligne à grande vitesse, vous savez bien qu’on réserve une bande plus large que celle nécessaire pour la construction des voies proprement dites. Il y a un espace de plusieurs mètres entre guillemets « végétalisé », puis on plante un grillage pour éviter que des gens viennent s’égarer sur les voies. Quitte à exproprier des milliers d’hectares de terres agricoles et faire du terrassement sur de très grandes lignes droites, vous croyez pas qu’on aurait pu y adjoindre des pistes pour les piétons et les cyclistes ?

– En bordure de TGV ? Vous croyez vraiment que des gens voudraient se balader à quelques mètres de trains qui roulent à 300 km/h ?

– Et pourquoi pas ? Au moins les trains ne vous crachent pas du CO2 à la gueule !

– Je ne sais pas… Pourquoi pas en effet ? Je pense qu’on veut aussi éviter de voir trop de promeneurs à proximité des voies. Il y aura toujours des abrutis avec la tentation de jeter des pierres sur les trains.

– Vous êtes sérieux ? Si quelqu’un veut le faire il trouvera toujours le moyen de le faire !

– Oui mais bien souvent c’est l’occasion qui fait le larron. En plus ce serait un peu ridicule d’élargir des viaducs et des tunnels au-delà du strict nécessaire pour y ajouter une piste cyclable ou un chemin piétonnier.

– Je ne prétends pas qu’on doive aller jusque-là ! Le piéton ou le cycliste aura un chemin dans la vallée ou contournant la montagne. Je dis juste qu’on a raté de nombreuses occasions de redonner le droit aux gens de se déplacer à pied ou à vélo sur des distances importantes sans risquer d’être renversés par des véhicules ! A ceux qui veulent se déplacer vite on dédie des milliards, à ceux qui veulent retrouver le sens du déplacement naturel à l’homme, peanuts ! Le plus symptomatique de ce problème c’est justement à la campagne ! Il y a de très vieux chemins qui peu à peu sont devenus des pistes pour les attelages de chevaux. Pour le piéton la sécurité n’était déjà pas toujours assurée, les attelages de chevaux ont fait des victimes mais globalement on avait encore le temps de se décaler dans le fossé. Ensuite est venu le temps de l’automobile, d’abord guère plus rapide que le cheval, les pistes sont devenus des routes sur lesquelles on pouvait encore marcher sans trop de risques. Et puis les voitures sont allées de plus en plus vite, ont été de plus en plus nombreuses, on a amélioré les routes, on les a élargies, mais pas pour garder un espace pour les piétons, non, juste pour que des voitures de plus en plus larges puissent se croiser de plus en plus vite. Ainsi sur ces chemins ancestraux plus aucun piéton ne peut marcher sans crainte ! Et vous seriez bien en peine de trouver le nouveau chemin dédié à la marche, il n’existe pas ! C’est bien simple, il y a partout en France des villages distants de quelques kilomètres que personne ne s’imagine franchir en toute sérénité à pied. L’homme est né pour marcher et il ne le peut pas ! Vous trouvez cela normal ?

– Non mais mon propos c’est surtout le transport urbain.

– Mais en ville le danger est encore plus grand ! Les piétons sont nombreux mais l’espace qui leur est dédié est souvent ridicule ! Le matin les trottoirs sont encombrés des bacs à ordures ! Sans compter les innombrables commerces qui font mines d’oublier qu’il s’agit d’un espace public ! Là où le trottoir est large vous trouvez toujours quelqu’un pour le rétrécir par une occupation plus ou moins légale ! Tenez ! Exemple typique ! Je me suis engueulé durant des années avec le tenancier d’un bar de mon quartier qui mettait deux rangées de tables sur le trottoir en ne laissant entre les deux qu’un espace restreint pour les piétons…

– S’il le faisait c’est qu’il avait l’autorisation de la municipalité.

– Ah mais je n’en doute pas ! Sauf que ce trottoir n’était pas si large et assez passant ! Avec les serveurs au milieu de tout cela, c’est limite si vous ne deviez pas vous excuser pour passer ! Un vrai goulet d’étranglement ! Puis un jour la municipalité a décidé de supprimer les places de stationnement adjacentes et le trottoir est devenu plus large de deux mètres ; Alléluia ! La municipalité aurait très bien pu en profiter pour allouer un espace vraiment séparé pour que ce bar ait une terrasse à travers laquelle on ne passe pas ; côté rue il y aurait alors eu un espace bien large pour les passants et sans les serveurs au milieu ! Mais non ! On préfère faire dans le ni-ni ! On ne veut pas que le tenancier pense que l’espace devant chez lui appartient, mais on ne veut pas non plus entraver le commerce. Alors on l’autorise à rajouter des tables du côté de la rue ! Résultat : on passe encore entre les rangées de tables, au milieu de ses emmerdeurs de serveurs qui se croient prioritaires parce qu’ils sont au travail ! Et puisqu’il y a plus de tables il y a plus de serveurs et le goulet d’étranglement est encore pire qu’avant ! J’enrage ! Tout cela est tellement typique du monde politique actuel ! C’est comme ce con de maire qui récupère des hectares de terrains liés à la désindustrialisation du centre-ville mais n’a pas planifié d’y planter un arbre parce que ça gâche la vue sur les beautés architecturales dont on s’enorgueillit, puis à l’orée des années 2020 apprend dans la presse l’existence d’un phénomène appelé réchauffement climatique et celle d’un autre phénomène qui dit que la végétation apporte beaucoup plus de fraîcheur que le béton ! Que faire ? pense-t-il alors en son fort faible for intérieur. Alors lui vient l’idée géniale, par le biais d’un souffleur bien entendu, de semer des bacs à arbustes plein les trottoirs ! Voici le programme à venir de végétalisation de cette ville de bétonneurs : des bacs à arbustes, à arroser tous les jours en cas de canicule ! Et là où on aurait pu raisonnablement espérer l’émergence d’un tronc d’un demi-mètre carré surplombé d’un gros feuillage on aura dans son chemin un bac d’un mètre carré et demi faisant de l’ombre à un arbuste minable.

– Vous exagérez ! Il y a des projets de bacs à arbustes dans des rues qui n’avaient déjà pas d’arbres au début du siècle dernier, un temps où l’urgence climatique était somme toute moins prégnante ! C’est pas de la faute du maire si la ville a été faite ainsi.

– Mais c’est de sa faute si à la place d’un parc boisé la confluence s’est dotée d’une marina à la con pour y garer les yachts des meilleurs pollueurs d’entre-nous !

– Oui si vous voulez. C’est pas non plus le seul à blâmer dans l’histoire.

– C’est lui qui se tresse la couronne pour ce qu’il considère être une œuvre très réussie, je rends à César ce qui lui appartient.

– Pour ce qui est de la végétalisation vous devriez surtout vous réjouir car au contraire de ce que vous dîtes beaucoup de bacs prennent la place des voitures, ils ne sont pas mis sur les trottoirs mais sur les places de stationnement. Cela va donc dans le sens d’une moindre circulation.

– Verrons-nous !

– A propos de maire, celui du deuxième a la volonté d’aller vers une interdiction totale du stationnement en surface. Donc d’une manière ou d’une autre on va réellement vers une remise en question du modèle actuel et vous verrez que ce sera forcément en faveur des piétons

– Oui, j’imagine que pour lui c’est facile de décréter cela ! Il a sûrement la certitude de pouvoir garer sa propre voiture à l’abri dans un garage proche de chez lui. Mais l’ensemble de ceux qui votent pour lui n’ont pas tous cette possibilité !

– J’ai l’impression que vous n’êtes jamais content. Maintenant vous allez vous soucier des difficultés de ceux que vous vous êtes évertué à critiquer dans leurs choix !

– Je dis simplement que j’attends de le voir pour le croire ! Car pour le moment je marche surtout sur des trottoirs sur lesquels on ne peut même pas se croiser sans se contorsionner ! Et je ne vous parle pas d’y croiser un fauteuil roulant et une poussette ! C’est infernal !

– Il y a déjà de nombreux progrès ! Justement à destination des fauteuils et poussettes. Les trottoirs sont mis à niveau de la chaussée là où…

– Ne m’en parlez pas ! Il y a des endroits où l’on ne fait même plus la distinction entre la chaussée et le trottoir ! Mais c’est complètement flippant ! Si je ne fais plus la différence, pourquoi les automobilistes la feraient ?

– Vous exagérez !

– Et puis c’est devenu l’enfer ! Avant quand je sortais de chez moi je m’avançais sur le trottoir et je regardais à gauche pour voir si une voiture arrivait ! Mais désormais j’ai toutes les chances d’être percuté ou de tomber à peine ai-je franchi le palier !

– Comment cela ?

– Parce qu’une fois sur deux il y a une trottinette qui me barre la route ! Quand ce n’est pas une rangée entière de trottinettes ! C’est un monde tout de même ! Quelqu’un pose cinq ou six trottinettes en rang d’oignons là où bon lui semble, il s’en va sans se soucier de la météo, et au moindre coup de vent la rangée tout entière dégringole comme des dominos. Si je n’ai pas affaire à des trottinettes en stationnement sauvage il en est une en mouvement qui arrive à pleine vitesse sans se soucier le moins du monde de ma présence ! Et si j’arrive entier à hauteur de la chaussée je ne dois plus jamais perdre de vue la possibilité de voir surgir un vélo qui remonte la rue à sens unique parce que vous les politiques, vous pensez qu’il est raisonnable d’autoriser les cyclistes à emprunter des rues étroites à contresens !

– Décidément.

– Ah non c’est devenu impossible ! Tout cela finira par me rendre fou !

– Vous ne croyez pas que c’est plus une question d’affluence que de moyens de transports ?

– C’est à dire ?

– Vous vivez dans l’hyper-centre à ce que je vois.

– Certains prétendent que le centre est à Bellecour, moi je dis effectivement qu’il est à l’Hôtel de ville.

– Que faites-vous durant la fête des lumières ?

– Je m’enferme chez moi durant quatre jours ! C’est trop infernal !

– Donc vous le marcheur, durant les jours où les véhicules sont interdits de séjour dans les rues du centre, vous décidez de ne pas marcher ?

– Marcher ? Vous appelez cela marcher ? On ne peut pas mettre un pied devant l’autre !

– Eh bien si à la place de ces centaines de milliers de piétons il n’y avait en centre-ville que quelques camions, quelques voitures, quelques motos, quelques vélos, quelques trottinettes, quelques poussettes… je pense que vous sortiriez sans crainte.

– C’est la faute à qui si tout le monde vient au centre ?

– Pas la mienne !

– Mais bien sûr que si ! Vous les politiques vous avez décrété que les gens ne devaient plus jamais avoir un travail, des commerces, des loisirs et de la culture à proximité de l’endroit où ils habitent !

– Ces choses-là ne se décrètent pas sur un claquement de doigts ! Qu’est-ce qu’on y peut si les gens veulent voir de la vieille pierre ?

– Il ne veulent pas tant voir de la vieille pierre que fuir des endroits sans âme ! Personne ne se demande plus de quelle façon on construit des endroits qui ont de l’âme !

– Si, on se le demande justement, mais cela ne veut pas dire que le fruit de notre réflexion aboutit à quelque chose. Quand vous visitez le quartier Saint-Jean dites-vous que ceux qui l’ont habité à l’époque de sa construction n’ont certainement pas pensé qu’ils vivaient au cœur d’une merveille architecturale où il faisait bon vivre !

– Peut-être ! Mais quand on a décidé de poser des boites à sardines géantes dans des champs à la périphérie des villes pour y entasser des tonnes de choses, vous allez me dire qu’on ne savait pas que cela tuerait les épiceries des centre-ville !

– Oh vous savez ? Il paraît que les hypermarchés attirent de moins en moins de gens !

– Voire !… De toute façon le mal est fait ! On a construit des milliers de quartiers, qu’ils soient faits de tours ou pavillonnaires où les gens n’iront jamais faire leurs courses à pied ! Ils n’iront pas non plus au cinéma à pied mais à l’hypercomplexe de la communauté de communes à qui vous les politiques, vous avez donné le droit de s’implanter ! Ils n’iront pas non plus à pied dans une base de loisir attractive, quand ils en auront marre de la balançoire du minuscule square d’à-côté, ils iront en voiture à Euro-Disney ! Ils ne travailleront pas de chez eux ou dans des fab lab dont on nous a dit il y a dix piges qu’ils allaient tout changer ! Non ! Ils iront à l’autre bout de l’agglomération enchaîner des contrats précaires pour ne pas perdre leurs droits au chômage, les plus ingénieux iront dans des pépinières géantes de start-up, car il faut créer de l’émulation vous savez, ne pas laisser le génie se perdre dans son coin ! Ils ne cultiveront pas non plus des légumes dans le champ d’à-côté, le champ a été bétonné depuis longtemps et celui qu’on aperçoit au loin est en sursit !

– Oui, oui, je comprends ce que vous voulez dire. Mais enfin… il y a des choses sur lesquelles il est difficile de revenir en arrière.

– Alors elles servent à quoi vos consultations ?

– A explorer des pistes !

– Pas besoins de pistes ! Explorez la manière dont on pourrait faire un maximum de choses à pied sans être obligé de marcher dans le caniveau, le chemin est là !

1 juillet 2019

Loulou Léonard vs Mr Pignon

Les entretiens citoyens de Loulou Léonard, député de la 15ème circonscription du Rhône.

Objet : Déplacements urbains et écologie.

Citoyen : Monsieur Pignon, militant anti-vélo.

Date : 25 janvier 2019.

 

«

– J’espère que vous n’êtes pas un cycliste extrémiste parce qu’hier j’en ai reçu un qui…

– Un cycliste ? Sûrement pas ! Les cyclistes sont les néo-cons !

– Ah !… C’est un peu extrême comme jugement.

– Pas du tout ! C’est tout à fait factuel ! Allons à la fenêtre, regardons la rue 5 minutes et nous en conclurons ensemble que le vélo rend con !

– Vous exagérez !

– Pas du tout ! Ah qu’est-ce que je donnerais pour revenir trente ans en arrière quand les rares cyclistes avaient au moins l’idée de s’intéresser au code de la route ! Aujourd’hui un cycliste vous pourriez lui mettre trois feux rouges géants et clignotants, la probabilité qu’il en tienne compte est proche de zéro ! Le cycliste est seul au monde, voilà tout. Le feu est vert, il trace sa route en insultant les piétons aussi peu soucieux du code de la route que lui. Le feu est rouge, il jette un œil à droite et à gauche, évalue, mal, le danger que représente les véhicules arrivant perpendiculairement et dans leur bon droit, et le plus souvent il traverse, quitte à forcer les automobilistes à ralentir. Quant aux piétons qui traversent très normalement au passage protégé, il leur passe allègrement devant le nez à toute berzingue ! Vous trouvez cela normal !

– Vous généralisez là !

– Et vous trouvez cela normal qu’on soit autorisé à rouler sur la voie publique sans même avoir besoin de passer le code de la route ?

– Non mais vous n’allez tout de même pas demander aux gens de passer le code de la route pour faire du vélo !

– Et pourquoi pas ? Comment voulez-vous respecter le code de la route si vous ne le connaissez pas.

– Oui, enfin bon, les cyclistes représentent tout de même un danger mineur au regard des véhicules motorisés.

– C’est vous qui le dites ! Moi je pense au contraire qu’ils sont des dangers publics !

– S’ils sont des dangers, c’est surtout pour eux-mêmes. Je ne nie pas qu’ils puissent provoquer des accidents comme je le relevais hier à monsieur Salottino mais…

– Qui est monsieur Salottino ?

– Le cycliste que j’ai reçu hier.

– J’espère que vous l’avez remis à sa place !

– Qui est ?

– A pied sur un trottoir si vous me demandez mon avis !

– Je vais garder le mien alors. Donc comme je le disais à Salottino, il est sûrement vrai que quelques accidents peuvent être provoqués par les erreurs de cyclistes. Mais même quand c’est le cas ce sont eux qui en sont les principales victimes.

– C’est vite dit ! Si je roule sur un cycliste qui a tout fait pour se faire écraser, il est possible que je m’en sorte sans une égratignure, mais quid de la blessure morale ? Vous croyez que c’est facile à porter psychologiquement, d’écraser quelqu’un, même un con ? Sans compter qu’on passe inévitablement pour un imprudent alors même qu’on est un très bon conducteur.

– Jusqu’à preuve du contraire je pense que la grande majorité des accidents sont le fait de conducteurs qui sont justement de mauvais conducteurs. Et quand je dis mauvais conducteurs cela ne veut pas dire qu’ils ne sont de mauvais pilotes mais qu’ils s’arrangent un peu trop avec le code de la route ! Les principales causes des accidents impliquant deux voitures, ou une voiture et un cycliste, ou une voiture et un piéton, ça reste la le manque de concentration, l’alcoolémie et la vitesse.

– Peut-être, mais l’alcoolémie des cyclistes, on en parle ?

– C’est anecdotique !

– C’est vous qui le dites !

– Écoutez ! Avant d’avoir convié des citoyens pour parler de transport vous pensez bien que je me suis un peu penché sur les statistiques de la sécurité routière. La moitié du temps les automobilistes qui ont des accidents font simplement des sorties de route sans raison apparente le plus souvent en rase campagne et sur des lignes droites. Ils sont alcoolisés, ou roulent trop vite, souvent les deux, ou ils s’endorment. Ou même ils regardent leurs SMS, cela représente maintenant 10 % des accidents, c’est quand même pas rien alors qu’on ne cesse de leur répéter qu’il ne faut absolument pas le faire ! Donc vous voyez bien que si ces comportements suffisent à vous envoyer dans le décor quand vous êtes presque seul sur la route, si vous faites pareil en ville c’est proprement criminel ! Apportez-moi les statistiques qui disent que les piétons et cyclistes mettent plus souvent en danger les automobilistes que l’inverse et j’abonderai dans votre sens. Mais jusqu’à preuve du contraire le principal danger pour l’automobiliste c’est lui-même, ou un autre automobiliste, ou bien celui qui conduit un engin encore plus gros. Tenez ! 6 % des accidents de voitures sont dus à un non respect des distances de sécurité. Si vous êtes embouté par l’arrière par une auto ou un camion ça peut être très grave, mais je vous mets au défi de trouver un automobiliste blessé par un cycliste qui aurait percuté son pare-choc arrière ! Par contre l’inverse est sûrement plus fréquent !

– Peut-être mais admettez que même pour un automobiliste qui respecte parfaitement le code de la route et est parfaitement concentré, tout est fait pour qu’il finisse par avoir un accident !

– Comment cela ?

– Vous les politiques vous vous lancez dans des trucs sans réfléchir aux conséquences ! Comment vous pouvez décider d’autoriser les cyclistes à rouler à contresens dans des rues où un vélo et une voiture n’ont même pas la place pour se croiser ? Allez vous plaindre qu’il y a des cyclistes écrasés après cela ! Les cyclistes sont des cons et vous vous les encouragez dans leur connerie ! Quand on est en voiture et qu’on est engagé dans une rue étroite à sens unique et que tout d’un coup déboule un cycliste qui croit que la rue lui appartient, inévitablement les choses s’enveniment !

– Arrêtez de m’inclure dans le tas de ceux qui ont pris ces décisions ! Pour ma part je trouve cela effectivement souvent inadéquat et pas très utile dans la mesure où un vélo peut facilement emprunter la rue d’à-coté sans perdre beaucoup de temps.

– A la bonne heure ! Pour ma part c’est bien simple ! Le vélo et la voiture ne sont pas faits pour cohabiter simplement parce qu’un vélo roule le plus souvent en-dessous de trente kilomètres heure alors que la voiture est autorisée à rouler jusqu’à 90 kilomètres heure sur les routes ordinaires ! C’est aberrant d’autoriser des cyclistes à aller sur des départementales ou des nationales !

– Où voulez-vous qu’ils roulent ?

– Mais sur des pistes qui leur sont réservées pardi !

– Et quand il n’y en a pas ?

– Mais il n’y a qu’à en faire !

– C’est plus facile à dire qu’à faire justement ; surtout à la campagne. Par contre en ville…

– Ah non ! C’est bon ! Des pistes cyclables en ville il y en a assez ! Y aura bientôt plus moyen de se garer  ! Non mais cela devient vraiment infernal ! Tout leur est dû aux cyclistes et quand vous leur faites des pistes cyclables, ils roulent quand même au milieu des voitures !

– Vous exagérez ! Vous allez finir par me dire que les vélos sont mieux traités que la voiture mais si vous deviez vous contenter des vraies pistes cyclables, il faudrait le plus souvent que vous fassiez de sacrés détours pour aller d’un point A à un point B comme me le signifiait justement monsieur Salottino. Vous dites qu’il est problématique d’avoir des véhicules qui ne vont pas tous à la même vitesse sur les mêmes voies, soit ! Eh bien figurez-vous que je suis tout à fait décidé à remédier à cela ! Zone 30 dans toute l’agglomération !

– Quoi ?! Non mais vous perdez la tête ! 70 à l’heure sur le périphérique ! Et bientôt 50 ? Et vous vous voudriez qu’on soit limités à 30 en ville ! Ah non mais je vous le dis tout net ! Cela ne va pas se passer comme ça ! Vous vous êtes là tranquille dans votre bureau, j’imagine que vous habitez pas bien loin ! Mais moi c’est plus de 50000 kilomètres par an que je me tape ! Vous croyez que je vais me taper deux heures de route au lieu d’une parce que vous les politiques vous perdez tout sens de la mesure ?

– Vous ferez comme tout le monde ! Ou alors élisez des gens qui s’opposent à cette idée ! Pour ma part j’y suis tout à fait favorable et je ne m’en suis jamais caché. C’est une mesure tout à fait pertinente et en phase avec son époque. Elle est pertinente d’un point de vue écologique, et pertinente pour la cohabitation des anciens et nouveaux modes de transport. Et sauf votre respect, ceux qui pensent qu’ils mettront deux fois plus de temps pour traverser la ville sont soit des nuls en calcul soit des chauffards !

– Je ne suis pas un chauffard figurez-vous !

– Alors admettez premièrement que 30 ce n’est pas la moitié de 50 ! Ensuite, ce sera peut-être difficile à voir de la fenêtre mais on peut monter sur le toit si vous voulez pour observer un peu les comportements des automobilistes. L’âne indécrottable c’est celui qui persiste à accélérer à fond quand le feu passe au vert pour finir par freiner au feu suivant alors que s’il avait pris son temps le feu suivant aurait été vert. Les bouchons sont inévitables quand il y a effectivement trop de véhicules, mais ils sont largement accentués par les mauvais conducteurs. On ne s’engage pas sur un carrefour non dégagé et pourtant plein d’automobilistes continuent à le faire, soit parce qu’ils sont des ânes eux-mêmes, soit parce que les ânes de derrière klaxonnent comme des ânes.

– Figurez-vous que je suis tout à fait d’accord avec vous, aussi étonnant que cela puisse paraître ! Et pour ma part, l’âne de derrière, je m’en bats les flancs ! Il peut klaxonner autant qu’il veut !

– C’est tout à votre honneur ! Mais malheureusement la plupart n’agit pas comme vous.

– Parce que les flics aiment bien mettre des contraventions pour un dépassement d’horaire sur une place de stationnement mais je n’en ai jamais vu qui verbalisaient les automobilistes s’engageant sur un carrefour encombré. Et encore moins qui verbalisaient des cyclistes grillant des feux !

– Moi j’ai vu des cyclistes verbalisés. Tout cela pour dire qu’en définitive, si tout le monde respectait le code de la route, je suis convaincu que même en limitant la vitesse à 30, vous seriez loin de doubler votre temps de parcours sur une même distance. De plus cela rendrait la rue plus sûre et favoriserait la pratique du vélo et des autres modes doux. Plus de vélos c’est moins d’autos, et moins d’autos c’est sûrement un avantage pour ceux qui sont contraints à prendre leur voiture parce qu’il y a moins de bouchons.

– Que vous dites ! Moins il y aura de voitures, moins elles rouleront vite et moins elles seront respectées ! Les piétons traverseront encore plus n’importe où parce qu’ils auront moins la crainte de se faire renverser ! Et les cyclistes seront encore plus cons ! Ah non ! Parlez pas de malheur !

– C’est vous qui parlez de malheur ! Je pense que pour une grande majorité des citadins cela serait sûrement un peu de bonheur en plus.

– Pff ! De toute façon une telle réglementation ne passera jamais ! Si vous mettez des zones 30 partout et verbalisez les automobilistes qui ne les respectent pas, la moitié des conducteurs va se retrouver rapidement sans permis !

– Eh bien ils s’achèteront un vélo !

– Ah ben c’est bien une réaction de politique ça ! Vous les politiques vous décidez d’un truc et pour les autres c’est marche ou crève ! Cela ne vous viendrait pas à l’esprit que bien souvent les gens ne peuvent tout simplement pas respecter la loi parce qu’ils sont pris entre le marteau et l’enclume ? Vous croyez que les types qui vous livrent vos paquets peuvent respecter les limites de vitesse ? Les pouvoirs publics leur intime de les respecter mais en même temps ils font tout pour encourager la plus féroce des concurrences. Il y a des dizaines d’entreprises qui font de la messagerie désormais mais pour gagner des parts de marché il faut livrer toujours plus vite. Même les facteurs sont obligés d’aller pied au plancher désormais !

– Ma foi, quand leurs livreurs n’auront plus de permis, ces entreprises seront bien obligées de changer leurs méthodes.

– Ah ben c’est bien une réaction de politique ça ! Vous êtes au courant du nombre de chômeurs qu’il y a ? Si un livreur perd son permis et son travail, l’entreprise qui l’emploie prendra quelqu’un d’autre à sa place !

– C’est possible mais il y a bien des solutions pour éviter cela !

– Laquelle par exemple ?

– Par exemple si un employé est pris en excès de vitesse alors qu’il est au volant d’un véhicule d’entreprise ou bien simplement en déplacement professionnel avec son propre véhicule, on verbalise à la fois l’individu et l’entreprise. Quand cela leur coûtera beaucoup plus cher que de respecter la loi, elles changeront de méthode. A terme ce sera bénéfique pour toute le monde et en premier lieu pour les livreurs eux-mêmes car ils auront des tournées allégées. Et aussi les entreprises se rendront compte qu’elles font de grosses économies de carburant.

– Balivernes ! Je n’y crois pas une seconde ! La vérité c’est que vous les politiques vous nous annoncez le monde des bisounours tout en fabriquant le monde du tous contre tous ! La concurrence ! La concurrence ! La concurrence ! Il n’y a que ça qui compte ! Il suffirait qu’on aille ensemble au centre ville sur les coups des 18 20 heures pour que je vous en apporte la preuve ! Vous verrez la multitude des livreurs à vélo là, ces soi-disant autoentrepreneurs ; je vous prends le pari qu’en choisissant le bon carrefour, en moins d’une heure on aura relevé de leur part de multiples infractions au code de la route !

– Vous venez de me dire qu’aucun cycliste ne respectait le code de la route, pourquoi eux le feraient ?

– Mais eux c’est encore pire ! En plus ils sont de plus souvent en scooter ! Ah ben c’était bien la peine de nous vendre le miracle des livreurs à vélo de la nouvelle économie ! Soi-disant ça apporte de nouveaux services très écologiques alors que bientôt ils seront tous en scooter pour pouvoir arriver les premiers ! Ah elle est belle la nouvelle économie ! Ça fait des dizaines d’années que les pizzerias livrent à scooter ! Vous parlez d’une nouveauté !

– Oui ben c’est un autre sujet là ! Où voulez-vous en venir ?

– Tout ça pour dire qu’on peut rester des plombes à ce carrefour à observer ces livreurs faire n’importe quoi, à nous rouler limite sur les pieds, la probabilité de voir un flic dresser un procès verbal à un livreur est proche de zéro ! Les flics ont la consigne de ne surtout pas entraver la bonne marche de la concurrence économique !

– Vous exagérez ! C’est totalement n’importe quoi ce que vous dites !

– Non je n’exagère pas ! Et je ne vois pas pourquoi moi je devrais respecter des lois impossibles en tant qu’individu tandis que d’autres les bravent ouvertement sous prétexte qu’ils sont dans le cadre d’une activité professionnelle ! Alors vos zones 30 que seuls les citoyens honnêtes comme moi s’obligeront à respecter, vous pouvez vous les mettre où je pense ; sauf votre respect. 

– Très bien ! Alors on ne fait rien ?

– C’était très bien avant !

– Quand on était 4 milliards sur terre et non 7 ?

– Pff !

–  Quand la planète était moins chaude ?

– Pff !

 

2 avril 2020

Le Coincoin du coin. Sélection d'articles du 24 mars 2020

24/03/2020

Brève de Coincoin


L'un de nos nombreux pigistes nous rapporte une scène entendue ce matin à sa fenêtre.

Un homme passe avec ses deux enfants d'environ 5 et 7 ans, tout joyeux à l'idée de se rendre au square d'à-côté. Une dame d'un certain âge l'interpelle du haut de son balcon :
- Vous allez continuer longtemps à sortir vos gosses comme ça ? En pleine pandémie !
- Tant que ce sera permis madame ! Et sans mettre en danger qui que ce soit.
- C'est vous qui le dites ! Vous vous rendez compte si tout le monde faisait comme vous ? Faut penser un peu aux autres !
- Visiblement les autres sont nombreux à être déjà morts... ou partis à la mer.
- Et qu'est-ce que ça change ? Une pandémie c'est une pandémie ! On vous demande de rester chez vous, restez chez vous !
- Eh oui mais que voulez-vous madame ? En pleine pandémie du sida, les gens voulaient encore avoir des relations sexuelles.

Brève de Coincoin.

24/03/2020

A Lyon, interpellation d’un confiné qui avait « Tout bien fait. »

Ce matin la police nationale a interpellé un jeune cadre dynamique confiné seul dans son appartement et qui croyait avoir respecté à la lettre la consigne « Restez chez vous ! » En effet il est resté chez lui et n’a pas dépassé son pas de porte depuis mardi midi. Il s’en est d’ailleurs largement vanté sur les réseaux sociaux, fustigeant ça et là ceux qui s’entêtent encore à aller dehors sous n’importe quel prétexte fallacieux. Alors comment cet individu irréprochable est-il devenu la cible des autorités et risque d’être accusé de mise en danger de la vie d’autrui d’après les informations dont nous disposons ?

Il semblerait que la police ait été alertée sur le comportement anormal de l’individu en question par de nombreux livreurs à vélo ou messagers. Ceux-ci ont fini par repérer cette adresse où les uns et les autres se croisaient anormalement souvent dans la cage d’escalier. Vérification faite auprès de toutes les entreprises concernées, depuis mardi l’interpellé aurait commandé pas moins de 27 repas ou en-cas divers, chose qui semble-t-il reste possible malgré l’arrêt de la vente à emporter par de nombreux restaurants ayant simplement baissé le rideau. En outre il se serait fait également livrer plus d’une quarantaine de colis non alimentaires, tous en provenance d’Amazon, ce qui nous laisse dire que notre citoyen modèle, en plus de ne pas être si modèle que ça, est un con.

Allez hop ! A l’isolement !

24/03/2020

Le Coincoin du coin : Des nouvelles de nos chroniqueurs sportifs ainsi que du biathlon et de l’orpaillage.

Vous le savez, le Coincoin du coin est toujours bien au fait de l’actualité sportive. Football, Basket, Athlétisme, Tennis, Sports d’hiver, Baseball, Cyclisme, Rugby, Football américain, Boxe… nombreuses sont les disciplines pour lesquelles nous avons des experts reconnus, quoique tous pigistes. Ces experts se trouvent particulièrement chagrinés de la situation actuelle, nos pages sports ont été réduites au strict nécessaire, c’est à dire à zéro ligne. Par humanité, et parce que lorsque la crise sera finie, nous ne pensons pas trouver beaucoup moins chers qu’eux, nous prenons très régulièrement de leurs nouvelles pour les soutenir moralement. Pour des personnes habituées à regarder plusieurs heures de sport par jour, le sevrage est violent. Nous payons actuellement une psychologue pour leur offrir une oreille salvatrice et ce qui ressort de ces entretiens téléphoniques semble digne d’être rapporté. Ainsi il apparaît que, tout en sachant qu’ils n’y verront aucune retransmission en live, les chroniqueurs sportifs ne peuvent pas s’empêcher de zapper régulièrement sur leurs chaînes préférées. Notre spécialiste de biathlon semble avoir pris un sacré coup sur la casquette et notre psychologue passe beaucoup de temps avec lui. Nous nous attendions pourtant à ce qu’il garde le moral plus longtemps que les autres du fait que les compétitions de biathlon ont résisté plus longtemps au Lock-out. Certes la retraite surprise du champion français Martin Fourcade n’a sûrement pas aidé à maintenir notre pigiste à flots. Ce pigiste qui retourne plusieurs fois par jour sur la chaîne l’Équipe par un réflexe incontrôlable, a accepté que soit relatée l’une de ses déprimes qui s’incarne dans une certaine critique du programme qu’il a trouvé en lieu et place de son programme favori. Voyez comme la vie est cruelle :

« 
Oh non non non ! Je suis fait pour voir la vie en blanc, pourquoi tout est marron ? Pourquoi même la télécommande veut me faire chier ? Je zappe sur la 21, je me retrouve sur la 23 ! C’est quoi cette merde ? Pourquoi on leur fait de la pub à tous ces cons ! Merde ! On est en train de crever ! Et je parle même pas du coronavirus ! On crève de manière intrinsèque ! Comment qu’on va faire quand y aura plus neige ? Du biathlon à roulettes ? Non j’aime pas ! C’est beaucoup moins fun ! Et les farteurs ? Qu’est-ce qu’il deviennent les farteurs ? Y a urgence ouais ! Urgence à remettre le golf stream dans le bon sens ! Et qu’est-ce que je vois sur la 21 ? Je vois la 23 ! Et qu’est-ce que je vois sur la 23 ? De l’aventure en guise de sport ! De l’aventure putain ! « Les gars ! Aujourd’hui on a battu notre record ! 517 grammes ! 517 grammes wooooooooooow ! Et ça, juste en tronçonnant 350 arbres dans la force de l’âge et en retournant 25000 mètres cubes de terre et de roche ! Soyez sympa avec le Caterpillar ! Bientôt la retraite mon vieux ! Quelques jours comme ça et on va s’en payer un deux fois plus gros ! L’an prochain je veux plus voir un brin de verdure dans cette vallée ! Je veux plus voir un poisson de vivant dans cette rivière ! Sinon c’est que vous aurez lambiné comme des tafioles bande de tafioles ! J ’veux qu’on se fixe des objectifs High Level ! A côté de nous les artilleurs de la bataille de Verdun vont passer pour des gamins armés de lance-pommes ! On va tout labourer sur 10 mètres de fond ! Récupérer 10 kilos de cette shit ! Descendre à la ville se payer quelques petites putes ! Et après on se remet au boulot dans la vallée enneigée d’à-côté, même si des danseuses en collants sont en train de tirer des pigeons en rang d’oignons à la carabine à plombs ! » Sérieusement ? Ils veulent ma mort ?
»

Chers canardés, depuis le premier jour nous ne cessons de vous rappeler que l’atterrissage sera très très difficile ! Attendez-vous au pire !

24/03/2020

Le Coincoin du temps qu'il fait !

Excellente nouvelle : l'hiver arrive enfin ! ça pour une nouvelle, c'est une bonne nouvelle ! En plus d'avoir une bonne chance de niquer le processus très en avance qui finit normalement par aboutir à des petites cerises, ou des trucs dans ce genre dont vous espérez vous régaler à votre sortie de confinement, vous allez enfin pouvoir rallumer le chauffage ! Or on vous l'a dit et redit, pas la peine de vous donner plus de 70% de votre salaire brut durant vos congés car vous faites beaucoup d'économies en restant chez vous... sauf en ce qui concerne la facture d'électricité ! Grâce à votre super compteur Blinky qui clignote à chaque Watt, vous avez pu constater que quand vous êtes chez vous, à regarder la TV et l'ordinateur en même temps, à passer l'aspirateur pour ramasser toutes les chips qui tombent de tous les paquets de chips que vous dévorez, à faire de gros gâteaux dans votre gros four, à faire cuire des tonnes de riz même si vous veillez à le cuire à feu doux jusqu'à ce qu'il soit pas cuit... ben tout ça ça rend Blinky épileptique ! Mais c'était encore rien vu que comme il faisait printemps depuis janvier, vous aviez coupé le chauffage ! Ben rallumez-le ! EDF suspend les factures.

Ci-joint une astuce pour trouver la signification de Suspend dans le dictionnaire : tournez les pages jusqu'à "Suspendre"

Merci qui ? Merci Coincoin !

24/03/2020

Le Coincoin, un canard sachant-sachez !

Suite du cours d'informatique pour élève de cours moyen (ou jeunes collégiens peu à l'aise en informatique)

Bonsoir les enfants.

Il est temps de reprendre notre cours d’informatique là où nous l’avions laissé il y a 48h.
Avant-hier nous avons calculé le nombre de lignes contenant des animaux colorés. Nous avons cherché le numéro de la première ligne vide en colonne A et ce numéro était enregistré dans la variable i. Il y a donc i-1 lignes qui contiennent des animaux colorés. Enregistrons ce nombre dans une nouvelle variable que nous appellerons NAnim et qui est aussi un nombre entier.

Dim NAnim as Integer

NAnim = i – 1

Nous allons maintenant balayer ces lignes en nous servant de nouveau de la variable i, pas besoins d’en déclarer une nouvelle puisque celle-ci est libre car le nombre qu’elle contenait a été enregistré dans NAnim.
Par contre nous allons avoir besoin de plusieurs autres variables de format entier pour étudier les caractères à l’intérieur des cellules. Comme il s’agit de caractères on peut se servir de la lettre c. Comme on aura besoin de plusieurs variables de ce type on va les nommer c1, c2, c3…

Dim c1 As integer, c2 As integer, c3 as integer.

Explication : les variables c représentent une position d’un caractère dans une chaîne de caractères. Par exemple VacheBleue est une chaîne de caractère, c’est une chaîne qui possède 10 caractères. La lettre h est située en 4ème position dans cette chaîne. Là nous le voyons sous nos yeux, mais si nous voulons savoir quel est le 4ème caractère de la cellule cells(17383, 1) qui est la cellule de la 17383ème ligne dans la colonne A, on n’a pas besoin d’aller voir cette cellule, on peut utiliser une méthode du langage VBA qui s’appelle « Mid »

Quand on écrit Mid(cells(17383, 1), 4, 1) cela signifie qu’on demande à l’ordinateur d’aller voir dans la cellule cells(17373, 1) ce qu’il y a à partir du 4ème caractère présent dans cette cellule et ce sur une longueur de 1 caractère. Si on avait voulu savoir la même chose mais sur une longueur de 4 caractères, on aurait utilisé Mid(Cells(1783, 1), 4, 4). Par exemple, supposons que la cellule cells(17383, 1) contienne la chaîne suivante :
ChevalVert-ChienVert-CrocodileNoir-RequinBlanc

Si avec notre programme VBA on demande à l’ordinateur Mid(Cells(1783, 1), 4, 4), il ira voir la cellule en question, et ira jusqu’au 4ème caractère. Donc il compte C comme un premier caractère, puis h comme un second, puis e comme un troisième. A partir du 4ème il commence à enregistrer ce qu’il lit et il sait qu’il doit enregistrer les 3 caractères qui suivent ce 4ème caractère. Il retient donc « valV »comme réponse à la méthode Mid(Cells(1783, 1), 4, 4).

Si on lui avait demandé de retenir 100 caractères après le 4ème en marquant dans notre programme Mid(Cells(1783, 1), 4, 100) il aurait enregistré la réponse :
« valVert-ChienVert-CrocodileNoir-RequinBlanc »
En effet la cellule a une chaîne de moins 100 caractères, elle en a 47, mais le programme ne renvoie pas une erreur si on demande de lire plus de caractères qu’il y en a dans la cellule. Donc dans ce cas écrire Mid(Cells(1783, 1), 4, 100) ou Mid(Cells(1783, 1), 4, 47) abouti à enregistrer dans un cas comme dans l’autre :
« valVert-ChienVert-CrocodileNoir-RequinBlanc »
Si on sait par avance combien il y a de caractères dans une cellule, il est néanmoins mieux de dire à l’ordinateur de ne lire que ces caractères-là pour des questions de rapidité d’exécution du programme.

Comme votre instituteur à utilisé plein de noms d’animaux et de couleurs différents et qu’il n’a pas fait des troupeaux qui ont tous la même taille, on ne sait pas combien il y a de caractères présents dans chaque cellule mais on va trouver le moyen d’arrêter de lire les chaînes de caractères quand elles se terminent vraiment.

Nous allons nous servir de la méthode Mid pour extraire les noms d’association Animal-couleur. C’est possible parce que votre instituteur à été quand même assez sympa en insérant un tiret entre chaque association. Donc à chaque fois que nous rencontrons un tiret, nous savons que les caractères qui le précédent forment une chaîne qui constitue une association Animal-couleur. S’il y a un seul tiret dans une cellule c’est qu’il y a deux associations, la première association va du premier caractère jusqu’au caractère précédant le tiret, la seconde association va du caractère suivant le tiret jusqu’au dernier caractère de la cellule. Pour n tirets dans une cellule il y a donc toujours n+1 associations.

Voilà comment se présente la partie du programme qui permet d’extraire ces associations.

Nous allons lire les cellules de la colonne A en commençant à la ligne 1 et en allant jusqu’à la ligne NAnim (souvenez vous que NAnim représente bien un nombre)


1. For i = 1 to NAnim
2. c1 = 1
3. c2 = 1
4. c3 = 1
5. LigneColB = 1
6. Do Until Mid(Cells(i, j), c3, 1) = ""
7. Do Until Mid(Cells(i, j), c2, 1) = "-" Or Mid(Cells(i, j), c2, 1) = ""
8. c2 = c2 + 1
9. Loop
10. Do until Cells(LigneColB, 2) = Mid(Cells(i, j), c1, c2 – c1) or IsEmpty(Cells(LigneColB, 2))
11. LigneColB = LigneColB + 1
12. Loop
13. Cells(LigneColB, 2) = Mid(Cells(i, j), c1, c2 - c1)
14. Cells(LigneColB, 3) = Cells(LigneColB, 3) +1

15. c3 = c2 + 1
16. c1 = c2 + 1
17. c2 = c2 + 1
18. LigneColB = 1
19. Loop
20. Next i

Les lignes 1 et 20 permettent d’indiquer qu’on va répéter le processus pour toutes les cellules de la colonne A qui vont de la ligne 1 à la ligne NAnim (dont on a dit qu’elle était la numéro 20000)
Les lignes 2 à 5 permettent de réinitialiser à chaque ligne les variables qui servent à compter les emplacements de caractères dans la cellule. Pour c1, c2 et c3 on part à chaque fois du premier caractère.

La ligne 6 est en lien avec les lignes 15 à l9 mais plus précisément avec les lignes 15 ET 19
Do Until Mid(Cells(i, j), c3, 1) = "" > on initie une Boucle Do pour la variable c3 que l’on termine avec le Loop de la ligne 19. Pour que cette boucle s’achève un jour il faut incrémenter la valeur de c3 à chaque passage, sinon on va boucler éternellement car la fin du processus dépend d’un certain résultat associé au caractère représenté par c3. En l’occurrence ce que nous cherchons c’est à arriver au point ou le caractère seul de position c3 dans la chaîne renverra un caractère nul. Cela arrivera forcément à un moment puisqu’à chaque boucle on se décale d’un caractère grâce à c3 = c3+1 en ligne 14 et que la chaîne n’est pas infinie même si votre instituteur peut avoir décidé de mettre pleins d’associations Animal-couleur dans la cellule. Soyez sûr que l’ordinateur mettra toujours moins de temps à balayer cette chaîne que l’instituteur mettra de temps à l’écrire même s’il fait des copier-collé. Donc on finira par avoir le dessus. Sauf s’il fait lui aussi de la programmation. Bref. Quand nous aurons trouvé la position de caractère nul, alors nous pourrons en déduire la taille de la chaîne en nombre de caractères. Maintenant passons aux lignes 7. à 9.

7. Do Until Mid(Cells(i, j), c2, 1) = "-" Or Mid(Cells(i, j), c2, 1) = ""
8. c2 = c2 + 1
9. Loop

Il s’agit là aussi d’une boucle Do Loop grâce à laquelle nous allons chercher les tirets qui séparent les associations Animal-couleur. Mid(cells(i, j), c2, 1) renvoie le caractère qui se situe en position c2. Nous avons initié c2 à 1 et avec cette boucle nous l’incrémentons à chaque fois c2 de 1, donc tost les caractères sont balayés jusqu’à ce qu’un tiret soit trouvé ou bien un caractère nul. Simple comme bonjour !

Dans le début de la boucle sur c3 et celle sur c2, vous avez constaté que c1 n’a pas été incrémenté. Donc c1 vaut toujours 1. Avec Mid(Cells(i, j), c1, c2 – c1) nous demandons à l’ordinateur de récupérer tous les caractères qui vont de la position c1 (donc 1 pour le moment) et sur une longueur de c2-c1 caractères. Imaginons une cellule qui commence par ChienVert- . Avec c2 on a cherché la position du tiret. Ce tiret est en 10ème position. C2 vaut donc 10 et c1 vaut 1. Donc c2-c1 vaut 9
L’expression Mid(Cells(i, j), c1, c2 – c1) est donc équivalente à cet instant à Mid(Cells(i, j), 1, 9) ce qui veut dire : ordinateur copie dans ta mémoire la chaîne commençant au premier caractère et d’une longueur de 9 caractères. L’ordinateur voit tout de suite que cette chaîne est « ChienVert » Il la copie dans sa mémoire mais pour que nous puissions la récupérer, il faut encore lui dire où il doit nous la montrer. Nous voulons qu’il nous la montre dans la colonne B de notre feuille et c’est grâce aux lignes 11 à 13 que nous allons y parvenir.

Mais comme il est 23h30 passé et que vous avez encore beaucoup de leçons à apprendre, nous nous retrouverons un autre jour pour la suite de ce cours

Professeur C. Ducoton.

24/03/2020

Préface ou introduction à l’article de fond de D. Lepou

Comme annoncé précédemment, notre analyste politique pages gauches prépare en ce moment un article de fond. En attendant qu’il le finisse et le soumette au comité de relecture des articles de fond, il nous a ce matin fait parvenir des interviews que nous pensons pouvoir publier comme forme d’introduction à son analyse à venir. D. Lepou étant également microtrottoiriste, activité qui occupe d’ordinaire le gros de son temps, il a fait une sortie lors des premiers jours de confinement pour aller poser quelques questions aux rares passants. Pas de micro tendus cette fois-ci, tous nos microtrottoiristes ont reçu l’ordre de garder la distance dès les premières consignes de distanciation sociale, mais D. Lepou connaît suffisamment de monde dans son quartier pour avoir des facilités de contact, même à distance. Comme D. Lepou est du genre peu avare de mots, nous ne publions pas tous les interviews d’un coup.

« 
Vendredi 20 mars 2020, depuis trois jours la ville vie au rythme du confinement. Moi-même je sors pour la première fois, mon attestation dans la poche, même si ma carte de presse devrait suffire. Au Coincoin seuls quelques employés passent encore leurs journées dans nos locaux, on se rend compte que beaucoup de choses ne nécessitent pas la présence de tous au même endroit, c’est un peu ennuyeux d’ailleurs, ceux qui nous possèdent pourraient en tirer des leçons pour une de ces restructurations brutales dont ils ont l’habitude. Dans la rue je retrouve mon métier d’origine, mon métier préféré, microtrottoiriste. Enfin, c’est ce que j’imagine, les choses sont un peu différentes quand on n’a pas de micro, juste un dictaphone, et que le trottoir est désert. J’ignore quoi faire, attendre sur un banc et interpeller le premier passant à distance ? Pourquoi pas ? D’ailleurs il y a des bancs près de chez moi, quais de Saône. J’en choisis un près de la poste, il me permet de voir sortir d’éventuels clients du magasin bio un peu plus au sud. Je n’ai pas longtemps à attendre, moins de trois minutes plus tard une dame en sort, deux gros sacs en mains. Elle a le bon goût de remonter vers moi, je l’observe, une femme d’une quarantaine d’années, plutôt avenante. Elle m’aperçoit aussi et prend immédiatement le parti de serrer à droite bien qu’elle soit encore à bonne distance du banc sur lequel je suis et que le trottoir soit très large. Il va falloir s’y faire, c’est difficile, se fuir comme des pestiférés. Ou bien rester chez soi. Quand la femme arrive à ma hauteur, frottant pratiquement le mur de son cabas et m’observant en oblique d’un œil réprobateur, je sors ma carte de presse et lui dit le plus naturellement possible :
- Excusez-moi madame ? Damien Lepou, journaliste au Coincoin du coin. Je n’ai pas l’air, là, mais je suis au travail. Est-ce que je pourrais vous poser quelques questions ?
La femme s’arrête.
- A quel sujet ?
- Eh bien, à propos de cette situation. Je vois que vous avez fait des courses.
- Oui. Malheureusement les produits frais ne le sont plus et comme il n’y aura sûrement plus de marché sur le quai…
- Ah bon ? Il est supprimé ?
- Je crois bien qu’il va l’être d’après une amie. J’aurais dû en profiter.
- D’ordinaire vous n’allez pas dans ce magasin ?
- Si si. Mais les produits frais c’est plutôt au marché ou dans d’autres magasins bio. Celui-là n’est pas agencé pour cela.
- Oui. Moi aussi ça risque de me manquer un peu.
- Vous habitez dans le quartier ?
- Oui. Juste là ! Vous avez trouvé tout ce que vous vouliez sinon ? Pas de rayon dévalisé ?
- Je n’ai pas trouvé d’œufs. J’ai vu pas mal de sortes de farines manquantes mais pour le reste, le magasin a l’air normal. Il y avait même du riz en vrac.
- Il reste du papier toilette ?
- Figurez-vous que par curiosité j’ai regardé. Effectivement c’était manquant. Mais bon, je pense que les français ont de quoi tenir un siège.
- Vous aussi ?
- Oui.
- En somme la situation est presque ordinaire.
- Ben non ! Là le magasin est vide de clients, il n’y a que le manager et une employée. Mais si par hasard je tombe à un moment où il y a déjà des gens, je ne vois pas trop comment ce genre de magasin peut prémunir ses employés de toute contagion. D’abord ils n’ont pas de masques.
- On n’arrête pas d’entendre dire que c’est inutile si on n’est pas malade !
- Et vous croyez à ces conneries ?
- Pas plus que ça mais…
- Soit cela participe à la barrière qu’on essaye d’établir, soit non ! On ne pas tout dire et son contraire.
- Oui mais on peut concevoir que cela soit une meilleure barrière pour empêcher le virus d’être projeté dans l’air quand on est malade.
- Ça je veux bien l’entendre mais dans ce cas-là, on n’en donne même pas au personnel soignant, seulement aux gens qui entrent à l’hôpital.
- C’est aussi une question de proximité j’imagine. Il est plus facile pour un épicier que pour un infirmier de garder la distance.
- Sûrement mais ce n’est pas plus facile pour un épicier que pour un pharmacien. Enfin, ça dépend plus des locaux que du métier exercé je pense. Or les pharmaciens ont des masques.
- La dernière fois que j’y suis allé, ils n’en avaient pas.
- Cette semaine ils en avaient. Mais je n’en ai pas vu dans les épiceries. Et à la pharmacie, où on ne peut pas acheter de masques, il était écrit que le personnel portait des masques pour assurer la continuité du service médical. Je ne vois pas en quoi les épiciers ne pourraient pas dire qu’ils portent des masques pour assurer la continuité de l’approvisionnement alimentaire. A la longue cela pourrait paraître aussi essentiel. Non je vais vous dire ! Tout ce blabla ça sert à masquer l’incurie du gouvernement. Si on avait des masques pour tous ceux qui travaillent avec des risques de transmission du virus et tout ceux qui sortent faire des courses, le gouvernement décréterait l’interdiction de sortir sans masque.
- Je ne sais pas, j’ai déjà entendu dire que le covid-19 passait assez fréquemment à travers les masques, même les FFP2.
- Oui ben deux masques valent mieux qu’un et mieux que zéro. Vous savez que Roseline Bachelot vient d’être rehaussée à la lumière des événements actuels ?
- Comment cela ?
- Vous ne regardez pas la TV au Coincoin du coin ?
- Si mais pas toutes les chaînes en même temps.
- Tout le monde à raillé Bachelot à cause des vaccins H1N1, et moi la première d’ailleurs. Mais elle a aussi dû se justifier pour avoir stocké 750 millions de masques ! Elle, elle a dit que ce n’était pas au moment où surviendrait la prochaine épidémie qu’il faudrait chercher à avoir des masques. Et la situation d’aujourd’hui lui donne raison.
- Mais ils sont où ces 750 millions de masques du coup ?
- Il paraît que ça se périme !
- Donc il faudrait en refaire régulièrement des millions ?
- Oui.
- C’est pas très écolo.
- Certes mais peut-être que les gens vont finir par comprendre qu’au lieu de s’acheter cinq tee-shirts pas an, il pourraient se contenter de deux et on gardera des ressources textiles pour ce qui peut nous sauver la vie.
- Pas faux. Mais du coup. Comment vous voyez les semaines à venir ?
- Pénibles ! J’ai deux gosses à la maison, pour l’instant ça va. D’ordinaire c’est pas les plus enthousiastes à l’idée d’aller dehors donc cette semaine les a pas trop changés de certaines vacances. Mais si comme tout le monde le pense et comme Macron refuse de le dire à voix haute, on en a jusqu’à mai ou juin, je pense que ça va devenir très très très pénible.
- Vous n’essayez pas de les emmener faire du sport ? Tant que c’est autorisé.
- J’essaye de respecter les consignes. C’est pour ça que je suis aussi chargée, pour éviter de sortir tous les jours.
- Et vous croyez que ça va servir à quelque chose ?
- D’être confinés ?
- Oui.
- Aucune idée. Tout est totalement flou ! Personne ne sait combien de gens sont déjà porteurs du virus puisqu’on ne fait pas assez de tests ! S’il s’est déjà répandu largement et que beaucoup de gens ne développent pas de symptômes, alors il est dans plein de logements, confinés ou pas, tous les gens de ces logements finiront par l’avoir.
- Cela évitera au moins qu’il arrive dans le logement d’à-côté.
- Rien n’est moins sûr puisqu’un type vient peut-être de me le refiler.
- Non mais là vous ne craignez rien ! On est bien au-delà de la distance de sécurité. On pourrait presque rouler à 90 !
- Ah ah ! Je parlais du type de Naturalia ! Lui et moi on aurait très bien pu ne pas se parler mais il a fallu qu’il me demande mon compte client et si je voulais du pain.
- Oui je le connais, c’est un Gimmick chez lui. Il aurait aussi pu vous demander si vous vouliez du riz pas cuit.
- Pourquoi ?
- Un autre Gimmick mais rien à voir avec ce magasin.
- Toujours est-il qu’on vous demande de garder un mètre de distance mais personnellement, de ce que j’ai entendu sur ce virus, je préfère avoir quelqu’un bouche fermée à 50 cm qu’un type qui me parle à 1m50. Si ça passe autant par les postillons !
- Oui enfin… par la respiration en général j’imagine. Sans doute aussi par le nez.
- C’est pas ce que j’ai compris. De toute façon selon moi, si le virus est déjà bien installé, plein de gens dans les magasins l’ont sûrement déjà attrapé. C’est pour ça que je ne comprends pas vraiment pourquoi on ferme les marchés ouverts.
- Parce que les gens sont difficilement canalisables sur les marchés ouverts.
- Il suffit de les canaliser ! Regardez celui de ce quai ! Il est presque deux fois plus long le week-end que la semaine ! Il suffit de prendre l’espace dévolu au marché du week-end et ne faire venir que les marchands qui sont là tous les jours ! Vous changer les emplacements ! Mettez tous les maraîchers au même endroit, les bouchers, poissonniers à un autre… vous balisez, espacez bien chaque stand, faites des files d’attente dans la rue. Et au lieu d’avoir deux rangs face à face ce quai laisse largement la possibilité de les mettre dos à dos. Mais comme on ne veut pas se casser la tête, y a des producteurs qui sont carrément sur la touche alors que le risque n’est pas pire que dans un supermarché ! Vous trouvez ça normal ?
- J’attends déjà de voir si demain le marché est vraiment supprimé.
- J’en suis à peu près certaine. Et sinon ce sera l’un des derniers avant longtemps.
- Nous verrons bien.
- On nous laisse pas le choix de toute façon.

J’ai peu après laissé cette dame vaquer à ses occupations, avant de prendre congé elle m’a dit son prénom mais n’a pas souhaité que je le révèle dans le journal au cas où je relaterais notre discussion.
J’ai décidé de marcher un peu en direction du sud. Passant devant le magasin bio j’ai constaté qu’il était effectivement désert, dans le primeur un peu plus loin j’ai aperçu une cliente. Décidément les affaires ne vont pas fort même pour les commerces jugés essentiels. J’ai du mal à comprendre comment c’est possible. Les gens qui font d’ordinaire leurs courses dans ces petits magasins de centre-ville ont-ils fait tant de réserves que ça en amont ? Pas dans ces mêmes commerces en tout cas puisque nous n’avons pas entendu parler de ruée et de files d’attente comme dans les hypermarchés. J’essaye d’évaluer le nombre de gens qui sont partis se mettre au vert. Ce bataillon-là forme un manque à gagner certain pour les commerces du centre-ville mais si celui-ci semble devenu vraiment paisible, le nombre de véhicules stationnés laisse supposer qu’il reste tout de même du monde. Oui vraiment, l’affluence ridicule dans les commerces d’alimentation m’étonne, nous verront comment la situation évolue. Passant devant le bâtiment des hospices civils je suis interpelé par un joggeur :
- Mr Lepou ! Hé ! Mr Lepou !
Je me tourne vers lui. C’est un homme que j’ai un jour interviewé sur un trottoir et que j’ai depuis recroisé quelques fois, notamment sur le marché. Un bavard ayant le sens du contact mais qui cette fois semble décidé à rester de l’autre côté de la rangée de voitures qui nous sépare.
- Vous voyez ! J’en profite pour courir sur la route ! C’est pas tous les jours !
- Méfiez-vous quand même ! J’ai vu débouler tout à l’heure un type en Porsche bien décidé lui aussi à faire ce qu’il peut difficilement faire en temps ordinaire, du 150 en ville !
- Eh ben dans ce cas-là, la mort sera plus rapide qu’avec le virus.
- Il vous fait peur ?
- Pas plus que ça ! Ce qui me fait peur c’est de devenir un assassin si la situation perdure !
- A ce point-là ?
- Ma femme et moi d’ordinaire on s’engueule toujours. Quand j’étais jeune je faisais jamais de sport moi, je suivais les conseils de Winston Churchill pour bien vieillir. Mais finalement le sport ça permet à la fois de sortir de chez soi et de se calmer les nerfs.
- Y a le divorce qui permet aussi la même chose.
- Oui c’est vrai. Mais financièrement c’est compliqué. Donc je cours.
- Y a beaucoup de gens qui courent en ce moment.
- Difficile de leur en vouloir. Si j’avais des enfants en bas âge je les emmènerais courir moi aussi. Cette situation est tellement… bizarre.
- Je ne vous cache pas qu’elle me met extrêmement mal à l’aise.
- De ne plus pouvoir aller et venir comme vous l’entendez ?
- Parfaitement. Le Coincoin du coin est très libéral à ce sujet, on l’a toujours clamé haut et fort.
- Cas de force majeure !
- Je n’en suis pas si sûr. Si on s’arrête ainsi pour ce type de virus, le jour où il y aura la peste, qu’est-ce qu’on va faire ?
- Ben ça je l’ignore mais je ne sais pas ce qu’on pourrait faire d’autre ? Laisser mourir les gens ?
- Je vais vous choquer en disant qu’il fallait peut-être prendre ce risque-là ! Mais au final je ne suis pas du tout sûr que cela aurait conduit à plus de morts. Certes ils auraient été plus concentrés dans le temps.
- Pas très politiquement correct.
- Je vais écrire un article à ce sujet.
- Ah bon ? Il va paraître quel jour ?
- Je l’ignore encore.
- Vous savez, je ne suis pas abonné… Vous avez vu leur drap ?
Sûr la façade des hospices civils un grand drap portant l’inscription : « Merci »
- Merci de quoi ? C’est pas comme si on avait le choix !
- Je pense qu’ils veulent nous dire merci de bien rester confinés. Donc là on n’est pas censés le prendre pour un compliment.
- Oui enfin bon, si je fais pas mon footing, je le vois pas ce drap ! Et vu qu’on est sur un quai, y aurait pas grand monde pour le voir.
- Alors faut peut-être le lire de manière sarcastique : « Que faites-vous là à lire ce message au lieu de rester chez vous ? » Ou bien c’est destiné aux héros en blouse blanche qui passent par-là !
- Hum… Tout cela me laisse perplexe. En tout cas si je choppe le coronavirus, je serai presque sûr de ne pas l’avoir attrapé durant ce footing. Bon allez ! Je vous laisse Mr. Lepou. J’essayerai de chopper cet article !
- OK ! A bientôt !

Je décidai ensuite d’aller sur la place Bellecour, cela valait le coup d’œil. Je ne pus m’empêcher d’aller en son centre faire une petite vidéo avec mon portable. Inutile de rester là très longtemps, cela paraissant encore plus bizarre d’aller à la rencontre d’un éventuel passant dans un espace aussi grand. Je remontai vers les Cordeliers en prenant la rue Gasparin, traversai en diagonale la place des Jacobins, déserte. Arrivé dans la rue de Brest je fus de nouveau hélé :
- Bonjour Mr. Lepou ! Les trottoirs sont animés à votre goût ?
Je ne remis pas l’homme en question, vraisemblablement lui aussi rencontré lors d’un interview.
- A vrai dire le passant se fait un peu rare pour un journaliste.
- Et ça ne va pas s’arranger ! J’entre à mon tour en confinement ! Franchement, je m’y attendais pas ! Normalement je suis dans un secteur qui tourne encore.
Je n’osai pas lui demander de me rappeler lequel.
- Mais comme on n’a plus de clients.
- Il est vrai que c’est étonnamment calme.
- Normal. Ils ont tous déguerpis comme des lâches !
- Tous peut-être pas. C’est aussi sûrement parce que les gens respectent les consignes.
- Mais bien sûr ! Mardi matin j’ai un collègue, un motard, qui est arrivé furax parce qu’il s’attendait à avoir l’autoroute pour lui tout seul et s’est trouvé pris dans un flux de bagnoles inattendu. M’est d’avis qu’ils partaient pas tous au boulot.
- Ils allaient peut-être dans les hypermarchés !
- Ouep ! Moi je peux vous assurer que mon immeuble est quasiment vide ! Et il y a 28 logements en temps ordinaire ! Pourquoi à votre avis le gouvernement y est allé de manière aussi graduelle ? Pour permettre à son électorat de vivre le confinement de manière à peu près tranquille.
- Hum… Vous savez, ce gouvernement, je lui en mets assez dans les dents en temps ordinaire pour ne pas concéder que parfois il fait ce que n’importe quel autre gouvernement pris de court ferait.
- Sauf un gouvernement qui ne se laisserait pas prendre de court.
- Fatalement. Mais en l’occurrence je ne vois pas trop quelle différence il y a entre les électeurs des partis de gouvernement et les autres si le confinement s’impose à tous.
- Il ne s’impose déjà pas à tous mais à des secteurs d’activité, et en outre au sein de ces secteurs il y a ceux qui télétravaillent et les autres. Vous m’enlèverez pas de la tête que les métiers en télétravail actuellement sont majoritairement le fait des électeurs allant du centre gauche aux républicains compris. Tout comme la probabilité d’avoir une résidence secondaire est supérieure pour chez ces électeurs-là !
- C’est possible mais quand on s’y penche de près, à l’aide de chiffres, on met souvent de l’eau dans son vin.
- Un bon sujet de bouquin pour Thomas Piketty !
- Quoiqu’il en soit vous devriez voir les choses du bon côté. Ce n’est peut-être pas en pensant à ses électeurs que Macron a laissé quelques heures entre son annonce et le début du confinement. Il savait peut-être que des gens fuiraient la ville mais qu’en un sens, cela permettrait de le rendre plus vivable pour tous et donc de s’assurer qu’il serait mieux suivi et qu’il pourrait durer le temps nécessaire sans trop de casse. Vous dites que votre immeuble est presque vide. Le mien aussi me paraît très calme mais j’en suis tout à fait satisfait. C’est tout de même beaucoup mieux que d’avoir la famille d’à-côté qui va monter en tension au fil des semaines. On est dans de vieux immeubles qui n’ont pas tous une insonorisation en rapport au prix qu’on paye au mètre carré.
- Je suis d’accord mais d’un point de vue épidémiologique c’est totalement irresponsable ! On fout la France entière en quarantaine alors qu’on arrive encore très bien à cibler les foyers de contagion. On dit que la France à 9 jours de retard sur l’Italie mais ce n’est pas le cas pour la région Grand-Est tandis que d’autres régions de France auront peut-être 15 jours de retard. Mais on fout tout le pays en confinement en même temps et on laisse à des personnes potentiellement atteintes le droit de parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour échapper partiellement à une mesure qui sinon pourrait les ramener aux conditions de vie ordinaires du prolétariat des banlieues ! Vous voulez que je vous dise ce qu’il fallait faire ?
- Et comment ! Je suis sorti expressément pour avoir des avis de citoyens !
- Il fallait bien en amont bloquer le pays ! Ne plus permettre aux gens d’aller d’une région à l’autre et circonscrire les foyers d’infection tout en laissant les régions non-touchées en activité.
- C’est impossible ! On est un pays fait de régions mais nos régions dépendent trop les unes des autres ?
- On dépend sûrement autant de l’Allemagne que nos régions dépendent les unes des autres. Mais cela ne choquerait personne qu’on ferme temporairement la frontière ! Je ne parle pas du trafic de marchandises !
- Et comment vous faites pour transporter les marchandises ?
- C’est là qu’on verrait si notre monde est devenu si efficient en logistique ! Pas besoin de se remuer trop les méninges ! On coordonne toutes les entreprises de transport en les mettant sous tutelle du ministère ! Et on ne fait rouler que des semi-remorque entre les régions ! Le chauffeur en provenance d’une région dépose sa remorque sur une ère dédiée et s’en retourne d’où il est venu avec une autre remorque.
- Cela me paraît plus facile à dire qu’à faire et en outre ce serait tout de même un peu compliqué de dire aux gens partis de chez eux, parfois loin de leurs enfants : vous ne pouvez plus rentrer chez vous !
- Moi j’ai un peu de mal à comprendre que par humanité envers quelques milliers de personnes on prenne le parti d’en bloquer des millions ! Au pire vous les mettez en quarantaine et ensuite ils rentrent chez eux !
- Je vais vous dire. Moi aussi je suis parfaitement opposé au confinement général et je pense qu’il arrive de toute façon trop tard pour n’être autre que chose qu’un pansement sur une jambe de bois. Mais l’idée de cloisonner le pays au fur et à mesure que progresse le virus, je pense que ça aurait été une usine à gaz pas très efficace au final.
- Moi je crois que si ! Et alors fallait faire quoi à votre avis ?
- Je défends depuis le début la stratégie encore à l’œuvre en Suède ! Si ça se trouve dans 15 jours ils auront changé d’avis mais pour l’heure je n’en démords pas ! Je ne dis pas que cette stratégie est moins dangereuse à court terme, simplement qu’elle le sera sur le long terme. Je n’arrête pas de le dire à qui veut l’entendre ! La casse sociale va être terrible !
- Pour ça on est d’accord ! Mais ce sera pas perdu pour tout le monde !
- Mais oui ! C’est bien ça le problème ! Ceux qui ont les moyens de perdre beaucoup parce qu’ils ont déjà trop ne feront jamais l’effort à hauteur de la contribution qu’ils devraient faire.
- Ah ah ! Rendez-vous compte que même à mon échelle l’inégalité devant le confinement a déjà éclaté au grand jour. Vous savez que je dirige une petite équipe...
-…
- Tous au smic ! Tous partis en confinement dès le premier jour où le chiffre d’affaire a chuté ! Moi on m’a laissé trois jours de plus parce que nos fournisseurs ont expédié de la came à gogo, des livraisons prévues pour mars mais qu’on ne vendra pas. Seulement elles sont livrées, donc on va devoir les payer. Du coup moi je pourrais très bien trouver de quoi m’occuper dans les 15 jours à venir si on me laissait le choix, et sans traîner des pieds ! Mais comme l’état s’engage à ce qu’on reçoive 70 % de notre salaire brut, pourquoi payer des salariés que l’état paye ? Ma boite pourrait payer ! Elle survivra à cette crise puisque les concurrents directs sont pas mieux lotis ! Où alors tout disparaît ! Nous on appartient à une énorme fonds de pension ! Il survivra à cette crise malgré la baisse des cours.
- C’est à craindre.
- Eh ben voilà ! Tous les smicards au chômage direct ! Comme j’étais totalement submergé ces trois derniers jours les mecs des bureaux sont descendus m’aider ! Pourquoi c’est pas eux qui sont partis au chômage en premier alors que mes collègues smicards sont bien meilleurs qu’eux pour le travail à faire ? Parce que la collusion et l’entre-soi sont totalement généralisés même au sein de structures qui vous matraquent le cerveau de l’idée qu’on est tous dans le même bateau et qu’on doit faire preuve d’esprit d’équipe ! Mon cul sur la commode !
- Vous avez l’air très remonté !
- Un peu que je suis remonté ! S’ils croient que je vais retourner frais, guilleret et motivé au taf alors que je viens de laisser un bordel monstre et que dans 6 semaines je n’aurai plus aucun souvenir de la priorité des problèmes à traiter, ils se fourrent le doigt dans le cul jusqu’au coude ! Ah non c’est la démotivation totale !
- Reposez-vous quand même parce que vous allez sans doute devoir faire une croix sur une partie de vos congés !
- Vous croyez ?
- Je l’écris partout depuis trois jours !
- Ah les bâtards ! Va falloir que j’évite la télé quand sonnera l’heure de la reprise et que Macron va faire un appel au sens des responsabilités, au sacrifice pour la nation, au besoin de venir en aide au Medef, sinon je crois que cette fois la bière va vraiment voler à travers la pièce !
- Ce serait dommage. Sauf si vous êtes disposé à vous passer de télé.
- Non j’y arrive pas ça ! C’est con. Je serais sûrement plus calme.

2 avril 2020

Le Coincoin du coin. Sélection d'articles 22 et 23 mars 2020

22/03/2020

Urgence sanitaire. Le Coincoin du coin répond à vos interrogations.

Dans le courrier d’électeur de ce matin nous avons reçu un message de Mr. C. Tadir qui nous demandait si le coronavirus pouvait se transmettre par le biais d’une vieille éponge humide qui pue ou s’il faut se laver les mains après avoir essuyé la table. Le Coincoin du coin ne sait pas combien de temps le virus peut rester actif sur une vieille éponge humide qui pue mais est tout à fait convaincu qu’une vieille éponge qui pue à quelque potentiel pour vous refiler une maladie plus ou moins bénigne, à commencer par des ennuis gastriques qui pourraient éventuellement vous obliger à demander assistance à des services médicalisés. La France doit réserver ses moyens médicaux à la lutte contre le coronavirus donc il est souhaitable par ailleurs que vous restiez en bonne santé. Donc oui, lavez-vous les mains après avoir touché une éponge qui pue. Ou bien pensez à désinfecter régulièrement votre éponge pour qu’elle arrête de puer. Pour cela vous pouvez utiliser de la javel, ce qui est très efficace même si son utilisation généralisée tue notre écosystème. Sinon vous pouvez prendre votre éponge, la mettre dans un petit récipient, la saupoudrer d’un peu de percarbonate de soude. Rajoutez ensuite de l’eau bouillante jusqu’à ce que l’éponge soit immergée, laissez agir, rincez-la en veillant à utiliser des gants tout de même. Voilà !

22/03/2020

« Vous préférez augmenter vos dividendes de 20 % ou sauver des enfants de la famine ? »
Un billet d’humeur du rédacteur en chef du Coincoin du coin.

Hier, après avoir dirigé de chez moi et en accord avec moi-même le comité de relecture des articles de fond du Coincoin, après avoir décidé de ne pas laisser paraître une bonne dizaine d’entre eux parce que les procès subséquents s’annonçaient périlleux pour nos finances, comme j’étais fiévreux je me suis mis devant une chaîne d’info en continue. Au Coincoin nous avons longtemps boycotté BFM-TV ou LCI, on tolérait I-TV jusqu'à ce qu’elle devienne pire que BFM-TV. Dans nos locaux nous sommes désormais branchés sur France 24 car nous devons bien suivre l’actualité. Mais étant chez moi, remontant une à une les chaînes après avoir regardé un trépidant match de pétanque entre deux bourgades françaises sur l’Equipe, je suis tombé sur LCI et, j’ignore pourquoi, j’ai senti que l’émission en cours avait des invités de qualité. Il y avait là, Rafik Masmoudi, médecin urgentiste, ainsi que Léonard Corti, interne et secrétaire général de l’ISNI (interviewé à distance). Il y avait également un politologue renommé mais que je ne cite pas car sa présence n’avait pas d’utilité particulière, puis, en dehors de la présence de la présentatrice, deux acolytes posées en arrière-champ dont la mission était de transmettre les tendances des réseaux sociaux ou je ne sais quoi. Et il y avait un dernier larron qui intervenait parfois pour ne rien dire. Je ne connaissais pas cette tête mais sa voix me disait quelque chose. Je dois avoir l’honnêteté de dire que c’est sur LCI que j’ai vu la meilleure émission consacrée au coronavirus, sans doute par les interventions de messieurs Masmoudi et Corti, puis un peu plus tard celle de Bruno Lina, chercheur et professeur de virologie à Lyon 1. Leur message était clair et malgré qu’il ne résonne pas à 100 % avec la position que nous défendons au Coincoin du coin, il était au moins totalement cohérent, très informatif et didactique. Au Coincoin du coin, nous essayons d’analyser la situation d’un abord politique, en tenant compte des gouvernances passées et de ce que nous croyons voir venir comme catastrophe une fois finie la crise sanitaire proprement dite. En ce qui concerne cette crise sanitaire proprement dite, maintenant que la nation a décidé le confinement, nous n’aurons de cesse de vous rappeler qu’il faut faire ce que ces gens-là vous disent ! Ils ne sont en aucun cas les suppôts de ce gouvernement catastrophique, donc suivre leurs recommandations pour la santé de tous n’est pas faire allégeance au pouvoir en place.

La crise sanitaire n’est donc pas vraiment le propos de ce billet d’humeur. Je veux plutôt en revenir à la présence de ce larron. La présentatrice était bien, mais de temps à autre elle donnait la parole à ce type qui n’avait pas à proprement parler les attributs du premier de la classe mais à tout le moins ceux du type qui s’est toujours mis au premier rang en buvant benoîtement les paroles des enseignant-e-s. Je n’aime pas utiliser le terme de bien-pensance. Outre le fait que ce mot n'existe pas, comme les mots « démagogie », ou « réactionnaire », « populiste », il est très facile à utiliser pour disqualifier un contradicteur d’un revers de la main. Mais puisque je suis allongé dans mon lit avec un bol de thym sur la table de chevet, tout en essayant tant bien que mal de participer chaque jour à faire en sorte que ce canard parvienne à ses plus de deux millions de canardés, je vais m’autoriser à dire les choses de manière plus personnelle qu’à l’accoutumée. Donc oui, si la bien-pensance devait s’incarner dans un visage, ce serait dans celui de ce quadra souriant, plutôt avenant mais d’une beauté fade, un type qu’on imagine volontiers sans caractère. Un type sans doute charmant au demeurant, pas le genre, s’il en est un, à taper sur sa femme, plutôt du genre à respecter la vie humaine, truffé de bons sentiments. Et nous aussi au Coincoin du coin nous pensons avoir de bons sentiments, c’est mieux que de mauvais non ? Mais vous ne verrez pas d’articles dans notre canard qui vous la joue dégoulinante. Nous avons mis l’humain au cœur de nos préoccupations et nous n’avons eu de cesse de mettre en garde contre les conséquences de la déshumanisation qui s’opère à grande échelle. Alors non, nous n’allons jamais dire à un jeune « Tu préfères que papy meurt ou rester enfermer 6 semaines ? » Là n’est pas la question ! Car à ce compte-là, s’il ne s’agissait que d’arithmétique, nous irions faire un de ces micro-trottoirs qui ont fait notre renommée et nous nous posterions à la sortie de toutes les assemblées d’actionnaires en posant la question suivante : « Vous préférez augmenter vos dividendes de 20 % ou sauver des enfants de la famine ? (ou plus directement des emplois) » On ne le fait pas ! Et donc on ne pose pas cette question à nos enfants tandis que cet individu-là semble tout à fait disposé à le faire. Peu importe au fond, il n’a pas mobilisé la parole et la qualité des autres intervenants à suffit à me faire dire que c’était une émission utile pour ceux qui l’ont regardée. Cependant durant un long moment je me suis dit que ce type appartenait à LCI, qu’il était un genre d’assistant de la présentatrice, un type tout le temps-là, faisant office de chroniqueur. Durant un long moment je n’ai pas prêté attention au nom que la présentatrice disait quand elle lui donnait la parole, ni vu si son nom était inscrit sur l’écran car je regardais moins cette émission que je ne l’écoutais. Mais un peu plus tard deux sons, qui parfois suffisent à faire un nom et un prénom, ont percuté mon oreille : « Yaël Goosz » Mais bon sang ! Mais c’est bien sûr ! Yaël Goosz, chef du service politique à France Inter. Encore plus nul ici que dans ses pénates ! Et dire qu’auparavant, avant qu’elle ne soit envahie d’âmes spongieuses trempées dans les gamelles de l’ordo-libéralisme, cette radio était la radio de référence du Coincoin du coin ! Sérieusement, il est gentil mais il est gentil !

Ceci explique cela ! Yaël Goosz ! Hum...

C. Jasseronde.

22/03/2020

Courrier d’électeur du Coincoin du coin.

Ce soir nous vous transmettons le témoignage de Mr. Franck Cilien, confiné avec son chat Copeau dans son petit appartement parisien. Ce témoignage nous confirme que si le confinement dure longtemps, la situation sanitaire en marge de la crise du covid pourrait devenir une question assez inquiétante comme nous le prédisons depuis le début.

Tous mes voisins sont partis
Les riches ont déménagé
Mes vacances c’est toujours Paris
Mes trajets c’est m’arrêter
Mes détours c’est m’enfermer

Si, Macron, si
Si, Macron, si
Macron, si tu voyais ma vie
Du beurre et du riz
Si, Macron, si
J’en ai stocké pour tout Paris
Et des peurs aussi

Et le temps s’empile sur un frein
Et moi je suis à la fenêtre
J’ai mis tous mes habits de demain
Cette odeur passera peut-être
Si le chat cache mes chaussettes

Si, Macron, si
Si, Macron, si
Macron, si tu voyais ma vie
Du beurre et du riz
Si, Macron, si
J’en ai stocké pour tout Paris
Et des peurs aussi

Mon cul est confortable, bien au chaud
Et je laisse passer les vents
Des replis me gênent, je me mets sur le dos
Je sens fort apparemment
Comme un Mc Do pris sous la dent.

Si, Macron, si
Si, Macron, si
Macron, si tu voyais ma vie
Du beurre et du riz
Si, Macron, si
J’en ai stocké pour tout Paris
Et des peurs aussi

22/03/2020

Le Coincoincoincoursenligne.

Le Coincoin du coin entend participer lui aussi à l’éducation des petits français en proposant quelques cours d’informatique en ligne.

Le cours que nous initions est destiné à des enfants de niveau CM1 et CM2. Il requiert cependant de savoir se servir d’un tableur mais comme tous les enfants nés après 2010 sont, paraît-il, nés avec un ordinateur dans les mains, le cas contraire doit être assez rare.

Bon, on commence les enfants !
Supposons que dans un tableur Excel… nous choisissons Excel car ce cours est un cours sur la programmation en VBA, un autre cours pour les enfants adeptes du logiciel libre sera donné plus tard en oooBasic. Donc dans un tableur vous constatez que la colonne A est remplie sur plusieurs milliers de lignes de données ressemblant à cela :
VacheBleue
VacheJaune-ChevalRouge-VacheBleue
ChienNoir-ChienBlanc-ChatRouge
ChevalRouge
ChevalVert-ChienVert-CrocodileNoir-RequinBlanc
MoutonNoir-ChevalRouge-ChienNoir
Etc.

Vous avez compris le concept ? Sur plusieurs milliers de lignes, disons 20000, vous avez des animaux colorés. Un grand paquet d’animaux et un peu moins de couleurs parce que la personne qui a rempli ces 20000 lignes ainsi doit sûrement être capable d’imaginer plus d’animaux que de couleurs même si les animaux auront sûrement disparu de la surface de la terre avant les couleurs. Votre instituteur (c’est d’ailleurs sûrement lui qui a rempli toutes ses lignes, ce à seule fin de vous emmerder) pour vous emmerder, aimerait que vous soyez en mesure de lui dire pour chaque animal associé à chaque couleur dans cette colonne A, combien de fois est présente cette association. Vous pensez bien que cela va être un peu long à compter mais vous avez d’ordinaire tout le week-end pour le faire. A supposer que votre instituteur ait pu imaginer 1000 animaux et 30 couleurs, cela fait 3000 associations. Donc à chaque fois que vous rencontrez une nouvelle association, il faut au préalable vous assurer que c’est bien une nouvelle association et que vous ne l’avez pas déjà rencontrée plus haut. Si vous avez une très bonne mémoire ça va. A défaut il vaudrait mieux enregistrer dans une nouvelle colonne, disons la B, toutes les associations que vous rencontrez. La première fois que vous rencontrez une association, vous descendez jusqu’à la première cellule vide de la colonne B et vous recopiez cette association, dans la colonne C vous renseignez le nombre 1. La seconde fois que vous rencontrez l’association vous retrouvez le cellule où vous l’avez renseignée et vous marquez en face dans la colonne C le nombre 2. Comme il y a 3000 associations et que vous n’avez sûrement pas mémorisé (puisque vous n’avez pas une bonne mémoire) en quelle ligne vous avez mis chaque association, au bout de quelques associations vous allez vous rendre compte que ces lignes sont difficiles à retrouver. Sauf bien sûr si vous faites un tri des colonnes B et C par ordre alphabétique à chaque fois que vous avez renseigné une nouvelle association dans la colonne B. Bon ça on peut supposer que les petits génies de l’informatique que sont les enfants de 10 ans savent faire ça. Avec une colonne triée par ordre alphabétique c’est plus facile de retrouver l’association. Oui mais tout de même ! Quand il faudra redescendre jusqu’à la ligne du ZèbreViolet qu’on a déjà rencontré une ou plusieurs fois, ce ne sera pas une partie de plaisir…

Bref ! Votre sadique d’instituteur vous a donné un exercice à faire en un week-end, en commençant maintenant vous pouvez envisager d’avoir fini l’exercice avant la fin du confinement. Ou bien vous suivez un cours de VBA, faites un petit programme qui va vous prendre une petite heure, et quand vous aurez lancé le programme, quelques petites secondes plus tard votre colonne B sera remplie de toutes les associations que contient la colonne A et la colonne C vous dira exactement combien il y a de chaque association en question. Vous trouvez ça fun ? Nous aussi !

Au travail les enfants !

Entrez dans la console VBA (Alt+F11)
Déroulez le menu Insertion et choisissez « Insérer un module »
Dans le module créé, créez une procédure qu’on peut appeler « associationvachescochons » en tapant Sub associationvachescochons
Appuyez sur Entrée, la procédure est créée.

La première chose que nous allons faire c’est compter le nombre de lignes que votre instituteur a rempli en colonne A. On suppose qu’il a commencé en ligne 1 et n’a pas laissé de ligne vide. Donc nous allons descendre dans la feuille jusqu’à rencontrer la première cellule vide en colonne A.

Nous déclarons la variable i qui va servir à compter les lignes pleines. Par tradition i est souvent associé au numéro de ligne et j au numéro de colonne d’une cellule. La variable i sera un nombre entier, nous la déclarons en nombre entier parce qu’un nombre entier utilise moins de mémoire de l’ordinateur qu’un nombre flottant. Mais au pire, avec les ordinateurs que vous avez en mains, plus puissants que ceux qui remplissaient des hangars entiers il y 50 ans, vous pouvez même oublier de déclarer i, l’ordinateur déduira sûrement de lui-même que c’est un entier et sinon il mettra juste quelques millisecondes de plus à chaque utilisation de i. Mais des petits génies dans votre genre doivent tout de même déclarer leurs variables dans tous leurs programmes. Donc pour déclarer i vous tapez :
Dim i as integer.

Cherchons la première cellule vide en colonne A
i = 1
Do until isempty(cells(i, 1))
i = i +1
Loop

Qu’est-ce qu’on vient de faire ? On est parti de la cellule de rang 1 et de colonne 1 puisque on a commencé avec i = 1. On a demandé ensuite à l’ordinateur de rajouter 1 à i tant qu’il n’avait pas rencontré une cellule vide.

Comment ça se passe concrètement ?
L’ordinateur vérifie la cellule de rang 1, colonne 1, qui est à l’adresse Cells(1, 1) en langage VBA (et bien d’autres langages). Sauf que là l’ordinateur voit qu’il doit vérifier cells(i, 1). On lui a dit de faire ça avec « Do until isempty(cells(i, 1) et on lui a dit juste avant que i valait 1. Il vérifie donc cells(1, 1). Il voit que cette cellule n’est pas vide et il continue le programme. A la ligne suivante il apprend qu’il doit rajouter 1 à i, il le fait. Donc maintenant i vaut 2. L’ordinateur continue le programme, il va à la ligne Loop. La ligne Loop signifie qu’il doit retourner au Do précédent. Il retourne à Do. Comme i vaut maintenant 2, il vérifie si Cells(2, 1) est vide, elle n’est pas vide puisqu’on sait que votre instituteur à rempli 20000 lignes de veaux, vaches, lapins, seul-e-s ou en troupeau et de diverses couleurs. Il passe à la ligne suivante et rajoute 1 à i, qui vaut désormais 3. Capito le concept ? L’ordinateur va répéter les passages de Do à Loop et de Loop à Do en rajoutant à chaque fois 1 à i, à chaque Do il regarde la cellule nommée cells(i, 1) en tenant compte de la dernière valeur de i. Quand il arrivera sur une cellule vide (isempty) il arrêtera de faire ça (il arrêtera Do donc n’ira pas à la ligne qui lui dit de rajouter 1 à i. Il continuera le programme à la ligne qui suit immédiatement la ligne Loop.

Voilà pour ce soir les enfants. Comme il est 23h30 passé et que vous devez encore réviser le cours sur les exponentielles que nous ne donnons pas ici mais que vous trouverez sur le site d’un journal plus intello que le nôtre, nous continuerons la leçon demain. Ne travaillez pas au-delà de 2h du matin car ce n’est pas conseillé à des enfants de 10 ans même si vous êtes moins fatigués du fait que vous n’avez pas à marcher jusqu’à l’école.

Professeur C. Ducoton.

23/03/2020

Coincoincoincoursenligne

Aujourd’hui nos petits canardés confinés ont l’honneur de recevoir un cours de notre brillant économiste pages droites détaché permanent à Davos, l’inénarrable Elie Couenne. La leçon s’adresse aux élèves de cours élémentaire.

Bonjour les enfants !

En ce septième jour de confinement nous allons traiter d’un sujet parfaitement en phase avec l’actualité. Certains d’entre vous ont leurs deux parents qui sont en ce moment à la maison. D’autres n’en ont qu’un, car le second est dans un secteur d’activité indispensable à la bonne marche de la nation. Certains ont leurs deux parents qui travailleront tout le long du confinement, pour eux les travaux pratiques, qui auront lieu dans quelques mois, seront sans doute un peu plus difficiles à mettre en œuvre. Il en va de même pour ceux qui ont un ou deux parents en télé-travail. Les mieux lotis sont ceux qui ont deux parents en chômage technique car, malgré ce qu’annonce le gouvernement qui n’a pas l’honnêteté chevillée au corps comme nous l’avons au Coincoin du coin, ils auront des travaux pratiques plus faciles à réaliser que les autres. Nous comptons donc sur ces derniers pour bien réexpliquer le cours à ceux qui n’auront pas la chance de voir les revenus de leurs parents très amputés cette année. En théorie votre présence est censée suffire pour garantir que cette période de confinement sera compensée à 100 %. Cela signifie, les enfants, que puisque vos parents ont des enfants de moins de 16 ans, ils recevront 100 % de leur salaire habituel malgré qu’ils soient en ce moment en train de se reposer. La vie est belle n’est-ce pas les enfants ? Trop belle pour être vraie !

Combien il y a t-il de parents avec des enfants de moins de 16 ans ? Vu de mon balcon en Suisse je n’en sais rien mais il y en a sûrement beaucoup. Beaucoup trop en fait. Ceux qui n’ont pas d’enfants de moins de 16 ans et sont en ce moment confinés, recevront eux, selon les dires du gouvernement, 86 % de leur salaire, pour autant que je sois en possession des dernières informations à ce sujet. Normalement, selon les règles de bonne gouvernance, nous ne devons compter que sur l’argent que nous gagnons pour acheter ce que nous achetons. Bien sûr, le président qui est libéral quand ça l’arrange, ainsi que tous les commissaires de l’Europe commissionnaires, qui sont libéraux quand ça les arrange, et qui sont en ce moment en train de découper leurs chapeaux en petits morceaux pour pouvoir les avaler sans s’écorcher la trachée artère, tous ces gens-là vont finir par laisser filer les déficits pour la simple et bonne raison que le covid-19 a le mauvais goût de n’épargner aucun pays, même ceux loués jusqu’ici pour leur bonne gouvernance. Si seule l’Italie avait été touchée par le coronavirus, si elle l’avait été à un niveau dramatique, la mettant en incapacité de payer tout ce dont elle aurait eu besoin pour faire face à la crise sanitaire et la baisse d’activité qui advient nécessairement quand papa et maman prennent des vacances au lieu de travailler ; eh bien dans ce cas l’Europe aurait pu prêter de l’argent à l’Italie pour acheter toutes les choses dont elle aurait eu besoin à « l’esterno » comme disent les italiens. Ensuite l’Italie aurait eu un peu de temps pour rembourser sa dette, cela aurait été une façon d’aplanir la courbe comme nous essayons en ce moment d’aplanir la courbe des infectés au covid-19. Bien sûr, durant quelques années les italiens aurait dû redoubler d’effort et travailler plus que les autres s’ils avaient voulu garder le même niveau de consommation qu’avant, ou à défaut ils auraient dû accepter de se serrer la ceinture en consommant moins pour épargner de quoi rembourser la dette de leur pays qu’ils ont l’air de beaucoup aimer si on en croit le nombre de fois où résonne en ce moment « Fratelli d’Italia ». Mais si les italiens avaient refusé par la suite de se serrer la ceinture, on aurait pu trouver quand même un arrangement. Par exemple la SNCF aurait pu racheter les chemins de fer italiens à un prix très intéressant car quand on a besoin d’argent on fait moins les difficiles. Ou l’Italie aurait pu vendre ses ports au chinois, ou le Duomo à Bill Gates, ou Venise tout entière au Qatar, plein de choses qui n’auraient pas remis en cause les fondements de l’économie libérale et qui ont montré toute leur efficacité en Grèce, un pays qui a refusé de se serrer la ceinture au moment où il fallait le faire. L’économie libérale a tous les mécanismes nécessaires pour retrouver rapidement un équilibre général même après des crises d’envergure, c’est pour cela que dans la suite de cette leçon vous apprendrez qu’il ne faut surtout pas dévier des fondamentaux au contraire de ce que s’apprêtent à faire l’Europe commissionnaire en général et monsieur Macron en particulier. Je m’opposerai de toutes mes forces à ce dénigrement que je vois venir de la politique économique de l’offre. La politique économique de l’offre, oui ! La politique économique de la demande, non !

Chers enfants, je suis malheureusement convaincu que la politique économique de la demande est en phase de supplanter celle de l’offre en raison de la panique qui gagne nos dirigeants ainsi que de trop nombreux investisseurs qui semblent soudainement oublier les règles du jeu auquel ils jouent depuis des lustres. Le covid-19 touche presque tous les pays du monde et a déjà gagné la plupart des pays occidentaux, il n’y a pas assez de pays qui ont beaucoup d’argent en réserve pour le prêter à tous ceux qui n’en ont pas. Ou plus précisément, de nombreux pays doivent déjà rembourser beaucoup d’argent car ils n’ont pas appris à se serrer la ceinture et à redoubler de travail quand pourtant tout était réuni pour que les gens puissent aller travailler et redoubler d’effort. Comme ils ont déjà du mal à rembourser leurs dettes, comment le pourraient-ils s’il s’endettent encore alors que leurs pays vont fonctionner au ralenti durant sûrement de longues semaines ? Je vais désormais vous prendre deux exemples qui ne sont pas une représentation exacte de la situation actuelle mais auraient pu l’être.

Les enfants vous savez que le covid-19 est parti de Chine. Un pays dont chaque habitant consomme en moyenne moins de choses qu’un français, et encore moins moins de choses qu’un américain, et encore moins moins moins de choses qu’un qatari de souche ; mais un pays qui fabrique ou assemble beaucoup beaucoup beaucoup d’objets sur son territoire. Certains ont émis l’idée qu’à elle seule la Chine pourrait produire l’intégralité des objets dont le monde a besoin tant l’économie mondialisée est devenue efficace. Je pense que les choses sont un peu plus complexes que ça mais le fait que cette idée effleure certains esprits montre à quel point la Chine est un élément central de notre mode de vie si bénéfique en terme de bonheur matériel.

Donc imaginons dans un premier cas que, au lieu d’être assez bien contenue dans le Province de Wuhan, l’épidémie se soit répandue dans toute la Chine de façon bien plus galopante et que le pays tout entier ait du pratiquer un confinement généralisé au point de mettre à l’arrêt toutes les usines qui n’étaient pas de première nécessité. Les enfants, si aucun de vos deux parents n’est en télétravail, vous n’avez sûrement pas un iphone de chez Apple. Mais sachez tout de même que Apple est une entreprise sans usine, elle fait tout fabriquer et assembler par des sous-traitants un peu partout dans le monde dont un énorme sous-traitant en Chine. Si la Chine décrète que fabriquer des iphone n’est pas une nécessité durant une crise sanitaire, forcément, il y a tout un long moment où aucun iphone n’est assemblé. De toute façon même si vous n’avez pas d’iphone, c’est peu ou proue la même chose pour la tablette à 20 euros que vous avez reçue à Noël dernier et dont l’écran est déjà cassé parce que vous l’avez laissée tomber par-terre mais que c’était pas grave vu que c’était qu’une tablette à 20 euros qui de toute façon n’aurait sûrement pas fonctionné au-delà de sa garantie de 2 ans. Retenez bien ce point-là pour la suite : la Chine aurait pu en arriver au point de devoir arrêter ses usines d’assemblage de téléphones ou de tablettes, ou de TV, ou d’ordinateurs, ou de baskets, ou de trottinettes, ou de masques, ou de DVD, ou de poupées, ou de ballons, ou de seaux, ou de pelles, ou de déguisements, ou de petites voitures, ou de drones… Ce que vous pouvez faire les enfants, au lieu que je m’emmerde à faire la liste entière, c’est, pour un cas pratique, faire le tour de toute la maison pour voir tous les objets marqués made in China. Pensez aussi à démonter les objets un peu complexes qui ne sont pas marqués made in China mais dont certains composants peuvent être marqués made in China. Là vous aurez une bien meilleure idée de ce que ça fait si la Chine tourne au ralenti durant 6 semaines ou même 3 mois en cas de pandémie devenue incontrôlable.

Notre second cas est aussi fictif. Imaginons que l’épidémie ne soit pas partie de Chine et qu’elle n’y soit jamais arrivée mais qu’elle ait surtout touché l’Europe de la même manière qu’elle la frappe actuellement. Donc, durant de longues semaines, en Europe on est au ralenti mais cela n’empêche pas la Chine de produire tout plein d’objets qui seront disponibles pour qu’on puisse les acheter.

Est-ce que, à votre avis, ces deux cas sont identiques pour nous ? Vous vous dites sans doute oui et non. Oui parce que de notre côté, la situation est la même, on a le même nombre de morts à cause du coronavirus, et on a le même nombre de gens qui sont confinés, le même nombre de gens en télétravail, le même nombre de gens qui travaillent encore. Mais comme vous êtes des enfants intelligents et que dès l’âge de 1 an on vous a appris à tendre la carte bleue dans le magasin, et que votre petit frère de 6 mois se marre toujours quand il paye avec le téléphone de maman, vous savez que quand on veut prendre quelque chose dans le magasin, on doit donner quelque chose en retour, même si on voit pas trop ce que c’est parce que le téléphone n’émet qu’un bruit nul alors qu’il aurait pu lancer un genre de rayon laser ou bien laisser jaillir un hologramme de Picsou qui coincoine un nasal mais néanmoins tonitruant « PAIEMENT VALIDE ! MERCI ! », un truc si fun que c’est nécessairement pour bientôt. Donc les enfants vous savez très bien ce qui se passe dans le magasin, et même quand papa et maman achètent chez Amazon, en échange de tous ces objets à casser dans l’année pour le bonheur d'en racheter l’an prochain, on doit donner de l’argent !

Ben alors comment qu’on fait les enfants pour en avoir de l’argent ? Eh bien on travaille ! Et grâce à notre travail on fabrique des objets ou on les imagine, on rend des services, et on nous donne de l’argent en échange. C’est comme si on vous demande de faire un dessin à l’école. L’instituteur peut vous dire : « Faites un dessin pour l’un de vos camarades qui fera un dessin pour vous en échange ». Dans ce cas vous faites un dessin et vous le tendez à votre camarade qui vous tend son dessin en échange ». Mais l’instituteur aurait pu dire : « Livia, fais un dessin que tu vendras à Evy ! Evy, fais un dessin que tu vendras à Livia ! » Alors Evy et Livia font chacune un dessin. Quand elles ont fini l’instituteur demande à Evy de vendre son dessin à Livia. Livia et Evy ont chacune un euro à dépenser. L’instituteur demande à Livia de donner son euro à Evy en échange du dessin. Mais Livia dit : « Il est moche ce dessin ! Je l’achèterai seulement 20 centimes ! » Evy consent à vendre son dessin 20 centimes. Maintenant elle a 1 euro et 20 centimes. L’instituteur dit à Livia de vendre son dessin à Evy en échange d’un euro. Mais Livia trouve que son dessin est si joli qu’elle pourrait sans doute le vendre à 1 euro et 20 centimes. Evy consent à donner 1 euros et 20 centimes à Livia. Maintenant l’échange a été fait. Livia et Evy ont chacune un dessin et Livia a deux euros, l’échange a été parfaitement équitable. Maintenant on peut imaginer que l’instituteur dise à toute la classe : « Chacun fait un dessin et on les vendra ensuite aux enchères ! » Là les choses deviennent un peu plus compliquées mais à la fin chaque dessin aura trouvé son prix d’équilibre et personne ne se sentira lésé car tout le monde aura passé le même temps à faire son dessin. Mais que se passe-t-il si l’un des enfants ne veut pas faire de dessin mais qu’il aimerait bien en avoir un quand même ? Eh bien comme au départ il avait un euro sorti tout droit de la poche du généreux instituteur qui a traité tout le monde a égalité, l’enfant pourra quand même acheter un dessin, mais comme il ne pourra pas en vendre lui même, il aura sûrement bien du mal à décrocher le dessin de ses rêves dans la vente aux enchères, sauf s’il est très malin et manipulateur, mais la roublardise n’est pas très bien traitée par la sciences économique néolibérale car c’est un cas très exceptionnel, donc je ne saurais vous en dire plus.

Est-ce que la France et la Chine s’échange des dessins ? Pas vraiment. Elles peuvent éventuellement s’échanger des masques. Par exemple la France achète des masques à la Chine au prix de gros, 5 centimes pièces, durant la période normale, puis les revend au début de la crise du corona à des particuliers chinois au prix de détail, qui vient d’augmenter en raison de la soudaine hausse de la demande, donc à 6 euros pièces. C’est un très bon calcul… ou pas. Mais en règle général les échanges sont un peu différents, on n’exporte pas vers la Chine ce qu’on importe de chez elle. Comme on dirait qu’on importe beaucoup de choses de la Chine, vous vous demandez sûrement ce qu’on exporte vers elle. Eh bien on exporte certaines choses, du lait, du vin, et même quelques objets technologiques, si, si. Mais ce qu’on y exporte le plus, c’est des compétences, parce qu’il y a beaucoup de choses qu’on a appris à faire avant elle. Par exemple, nous on sait faire des supers hypermarchés, ça paraît tout con un hypermarché mais ça l’est pas tant que ça, il y a tout autour d’un hypermarché des compétences qui sont nécessaires pour rendre cet hypermarché plus efficace que les autres. Comme on est bon là-dedans, il y a des hypermarchés français en Chine. Alors avec l’argent que des français gagnent en Chine, ils peuvent acheter des produits fabriqués en Chine. Peut-être qu’un jour les chinois auront racheté tous les hypermarchés français, alors ça marchera plus cette affaire, mais on pourra peut-être continuer à échanger des choses contre les produits chinois, par exemple des services. Un service c’est pas comme une tablette ou une paire de basket, c’est moins concret. Si on vous offre un service à Noël, vous allez sûrement faire la gueule sauf si c’est un billet d’entrée à Eurodisney. Imaginez que pour tout cadeau de Noël votre mère vous dise :«Je vais ranger ta chambre, comme tu l'as pas fait depuis 6 mois ça va te faire du bien au moral. » Vous n’allez sûrement pas trop penser que ce service est un cadeau, vous vous direz que cela n’a aucune valeur. Eh bien pourtant ce service a de la valeur ! Si au lieu de ranger votre chambre maman propose au voisin, qui lui a vraiment le dernier iphone tandis que votre papa n’a qu’un téléphone tout pourri, si donc elle propose au voisin d’aller ranger son appartement pendant qu’il est au travail, peut-être que le voisin sera d’accord et en échange il lui donnera 6 euros de l’heure au black si elle travaille bien, ou bien il la paiera avec un chèque emploi-service pour rester dans le cadre de la légalité sans avoir l’air de se ruiner. Vous allez me dire : « Oui mais on ne va pas vendre des heures de ménages aux chinois ! » Eh bien pourquoi pas ? Un jour viendra peut-être où des millions de français iront faire le ménage en Chine. Ces français gagneront de l’argent et l’enverront à leur famille en France qui, en avec cet argent achèteront des objets fabriqués en Chine. Mais le monde du service est beaucoup plus vaste que le ménage. On est fort en services en France mais s’il le faut on pourra très bien rendre encore plus de services. Par exemple on pourra envoyer nos jeunes filles en Chine pour qu’elles rendent des services sexuels à des chinois. Ces jeunes filles enverront une partie de l’argent gagné à leur famille en France et… vous avez compris le principe. Pour l’instant c’est plutôt l’inverse qui se passe grâce à toutes les compétences qu’on a acquises avant les chinois. Est-ce que de faire du télétravail ou s’arrêter de travailler durant 6 semaines va nous faire perdre cette avance ? Un petit peu car de toute façon le processus est en marche mais il y a plus grave. Dans les services qu’on rend aux chinois, il y a les services touristiques. Les chinois gagnent de l’argent en exportant des objets vers la France, avec cet argent certains d’entre-eux viennent visiter notre pays et dépensent l’argent qu’ils ont gagné en vendant des objets. Avec cet argent qu’ils laissent en France, on leur achète des objets. C’est bien foutu non ? Mais en ce moment ils ne peuvent pas venir donc ils ne dépensent pas d’argent. Et toute notre économie touristique est à l’arrêt, une économie qui nous rapporte plus d’argent qu’elle ne nous en coûte en temps ordinaire même si plein de français aiment aller dépenser leur argent à faire les touristes à l’étranger, comme ils sont radins ils vont dans des pays où les vacances sont pas chères pour garder de quoi acheter des objets made in China. Donc globalement, l’arrêt presque total du tourisme dans le monde est semble-t-il préjudiciable à la France même s’il est très bénéfique à vos poumons.

Le bilan de que nous pouvons déjà tirer c’est que si le corona ne ravageait que l’Europe sans perturber outre mesure la production en Chine, nous aurions de toute façon moins d’argent à dépenser pour nous acheter des produits fabriqués par les autres et nous aurions nous-mêmes fabriqué moins de choses. A la fin il faut se rendre à l’évidence : 1+1 ça ne fait pas 3 ! Même si le président disait : « Les pertes liées au confinement seront intégralement compensées ! » cela serait totalement impossible à réaliser. Si la Banque centrale de l’Europe commissionnaire décidait de faire une nouvelle entorse à son dogme en fabriquant plein d’euros pour les citoyens européens comme elle en a fabriqué pour sauver le système financier, cette fois cela ne marcherait pas de la même manière qu’avec le système financier. Tout l’argent injecté a permis à beaucoup d’entreprises de racheter leurs propres actions à bas prix, aux banques de se remettre à flots, à la bourse de reprendre son envol, aux marché de l’immobilier en zone urbaine d’en faire autant, mais pour le reste ni les prix ni les salaires ne se sont envolés. Si vous donnez de l’argent directement aux travailleurs pour maintenir leurs revenus alors qu’ils n’ont pas travaillé durant plusieurs semaines, l’affaire sera tout autre. Il y aura des risques d’inflation sur tous les marchés qui ont été mis à mal par le ralentissement de l’activité. Et si le européens pensent qu’à la fin de l’année, il est juste pour eux d’acheter autant de vêtements, de chaussures, de téléphones, de télévisions, de voitures et que la banque centrale de l’Europe commissionnaire arrose à tout va pour ce faire, alors les tensions sur le marché monétaire vont conduire à un décrochage de l’euro ! Et in fine à un retour à l’équilibre, nos importations coûteront plus chères en valeur et donc nous pourrons en avoir moins en volume ! C’est bête comme chou ! On est d’accord là-dessus n’est-ce pas les enfants ?

Par ailleurs si la Chine avait dû arrêter beaucoup de ses usines durant un long temps, elle aurait simplement produit moins d’objets. En imaginant qu’elle ne soit pas en mesure d’augmenter ses capacités de production durant les mois post-crise, ces objets non fabriqués ne seraient pas disponibles à la vente. Que d’autres pays soient en capacité de les acheter, parce qu’épargnés par le corona, ou pas, ne change pas grand-chose hormis que dans le premier cas le risque de hausse des prix de ces objets serait supérieur au second cas. Le résultat serait globalement le même, partout dans le monde certaines personnes seraient obligées de ramener leur envie de consommation à un degré moindre que l’an passé. Et il comme il n’est pas exagéré de dire « Quand la Chine tousse, le monde s’enrhume ! » même si la Chine avait été le seul pays touché mais de manière massive, les conséquences en matière de consommation se seraient répercutées dans le monde entier.

Voilà les enfants pourquoi je prétends que le gouvernement ne doit pas vous laisser miroiter un Noël qui serait aussi faste que celui de l’an passé ! Nous devons faire preuve d’esprit de responsabilité en ne cédant pas à la politique économique de la demande et aux risques qu’elle induit sur les prix ! A moins que les grands groupes occidentaux aient soudainement l’idée saugrenue de battre en brèche toute l’œuvre des dernières décennies, celle qui, en misant tout sur la politique de l’offre par la concurrence des prix de production, a permis au monde entier d’atteindre un niveau de richesse fantastique, une hausse de l’espérance de vie partout dans le monde, une baisse des conflits armés… A moins de renoncer à ce monde en nous repliant sur notre vieil axe atlantique, en relocalisant des pans entiers de notre production, il est vain de tenter une relance par la demande ! Nous devons dire la vérité aux français ! Il faut qu’ils renoncent à vivre les mois et les années prochaines dans le même esprit d’indolence que les années écoulées ! Les français doivent se remettre au travail et je compte sur la jeunesse pour donner l’élan moral nécessaire aux parents pour affronter les difficultés à venir ! Oui il faut renoncer aux congés estivaux ! Oui il faudra supprimer des jours fériés ! Oui il faut augmenter le temps de travail hebdomadaire ! Oui il faudra aider en premier lieu les entreprises, alléger leurs charges encore et encore pour le redressement de la France et de l’Europe ! Il n’y pas d’hésitation à avoir mais, les enfants, je crains que ce président-là n’ait pas les épaules assez solides dans cette épreuve. Dites-lui avec moi que vous êtes vous-mêmes prêts à faire des sacrifices, à renoncer à donner une nouvelle amie pour vos poupées Barbie, à accepter de garder un peu plus longtemps vos baskets même si vous sentez le bitume sous vos pieds quand vous jouez au foot. Ce n’est que l’affaire de quelques années, quand vous aurez 18 ans tout sera rentré dans l’ordre !

Bien sûr, tout le monde ne devra pas faire le même effort. Les personnes qui devront faire le plus gros effort sont celles qui participent le moins au bon fonctionnement de notre économie. En temps ordinaire je n’aurais pas dit cela de ce corps de métier mais je dois admettre qu’il ne serait pas très juste de supprimer les congés estivaux de tous ces héros en blouse blanche qui ont montré force et courage dans la bataille. Ceux et celles qui ont télétravaillé doivent également garder l’avantage sur les autres. D’abord parce qu’ils et elles auront travaillé pendant que les autres étaient tranquillement en vacances. Mais surtout parce que le télétravail est en moyenne plus le fait de personnes qui ont un travail utile à la France, ces personnes qui justement nous permettent d’être encore capables de fabriquer des choses ou d’exporter des services en échange desquels nous achetons d’autres choses et services. Ces personnes-là pourront, au mieux, renoncer à certaines RTT, mais le président doit veiller à ce qu’elles soient justement traitées car il est indispensable de préserver leur potentiel intellectuel et physique pour l’avenir de tous ! Alors, les enfants, si vous êtes des filles et fils de cadres de haut niveau, je vous prie de ne pas leur dire « Nous sommes prêts à renoncer à nos vacances à Tahiti ! Nous sommes prêts à ne pas aller à Courchevel l’hiver prochain ! » Non les enfants ! Vos parents méritent de vous avoir à vos côtés durant leurs vacances tant ils ont de longues journées le reste de l’année qui les empêchent de profiter de votre présence. Pour leur bien et donc celui de la nation, suivez-les partout où ils iront !

Merci les enfants d’avoir suivi cette petite leçon d’économie pour cours élémentaire.

Vive la République ! Vive la France !

A Davos, Elie Couenne pour le Coincoin du coin.

23/03/2020

En marge du Courrier d'électeur.

Citadins ! Pour la troisième fois ! N'abandonnez pas les oiseaux !

Aujourd'hui nous avons reçu un courriel de D. Le Chat, fidèle canardé, qui nous fait part de l'inquiétude grandissante dans les communauté de pigeons et de moineaux quand à l'amputation de leurs rations alimentaires durant le confinement. Deux de nos pigistes sont les premiers a avoir remarqué que les pigeons, tandis qu'on les aurait pensés heureux d'avoir les rues pour eux tous seuls, semblaient y être en moins grand nombre qu'à l'accoutumée. D. Le Chat nous a déjà fait savoir que les communautés de rats et de pigeons se targuaient chacune d'être la mieux placée pour prendre le relais de l'humain en tant qu'espèce dominante quand l'humain aura disparu de la terre. Or on dirait bien que la crise actuelle n'est pas très favorable à l'épanouissement des pigeons et ceux-ci y voient, d'après D. Le Chat, un véritable complot de la part des rats. Le virus ne serait donc pas venu d'une chauve-souris ou d'un pangolin mais d'une souris tout court, dans l'idée de mettre à mal les communautés de pigeons avant que celles-ci n'aient eu le temps de se préparer à la disparition de l'homme. Nous sommes assez disposés à valider cette hypothèse complotiste dans la mesure où il est très probable que les rats soient en ce moment en train de festoyer dur ! En effet, de nombreux humains confinés chez eux auront sans doute l'idée de se débarrasser des restes en les jetant dans la cuvette des chiottes plutôt qu'en les descendant au vide-ordure.

Nous encourageons donc les habitants à nourrir les oiseaux qui nous sont tout de même plus sympathiques que les rats même si ceux-ci ont leur utilité.

La rédaction.

PS : par l'intermédiaire de D. Le Chat, R. Le Pigeon nous fait dire :"Quitte à balancer quelque chose par la fenêtre, contentez vous pas du pain, envoyez tout le jambon-beurre !"

23/03/2020

Des nouvelles de R. Mite.

Notre pigiste R. Mite, que nous avions missionné pour savoir si le lavomatic était ou non un lieu de destination autorisé dans le cadre du confinement, se trouve actuellement chez lui avec un mal de crâne phénoménal en raison des coups de matraque qu'il a reçus. Comme convenu, R. Mite, qui vit au sud de la place Bellecour, a tenté de rallier le Lavomatic de la rue Mercière avec son énorme sac (il entendait faire une machine de 16kg)

Par malchance (il en a rarement) il a été intercepté par une patrouille de police alors que, ayant traversé la place sans encombre, il s'apprêtait à s'engouffrer dans la rue Emile Zola. La police, qui n'était pas municipale mais nationale, a demandé l'attestation de déplacement sur laquelle Mite avait précisé l'endroit exact où il se rendait. L'observant un des agents aurait dit :"Vous n'avez pas le droit d'aller si loin de chez vous pour ça !" Ce à quoi Mite a répondu :"Et pourquoi pas ? C'est ma laverie !" Ce à quoi le policier a répondu :"Vous devez aller à la laverie la plus proche !" Ce à quoi Mite a répondu "S'il y en avait une plus proche, je le saurais !" Ce à quoi le policier a répondu :"Il y en a une sur les quais de Saône près de chez vous !" Ce à quoi Mite a répondu :"Oh le gros mytho ! N'importe quoi !"

Ce après quoi Mite ne se rappelle plus trop bien.

Bref. On dirait bien qu'aller laver son linge est autorisé ! Une énigme enfin résolue ! Merci pigiste !

2 avril 2020

Le Coincoin du coin. Sélection d'articles, 20 et 21 mars 2020

20/03/2020

Courrier d’électeur du Coincoin du coin (1).

Nous publions un courriel reçu à l’instant et apte à rompre la morosité ambiante. Il nous vient de Mr H-A Bitissi qui entre en ce jour de printemps en période de confinement.

Youpiiiii c’est le printemps ! Et youpi ! Youpi ! Youpi ! C’est les vacances ! Enfin ! Depuis le temps que je les attendais ! C’est parti !
Direction… les toilettes ! Ouais, c’est chouette, j’entends la mer… !… Pis après on ira à la douche ! Pour y aller on mettra pas de chaussures, on marchera sur le carrelage, c’est ça que j’aime dans les vacances, aller pieds nus ! Après la douche, on ira à la cuisine, là y aura un peu de marche, au moins deux mètres ! En chemin, on chantera à tue-tête ! On se préparera un truc super, un truc de vacances, genre, du riz pas cuit ! J’adore ça ! Ensuite on mettra mes baskets parce que là où on ira, c’est loin : faut compter jusqu’à treize ! Treize carreaux pour aller jusqu’à la salle de gym ! Comme on aura déjà mes baskets, on en prendra pas dans mon sac ! Normalement si, faudrait enlever nos chaussures de dehors et faire le sport avec des baskets de dedans ! Mais nos vacances elles sont de privilégié ! On a la salle pour moi tout seul alors on peut m’affranchir des règles de collectivité ! Après le sport normalement on devrait retourner à ma douche parce qu’on pue ! Mais comme on n’est qu’un, ça dérange personne alors on va plutôt faire un détour par ma table à manger ! Là c’est pas trop loin, c’est juxtaposé ! Des fois y a pas trop à manger mais des fois j’ m’en laisse, comme un fond de tasse de café ou de bol de riz pas cuit ! En vacances souvent on fait les choses à la bonne franquette ! Sûrement qu’on ira dans mon lit avec le fond de bol de riz pas cuit pour manger dans mon lit ! J’adore manger dans mon lit pendant les vacances ! Mais le bonheur ça se mérite ! Pour ça faut grimper dans ma chambre bon pied bon œil ! Là faut compter jusqu’à six ! Six marches à faire pieds nus ou en chaussettes sales ! Avant de redescendre faut enlever ses chaussettes, ça glisse ! Mais dans ma chambre on y reste plus longtemps durant les vacances, parce que ça sert à ça les vacances, se reposer ! En plus comme on sera monté en altitude y aura moins de moustiques, des fois que le corona a été poursuivi par des moustiques vengeurs qu’aiment pas qu’on s’attaque à leur garde-manger ! Mon lit de vacances il ressemble au Mont-Blanc ! Y a pas de moustiques au Mont-Blanc, c’est pour ça qu’il ressemble au Mont-Blanc d’ailleurs ! Quand on en aura marre de dormir on enlèvera mes chaussettes sales et on ira au cinéma. Là aussi c’est juxtaposé mais par en-dessous ! Dans mes vacances y a toujours un endroit culturel et ludique en même temps ! J’adore quand le cinéma est à côté de la bibliothèque, on peut aller de l’un à l’autre en un tour de bras ! Bon j’avoue, j’adore plus le cinéma que la bibliothèque, souvent on y va pas à la bibliothèque ! En fait c’est aussi parce que le cinéma, on peut le voir de la table à manger qu’est le deuxième endroit qu’on préfère après mon lit ! L’écran de cinéma il est super grand, c’est pour ça qu’on peut le voir de la table à manger. Demain ils vont diffuser The Voice à la séance de 21h ! On va toujours voir les The Voice chez je, même quand c’est pas les vacances. Le cinéma c’est bien mais faut pas en abuser en vacances parce que les vacances c’est aussi fait pour prendre le soleil. Le soleil sur mon lieu de vacances y en a plus quand c’est l’été, surtout à cause du relief. Là le printemps on dirait qu’il démarre bien côté soleil. Alors sûrement que y en aura beaucoup quand même et faudra pas trop s’exposer du premier coup. Si je calcule bien, demain le soleil devrait sortir de derrière le relief (une espèce de très grand immeuble si haut qu’on l’appelle « la montagne ») à 13h14 et se coucher à 13h19. Cinq minutes de soleil ce serait trop pour une première exposition, alors on mettra de la crème de gros indice ! Chez je on adore mettre de la crème solaire, même quand c’est pas les vacances. Mais là on risque pas d’oublier que c’est les vacances ! Parce que ces vacances elles vont durer pas une ! pas deux ! pas trois ! pas quatre ! Cinq semaines qu’elles vont durer !… Youpiii ! Quoi ? Les autres ont presque six semaines ? Mais c’est dégueulasse ! Pourquoi moi j’en ai que cinq ? Je vais de ce pas demand… Aïe ! Mais qui c’est le connard qu’a laissé cette chaise au beau milieu de ma plage ?!

(1) Le Coincoin du coin a été élu meilleur canard par une majorité de ses canardés.

20/03/2020

Le Coincoin du coin vous propose une petite devinette.

Au Québec le confinement s'appelle :
A/ Le confinement.
C/ La confiscation
C/ La confinitude
E/ Le confrontement.
N/ Le tabernacle.
T/ Ne s'appelle pas.

Nous n'avons pas nous-mêmes la réponse.

20/03/2020

Le Coincoin du coin relaye un message du gouvernement reçu à l'instant et qui s'adresse plus particulièrement aux commerçants.

Afin de soutenir le commerce durement mis à l’épreuve en cette période de confinement, le gouvernement annonce sa volonté de remplir une cagnotte par la distribution de diverses amendes dont deux paraissent particulièrement pertinentes et probablement efficaces:
Les commerçants ayant fermé boutique dans le cadre du confinement et ayant laissé des écrans publicitaires allumés, que ce soit en intérieur ou en vitrine, se verront taxés d’une amende de 200000 euros pour incitation à la consommation en période de disette, manquement au code de l’efficacité marketing, infraction à la législation relative à la transition énergétique.
Les commerçants ayant fermé boutique dans le cadre du confinement et ayant laissé des spots allumés que ce soit en intérieur ou en vitrine se verront taxés d’une amende de 20000 euros pour les mêmes motifs.

Les commerçants ayant fermé boutique dans le cadre du confinement devraient donc être très rassurés quant aux moyens dont disposera le gouvernement pour leur venir en aide en cette période dramatique pour leurs finances et temporairement favorable à la planète en attendant leur retour aux affaires.

20/03/2020

Le Coincoin cuisine.

Si, trop obnubilé par votre stock de riz et de PQ, vous n'avez pas pensé à vous ravitailler en sel pour le temps que durera le couvre-feu, nous vous proposons la recette suivante en remplacement du sel dans le riz, le Riz en Gimmick !
Recette du Riz en Gimmick :
Prenez du riz complet.
Ajoutez de l'eau froide.
Laissez cuire à feu doux pour faire des économies de gaz ou d'électricité.
Quand c'est pas cuit, c'est prêt !

Le Coincoin du coin apprend à l'instant que le gouvernement, cherchant absolument à trouver des moyens de financer l'après crise, entend infliger une amende record à plusieurs constructeurs automobiles pour incitation à la violence par publicité interposée en cette période où de nombreuses personnes ne sont plus autorisées à circuler. Les rédacteurs du Coincoin du coin, pages droites, s'insurgent contre une telle décision totalement contraire à la liberté de commerce.

20/03/2020

Info le Coincoin du coin.

Devant les commentaires enflammés relatifs à la verbalisation des SDF pour non respect du confinement, le gouvernement a décidé de prendre une mesure forte en réquisitionnant des appartements laissés vacants par les citadins partis en urgence se mettre au vert durant le laps de temps écoulé entre l'annonce du confinement et sa mise en acte. Cette mesure étant avec effet immédiat pour s'assurer que plus personne ne stationne sur la voie publique, nous avons pu joindre Mr S. Oupont qui s'est dit assez satisfait du Duplex de 262m2 qu'on lui a attribué rue Montaigne à Paris, cependant il s'est dit aussi assez surpris de n'avoir trouvé de papier toilette dans aucun des six cabinets dont il a désormais l'usage.

20/03/2020

Info le Coincoin du coin.

L'administration autonome du Nord et de l'Est de la Syrie annonce la mise en place d'un couvre-feu à partir de lundi matin à 6h pour lutter contre la propagation du Coronavirus. Les habitants des cités d'Aqibah, Kafr Antoun, Deir Jamal, et Soghanaka, qui font encore théoriquement partie du Rojava pourront rester confinés entre voisins dans les caves s'ils le désirent, le temps que dureront les bombardements des armées turques et syriennes. Ils devront cependant rester par la suite ensemble, sauf en cas d'arrestation par l'armée syrienne ou d’éparpillement préalable.

20/03/2020

Grand Messe Télévisuelle, les liens retrouvés par le confinement (une réflexion de canapé du Coincoin du coin).

Je vous parle d'un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître, celui où il y avait trois chaînes à la télé. En ce temps-là la télé était un créateur incomparable de lien social, non pas directement mais indirectement. Parce qu'on était toujours quelques millions à avoir regardé la même chaîne, le lendemain de la diffusion d'un programme nous trouvions toujours quelqu'un avec qui le commenter. La meilleure chance de créer un réel débat advenait quand on avait regardé TF1. En effet, un film diffusé sur TF1 faisait toujours le double d'audience que le même film qui aurait été diffusé sur Antenne 2 ou FR3. Il y avait plusieurs raisons à cela. D'abord nombre de campagnards ne possédaient la télé que depuis peu et beaucoup n'avaient pas encore compris comment changer de chaîne. Pour d'autres regarder TF1 était pratiquement une obligation, peut-être parce qu'ils savaient qu'ils auraient plus de chance de pouvoir en parler avec des amis le lendemain, l'avance de TF1 s'auto-entretenant d'elle-même. La troisième raison, la plus probable, était que nous étions déjà à l'époque un vrai pays de cons ! Il n'empêche que ce lien social s'est un peu perdu avec le développement de nombreuses alternatives à ces 3 chaînes en raison de l'émergence de beaucoup de concurrence, de médias alternatifs, mais aussi du développement de la société des loisirs qui encourage les gens à sortir de chez eux. Or voilà que nous sommes confinés, qu'on est vendredi soir, soir où la diffusion de films est restreinte, et que Canal+, qui elle diffuse un film, est en clair. C'est alors que je me dis que bon nombre de nos canardés sont actuellement en train de regarder Godzilla 2, un Godzilla à la sauce technologique qui n'a pas la saveur de Godzilla carton-pâte.

Avant de vous laisser vous replonger, ou pas, dans cette overdose d'effets spéciaux d'un ton assez souvent peu visible, je voudrais faire un petit sondage. Sachant que le scénario a sans aucun doute été écrit durant la grande grève des scénaristes, ce qui a donné une rallonge budgétaire au département des effets spéciaux, vous le trouvez :
A/ Débile
B/ Indigeste
C/ Américain merde de bison.
D/ Une insulte au cerveau reptilien.
E/ Tout cela à la fois.

C. Jasseronde, rédacteur en chef du Coincoin du coin.


20/03/2020

La rédaction du Coincoin du coin vous informe que son rédacteur en chef, C. Jasseronde, ressent depuis midi plusieurs symptômes grippaux, à tel point qu'il est à l'heure où l'on publie ces lignes, avachi devant Godzilla 2, lui qui ne regarde d'ordinaire jamais la TV.

Il se pourrait donc que dans les jours à venir nous ne puissions pas faire paraître des articles de fond. En effet notre canard est dans la nécessité de faire valider tous les articles de fond par le comité de relecture et ce afin d'évaluer le montant des dommages et intérêts que nous payons lors des procès en diffamation que l'on nous fait. C. Jasseronde étant le directeur et seul membre de ce comité, sa méforme pourrait limiter nos capacités de publication. Ne vous inquiétez pas ! Au cas où son cas s'aggraverait, et puisque, comme vous le savez, nous sommes, autant côté pages gauches que pages droites, contre la souffrance animale, nous nous engageons à conduire C. Jasseronde chez le vétérinaire le plus rapidement possible, ce afin de le faire piquer dans les plus brefs délais. Un nouveau directeur de comité serait alors immédiatement nommé et le canard reprendrait son cours normal.

D. Lepou. Réalisateur amateur, analyste politique pages gauches et microtrottoiriste au Coincoin du coin.

20/03/2020

Escroçi is watching You ! Une indiscrétion du Coincoin au cœur du pouvoir.

D’après nos informateurs la réunion du comité de pilotage du couvre-feu aurait accueilli cet après-midi plusieurs élus locaux reconnus spécimens des fixations sécuritaires. Le plus illustre des présents étant Tristan Escroçi, que sa notoriété n’a pas encouragé au partage du temps de la parole, il l’aurait monopolisée. A tel point que beaucoup de personnes présentes lors de cette réunion sont allées jusqu’à oublier que les fixations sécuritaires de Tristan Escroçi n’ont pas suivies le terrible attentat qui a durement frappé sa cité, et que cet attentat n’en est pas non plus la conséquence. Pourtant, pour peu qu’il ne se fasse pas endormir par la profusion de discours anxiogène, chacun sait que Tristan Escroçi est par nature un fixé sécuritaire. Il n’y a pas de limite possible dans la tête d’un tel personnage, s’il souhaite 2000 policiers municipaux, le jour où il les aura obtenus, il en voudra 4000. S’il a mis une caméra à tous les coins de rues, il lui en faudra à différents niveaux, des qui filment par en haut, des qui filment par tout en haut, des qui filment par en bas, de biais, de profil, de face, des qui tournent sur elles-mêmes comme des toupies, des qui vont là où les gens vont dans un même mouvement. Mais le sujet du jour étant la méthodologie pour faire respecter le confinement (et bientôt le couvre-feu) par les français dans le respect de la démocratie si chère au président de la République, Tristan Escroçi n’aurait eu de cesse de rappeler tous les avantages que l’on aurait eu à avoir déjà maillé l’intégralité de l’Hexagone de caméras à reconnaissance faciale. Avec des caméras à reconnaissance faciale, la démocratie est sauve en tout point puisque l’égalité règne en maîtresse. En effet, il n’est plus besoin de rappels incessants au devoir citoyen qui nous intime de respecter scrupuleusement les restrictions et possibilités de circulation en temps de confinement. Personne ne peut plus tenter de tirer la couverture à soi en extirpant de sa poche, tantôt une dérogation pour aller promener son chien, tantôt une dérogation pour aérer les gosses, tantôt une dérogation pour aller acheter le pain, tantôt une dérogation pour aller au lavomatic, etc. La fraude disparaît dès lors que l’on sait ce que chacun fait à chaque instant. Chaque minute est décomptée en temps réel et chaque individu a un crédit de temps selon son profil, crédit qu’il doit dépenser selon les règles que le gouvernement, qui veille à la sauvegarde de la démocratie, aura fixées. Ainsi, Escroçi a regretté que la France ait autant de retard de mise en œuvre en matière de reconnaissance faciale mais a dit tout l’optimisme que la situation présente lui procurait et a plaidé pour un projet de loi autorisant le gouvernement à obliger les municipalités à s’engager dans ce projet de maillage de la France avant la résurgence d’un covid-20, ou bien 21 en fonction du temps qu’il faudra pour éradiquer le numéro 19 du nom, le plus longtemps étant le mieux selon les mots du ministre de l’intérieur qui, selon d’autres de nos informateurs, vivrait actuellement un état de transe absolue malgré que cela ne se voit pas à la télévision.

21/03/2020

Des nouvelles de notre rédacteur en chef C. Jasseronde.

Contre toute attente C. Jasseronde dit avoir les idées claires en ce 21 mars, la toux semble passée et la fièvre est limitée. Il prétend avoir passé le plus dur de ce qui était peut-être des symptômes du coronavirus. Il dit avoir suivi le protocole anti-corona diffusé par une certaine A. Lepou (un nom visiblement répandu dans la région) marabout à Saint-Étienne, protocole auquel il aurait rajouté tout un tas de choses comme du chlorure de magnésium et des concentrés de plantes en tout genre. Au Coincoin du coin nous pressentons une violente rechute mais puisque C. Jasseronde s’est dit apte à se remettre dans son rôle au comité de relecture des articles de fond, nous devrions être dans les minutes à venir en capacité de mettre sous presse un appel très important émanant de toute la rédaction du Coincoin du coin et pour lequel nos abonnés en ligne auront un rôle important à jouer.

21/03/2020

L'appel à la troustache !

Vous le savez, le Coincoin du coin est un canard engagé et poly-partisan. Ses pages de gauche forment avec ses pages de droite un équilibre apprécié de tous. Dans un encart central de notre édition papier nous allons émettre un appel important. Cependant nous connaissons actuellement certaines difficultés à livrer nos journaux à nos plus de 2 millions de canardés papier car les toto-entrepreneurs dévolus d’ordinaire à cette tâche sont très largement occupés à faire des livraisons de PQ commandé chez Amazon (1). Nous comptons donc sur nos canardés en ligne pour relayer massivement l’appel que vous trouverez après le texte qui l’explique.

Outre le bien fondé ou non de la décision radicale prise par divers gouvernements dont le nôtre, le Coincoin du coin tente d’alerter l’opinion depuis plusieurs décennies face à une double-menace, deux phénomènes qui pour certains sont distincts mais à notre sens forment les deux faces d’une même pièce. Nos pages gauches comme nos pages droites et nos encarts centraux ont des opinions souvent diverses sur certains sujets mais nos nombreux débats internes nous ont permis à travers les ans de définir une ligne directrice commune dans la défense des libertés individuelles. Si nos pages droites sont d’obédience plus libérale que nos pages gauches sur les questions économiques, elles ont toujours lutté contre le pseudo-libéralisme dont se targue nombre de nos élus. Nos journalistes pages droites, y compris notre économiste détaché permanent à Davos, le brillant Elie Couenne qui cosigne cet appel, se sont toujours refusés à avaliser des politiques ayant pour résultat un affaiblissement des libertés individuelles fondamentales sous prétexte qu’elles sont favorables au libéralisme vu sous un angle purement économique. Nos écrits libéraux de référence datent pour la plupart d’avant la seconde guerre mondiale et nous pensons que les noms de leurs auteurs sont bien souvent associés à une pure offensive libérale-économique parce que leur pensée a été pervertie. Bien sûr nos journalistes pages gauches pensent qu’il ne pouvait guère en aller autrement tout comme nos journalistes pages droites pensent que le soviétisme ne pouvait qu’aboutir à un désastre. Il n’est pas dans notre propos de développer ici une confrontation d’idées mais au contraire de faire état de ce qui nous rapproche. Nos journalistes pages droites savent pertinemment que le monde économique actuel est bien plus le résultat de la mise en œuvre des idées qu’ils défendent en matière d’économie que celles de nos journalistes pages gauches. Cependant ils s’inquiètent eux aussi de constater à quel point cette économie, dont le potentiel de création de richesses est tout à fait conforme à leurs prédictions, parvient de moins en moins à empêcher la constitution de monstres tentaculaires qui ont désormais autant de pouvoir que les États en matière de restriction des libertés individuelles. Pour prendre un seul exemple, d’après les modèles, la nouvelle économie était censée aboutir à la massification et à la domination du logiciel libre et à son utilisation comme rempart à tous les abus de pouvoirs centralisés. Il faudrait faire preuve de beaucoup de mauvaise foi pour ne pas admettre qu’on en est loin. Nous connaissons actuellement une intrusion alarmante dans la vie privée des individus de ces monstres tentaculaires, qui sont certes de droit privé mais n’en deviennent pas moins des pouvoirs centralisés, d’autant plus qu’ils se sont immiscés par un lobbying acharné dans toutes les arcanes de presque tous les États. Ces monstres s’appuient sur les États pour s’assurer de l’élaboration de lois qui leur sont favorables, en retour les États utilisent massivement les concrétisations matérielles de ces monstres pour s’assurer que plus rien ne puisse modifier les rapports de force actuels et que toute contestation soit désormais tuée dans l’œuf sous prétexte de lutte contre l’insécurité ou de défense des idéaux démocratiques et de la liberté. Nous constatons que le droit à l’oubli et à l’anonymat est une affaire bientôt enterrée pour beaucoup de libéraux qui n’ont pourtant de cesse de se référer à des auteurs qui, s’ils vivaient à notre époque, seraient totalement affligés de constater à quel point on peut les épier dans tous leurs faits et gestes et à quelle vitesse nous arrivent les signaux de plus en plus rapprochés de la volonté de contrôle absolu des masses. Au Coincoin du coin nous sommes convaincus que la marche actuelle du monde dans un contexte de crise écologique conduit à un fascisme universel ou au chaos, que jamais la Chine ne deviendra les USA mais que les USA ont toutes les chances de devenir la Chine. Bien que nos pages droites aient souvent raillé ce qu’elles considéraient comme des non-sens économiques dans les propositions qui ont émané de la nébuleuse gilets jaunes, ce sont souvent les journalistes de ces pages qui se sont indignés devant la répression brutale du mouvement. Parce que nous avons conscience des signaux envoyés par le gouvernement actuel dans un contexte international où ces formes de répressions ont tendance à se multiplier, parce que nous ne voyons pas de politiques dignes de ce nom dont la vocation serait de mettre en place tous les garde-fous nécessaires au pillage organisé des données individuelles par le truchement des objets connectés et de la dématérialisation, parce que nous sommes convaincus qu’un fascisme universel s’organise peu à peu au bénéfice d’un petit nombre, parce que nous sommes convaincus qu’un virus qui se serait appelé covid-01 et ayant toutes les caractéristiques du covid-19, n’aurait pas abouti au confinement en Italie ou en France, que ce choix du confinement généralisé ne traduit pas tant le fait que c’était la seule réponse adéquate face à la virulence du virus mais plutôt le fait que nos pays sont désormais mûrs pour accepter sans débat ce genre de décisions (cf. l’article de D. Lepou, notre analyste politique pages gauches qui paraîtra dans l’un de nos prochains numéros). En conséquence nous lançons cet appel à nos canardés pour qu’ils se fassent entendre afin d’orienter le gouvernement dans les choix qu’il fera dans les semaines difficiles qui s’annoncent. Le gouvernement doit savoir que des mesures iniques et de nouvelles lois d’urgence scélérates ne seront pas tolérées par les citoyens et qu’il prendrait le risque d’un soulèvement généralisé. Nous n’entendons pas mettre le feu au poudre quand l’heure est à la solidarité mais plutôt lancer un coup de semonce par une action symbolique et pacifique d’envergure.

L’Appel : Nous demandons à tous nos canardés de sexe masculin pas encore confits mais déjà confinés (certaines femmes pourront se joindre au mouvement) de ne plus se raser dès ce jour et jusqu’à la date de leur reprise de travail. Comme nous pensons que le confinement durera au minimum un mois et probablement plus, à la fin de cette période chacun selon sa pilosité naturelle devrait avoir un bon duvet sinon la barbe et la moustache bien développée. Vous devrez garder une lame de rasoir neuve pour l’opération que nous entendons mener. Comme symbole de la lutte pour les libertés individuelles nous avons choisi de nous référer à l’une des dictatures les plus sanglantes de l’histoire parce qu’elle s’incarnait dans un personnage ayant un attribut particulier : une moustache absolument ridicule ! Comme allégorie de l’anti-nazisme et contre-pouvoir de tous les régimes autocratiques vous n’allez pas partir au travail avec la moustache d’Adolf Hitler, vous allez partir au travail sans la moustache d’Adolf Hitler ! Donc vous n’allez raser que la partie qui était poilue chez Adolf Hitler. Nous n’avons pas fait ce choix en pensant à un concept original, il est assez probable que nombre d’individus ont déjà eu et mis en œuvre cette idée. Nous pensons simplement qu’un tel attribut facial n’a de signification et de potentiel que s’il est réalisé à grande ampleur (2), un peu comme quand les américains se laissent pousser la moustache au mois de novembre comme symbole de leur implication dans la lutte contre le cancer du sein !

L’appel proprement dit fera l’objet de plusieurs mises en ligne.

Signé : toute la rédaction du Coincoin du coin y compris les pigistes qui représentent 80 % de l’effectif.

(1) Vous trouverez sur le site « ranleufric.fr » la liste des sites alternatifs à Amazon pour tous les objets dont vous avez besoin et avec l’assurance que ces sites payent leurs impôts en France. Malheureusement ce site fait très régulièrement l’objet d’attaque en ligne et son URL renvoie généralement une erreur.
Le site « ranlaithique.fr » restreint sa liste à tous les sites marchands qui s’engagent dans le respect de la législation du travail et le bien-être de ses salariés. Les prix de vente sont cependant clairement supérieurs à ceux pratiqués chez Amazon et il n’est guère plus accessible que le premier. Pour ce qui est d'une alternative à Amazon question PQ et un essuyage éthique, le Coincoin du coin vous conseille « lebonfion.com »

(2) Si le gouvernement vous annonce d’ici peu que la barbe est un facteur favorable à la transmission du virus, là aussi vous devez prendre des couteaux et des fourchettes et tout ce qui pourrait faire office d’arme, et vous rassembler sur la place du village.


21/03/2020

Message très important du Coincoin du coin !

Les autorités sanitaires nous demandent de relier l'information suivante. Le virus n'est en théorie pas aéroporté mais il semble qu'il soit en mesure de l'être dans la fumée de cigarette que vous expirez quand vous fumez à votre fenêtre. Vous ne vous en rendez sans doute pas compte mais la fumée de cigarette à tendance à suivre tous les courants d'air et à s'introduire chez vos voisins qui ont eux aussi envie de respirer l'air de dehors mais sans l'odeur de cigarette. Pour ne pas les mettre en danger au cas où vous seriez porteur du coronavirus, ne fumez pas à votre fenêtre, intoxiquez plutôt vos gosses !

James Palaclope, journaliste en télétravail.

21/03/2020

Info le Coincoin du coin.

Si un traitement contre le coronavirus est trouvé en moins de temps qu'il en faut à une personne à pied ou à dos d'âne pour aller de la Province de Wuhan à la Lombardie, alors les nations unies devraient proposer un accord pour que tout nouveau foyer de nouveau virus fasse l'objet d'un confinement total et immédiat, aucune personne, qu'elle soit résidente permanente ou de passage ne serait alors autorisée à quitter le territoire en question.

Canardés amoureux des voyages en avion, priez pour que la recherche ralentisse le pas !

21/03/2020

Info le Coincoin du coin

Les stratégies des pays face au coronavirus divergent. Certains pays ayant choisi de ne pas pratiquer de confinement, que ce soit de manière totale comme en France, ou en ciblant les personnes à confiner (ce que le Coincoin aurait souhaité pour la France) envisagent néanmoins la possibilité de finir par adopter une stratégie de confinement au cas où les choses évolueraient dramatiquement. Il a parfois été fait des sondages comme celui que l'on vous rapporte dans lequel on demandait à des enfants si, sachant que le risque pour eux de souffrir du corona virus était mineur, ils étaient partants pour vivre plusieurs semaines à quelques milliers sans aucun adulte dans des parcs de distraction tel EuroDisney. Après quelques réactions d'enthousiasme, il semblerait que les enfants ont tout de même une préférence, à une très large majorité, pour le confinement au sein du cocon familial.

Vous voyez bien que vos enfants ne sont pas des ingrats et que vous valez mieux à leurs yeux que le petit train de la mine, même quand vous passez votre temps avachi dans le canapé à bouffer des chips de façon insupportable et à roter votre bière ! La prochaine fois qu'ils veulent vous forcer à les emmener faire un truc qui ne vous botte pas, repensez à ce sondage !

21/03/2020

Le Coincoin tient à rappeler à ses canardés qu'en janvier 2015, de gigantesques foules ont applaudi à tout rompre des bataillons de CRS et de gendarmes mobiles, puis les choses sont rentrées dans l'ordre.

En 2020 les personnels hospitaliers apprécient vos claps qui vous occupent durant ce temps où vous n'avez rien à foutre, mais plusieurs syndicats tiennent à vous faire savoir par notre entremise que, outre le fait que vous démoralisez les gens qui n'ont qu'une fenêtre sur cour et qui aimeraient se laisser croire que tout le monde est dans le même bateau, il serait beaucoup plus utile pour les personnels hospitaliers, que, lorsque des scrutins importants adviennent, vous pensiez à sortir de votre plumard ou à renoncer à votre pic-nique à la campagne pour aller foutre une branlée à ces partis qui, depuis des années, font tout pour leur pourrir la vie dans leur lutte incessante contre la douleur, les blessures et la maladie qui concernent plusieurs centaines de milliers de personnes par jour tous les jours de l'année.

"Le partage, la responsabilité et le civisme sont l'affaire de tous, tout le temps !" maxime concoinnesque pages gauches.

21/03/2020

Tentative de sortie.

Demain le Coincoin du coin enverra son pigiste R. Mite tenter de rallier un lavomatic de l'autre côté de la place Bellecour après ses 5 premiers jours de confinement qui, par pur hasard, ont suivi un arrêt maladie de 6 jours durant lesquels il a eu un mal étrange avec toux, fièvre, difficulté à respirer, perte de l'odorat, que son médecin traitant n'a pas été en mesure de nommer. Il sortira donc avec un gros sac et mal rasé pour que nous sachions enfin si oui ou non le lavage de linge est une activité légale en temps de confinement ou si une patrouille de flics municipaux arrive à penser qu'un djihadiste adepte du Dieu mars projette de faire un attentat suicide au milieu de la foule de la place Bellecour un dimanche 22 mars 2020.


21/03/2020

Rubrique littérature. Le Coincoin du coin a lu pour vous.

Aujourd'hui nous désirons vous parler d'un livre qu'une dénommée P. Lepou (décidément) d'Annonay en Ardèche nous a envoyé et que nous avons trouvé fort intéressant. Il s'agit du premier roman de l'américaine Emily Ruskovich, IDAHO. Une partie du roman a lieu dans l'univers carcéral, une prison pour femmes plus précisément. Il nous semble que c'est un livre approprié pour ce moment très particulier que nous vivons. Il ne s'agit nullement pour nous de rentrer dans des comparaisons mal-venues qui voudraient laisser entendre qu'il n'y a pas de raison de se plaindre à être confiné un mois quand d'autres sont condamnées à l'être à perpétuité. Au contraire, nous entendons mettre en résonance notre situation collective actuelle et les situations particulières de personnes que nous avons exclues de notre cercle collectif parce qu'elles en ont trahi les règles. La privation de liberté est fondamentalement contraire à l'essence humaine, elle est un abjection que l'on admet par force, une solution ultime à laquelle il faut toujours renoncer quand c'est possible. Notre petite privation de liberté répétée à l'échelle d'un milliard d'habitants fait elle un contrepoids à quelques millions de réels emprisonnés ? Cette question n'a pas de sens, l'emprisonnement long doit simplement, dans sa description, nous laisser entrevoir cette nécessité de défendre sans relâche le droit à ne pas l'être. La tragédie de ceux et celles qui ont brisé le contrat social par un acte impardonnable qui ne peut appeler aucune deuxième chance est tout de même une tragédie. Entre ces deux situations extrêmes, celles de nous, confinés mais innocents, et celles de elles, prisonnières et monstrueuses, il y a tant d'autres cas qui mériteraient qu'on s'y intéresse un peu. Si cette période temporaire et espérons-le, unique, avait cette faculté de nous faire réfléchir à la liberté, bien au-delà de celle de commercer et d'entreprendre, ce serait déjà une bonne chose.

Par ailleurs, voici l'état d’un monstre imaginé par la romancière. Madame Emily Ruskovich, vous êtes une grande écrivaine. Les quatre dernières phrases de ce passage, au cœur de la folie, sont absolument magnifiques.
- Je voulais dire : parlez-moi de ce que vous avez fait.
Quand elle entend ces mots, une très vieille sensation d'épuisement l'envahit de nouveau.Elle ferme les yeux. L'aumônier précédent s'efforçait de la faire parler des hommes qu'elle a tués ; il ne la laissait pas tranquille tant qu'elle n'avait pas déclaré que ses crimes étaient un tourment de tous les instants, et qu'elle souffrait rien que de les mentionner. Un mensonge. Bien sûr qu'elle regrette d'avoir commis ces meurtres. Bien sûr qu'elle se sent coupable. Mais en parler dans ces termes semble étrange et faux, voire irrespectueux. Ses meurtres sont une donnée de base de sa vie ; ils en sont le point de départ. Elle peut passer une journée entière sans y penser, de la même manière qu'elle ne pense pas tous les jours à sa propre naissance. Comme sa naissance, ils l'ont fait pénétrer dans un nouvel univers ; l'au-delà que constitue la prison. Les meurtres, dès le moment qu'elle les a commis, sont devenus moins une action qu'elle avait réalisée qu'une réalité à l'intérieur de laquelle elle avait soudain toujours vécu. Les proches des gens qu'elle a tués, ils sont dehors, ils poursuivent leur vie, et elle est désolée pour eux ; reste qu'ils ont très peu à voir avec elle. Il est choquant de se dire que les gens continuent de mariner dans leur douleur, dans leur haine envers elle. C'est presque malséant, quand on y réfléchit. A croire qu'elle a honte d'eux et pas d'elle-même.

2 avril 2020

Le Coincoin du coin. Sélection d'articles du 17 au 19 mars 2020

17/03/2020

 

Reportage du Coincoin du coin au centre ville de Lyon lors de cette première journée de confinement.

 

Nous avons garé notre voiture à la lisière du premier et du second arrondissement. Depuis midi les habitants sont confinés chez eux, le centre ville, d'ordinaire très passant, se découvre une quiétude insoupçonnée. Le quartier est un quartier aisé, osons le dire : bourgeois. Rendu à ses habitants, donc débarrassé de ses envahisseurs réguliers, travailleurs venus des autres arrondissements, innombrables touristes, jeunes des banlieues descendus en ville pour des parades ridicules, le centre ville de Lyon semblerait déjà être un havre de paix même sans mesure de confinement. Mais à 13h ce mardi 17 mars 2020 qui fera date, le contraste est purement saisissant, la ville est devenue une ville fantôme, ou presque.

 

Nous empruntons la rue de Brest, quelques commerces restent ouverts, ceux d’alimentation, la pharmacie et, de manière qui peut sembler plus étonnante d’un premier abord : le bureau de tabac ! A la réflexion il serait assez déraisonnable de fermer les bureaux de tabac en une période où certaines personnes s’apprêtent à avoir les nerfs à vifs. Sans doute il n’est guère à craindre de tensions extrêmes dans les appartements cossus du centre ville, le bourgeois est civilisé, vraisemblablement beaucoup plus que la moyenne.

 

Ici pas de queue à l’entrée des commerces d’alimentation, le bourgeois lyonnais sait que la France ne craint pas de rupture d’approvisionnement, le bourgeois lyonnais est réfléchi et ne se laisse pas gagner par la panique. On lui a intimé de se confiner dans ses pénates, il le fait sans sourciller. Nous pénétrons dans l’échoppe Casino. Nous constatons des rayons très bien achalandés, hormis le rayon farine. Le bourgeois lyonnais ne se précipite pas sur le rayon pâtes. Quand il est contraint de rester chez lui, le bourgeois lyonnais fabrique lui-même ses pâtes. Le bourgeois lyonnais a l’habitude d’avoir les mains propres, il n’a pas dévalisé les stocks de gel alcoolique. Aussi étonnant que cela puisse paraître nous trouvons à l’échoppe Casino un bac contenant des gels hydroalcooliques de marque Puressentiel. Mais par contre le bourgeois lyonnais n’est pas regardant sur les prix, c’est vraiment inabordable pour deux pigistes au Coincoin du coin. Devant le caissier nous faisons remarquer que nous trouverons sûrement meilleur prix dans la grande pharmacie d’en face. Le caissier répond que la Pharmacie d’en face n’a plus de gel hydroalcoolique depuis plus de 10 jours. Vérification faite, c’est vrai. Sans doute une horde de banlieusards est venue précédemment se fournir en centre ville après avoir pillé les hypermarchés périphériques.

 

A 14h nous remontons la rue Mercière. De mémoire de lyonnais elle n’a jamais semblé si calme, sans les terrasses et sans piétons nous avons tout le loisir d’admirer les façades des immeubles, souvent superbes. Au bas de la rue quelques livreurs à vélo attendent d’emporter un repas vers un heureux chanceux, pour la plupart les livraisons vont s’arrêter. Plus haut le manager du King Marcel nous fait part de son prochain chômage technique, c’était le dernier service dédié à la vente à emporter avant longtemps. Se basant sur la situation en Italie, il pense ne pas rouvrir avant un mois. Nous lui demandons s’il pense que cela lui portera financièrement préjudice. Il est assez confiant, l’état abondera pour compléter la part de l’assurance chômage. Tous les français auront-ils cette chance ? L’avenir nous le dira.

 

Nous profitons de notre carte de presse pour flâner un peu. A chaque quart d’heure qui passe nous nous étonnons un peu plus du respect de ce qui finit par s’apparenter à un couvre-feu. Selon nos informations le confinement n’interdit pas de sortir promener son chien, et il pourrait paraître comme de la maltraitance animale de ne pas le sortir deux fois par jour. En ajoutant à cela le droit d’aller au moins une fois par jour se ravitailler au magasin alimentaire, la possibilité de se rendre à la pharmacie, de faire un léger footing, nous nous attendions à croiser un peu plus de monde. Sans doute la discipline du bourgeois lyonnais est bien plus haute que la moyenne nationale, nous sommes pressés d’apprendre comment les choses se passent dans des quartiers moins huppés. En attendant il nous semble guère douteux que peu de quartiers en France passeront cette période de confinement avec autant de quiétude. Le bourgeois lyonnais ne met pas la musique à fond même lorsqu’il est confiné chez lui, il respecte son voisinage d’autant mieux en période de confinement.

 

A 17h l’heure de l’apéro approchant, nous décidons de faire un bilan de cette journée, nous quittons le banc de la place des Célestins sur lequel nous nous sommes assoupis pour retourner dans la rue de Brest interroger les commerçants. Chemin faisant mon acolyte me demande si je n’ai pas remarqué une chose très étrange. Je lui réponds que la situation est par nature très étrange. Il me rétorque : « Certes pour les humains, mais regarde bien ! » Je regarde à droite et à gauche et ne remarque rien sinon ce calme toujours olympien. Au loin j’aperçois un type qui promène son chien. « Oh regarde ! Un chien ! » « Je te parle des pigeons ! Il n’y a presque pas de pigeons ! C’est dingue ! » Effectivement le nombre de pigeons semble vraiment inférieur à ce qu’il est en temps ordinaire. Cela m’interloque ! Les pigeons sont-ils si nécessiteux de vivre au contact des humains ? Sont-ils nos meilleurs amis ? Ou bien sont-ils à l’instar des acariens, des animaux qui vivent de nos déchets invisibles ? Ce pourrait-il que les pigeons ne picorent pas des graines mais des minuscules parties qui de nous qui nous quittent : cheveux, cils, peau morte ? Alors les pigeons vont-ils mourir en nombre si les humains ne sortent plus de chez eux ? Voilà un bon sujet pour un reportage futur.

 

17h15. Mon acolyte me fait remarquer que nous n’avons croisé aucun véhicule de police. Juste au moment où un véhicule de police se pointe droit devant nous et ralentit à notre hauteur. Nous brandissons nos cartes de presse. « Quel média ? » nous demande l’agent à la place du mort. « Le Coincoin du coin ! » « Hum… Pas de vagues, hein ? »

 

17h20. Nous interrogeons le buraliste sur sa journée : « Pas un chat de l’après-midi ! A ce rythme-là je vais perdre un max et comme je n’aurais pas d’indemnités puisque je reste ouvert, ce sera moi le dindon de la farce ! » Même rengaine chez le boulanger, il ne craint pas pour la pérennité de son commerce mais dit qu’il ne s’attendait pas à une telle chute du chiffre d’affaire. Il prétend que les stocks vont être difficile à gérer dans ces conditions. Combien de croissants seront écoulés chaque jour durant le confinement, il n’en a aucune idée. Le caissier de l’échoppe Casino n’a pas fait lourd non plus. Je fais remarquer à mon acolyte qu’on devrait tout de même sacrifier un billet de 50 pour un peu de gel hydroalcoolique, ça pourrait valoir le double ailleurs. « Un chinois sorti de nulle-part m’a pris tout mon stock. » nous répond le caissier.

 

A la pharmacie le constat est le même. La titulaire nous dit avoir vu ses stocks de paracétamol passer de trop haut à zéro du lundi matin au mardi midi. Mais elle n’est pas inquiète outre-mesure puisque sa patientèle semble s’être évaporée depuis, le confinement la ramenant à sa portion congrue alors qu’une partie d’entre elle est d’ordinaire de passage ou le fait de gens travaillant mais n’habitant pas le quartier. Elle n’est pas catastrophée au contraire du buraliste, elle nous dit avoir certains de ses employés tout à fait disposés à buller chez eux et les autres avec deux mois de retard dans leur travail tellement ils sont lents, elle ajustera ses équipes. Avant de prendre congés nous lui demandons ce que les gens ont acheté avant le confinement en dehors du paracétamol. « Eh bien pas des masques ni du gel puisque par hasard on va finir par les recevoir quand plus personne ne sera là pour en acheter ! Sinon beaucoup ont pris du viagra, d’autres des préservatifs, parfois les deux ainsi que toutes sortes de lubrifiants. » Nous lui demandons si au contraire du gel elle a un bon stock de pilules du lendemain et de test de grossesses. Elle prend sa tête entre ses mains, puis inspire profondément avant de soupirer : « Dure dure dure année ! »

 

M. Hulot et P. Atate, le Coincoin du coin.

 

- Allô Martin !

- Ouais !

- T’es où ?

- Ben à Lyon ! Je fais des piges !

- Ah merde ! Tu bosses ? C’est pas vrai ?

- Ben si !

- Pas de bol mec !

- Ben si ! Je suis plutôt content là !

- Mais t’es con ou quoi ? Comment tu peux être content de bosser en un moment aussi historique ?

- Mais justement ? On la fait l’histoire nous ! Tu verrais ça ? C’est incroyable le silence qu’il y a ici ! Les gens sont confinés chez eux et pas un mot au-dessus de l’autre ! C’est incroyable ce sens du civisme ! Et dire que tout le monde prétend que le français est réfractaire à l’ordre !

- Mais t’es où là ?

- Ben à Lyon !

- Oui mais où à Lyon ?

- Là on quitte Saint-Nizier.

- Mais t’es con ou quoi ! Evidemment que t’entends pas un bruit ! On est tous partis se confiner à la campagne ou à la montagne ! Putain mais c’est pour ça que j’ai essayé de te joindre toute la nuit !

- Ah ouais OK. J’ai manqué m’inquiéter mais j’avais trop de boulot !

- Mon vieux ! On est à Courche dans le chalet des parents d’Isabelle ! On est 15 mon vieux ! On est partis ce matin à l’aube et on va se faire une bringue de dingue pendant un mois si ces cons vont au bout de leur idée ! Mais bordel ! Comment t’as pu manquer ça ?

- Mais.. mais à Courche la station est fermée là !

- Mais on s’en fout qu’elle soit fermée ! On a de l’alcool à profusion ! Du fromage en veux-tu en voilà ! Des capotes je t’en parle même pas… Papapapapapa ! Ça va être orgiaque ! Et toi comme un con tu t’es enfermé dans une ville morte !

- Ah merde c’est vrai… Tu crois qu’avec mon statut je pourrais…

- Ton statut de pigiste ? Mon vieux ! T’as pas fini d’arpenter la rue de la Ré ! Tu nous donneras des nouvelles ! Bonne bourre !

- Oui toi aus… Shit !

 

 

17/03/2020

 

Le CCC vous donne ses prévisions des variations des petits maux pour les mois à venir.

 

Obésité ; en forte hausse ce printemps.

Accidents cardiovasculaires : hausse sur au moins deux années consécutives.

Saturnisme : de retour cette année.

Œil au beurre noir : en forte hausse chez les femmes et les enfants ce printemps.

MST : en chute libre ce printemps, sauf chez les femmes et hommes auparavant abstinents.

Membres foulés, cassés. En chute libre ce printemps

Allergies : en baisse ce printemps, sauf celle aux acariens.

Grippe saisonnière, gastro : arrêt prochain.

Déficit en Vit D. en forte hausse ce printemps.

Claustrophobie : en forte hausse ce printemps.

Agoraphobie : explosion dès fin de crise du coronavirus.

 

Prévisions des grands maux.

Coronavirus : arrêt avant l'été.... ou pas. Pas de retour l'an prochain... ou bien ?

 

 

17/03/2020

A quoi ressemble un contrôle d’attestation de déplacement ? Le Coincoin du coin a demandé à une patrouille de police de bien vouloir emporter un de ses dictaphones pour en avoir une petite idée.

 

– Vous cherchez quoi ?

– Le lavomatic !

– Il est rue Mercière !

– Je sais parfaitement où il est ! Je veux savoir si j'ai le droit de me déplacer là-bas dans un déplacement autorisé.

– Vous êtes allé voir s'il était ouvert ?

– Oui.

– Vous aviez une autorisation pour aller voir s'il était ouvert ?

– Non. J'ai utilisé mon autorisation de déplacement professionnel.

– C'est illégal !

– C'est sur ma route !

– Alors ça va. C'était ouvert ?

– Oui.

– Alors c'est sans doute autorisé.

– Pas forcément puisque ce n'est pas sur la liste.

– Ce n'est pas sur la liste ?

– Je n'ai pas trouvé la liste.

– Donc c'est peut-être sur la liste. Cherchez la liste.

– C'est ce que je fais mais y a pas de liste !

– Hum... De toute façon si le propriétaire laisse ouvert c'est que c'est autorisé.

– Pas forcément. Il est peut-être mort du coronavirus dans la journée.

– N'en profitez pas pour laver votre linge à l’œil.

– Comment je pourrais laver mon linge à l’œil si je ne suis pas autorisé à le laver.

– Demandez-le lui !

– A qui ?

– Au propriétaire. S'il n'est pas mort.

– Peut être qu'il laisse ouvert en attendant de trouver la liste.

– Quelle liste ?

– La liste des déplacements autorisés.

– Pourquoi la chercherait-il ? Il n'a pas besoin de se déplacer pour laver son linge s'il a un lavomatic.

– C'est juste.

– Pourquoi cherchez vous un lavomatic au juste ?

– Je n'en cherche pas un. Je cherche à m'y rendre par un déplacement autorisé.

– Pour ?

– Pour laver mon linge sale.

– Lavez-le en famille !

– Je suis tout seul. Raison pour laquelle je n'ai pas de machine.

– Et vous avez du linge sale ?

– Oui. J'ai des tendances schizophrènes.

– Alors faut faire bouillir. Vous pouvez très bien faire ça chez vous.

– Dans ce cas il faut que je cherche un magasin qui vend des bassines et que je trouve la liste qui dit si oui ou non le déplacement vers un magasin qui vend des bassines est autorisé.

– Non ça c'est interdit.

– Comment vous le savez ?

– Je l'ai vu sur la liste.

– Il y a une liste des magasins non autorisés ?

– Non, seulement son complémentaire. Je peux vous vendre une bassine si vous voulez. Mais faut vous déplacer.

– C'est autorisé ?

– Non.

– Je vais faire ça dans l'évier alors. Ou la cuvette des chiottes. Elle a peut-être la fonction essorage.

– A votre guise.

– Je peux passer ?

– Pour ?

– Rentrer chez moi laver mon linge sale.

– Si vous me montrez votre autorisation pour en être sorti avec votre linge sale

 

18/03/2020

 

Annonce importante le Coincoin du coin.

 

Dans le reportage de nos pigistes mis en ligne sur notre site hier soir vers 21h, nous avons émis l'hypothèse d'un danger de mort de faim imminente pour nos compagnons les pigeons. Ce passage a fait réagir de nombreux connaisseurs des oiseaux et certains d'entre-eux ont tenu à lancer le message d'urgence suivant :"Si les pigeons ne se nourrissent pas comme les acariens de nos peaux mortes, il est cependant important de considérer que la présence ordinaire de nombreux passants, lâchant ici et là des miettes de pain, parfois même volontairement des graines, est un facteur favorable à l'épanouissement des pigeons. Sans eux la nourriture risque évidemment de se raréfier pour ces magnifiques oiseaux sans qui la vie des citadins serait bien fade. En conséquence nous demandons aux habitants confinés chez eux de ne pas oublier de jeter de temps à autre de la nourriture pour les pigeons, prioritairement des graines."

 

19/03/2020

 

L'âne à chroniques du Coincoin du coin :

 

La situation actuelle semble devoir nous conduire vers un constat assez stupéfiant. En temps ordinaire une part significative des travailleurs est payée à organiser, construire ou entretenir tout le système de transport qui lui permet d'aller travailler !

 

Vous trouvez ça absurde ? Nous aussi !

 

19/03/2020

 

Info le Coincoin du coin :

 

Après la suppression des jours fériés durant les 2 à 4 années prochaines pour compenser les vacances actuellement offertes, Edouard Flippe devrait prochainement faire une annonce pour en appeler à la solidarité nationale en demandant à l'ensemble des salariés de renoncer à leurs congés estivaux. Cette mesure de bon sens a dores et déjà été attaquée de front par les lobbys du tourisme, peu solidaires sur ce coup.

 

19/03/2020

 

Info le Coincoin du coin :

 

Durant le confinement, et contrairement à ce que pourraient penser nombres de complotistes, la démocratie et le droit d'expression restent la priorité du gouvernement. Ainsi il est possible et même encouragé de tendre des draps peints à la fenêtre à la condition express que le voisin du dessous ne soit pas à même de saisir par mégarde ou volontairement le drap en question. Vous devez donc au préalable vous assurez de la taille de vos voisins d'en-dessous mais une fois cela fait, oui il est tout à fait possible d'écrire sur de grands draps jaunes :"Macron démission !", ou "Edouard, salaud, le peuple aura ta peau !" ou "Moins de fric pour les flics, plus de briques pour l'Hôpital public !" ou "Achète PQ, même usagé !"

 

19/03/2020

 

Flash info le Coincoin du coin.

 

La rédaction tient à rassurer ses actionnaires minoritaires. Contrairement à une idée très reliée dans les médias concurrents, non les grands de ce monde n'ont pas perdu 1/3 de leur fortune en quelques jours. Ils n'ont pas vendu leurs yachts, leurs voitures de luxe, leurs bijoux, leurs maisons à la montagne, à la campagne, à la mer, leurs jets privés, leurs terrains de tennis... en tout cas, s'il les ont vendus, ce n'est pas vous qui les avez achetés ! Donc oui ! Les choses sont toujours en bon ordre et vous pouvez toujours dormir sur vos deux oreilles !

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